Une

  • Ce que Hollande dit à la gauche

    Ce que Hollande dit à la gauche

    le 16 juin 2018, dans Auteurs - France - Politique

    Son livre-bilan, Les leçons du pouvoir (dont on a déjà parlé à RDT)est intéressant à plus d’un titre. Lecture souvent passionnante où le pavé se mange sans faim, à la manière d’un roman réussi, expliquant sans doute les foules assez impressionnantes qui se pressent aux séances de signature, un peu partout sur le territoire.

    Ce qu’on aime dans ce livre, c’est peut-être pêle-mêle, cette faculté que Hollande a en 10 lignes, pas une de plus, de dire – exactement – ce qu’il faut savoir et retenir de tel ou tel point, pourtant si complexe, le précieux (et le piquant) de raconter là où il fut, et ceux qu’il croisa, ses justifications, plus que son seul point de vue, sur le déroulé du quinquennat ; à mon sens, une miette trop « je » et un poil glissade parfois monarchienne (mais oui, même lui !). La partie dite privée étant, enfin selon moi, largement inutile…

    Mais c’est à la fin du livre que l’œil s’aiguise particulièrement, et c’est de ces courts chapitres dont il sera question ici – 50 pages à peine – quand F. Hollande parle à la gauche d’aujourd’hui et à celle de demain, et qu’il décortique, démonte, puis remonte et même recrée le sens du socialisme ; merveille d’horlogerie dont on guette le tic-tac qui suivra, et le « ça marche ! » qui pourrait aller avec. Vraiment intéressant en soi, historiquement, politiquement, et plus, car venu de celui qui a si difficilement tenté d’accommoder le mot et ses composants pendant 5 dures années, qui écornèrent l’image et bien plus le rêve socialiste, souvent à tort, mais que voulez-vous ! les représentations accompagnent tout dans le politique.

    C’est de la social-démocratie dont il s’agit, Hollande en ayant été comme une marque de fabrique, tout au long d’une vie politique grandie à l’ombre de Delors. Son plus que solide argumentaire rassemblé en deux forts chapitres commence par le « constat », avant d’ouvrir sur « espérer ».

    « Elle était la reine de l’Europe, elle a perdu sa couronne », constate-t-il en arrivant aux affaires ; dans les années 80/90, elle était partout : 12 gouvernements sur les 15, « le capitalisme s’était soumis à ses injonctions, concédant les lois sociales, acceptant des mécanismes de redistribution, admettant des protections pour les salariés, leur ouvrant de nouveaux droits face aux aléas de la vie ».Quand il est arrivé au pouvoir, elle avait disparu de l’Europe et ce ne fut pas le moindre des obstacles qui s’opposèrent à lui, dès le début, quand il aurait voulu mettre à l’ordre du jour la relance en Europe. Aujourd’hui, seuls Suède, Malte et le Portugal parlent encore « le social-démocrate » ! L’état providence marque le pas, on exige de la rigueur ; « budgétaire » est devenu comme un nouveau drapeau. Sa victoire en 2012 est plus l’échec de son prédécesseur qu’un élan « en faveur des valeurs de solidarité »admet-il.

  • Les ambiguïtés du libéralisme

    Les ambiguïtés du libéralisme

    Ecrit par Jean-François Vincent, le 16 juin 2018, dans Economie - La une - Littérature

    Jean-Claude Michéa, agrégé de philosophie, fils de résistant communiste et communiste lui-même jusqu’en 1976, est resté profondément anticapitaliste – d’où le titre – mais il a évolué vers une critique plus globale qui inclut les préoccupations écologiques ; il se dit désormais simultanément « socialiste » et « décroissant ».

    Décroissance. La lecture de l’ouvrage de Serge Latouche, L’âge des limites, l’a inspiré au point de livrer le leitmotiv de son propos : « la société de consommation trouve sa condition préalable dans la nécessité inhérente à toute économie libérale de poursuivre à l’infinile processus de mise en valeur du capital ». Infini contre finitude, limite contre illimitation. Ces oppositions fixent l’axe du combat de Michéa. Elles rejoignent, nous le verrons, celui du néo-conservatisme d’une certaine extrême droite. Pourfendeur du « relativisme moral de la gauche postmoderne, de l’idéologie du No border », il voit dans le physiocrate du XVIIIème siècle, Guillaume-François Le Trosne, le père du « mot d’ordre libéral ni patrie, ni frontière ». Le toujours plus à l’intérieur d’un monde clos et fini constitue, en effet, une contradiction dans les termes. Elle a donné naissance à ce qu’il appelle le modèle « californien » de la Silicon Valley, un mélange d’hédonisme et de nietzschéisme, où le « règne de l’absolutisme individuel » aboutit au délire démiurgique du transhumanisme (cf. ma chronique au sujet de ce dernier). Notre auteur dénonce alors « l’abolition de tous les tabous de la morale commune, de toutes les frontières protectrices encore existantes et de toutes les manières de vivre partagées ». Apologie des tabous moraux et des frontières protectrices, tiens, tiens… à cela s’ajoute la critique d’une « société atomisée, mobiliaire et agressivement individualiste ». « Mobiliaire », autrement dit « qui trouve sa raison d’être dans un appel au nomadisme généralisé ». Limite rimant ainsi avec enracinement.

