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  • Charlie dans son bunker… mais que faire d’autre ?

    Charlie dans son bunker… mais que faire d’autre ?

    Ecrit par Martine L. Petauton, le 13 janvier 2018, dans La une - France - Média/Web - Actualité - Politique - Société

    Depuis quelques heures on les entend tous, lectorat fidèle au cuir tanné du vieux Charlie, tout venant occasionnel achetant le grand fascicule chaque fois que ça pète sur sa couverture, journalistes d’ailleurs (là, c’est un peu facile) et même…  ceux de Charlie, les survivants, et  les venus depuis. On les entend dire – Charlie enfermé dans son bunker, c’est tout simplement impossible… comme une erreur soulignée en rouge, un oxymore ahurissant, le grand fauve des savanes enfermé ! Evidemment !

    Pile, 3 ans après l’incroyable et l’indicible.

     C’était hier, ceux de Charlie. Nous tous tombés par terre devant radios et  tv, nous tous « je suis Charlie » ; dégoulinant, noir, sur la façade du Palais des festivals de Cannes où je me trouvais et où j’ai défilé le 11, avec à mon bras une tantine de bien plus de 80 ans, qui n’avait jamais manifesté ; clignotant, le Charlie – ce n’était pas le moins étonnant – au fronton du Vinci des autoroutes, partout, dans la moindre boutique, le plus petit espace libre d’affichage au coin des rues, papillons noirs qui rassemblaient alors presque le monde entier, passeport tenu à bout de bras ; du simple, du presque tout : la liberté d’expression. Ils seraient encore aujourd’hui, aux derniers sondages, à se revendiquer de ce « je suis Charlie » à hauteur de plus de 70%, en France, ce qui est énorme quand on sait à quelle vitesse tournent les opinions et leurs modes moutonnières.

    Alors, comment traiter les Charlie, hic et nunc ? Quand on mesure ce qui reste (et peut-être augmente) de haine et de menaces vis à vis de ce que représente Charlie vu de la lorgnette de l’intégrisme pur et dur, de son bras armé terroriste, bien  vivace nonobstant la perte territoriale du fameux califat du Moyen-Orient (quand E. Macron dit que la menace future viendra de l’Afrique sahélienne, il a vu juste ; rien n’est fermé dans la terrible entreprise, loin s’en faut).

     Pour ces djihadistes, l’esprit-Charlie est tellement autre chose que ce qui s’entend pour nous, a minima : liberté d’être impertinent dans un journal satirique. C’est que Charlie, ces gens le comprennent au cœur, et ne sont pas à ce titre, prêts à lâcher la cible. L’esprit Charlie, et son compère, celui du 11 Janvier, que même un Hallyday descendu de sa planète Amérique a chanté et plutôt bien, c’est la quintessence de la menace contre eux, quelque chose d’opérationnel contre le noir du drapeau de Daech : sourire et joie, collectif et valeurs, culture et rire, surtout, et gens debout… Et on penserait que deux dizaines de types, même de l’ importance de la Rédaction de Charlie, auraient suffi à étancher leur soif !

    Les menaces sont bien là – toujours aussi implacables - nominatives ou non, terrifiantes. La fatwa rôde ; demandez donc à Rushdie s’il est content de sa vie plus qu’à l’ombre…

  • Alles ist Hin ?/Tout est foutu ?

    Alles ist Hin ?/Tout est foutu ?