    La justification de ce qui, pour Michéa, relève de la croyance et non de la raison, se trouve dans une pseudo-scientificité, « axiologiquement neutre », affirmée « sur le ton détaché et neutre de l’expertise impartiale », en un mot dans cette « pensée unique », vilipendée aussi bien par l’extrême gauche (par exemple Ignacio Ramonet du Monde Diplomatique) que par l’extrême droite (entre autres par Alain de Benoist qui lui a consacré un volume entier).

    La conséquence politique de cet état de chose n’étant autre que ce qu’il nomme « l’alternance unique » entre « l’aile gauche et l’aile droite du château libéral », pour qui il s’agit seulement « de prolonger de quelques décennies encore la survie d’un système qui prend eau de toute part » et le macronisme actuel se posant, de fait, comme un « compromis historique d’un type nouveau », une nouvelle « union sacrée » des deux ailes du « château libéral ».

  • Le socialisme dans un seul pays ?

    Le socialisme dans un seul pays ?

    Ecrit par Jean-Luc Lamouché, le 16 juin 2018, dans Monde - La une - France - Politique

    Dans cette chronique, je croiserai l’Histoire et l’Actualité, car cette question du « socialisme dans un seul pays » (et est-il possible aujourd’hui ?) remonte à très loin, au moins pour ces dernières décennies, à la période où, en France, François Mitterrand fut obligé de passer à la politique dite de « la rigueur ». Il y a un autre problème que je devrais poser, à côté des exemples donnés en fonction de la chronologie : celui des différents types de « socialismes » auxquels je vais être amené à faire allusion. En effet, il y aura le cas du socialisme démocratique (ou social-démocratie), le plus modéré de tous – tendant souvent vers le centre gauche. Il y aura ensuite celui des socialismes radicaux, allant de ce que l’on appelle « la gauche de la gauche » jusqu’à « l’extrême gauche ». Et puis, on trouvera aussi des nouveautés idéologiques dont on peut se demander s’il faut ou non les classer dans le cadre du « socialisme ». J’ai à analyser les exemples des grandes expériences qui ont globalement échoué (expression à nuancer), en partant de la France en 1983, puis dans le monde, aussi bien pour la social-démocratie que le socialisme s’affirmant comme « radical ». Et puis, il me faudra aussi évoquer le cas des gauches latino-américaines et du mélenchonisme français, qui n’ont plus grand-chose à voir avec le socialisme tel que nous l’avons connu en Europe depuis 1936 et après 1945. Je devrais aussi aborder rapidement dans mon texte la question des raisons de ces échecs (parfois relatifs), et aussi celle de savoir si demain la tenaille subie peut ou non se desserrer, avec notamment une social-démocratie qui serait redevenue simplement et possiblement active. Ou bien quoi d’autre encore ?

    Pour rappel, c’est en Union Soviétique (née en 1922) que se développa l’expression de « socialisme dans un seul pays », au moment où le système de Staline (successeur de Lénine) passa à une vision nationale, voire, à certains égards, nationaliste. Cette conception aboutit alors à une vision économique de type quasi-autarcique, à l’image de ce qui se passait dans les autres pays totalitaires des années 1930 : Italie fasciste et Allemagne nazie. Economiquement, elle déboucha à la fois sur le sacrifice des paysans, l’industrialisation à marche forcée, et à un échec considérable pour les habitants sur le plan du niveau de vie. Faisons maintenant un bond dans le temps. Laissons de côté les expériences tchèque (en 1968, avec « Le socialisme à visage humain » d’Alexander Dubcek) et chilienne (au début des années 1970, avec le socialisme légaliste mais se voulant radical du président du Chili Salvador Allende (écrasée par le coup d’Etat militaire de Pinochet en 1973). Je commence donc à dérouler le tapis chronologique de mon sujet.

  • Recueil de poèmes courts

    Recueil de poèmes courts

    Ecrit par Emmanuelle Ménard, le 16 juin 2018, dans La une - Ecrits

    Mots d’amour et d’hiver : «  les petits ruiseaux…

     

    Les petits ruisseaux

    font les grandes rivières

    Les petits cons

    font les grandes sociétés

    et moi dans tout ça

     

    Chaperon douce

    je cherche le loup

    aux poils chauds de l’amour

     

    Le pain béni du quotidien

    se coupe en tranches

    se mange en mie

     

    Le pain pétri comme une croûte

    qui casse

    les deux dents du bonheur

  • Petite prose d’occasion

    Petite prose d’occasion

    Ecrit par Jean-Charles Vegliante, le 16 juin 2018, dans La une - Ecrits

    Le jeune aide bibliothécaire lui avait dit : « Votre destin naval va commencer là, au coin du quai de la galerie Julien Cain ». Il se posta donc à l’angle de la galerie Julien Cain, sous le panneau indiquant d’ailleurs ce nom, dont il se demandait s’il fallait y entendre l’écho de Caïn (pour lui lié depuis l’école à Victor Hugo). Et son œil était fixé dans l’attente, scrutant l’ombre et toute silhouette vaguement compatible avec celui qu’il espérait apercevoir un instant avant le départ du bateau sonore, pour le saluer de sa corne. Deux et trois fois, il crut l’avoir reconnu sous des aspects fort différents mais plausibles : il avait vu bien sûr Holy Motorset était prêt à tout. Oui, le père imprimeur de Cain avait parfaitement pu gommer le tréma de leur nom, pour de bonnes raisons sociales et culturelles. Le capitaine Achab lui-même, celui du destin naval, semblait dénier toute parenté avec le roi maudit qu’affronte Élie dans le Livre des Rois. La vie vraie, rêvée inventée (ou inventée rêvée) est pleine de travestissements, de dénégations et de reconnaissances. Brusquement, le même aide bouclé se précipita vers lui, hors d’haleine, et lui dit qu’il l’avait cherché pour l’avertir que finalement, c’était à l’autre extrémité de la Grande Bibliothèque – à des lieues de brume de là, tout au fond – vers la salle des Globes géants, que le destin – si destin il devait y avoir – se matérialiserait. Et que l’événement urgeait, à présent.

    Il se mit à trottiner, cachant cette hâte ridicule en ce lieu feutré, un peu comme les marcheurs de fond se pressent, se déhanchent raides sans avoir le droit de courir (sous peine d’élimination), certain qu’il avait désormais laissé passer sa chance… « Fortune est chauve derrièreet devant chevelue », or il était resté en arrière ! Arrivé sous les gigantesques boules, sous l’œil noir vide de l’une, braqué sur lui comme une bouche de bazooka, il se trouva pris parmi une petite foule agglutinée autour d’un échalas chevelu préposé au guidage commenté des badauds – plutôt étranges du reste, en ces lieux. Une bonne âme lui dit, voyant sa mine défaite : il paraît que ça fait partie du dispositif. Il se disposa donc, reprenant son souffle. L’escogriffe était au demeurant assez drôle, il se dit qu’il n’avait pas tout perdu, lorsque tout à côté de lui, comme en contrebas – par quel tour de magie, le sol étant uni et horizontal, on ne sait – voici le saltimbanque, le diseur, l’acteur tuttofaremagnifique qui semble lui faire un clin d’œil, mais il croit avoir rêvé, essaie de glisser deux mots à l’oreille trop tard, le follet saute au milieu de la foule et se met à parler le plus naturellement du monde son premier texte : le poème ! Le spectacle ambulant a donc commencé ! Pris aux cheveux ils vont suivre, telles les souris derrière le joueur de flûte de Hamelin, avec les rires, les frissons et les pleurs d’un petit garçon effrayé qu’on puisse lui enlever sa jolie maman, la course effrénée et poétique de Denis Lavant. Poésie, qui se fait. Poïein. Un petit moment de vie trottinante soustrait au néant, peut-être. Le jeune échalas aussi, à la fin bon diseur également, et Mathieu Marie pour le nommer, se joint au salut final, cette révérence des acteurs qui est leur forme de politesse. C’est fini, d’autres queues se pressent plus loin pour des lectures en salle, plus convenues, il faut rentrer dès que l’applaudissement s’éteint sous les galeries austères. Force de ce qui arrive, qadarde ce qui toujours se termine, adieu.

  • La femme murée, Fabienne Juhel

    La femme murée, Fabienne Juhel

    Ecrit par Martine L. Petauton, le 16 juin 2018, dans La une - Ecrits

    Il faut définitivement être reconnaissants à Fabienne Juhel pour ses livres : écriture magnifiquement poétique dans un format toutefois économe ; sujets variés alternant le peri fantastique, aux bords de récits de voyages, aux franges souvent inattendues mais toujours pertinentes de la grande Histoire… Romans – « romanesque » étant peut-être le second prénom de Fabienne – baignant dans les vents de la lande, le granite des villages, la houle et la tempête de sa Bretagne, qu’il faut vouloir aimer pour lire Juhel.

    Une fois de plus avec La femme murée, embarquons pour un voyage-Juhel. Enfin, une excursion – balade appellerait trop l’insouciance - qui reste bien à quai dans Brest, son pays, ses rues, et qui nous amarre à un pan de son histoire récente, celle des destructions massives des villes de l’Ouest durant la seconde guerre mondiale. Comme médium, une femme – en vrai, comme diraient les enfants à qui on raconterait son histoire, car le troisième prénom de Fabienne est sans doute « raconter ».