    Ecrit par Jean-François Vincent, le 13 janvier 2018, dans Monde - La une - Politique

    « Ein Rechtsrutsch ! » titre la Neue Zürcher Zeitung, un coup de barre à droite ; tel est bien le verdict des urnes en Autriche : 31,5% pour l’ÖVP (chrétien-démocrate), 26% pour le FPÖ (Freiheitliche Partei Österreichs, officiellement « libéral », en fait, depuis sa fondation, en 1956, par Georg Haider – lui-même fils de SS – refuge des anciens du parti nazi). Une coalition ÖVP/FPÖ s’est formée, scellée à Kahlenberg, cette colline du Wienerwald qui domine Vienne et la vallée du Danube, et où – symbole ô combien parlant ! – Jean III Sobiewski, roi de Pologne, battit, en 1683, les armées ottomanes, mettant fin ainsi au siège de la capitale… A la tête du nouveau gouvernement, Sebastian Kurz, 31 ans, plus jeune encore que Macron ; il assume sans complexe l’alliance bleu-noir et a offert à ses partenaires des ministères régaliens : l’intérieur, les affaires étrangères et la défense ; plus, pour le leader du FPÖ, Heinz-Christian Strache, un poste de vice-chancelier.

    Strache représente la ligne dure du parti. Il a fréquenté 17 années durant la « Burschenschaft » Vandalia. Burschenschaften, ces associations pangermanistes d’étudiants, nées au XIXème siècle, et pratiquant les « Mensuren », des simulacres de duels, où les deux adversaires s’affrontent sans casque protecteur (à la différence de l’escrime classique), mais sans intention de tuer ou de blesser grièvement. Une école de courage et de virilité dont les traces sur le visage – les balafres – sont arborées avec fierté. Lors de présentation de l’équipe au président fédéral, Alexander van der Bellen, un écologiste, celui-ci refusa de serrer la main de Strache…

    Le programme ? Avant tout xénophobe. « Islam ist kein Teil Österreichs » vocifère Strache, l’Islam ne fait pas partie de l’Autriche. L’hostilité aux migrants d’ailleurs fait ici consensus, et ce bien au-delà de l’extrême droite ; cette hostilité constitue la raison majeure, fondamentale de la victoire de la coalition droitière : les envahisseurs, toujours venus de l’est, hantent les mémoires. Toujours ils assiègent et doivent être repoussés. Par conséquent, parmi les propositions de Sebastian Kurz, figurent, en première position, un renforcement des contrôles aux frontières et une diminution de l’aide sociale aux réfugiés, laquelle va passer de 924 à 520 euros. Vienne, de la sorte, se rapproche du groupe de Višegrad, comprenant la République tchèque, la Slovaquie, la Pologne et la Hongrie, nations appelant à une fermeture complète de leurs frontières, sous l’égide de régimes autoritaires, tels ceux de Jaroslaw Kaczynski, à Varsovie, ou de Viktor Orbàn, à Budapest.

  • Chronique sur un livre en créole Haïtien

    Chronique sur un livre en créole Haïtien

    Ecrit par Jean-François Joubert, le 13 janvier 2018, dans La une - Littérature

    Non, je ne voyage pas ailleurs que sur les ondes terrestres, le créole est pour moi comme l’espéranto, une langue extra-terrestre. Reste les traductions aléatoires du texte de monsieur Selmy Accilien, publié aux Editions Miroir ! D’ailleurs est-ce une langue ? En tous cas elle n’est pas de bois, et son caractère poétique ne fait pas dans la politique, mais dans l’amour des mots, la morsure du poète. Le Salon de Haïti est une invitation au voyage, regardez ce mot d’amour :

     

    « Ti koze bò lanmè

    Mwen  renmen jan vag yo

    Tonbe sou pye w la cheri

    Jan dwèt pye ou miyonnen plaj la…

    Èske ou konnen konbyen zetwal

    K ap desann nan rèv mwen

    Jou ou ta di m ou renmen m ?

    Èske ou konnen konbyen papiyon

    K ap pèdi souf yo

    Jou w ta di m ou renmen m ?

    Èske ou konnen konbyen fwa m t ap mache

    Fè laviwonndede

    Si san w ta tounen limyè

    Pou klere chimen m ?

    Ou mèt kwè m cheri »

  • Simple comme Van Gogh

    Simple comme Van Gogh

    Ecrit par Khalid EL Morabethi, le 13 janvier 2018, dans La une - Ecrits

    Bonjour, c’est simple comme Van Gogh.

    Au nom du fils du taureau en or et de la chatte à la voisine, il faut que ça soit original.

    Bonjour, vous voulez que ça soit beau, donc ça ne sera pas du tout orignal.

    Bonjour, vous voulez que ça soit fort mais la faiblesse d’un texte est toujours originale.

    Bonjour, vous voulez un thème, malheureusement il existe, et un jour ça ne sera pas du tout orignal.

    Bonjour, voilà, vous comprenez maintenant pourquoi.

    Au nom du fils du premier gorille et de la chatte de madame, il faut un premier problème.

    Bonjour, je suis un singe sage et le sourire c’est la rage, voilà, vous comprenez maintenant pourquoi tout ça se passe dans une cage… personne ne sait si c’est à cause de moi ou juste comme ça… ne cherchez surtout pas à comprendre car ça ne sera pas du tout original, c’est la nature.

    Au nom du fils de quelqu’un et la chatte originale, je cache le soleil dans mon dos et je dis que je m’appelle Bélial.

    Bonjour, je suis comme une fleur, celle qui ne ressemble à rien, celle qui ressemble à un fantôme dont on sent la présence, dont on entend la voix mais dont on ne comprend pas le sens.

    Bonjour, pour que ça soit original, il faut que j’assassine l’idée d’être… c’est le premier problème, il faut que j’assassine mes pensées.

    Bonjour, pour que ça soit original, j’étais là, il y avait du bruit et chaque jour c’était à cause de… et je ne savais pas que j’étais toujours là.

    Bonjour, si je meurs, ça sera original, vous comprenez maintenant comment ça va se passer et une fois que j’ordonne aux sens de ne rien dire et de partir apprendre à danser, ça ne sera pas du tout original.

    C’est simple comme Van Gogh, c’était moi depuis le début.

  • Aahd l’absolution

    Aahd l’absolution

    Ecrit par Ahmed Khettaoui Yasmina Warda Blidia Blidia, le 13 janvier 2018, dans La une - Ecrits

    Aahd tu es l’absolution

    Ô que ce levant devient jaloux

    de ton doux sourire

    de tes douces prémices

    pour purifier la honte

    Ton doux sourire

    poussa

    l’aube pour qu’elle se révolte

    étincelle de tes beaux yeux

    et la voilà

    Elle l’alluma

    Ce triste levant

    surgissant d’un recoin rayonnant

    à bord de tes douces lèvres

    Un doux matin tomba

    telle une Grappe

    telle une récolte fertile

    Tes tresses

    ô Aahd tu demeures toujours notre testament

    ô ma chère Aahd

    tu restes toujours notre pardon

    Notre absolution

    ô ma chère Aahd

    au creux de cette planète dignitaire

    sommes-nous les pénitences ?

    et toi les levants d’El Kods purifié ?

    tu es la paix

    dont nos cœurs demeurent : rançons capturés

    dis-leur Ô Aahd

  • Una pizza alla pala

    Una pizza alla pala

    Ecrit par Jean-François Vincent, le 13 janvier 2018, dans La une - Gastronomie

    Dans la ravissante petite ville de Diest, située à 8 km de chez moi, se trouve la meilleure pizzeria que j’ai jamais fréquentée : Da Leonardo, tenue – naturalmente ! – par d’authentiques transalpins.

    Certes, l’on y trouve les classiques spécialités italiennes (spaghetti – bolognese, alla carbonara – scaloppine alla milanese, scampi, etc.) ; mais l’originalité ici tient aux pizze. Celle-ci sont cuites « alla pala », sur pierre, et d’une taille parfois surprenante (cf. l’illustration). Plus de 70 variétés disponibles ! Parmi lesquelles l’on peut citer la « Inferno » (salami piquant, paprika, oignons rouges), la « Al carpaccio » (fromage, carpaccio (sic !), roquette, parmesan), sans oublier ma préférée, la « Don Giovanni » (tomates, fromage, aubergines et scamorza affumicata – fromage fumé).