    Jeanne Devidal, qu’on nommait « La folle de Saint-Lunaire »,a traversé pas moins de 100 ans de malheurs croisés, tous plus étranges, originaux, les uns que les autres, sans perdre de vue la mer, depuis une… construction ? habitation ? fabriquée de bric et de broc au long (cours) de sa longue vie ; tout en récupérations diverses et farfelues, ayant laissé pousser un arbre au milieu d’une pièce, et barricadant ouvertures et couloirs-labyrinthes, à coups d’un peu n’importe quoi. Cela ne ressemblait à rien de connu ou concevable, si ce n’est la maison du facteur Cheval ; ça galopait en dehors des règlements d’urbanisme les plus élémentaires, et s’insinuait sans gêne dans l’espace public et dans celui des voisins ; « et si on a le malheur de lui dire quelque chose, elle vous jette des pierres ! ».Si l’on ajoute que des hordes de chats l’accompagnaient, qu’elle restait – sauvage, disait-on, à l’abri de ses grands yeux verts – dans son univers, criant parfois à la brune, on aura compris les conflits inévitables et inexorables entre la « folle » et le reste de Brest…

    « Disons qu’elle fait un avec sa construction. Qu’elle a autant le bâti dans le corps que le bâti est en elle. Une double carapace. Elle n’a jamais fait la différence entre sa constitution et sa construction. C’est peut-être une maladie. Elle dit – sous mon toit logent des souris, comme elle dirait que des idées lui courent par la tête. Et inévitablement, des araignées au plafond… ».

    Mais Fabienne Juhel a encore un prénom, double cette fois : « observer et comprendre ». Elle a mené ce qu’il faut d’enquêtes croisées et fines, pour remonter jusqu’à la jeunesse de Jeanne, sa famille, ses frères, tout ce monde anéanti dans les feux des guerres – aujourd’hui les psychologues parleraient de la violence post-traumatique qu’elle a dû porter à même le dos. Et si la femme de la bicoque s’asseyait parfois la nuit au milieu de ce nulle part qui était son chez soi, c’était pour écouter et humer ses fantômes, les « invisibles ».

  • Un nouveau concept politique : l’illibéralisme

    Un nouveau concept politique : l’illibéralisme

    Ecrit par Jean-François Vincent, le 09 juin 2018, dans Monde - La une - Politique

    Le terme apparut pour la première fois dans un article de Foreign Affairs de 1997. C’était alors une question purement théorique ou comment une « démocratie », tout en préservant – dans une certaine mesure – la liberté économique, la liberté d’entreprendre, peut néanmoins limiter, voire abolir certaines libertés politiques.

    Viktor Orbàn, en Hongrie, reprit l’idée et surtout la mit en pratique, déclarant, par exemple, dans son discours de juillet 2014, à son parti, la Fidesz : « Nous devons rompre avec les principes et les méthodes de l’organisation libérale et, d’une manière générale, avec la conception libérale de la société (…) il faut restaurer les devoirs de l’Etat qu’ignore l’ordre économique qui prévaut en Europe de l’ouest ».

    Depuis Adam Smith et John Stuart Mill, on avait, en effet, lié les deux : le marché et la démocratie. Certes, les contre-exemples ne manquaient pas ; le mix capitalisme et fascisme du général Pinochet, au Chili ; ou, à l’inverse, le mariage contre nature entre capitalisme et communisme, en Chine. Mais cela n’avait pas encore été théorisé. Pinochet l’avait rêvé, Orbàn l’a fait. Le phénomène a d’ailleurs suscité de nombreuses études en Autriche, pays voisin et directement concerné, car la coalition VPÖ-FPÖ (droite/extrême droite), emmenée par le jeune chancelier Sebastian Kurz, lorgne sur le régime hongrois.

    Le quotidien conservateur – mais non extrémiste – Die Presse, sous la plume de Karl-Peter Schwarz, s’est lancé dans une défense et illustration de la ligne Orbàn : « Les critiques lui (Orbàn) rétorquent qu’un régime est soit démocratique et libéral, soit illibéral et antidémocratique. Ce faisant, ils oublient que la démocratie est un moyen et le libéralisme une fin. Lorsque la majorité qui voit le jour, a pour objectif le nationalisme ou le socialisme, il existe certes une démocratie, mais point de libéralisme ». Ainsi l’existence d’élections libres n’aurait pas d’autre signification que de définir le mode de désignation du pouvoir exécutif et n’impliquerait, en soi, aucun présupposé politique, étant compatible avec n’importe quelle idéologie…

    Ce que, bien sûr, conteste le journal de centre gauche – Wiener Zeitung – dans un article d’Isolde Chorim : « Illibéral signifie agir contre les juges et les journalistes, contre le partage du pouvoir et la société civile, illibéral signifie un contrôle des médias, un monopole du discours politique et une oppression des minorités. Autrefois, la démocratie et le pouvoir autoritaire étaient antinomiques. Aujourd’hui, nous sommes en présence d’une forme hybride, telle que la démocratie illibérale, qui allie élections, parlement et pratiques autoritaires ». Une dictature « soft », en quelque sorte, une dictature respectueuse, à échéances fixes, de la volonté populaire.