    La salle est exiguë et surchauffée (du fait du four tout proche), les vins peu nombreux et de table ; mais l’addition demeure fort modeste (environ 20 euros par personne boissons comprises).

    Bref ! Pasta, pizza e basta…

     

    Da Leonardo

    Koning Albertstraat 21

    3290 Diest

    Tel : 00 32 29 77 89

  • Et bonne année… dit RDT !!

    Et bonne année… dit RDT !!

    Ecrit par La Rédaction, le 06 janvier 2018, dans La une

    Vous avez remarqué comme chaque an neuf fait sonner différemment ses vœux : il y eut des « je vous souhaite une belle année », et on était passé par le  douce  année », tandis que les  que 20.. vous soit – des plus favorables (des plus !)  ont succédé à des modes plus ou moins volubiles, parfois un rien baroques quant à la syntaxe, ont balancé dans le flot commun d’un peu tout le troupeau, montrant là peut-être que ce moment ritualisé des vœux barbe son monde au point qu’on se copie les uns les autres, en ayant, comme on dit dans les classes, « l’œil glissant »…

    Alors, cette année 2018, pourquoi ne pas s’en tenir aux vieux fondamentaux, ceux qui laissent filer l’essentiel : Bonne année ! Bonne santé ! et deux bises qui claquent sur chaque joue froide et ventée, chers amis lecteurs, et chers rédacteurs, en nous permettant d’ajouter ce :  et que l’an prochain, nous soyons encore là , nous au gouvernail de nos Reflets, et vous devant sa « une », pour les vœux, et leur genre du jour, de l’an qui s’annoncera… au passage, que ceux qui ont à ce jour oublié leur cotisation 2017 sachent qu’une bienveillante tolérance ouvrira leur enveloppe encore en Janvier…

    Vous nous autoriserez, du bord de nos chroniques souvent teintées d’actu et d’Histoire, de vous suggérer ce début d’an 18, d’être en pensée si ce n’est en salut avec le 1918 (fin des commémorations de la Grande Guerre) dont Vienne vous parle ce jour, et le film de Beauvois, pas moins, et de vous annoncer – haut les souvenirs, haut les cœurs – les drapeaux du Mai à venir, posant on l’espère le chapeau et toutes ses plumes au pied de ce Mai d’il y a 50 ans, car – comme chantait celui qui vient de partir – « quelque chose en nous de 68… ».

    On pourrait donc placer en 2018, à Reflets, nos textes, nos commentaires, nos débats, nos suppliques, comme ailleurs on baptise un lieu ; 20.., capitale européenne de…, ailleurs encore 20.., année Saint Machin, dans la lumière (le son, évidemment) de ce printemps si vieux, si jeune, passé, las, et si vivant pourtant.

    Avoir – envie – d’imagination, d’un peu de  culot, de changements, de novelletés, ce serait un chemin pour nous, vous, et – juste un peu – le monde de demain. Et puis – nonobstant - comme on lit dans les textes de JFV :  fond d’écran, tonalité majeure de la musique : de la solidarité, de l’aide, de l’« autre », encore et encore, parce que ça aussi, c’était Mai.

    Bonne année !

  • Et puis 2018 deviendra souvenir…

    Et puis 2018 deviendra souvenir…

    Ecrit par Sabine Aussenac, le 06 janvier 2018, dans La une - Ecrits

    Il y aura des senteurs et des fruits ribambelles, rouges fraises des bois au détour du sentier, ou simplement oranges de cent clous piquées.

    Il y aura des douleurs, des tristesses et des deuils, quand s’en va dans la nuit un grand-père épuisé, quand famille en aciers sur l’autoroute explose.

    Il y aura des combats, des regrets et des doutes. On se retournera, on quittera la joute, et puis on reviendra, rage au cœur, vers le ciel, pour tonner ou maudire, pour supplier parfois, parce que vaincre est humain et que l’on perd souvent.

    Il y aura des sourires, des inconnus qui passent, des regards échangés comme braise au foyer, et puis des vins levés, des anneaux, des nuits pourpres, quand on peut rire encore des défauts des aimés.

    Il y aura des oiseaux, des brindilles croisées, des cigognes envolées vers l’Afrique enchantée, des moineaux qui pépient, des pic-vert qui dérangent, des coucous querelleurs et des mésanges azur.

    Il y aura le patron, qui bougonne et qui tonne, l’inspecteur qui fulmine, le banquier qui maugrée, les impôts qui menacent, les huissiers griffes au vent, et puis les contredanses et les agios grinçants.

    Il y aura les frontières envahies de guenilles, les enfants égarés qui appellent « maman », les barbelés meurtris de tant de corps souffrants, les navires qui béent après tous les naufrages, quand les yeux grands ouverts fixent les océans.

    Il y aura le repas pour les vieux qui grelottent, les maraudes en hiver, pour donner soupe et riz, il y aura les sourires quand le chien affamé lui aussi a un os, sous la tente gelée, il y aura les espoirs de recouvrer un toit, ou tout simplement la dignité d’être vu en humain.

    Il y aura les week-end, cotonneux sous la couette, fleurant le chocolat et les croissants au lit, ces heures au goût de temps, ces lectures immenses quand le salon se fait réceptacle du monde, et tous ces bains moussants aux galets vanillés.

    Il y aura les lundis, le métro aux scories, les puanteurs des villes qui nous crachent au visage, les visages éteints, les passants renfrognés, les voitures qui passent comme mille furies, et ces longues semaines aux senteurs d’agonie.

  • 1er janvier 1918 à Vienne

    1er janvier 1918 à Vienne

    le 06 janvier 2018, dans La une - Histoire - Littérature

    Vienne, ma ville de cœur, celle où toujours je reviens, que je retrouve comme une personne, un parent, un ami… L’originalité de l’ouvrage d’Edgar Haider, historien, ex-chroniqueur à l’ORF, la télévision publique autrichienne, réside en ceci qu’il se base presque exclusivement sur des coupures de presse d’époque, ce qui fait revivre au quotidien la dureté du temps…

    Un temps d’espoir malgré tout : l’armistice avec la Russie bolchévique vient d’être signé à Brest-Litovsk ; le principal adversaire de l’Autriche-Hongrie éliminé, la paix serait-elle – enfin ! – en vue ? En cette nuit de la Saint-Silvestre, on s’échange abondamment des vœux en « wienerisch », le dialecte local : « I wintsch a gliklis neiz joar ! » (ich wünsche ein glückliches neues Jahr / je souhaite une bonne année). Les employés des télégraphes impériaux ont même rédigé un poème de circonstances :

    Schon schweigen die Kanoen

    An un’ser Front im Ost und Nord

    Und kleine weisse Fahnen

    Gebieten Halt dem Menschenmord.

    « Déjà se taisent les canons sur notre front Est et Nord ; et de petits drapeaux blancs ordonnent l’arrêt du massacre ». Oui, mais l’heure pourtant n’est pas à la joie. « Tout désir, tout élan paraît mort » écrit la Wiener Allgemeine Zeitung ; pour la traditionnelle « Abendfeier » (fête du soir), le service religieux clôturant l’année à la cathédrale Saint-Etienne, la police a barré l’accès à la Stefanplatz : peine perdue, vu la maigre affluence ! Les Viennois se réfugient dans les cafés, non pour ce que l’on y boit – car il n’y a presque rien à boire et même pour le café, il faut amener son propre sucre – mais pour avoir un peu moins froid et différer le retour à la maison, dans une chambre glaciale.