  • Heureux d’apprendre à l’école : l’école Gueguen

    Heureux d’apprendre à l’école : l’école Gueguen

    Ecrit par Jean-François Vernay, le 09 juin 2018, dans La une - Education

    La buena educación

    Dans Heureux d’apprendre à l’école : Comment les neurosciences affectives et sociales peuvent changer l’éducation, le docteur Catherine Gueguen entend « [s’] interroger sur le profond malaise engendré par l’école » (p.7) en adossant sa réflexion aux avancées en neurosciences affectives et sociales. Aussi propose-t-elle une réforme de l’éducation centrée autour de l’empathie et du rôle des compétences socio-émotionnelles dans le monde éducatif. La démarche n’est pas banale puisque si les chercheurs en sciences de l’éducation ont parfois recours aux travaux de psychologues, neuroscientifiques, et psychiatres, pour penser de nouvelles approches pédagogiques, il est moins courant de voir des experts du fonctionnement de l’esprit s’intéresser au système scolaire et à ses rouages.

    D’emblée la pédiatre insiste sur l’aspect décisif de la relation enseignant-élève, puisque cette dernière détermine « l’apprentissage, […] la mémorisation, la motivation, la créativité, la coopération dans la classe, le développement, l’épanouissement et le bien-être de l’enfant et de l’adolescent », tout autant que « le bien-être de l’enseignant et à son sentiment de compétence » (p.11). Le postulat de base se résume à l’intertitre suivant : Toute « relation empathique et soutenante favorise le développement du cerveau de l’enfant » (p.17), raison pour laquelle il convient de privilégier un environnement bien-traitant et de bannir la violence éducative qui ne permet pas d’inculquer une discipline personnelle sans conséquence néfaste pour le cerveau dont la maturation atteint son apogée vers 25 ans. Les éducations punitives seraient sources d’insensibilité, d’endurcissement, de carence d’empathie et de comportements antisociaux.

    Face à des comportements inconvenants, quelle démarche adopter ? Il faut poser des limites tout en étant concis et factuel, sans forme de jugement. « Puis sachant qu’il est face à un être encore très immature, l’adulte l’apaisera par sa présence compréhensive, sa voix douce, son regard bienveillant, ses gestes tendres » (p.22). Viendra ensuite le temps de lui laisser la possibilité d’exprimer le pourquoi de son action et ses émotions, avant de l’encourager par des formules du type : « Je te fais confiance, en grandissant, tu vas apprendre à faire autrement » (p.22).

  • La victoire de Castres, le rugby de Marcel…

    La victoire de Castres, le rugby de Marcel…

    Ecrit par Lilou, le 09 juin 2018, dans La une - Sports

    Qu’il me soit permis ici de dresser sur tout le long de la route qui sépare Toulouse à Castres une guirlande ininterrompue de joies illuminées se confondant dans les éclats de la victoire de Castres sur Montpellier. Castres ramène pour la 5ème fois de son histoire le Brennus chez lui, sur le frontispice du stade Pierre Antoine, tout au bout de cet interminable championnat de France de Rugby, et surtout tout au bout d’une transhumance à l’ancienne ayant conduit à la capitale plus du quart des habitants de la sous-préfecture du Tarn. La victoire de Castres, c’est le triomphe du rugby de Marcel plutôt que celui de Charles Hubert. C’est celui qui sent l’ail et la saucisse et qui laisse filer au vent léger du bonheur d’exister la certitude qu’en sport, tout reste à écrire. La victoire de Castres, c’est le rugby de la colère crottée des gens de Province qui balaye l’affairisme conduit par des énarques pour lesquels un demi de mêlée ou un talonneur n’est qu’une valeur marchande à bonifier à la sodomie du CAC 40. Le triomphe de Castres, c’est la victoire de ce peuple croyant que dans ce monde habitué aux choses écrites d’avance, il existe des raisons de vivre encore plus loin ses rêves qui font que dans les écoles de rugby, des gamins de 12 ans savent que le père noël existe et qu’un jour ils pourront être les orfèvres de ces courses fabuleuses sur 80 mètres pour tout au bout offrir à son âme sœur le ballon de la victoire.

    Marcel justement ! Un tout petit bonhomme tout juste vieux nourrissant depuis toujours pour son club une passion ayant tous les traits de l’amour. Oh, pas parce que c’est son club, mais parce qu’il est né juste à côté. S’il avait vécu 50 kilomètres plus loin, il aurait chéri Albi, s’il était né au bord du Gers, alors il aurait été Auscitain jusque dans le choix de sa Marcelle. Dans ce rugby de terroir et de mauvaise foi, on aime son club parce que ses morts à soi y sont enterrés juste à côté. C’est comme ça et il est inutile d’être brouté du matin au soir avec les plus grandes étoiles de l’univers venant jouer pour le club voisin. Au mieux, Marcel n’aura pour eux qu’un faible regard de circonstance, au pire il n’aura rien, tellement dénué qu’il est Marcel, des dorures des autres.

    Marcel, très tôt ce matin du 2 juin 2018 a chargé dans sa voiture les lourdes responsabilités d’avoir à monter à Paris autant ses espoirs de ne pas prendre la raclée promise par les experts du rugby français et par les cadors du championnat, Montpellier, que ses petits-enfants grimés depuis la veille au soir du bleu et de blanc éternels du Castres Olympique. Sa Marcelle, prévoyante depuis tous ces lustres lui avait même écrit l’itinéraire, arrêts de péage et bouffes pour le petit dernier, un peu turbulent, comprises : vers 14h, tu t’arrêtes à la station d’autoroute sur l’A20 « Salbris-Theillay » pour manger, tu as tout dans la glacière avec le nom pour chacun écrit en rouge (pour le repas du soir, c’est écrit en bleu) et tu trouveras aussi ton sandwich avec le saucisson que tu aimes tant. 17h, la Peugeot de Marcel s’arrête toute seule du côté de Rungis, très au sud du stade de France. Marcelle avait dit et écrit que conduire dans Paris serait trop difficile, alors, ce serait en RER que sa transhumance se poursuivrait à Marcel et à ses petits-enfants. 18h30, stade de France, Marcel est heureux, ça se sent, il est si près et si loin de tout ce qu’il est. Ses mains se multiplient pour ne pas perdre la petite chair de sa chair, ses yeux s’agitent comme des sémaphores multicolores ouverts sur l’horizon, et surtout sur ces grappes de supporters si souriants de se retrouver au milieu de ces peuples en fête. C’est qu’il en a des étoiles dans les yeux le Marcel !

  • « Dans le secret des œuvres d’art »  Campagnes de restauration au Musée Fabre de Montpellier - exposition

    « Dans le secret des œuvres d’art » Campagnes de restauration au Musée Fabre de Montpellier - exposition

    Ecrit par Martine L. Petauton, le 09 juin 2018, dans La une - Arts graphiques

    Il est des gens, nombreux, qu’un musée fait bailler, qu’une expo fait fuir. Il est des personnes pour qui art rime seulement avec vague posture sociale, si ce n’est ennui. Alors, l’exposition temporaire de Fabre, démarrée ce printemps, est pile cousue pour eux. Parce qu’ils vont adorer et en ressortir passionnés, comme chacun d’entre nous en revient, changés dans le regard futur qu’on portera sur n’importe quelle œuvre d’art, et, ce, dans tous les musées du monde. Un outil de transfert, pas moins, qu’un public de jeunes voire d’adolescents, friands de technologies nouvelles ne peut qu’adopter avec enthousiasme !

    Il s’agit de nous présenter, raconter, montrer la restauration de l’œuvre d’art, en ciblant 5 exemples, tous pris dans les collections du musée, et en réussissant un fabuleux deal : être le plus pédagogique possible, le plus efficacement communicant possible. Chacune des œuvres a des supports et des problématiques de restauration différents. Michel Hilaire, le directeur du musée, résume impeccablement la démarche de cette expo hors norme :« Amener le visiteur à appréhender l’œuvre d’art non pas seulement selon un critère esthétique, mais dans sa composante matérielle. Aller au-delà de la surface et se perdre dans les arcanes mystérieux de la science et de l’art ».

    « La Sainte Trinité couronnant la Vierge » est un anonyme espagnol ou flamand ; panneau de bois, dont il faut connaître les recettes de fabrication, pour mesurer comment pouvoir le maintenir au mieux et le présenter au public de nos jours. Voyage dans le bois du tableau… toute une analyse d’un matériau mouvant qui réagit à la température et à l’humidité, étant ainsi hydroscopique. La restauration a placé le tableau dans une vitrine climatique, où il est soumis à des hausses et des baisses de température et d’humidité ; toutes mesures permettant de gagner un temps précieux, pour ensuite, en atelier de restauration des œuvres sur bois, être travaillé en termes d’adhérence, de collage…

    Deux dessins du 18ème de Jakob Philipp Hackert ont bénéficié d’une restauration préventive. On nous montre l’état initial (taches, effacements partiels, piqûres, estompage des teintes exagérément jaunies). La sauvegarde a dû décoller des cartons abîmés (travail de fourmi à la fine spatule) parvenir (prouesse technique) à ne rien sacrifier. Le résultat tient du miracle : le dessin a retrouvé chèvres et frondaisons, les teintes sont revenues, l’espérance de vie des œuvres allongée, et l’exposition possible à nouveau.

  • Recueil de poèmes courts

    Recueil de poèmes courts

    Ecrit par Emmanuelle Ménard, le 09 juin 2018, dans La une - Ecrits

    Mots d’amour et d’hiver (19) : «  points de suspension…

     

    Points de suspension dans la nuit

    L’esprit

    ouvre l’espace

    d’un temple pour les mots

     

    L’esprit

    comme un nomade

    avec sa caravane

    de rimes encielées et de prose peuplée

     

    Intoxication

    alimenlittéraire

     

    Mon corps en a mangé

    des mots et des histoires

     

    Intoxication

    alimenfunéraire

     

    Mon esprit est tombé

    du haut de ses pensées

  • Témoignage :

    Témoignage :

    Ecrit par Tawfiq Belfadel, le 09 juin 2018, dans La une - Ecrits

    Je n’aime pas écrire des textes autobiographiques. Je suis habitué à extirper ma rage et peindre mes joies en me cachant derrière le voile des mots. Mais cette fois, je l’ai fait parce que le sujet est grave. J’ai vécu une situation qui m’a indigné et fait rire à la fois. Le Consulat d’Espagne à Oran m’a refusé récemment un visa de court séjour.