    Le premier janvier, au matin, la rumeur court qu’on vend de la viande de porc serbe à la Großmarkthalle (le marché de gros). La foule s’y presse, s’y piétine, dès cinq heures ; à dix heures plus rien ne reste à vendre. Plus tard dans la matinée, le classique concert du nouvel an fait place, après la représentation, à une distribution de vivres : la très sélecte Musikverein se transforme ainsi en immense soupe populaire ! La faim atteint de telles proportions qu’on signale un cas de cannibalisme. Le suspect – un prisonnier de guerre russe employé dans une centrale électrique – a découpé un morceau de la cuisse d’un adolescent de quinze ans après lui avoir fracassé le crane…

    Et pourtant ! Le premier janvier 1918 semble – presque ! – paradisiaque comparé au premier janvier 1945. Là, la ville se trouve complètement détruite par les canonnades de l’armée rouge et bientôt divisée en quatre secteurs comme à Berlin (le monument dédié au « héros soviétique » qui marquait la sortie hors des zones tenues par les occidentaux existe encore aujourd’hui). Sur les décombres, semblent résonner, comme par anticipation du film de 1949, les notes de cithare – entêtantes, mélancoliques/joyeuses, à l’image de Vienne elle même – composées par Anton Karas pour Le troisième homme

    Vienne, la survivante, aura résisté à tout : à la peste, aux Turcs, à la famine, aux Russes… alors ! elle peut bien chanter – avec le sourire ! – ce que chantaient les mères à leurs nouveau-nés, toujours en 1945 : « alles ist hin ! ». Tout est foutu !

  • Les Gardiennes

    Les Gardiennes

    Ecrit par Martine L. Petauton, le 06 janvier 2018, dans La une - Cinéma

    Un soir d’hiver. Creux avant-fêtes tonitruantes des vacances de Noël ; ciel bleuté, pas plus ; ici, avec les vents du sud, c’est si peu souvent couvert. A deux petits pas de la Comédie, Le Diagonal – Diago pour ses intimes – un ciné de tous les meilleurs films du monde, un choix entre art et essai et aussi le mieux d’un populaire de bon aloi ; à « croquer » du film 3 fois la semaine, pour le moins, une sorte de cantine ;  merveille Montpelliéraine, une de plus. Et ce soir, un peu à contre-courant (le film est à l’affiche depuis plusieurs semaines), nous sommes encore une solide bande à venir voir si dans tout cet « avoir » étouffant des fêtes, un peu d’« être » ne pourrait pas ici nous échoir…

    Long et lent, Les Gardiennes, comme ce temps de 14 – le film balaie toute la guerre de 15 à 18 et pousse jusqu’en 1922 – et surtout des « arrière », loin de la fureur du Front, dans les campagnes (alors, l’essentiel de la population était encore là, entre chemins creux, rudes bâtiments des fermes, immuables gestes des champs ou de l’élevage, tandis que frissonnait la modernité d’une moissonneuse-lieuse).

    Campagnes de France en temps de guerre ; celle-là, la première. Pendant que dans la salle d’à côté mugit le dernier Star Wars, fallait oser aller dans ce contre-courant là, l’imposer à nos gamins qui dans les pires micros-trottoirs confondent gaiement les deux guerres et Daech, fallait vouloir dépoussiérer un vieux livre du père Ernest Pérochon… Presque une provocation. Et, au bout, pour autant, il y a du monde, on vient voir, on aime cette plongée – comme si vous y étiez – au coin du cantou, au lavoir, ou derrière la charrue de ces gardiennes – du temple, pas sûr (encore que les pratiques religieuses vont encore bien leur train de traditions dans l’Ouest où se situe le film…) ; de la famille, c’est assumé, mais avec la fenêtre entr’ouverte sur les libertés de demain.