    Voici les faits :

    J’ai déposé ma demande auprès du prestataire BLS d’Oran le 12 avril 2018. Motif : visa de court séjour touristique. J’ai deux professions : professeur de français au collège et écrivain de langue française. Durée du séjour prévu : 10 jours. J’ai déposé un dossier authentique et complet dont les pièces suivantes :

    – Attestation de travail

    – Derniers bulletins de paie

    – Assurance de voyage

    – Réservation d’hôtel confirmée

    – Attestation de titulaire de carte visa Gold contenant 2607 euros

    – Relevé de compte bancaire dinars suffisamment alimenté

    – Copie des contrats de mes livres

    – Document justificatif de l’ONDA (Office National des Droits d’Auteur)

    Et d’autres documents : photos, photocopie du passeport, affiliation de CNAS, reçus des opérations bancaires…

    Dans la notification de refus, le Consulat m’a justifié sa réponse négative par les motifs suivants :

    – Le motif 3 qui stipule : « N’a pas apporté la preuve qu’il dispose de moyens de subsistance suffisants… »

    – Le motif 8 qui stipule : « Les informations présentées pour justifier le but et les conditions du séjour prévu ne sont pas fiables ».

    En comparant les motifs avec mon dossier, la contradiction est flagrante. Dire que je n’ai pas de ressources suffisantes alors que je suis professeur, écrivain, titulaire en plus d’une carte Visa Gold contenant 2607 euros. Dire que les informations justifiant les conditions du séjour ne sont pas fiables, alors que j’ai déposé une assurance de voyage valable et une réservation d’hôtel confirmée.

  • Emmanuel Macron et les pièges du multiculturalisme revanchard

    Emmanuel Macron et les pièges du multiculturalisme revanchard

    Ecrit par Jean-François Vincent, le 02 juin 2018, dans France - La une - Politique - Actualité

    Tout commença par la remise, ce mois-ci, par Jean-Louis Borloo à Emmanuel Macron d’un imposant rapport sur les banlieues. Rappel accablant : « Des grands ensembles construits rapidement, tous sur le même modèle, ont accueilli une immigration de travail transformée en immigration familiale. Pour cette France tout est dur. Trop d’argent aurait été versé pour les quartiers ? Faux ! Dans les quartiers populaires, les communes ont plus de besoins mais moins de ressources (…) ils doivent bénéficier d’une attention particulière ».

    Chiffrage du projet : au bas mot, 48 milliards d’euros ; un tonneau des Danaïdes qui a déjà englouti des fortunes pour des résultats sinon nuls du moins négligeables. Le président – on le comprend – a dit non. Mais ce qui a suscité la controverse, ce fut la manière dont il a dit non : « Que deux mâles blancs ne vivant pas dans ces quartiers s’échangent l’un un rapport, l’autre disant “on m’a remis un plan”… Ce n’est pas vrai. Cela ne marche plus comme ça ».

    « Mâles blancs ». Le propos choque hypocritement Marine Le Pen : « Je trouve extrêmement choquant que #Macron évoque un argument racial digne des “Indigènes de la République”, en délégitimant toute solution pour les banlieues qui émanerait de “mâles blancs” ». En fait, EM est tombé dans le piège de ce que Mathieu Bock-Côté, sociologue québécois de tendance souverainiste, nomme « l’extrême gauche racialiste américaine ». Extrême gauche ? Pas si sûr, Grayson Perry, journaliste à la New Republic, organe de presse simplement qualifié de « liberal » (= de gauche) n’hésitait pas à écrire, en 2014 : « il faut détrôner l’homme blanc, hétéro et bourgeois ».

    En France le PIR – le bien nommé vu son slogan : « Le pir est avenir ! » – le Parti des Indigènes de la République, reproduisait en toute tranquillité sur son site web, le blog de l’un de ses membres, Houria Bouteldja, sur le même sujet : « Aussi douloureux que cela puisse être ressenti par les écorchés du drapeau et les thuriféraires d’une France éternelle et gauloise, nous transformons la France. En d’autres termes, elle aussi, s’intègre à nous. Certes en y mettant le temps, mais nul besoin d’une conspiration fomentée par les masses arabo-négro-berbères, ni d’un quelconque complot ourdi par des cellules dormantes de barbus-le-couteau-entre-les-dents. La France ne sera plus jamais comme dans les films de Fernandel. Notre simple existence, doublée d’un poids démographique relatif (1 pour 6) africanise, arabise, berbérise, créolise, islamise, noirise, la fille aînée de l’Église, jadis blanche et immaculée, aussi sûrement que le sac et le ressac des flots polissent et repolissent les blocs de granit aux prétentions d’éternité » (19 septembre 2009). Notons, au passage, le néologisme – sans doute involontairement analphabète – « noirise » au lieu de « noircit »…