    L’œil de la caméra de Beauvois fait magnifiquement son travail (on aurait alors dit « de la belle ouvrage »), sait prendre le temps, et, plus que dire, préfère laisser comprendre, par les visages, les silences, la force d’une émotion mieux que vraie, palpable. Au cœur de la réussite, la lumière de la complice chef-opératrice Caroline Champetier (redisons-le, elle le mérite tellement, même si on l’a lu partout) : chaque plan affiche Millet, Courbet, des soirs tombants du 1900 de Bertolucci aux flashs dorés du Molière de Mnouchkine. On en prend dans les mirettes, et le son, et la musique, à la fois si présents et si coulés dans l’œuvre, ne sont pas en reste.

    Les femmes-debout – et notamment celles des campagnes, mais n’oublions pas les ouvrières, ailleurs – durant la guerre, leur considérable rôle à l’arrière pour tenir l’économie, faire tourner les fermes, élever la marmaille ; tout a été dit par l’Histoire, les récits, quelques romans. On croit connaître cette face gris blanc, autre guerre, s’opposant à l’enfer noir de la tranchée, mais pas forcément ces femmes de tête campant en haut des familles (formidable et si juste Nathalie Baye, qui décidément a plus d’un tour dans son carquois d’actrice), ces générations mélangées sous le toit du grand corps de ferme, dans une absence d’intimité qu’on n’imagine plus, ces attentes du facteur avec deux, trois lignes ayant passé la censure, la terreur de voir entrer le maire – C’est ton mari… On croyait savoir mais c’était avant le regard de Laura Smet, la fille – parfaite –, et ce qui se passe autour de la jeune Francine (étonnante Iris Bry), fille de l’Assistance comme on disait alors en baissant le ton, amoureuse – socialement éconduite – du fils de la famille aux armées. Femmes qu’on admire, intensément, qui vont, on le sait, exiger et engranger quelques galons au sortir de la guerre ; Francine coupe ses cheveux, chante des morceaux réalistes (Les blés d’or, et c’est là qu’on se souvient comme moi de la grand-mère à la fin des batteuses) ; devant elle, les années d’après-guerre et les « garçonnes ».

    Quelques faits, donc – échos de faits, plutôt – dans ces femmes de la campagne, pendant la guerre… Si peu, pourrait-on penser, peut-être, et tant de ces silences, dont on dit quelquefois qu’ils sont parlants. Mais tellement ! On croyait faire un tour loin dans l’Histoire, et nous voilà, en nous, femmes et tous humanistes, pieds plantés ici et maintenant. Magie d’un film parfaitement réussi… Cadeau précieux en ces temps d’avalanches d’« avoir », un moment d’« être » ; un vrai et grave bonheur.

  • Egalité femmes-hommes ?

    Egalité femmes-hommes ?

    Ecrit par Jean Gabard, le 06 janvier 2018, dans La une - Société

    Le gouvernement a fait de l’égalité femmes-hommes la grande cause du quinquennat alors que dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (article 1, Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits) et la Constitution de la Vème République (La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion), il n’est jamais question d’« égalité » mais d’« égalité en droits » ou d’« égalité devant la loi » !

    Ce raccourci (d’égalité en droits à égalité) pourrait être acceptable si, aujourd’hui, de nombreuses personnes ne réclamaient pas, et avec insistance, « l’égalité réelle » entre les hommes et les femmes, en s’inspirant des dérives des Etudes de genre.

    Cette égalité souhaitée ne pourrait pourtant être envisagée que si le postulat soutenu par des partisans des Etudes de genre était une théorie reconnue par les autorités scientifiques, c’est-à-dire que si les différences de comportements et de résultats entre les femmes et les hommes ne provenaient que des discriminations et de la construction sociale sexistes, or il n’en est rien !* On sait aujourd’hui que si les hommes et les femmes sont influencés par la construction sociale, ils sont aussi influencés par leurs différences génétiques, biologiques, hormonales. Ils le sont aussi par la structuration du psychisme, différente suivant le sexe et indépendante de la culture (celle-ci étant inconsciente, comme la construction sociale, elle ne peut être prouvée mais on peut quand même se demander si le fait de naître dans un corps de femme ou d’homme, d’une personne du même sexe ou du sexe opposé n’a pas au moins autant d’importance que le fait de se voir offrir une poupée ou un camion !).