  • La Comédie du livre 2018 de Montpellier ; le livre face aux réels

    La Comédie du livre 2018 de Montpellier ; le livre face aux réels

    Ecrit par Martine L. Petauton, le 02 juin 2018, dans La une - Actualité - Littérature

    Tellement autre chose qu’un salon du livre ordinaire, La Comédie du livre de Montpellier. On le ressent chaque année, en se baladant sous les chapiteaux de la Promenade, en écoutant les mille conférences, entretiens, débats qui, un peu partout dans le vieux Montpellier – gratuitement, s’il vous plaît – nous permettent de découvrir, d’engranger, de réviser, et de rencontrer toutes ces intelligences venues de tout près ou d’ailleurs. Car Montpellier est, depuis la nuit des temps, ville de culture et de rencontres, de mélanges, et tout ce précieux savoir être, si rare parfois de nos jours, c’est en « sa » Comédie que la ville, Montpellier Méditerranée métropole, la région Occitanie, tous leurs partenaires, chaque fin Mai, aime à nous le servir. Alors, prêts pour une dégustation littéraire, artistique et non moins citoyenne ?

    La 33ème Comédie ouvrait ses étals et ses conférences aux Littératures néerlandaises et flamandes, et comme chaque année, l’occasion nous était offerte de découvrir ou d’approfondir une littérature d’ailleurs, avec des affiches prestigieuses ; une manière de voyager de pages en pages. L’immense Margriet de Moor a ainsi clôturé – œuvre et présence – une Comédie où nous avions pu aller vérifier si les « Pays Bas étaient bien terres de Noirs », rencontrer les« Nouvelles voix des littératures néerlandaises et flamandes »,prendre le temps de revisiter, fort bien accompagnés, « La peinture hollandaise du Musée Fabre, et son influence ». Un de mes regrets a été de n’avoir pu assister aux rencontres professionnelles « 20 ans d’ateliers d’écriture, et après »,mais ausside n’avoir pu voir aucune expo, soutenir aucun projet pédagogique présent sur site, et finalement loupé pas moins de 20 à 25 entretiens avec ! Mais cette année, comme toujours, le vrai héros de cet événement, c’est probablement le choix et son deuil accolé…

    Est-ce l’histoire si brillante de ces petits territoires européens, leur niveau de civilisation, des ruelles de Bruges, à Rembrandt et à Amsterdam (« la plus belle ville du monde », disait un auteur intervenant), leur haute capacité en tolérances en tous ordres ; est-ce tout ça qui, dressés face à l’actualité si sombre – montée des extrêmes droites et des populismes, terrorisme racinant en Molenbeek – m’a presque naturellement fait choisir mon itinéraire : le livre et la littérature face aux réels. Autrement dit, là, au cœur de cette vieille Europe, géographique, ou institutionnelle (le Benelux des origines), comment bouge la citoyenneté, sa facette intellectuelle comprise, et que peut le livre et sa réflexion face aux orages en devenir. Vaste question, simple question ?

  • Le roi te touche Dieu te guérisse

    Le roi te touche Dieu te guérisse

    Ecrit par Mélisande, le 02 juin 2018, dans La une - Ecrits

    « Je suis le chemin qui attend le Voyageur », Saint Augustin

    « Je m’entête affreusement à adorer la liberté libre », Arthur Rimbaud

     

    Ce qu’il faudrait garder, Camarade, c’est la foi, ce qu’il faudrait sauver dans les regards, c’est Dieu ! Le divin en l’homme, ce qui le hausse hors du bourbier.

    Et l’élève, dans ses intentions, dans son cœur et dans son regard.

    Ce qu’il faudrait, Camarade, c’est retrouver la pureté d’intention.

    La vulgarité : c’est la relation de dépendance, la relation sado masochiste, cette impossibilité à assumer sa solitude !

    Vouloir entraîner l’autre dans cette chute glauque comme une fausse accolade qui n’est en fait que la promesse d’un jour sombre.

    C’est chercher désespérément des complices à notre volonté secrète d’en finir brutalement avec le jour puissant de la Vie.

    Ô ciel, aspire-moi, offre-moi les clés de ma nouvelle maison, claire comme le jour, légère comme le corps de l’oiseau.

    Quand mes amis entreront en souriant cherchant l’auberge, celle de l’Ourse aux grand bras, qui s’en moque d’être : sur la terre comme au ciel !

    C’est l’Ourse qui veut : le-ciel-tout-de-suite ! Ou rien !

    Rien du tout, juste : Michel-Celui-Qui-est-Grand.

    Qui est comme Dieu mais pas comme nous, juste : avec nous.

    Qu’il soit entendu en ce monde l’être qui se mêle aux humains comme le-cerf-cherche-dans-la-forêt, la clairière douce de son repos.

    Dans le Voyage, il est comme nous, prisonnier des affres terrestres, s’offrant aux dérives du chemin des hommes qui toujours le blessent.

    Qui le voit ?

    Mais aujourd’hui, ce dernier jour d’août, avec les cannes, on pense dans ce lieu de martyr, on songe aux forêts au vent qui parle à l’oreille de la blessée, à cette puissance là-haut qui nous a dit : je serai là !