    Cette demande d’égalité est une demande qui ne peut que favoriser le sexisme en étant dans la négation de la différence des sexes. En effet, quand la différence des sexes n’est pas reconnue, la différence, toujours plus ou moins gênante, quand elle apparaît, devient anormale. Elle est alors très vite dénigrée. Pendant des millénaires, la différence des sexes n’a pas été assumée par la société patriarcale et la différence de la femme était considérée comme un handicap qui faisait d’elle un être inférieur à mettre à l’écart. Faut-il, aujourd’hui, parce que la différence des sexes n’est toujours pas assumée, que la différence de l’homme devienne une maladie ou le signe de sa mauvaise éducation dont il serait responsable (un moyen pervers qui permet de ne pas être accusé de sexisme) ?

    Il y a encore beaucoup de progrès à faire pour obtenir le respect de l’égalité en droits. Faut-il alors s’égarer dans des luttes inutiles qui, avec ce nouveau sexisme, ne peuvent que dresser les femmes contre les hommes et empêcher d’étudier, de connaître et de gérer intelligemment la différence des sexes ?

    Après que la société patriarcale dans l’enfance ait été contestée à juste titre par une vision du monde féministe faut-il, au XXIème siècle, rester dans cette crise d’adolescence et ne rien faire pour devenir enfin adulte ?

     

    * Le paradoxe norvégien

    https://www.youtube.com/watch?v=hQYiub1hkSw

     

    « Mieux vaut reconnaître nos différences que prétendre qu’elles n’existent pas et ne pas survivre aux tensions qu’elles engendrent ! »,Jacques Arènes.

    « Je pense que le “genre” est une idéologie. Cette haine de la différence est celle des pervers, qui ne la supportent pas », Boris Cyrulnik.

    « Alors, tant sur le plan psychique, anatomique, cérébral, légal, social, on peut chercher longtemps l’égalité, on ne la trouvera jamais ailleurs que dans le fantasme », Michel S. Levy.

    « Enfin, répétons qu’un lien existe entre certaines dérives des mouvements de libération de la femme, “l’égalitarisme” sexuel qui suivit, et la difficulté de beaucoup d’adolescents à se repérer dans le familial, puis le social », Michel S. Levy

  • Le Cabaret Sauvage boucle ses 20 ans

    Le Cabaret Sauvage boucle ses 20 ans

    Ecrit par Nadia Agsous, le 06 janvier 2018, dans La une - Arts graphiques

    Décembre. Le Cabaret Sauvage affiche une programmation éclectique. Cette immense salle de spectacles en forme de chapiteau clôt la célébration de ses vingt ans en fanfare, dans la joie et la bonne humeur. Méziane Azaïche est le créateur de ce lieu, haut en couleur, où l’ambiance est à la fête et au divertissement.

    « C’est un vrai professionnel du spectacle » déclare d’emblée Mohamed Ali Allalou, acteur et ancien animateur de la Chaîne 3 (radio algérienne), au sujet de Méziane Azaïche, directeur du Cabaret Sauvage. Si cet homme, souriant, au verbe direct et passionné, est présenté comme le fondateur du Cabaret Sauvage, en réalité il est plus que cela. Méziane est concepteur, créateur, entrepreneur et producteur. Il est aussi artiste dans l’âme.

    Le Cabaret Sauvage, lieu de fête et de divertissement devenu une référence du spectacle dans la capitale parisienne, doit son existence à un rêve qui remonte à l’enfance. Dans la Kabylie natale de Méziane. Le rêve parisien ! A cette époque déjà, le jeune garçon se représentait Paris comme la ville du possible. En allant vivre à Paris, il était persuadé qu’il réaliserait son rêve. Rêve qu’il concrétisa des années plus tard. Mais à quel prix ! Car à son arrivée dans la ville lumière, à l’âge de 23 ans, Méziane se retrouve confronté à la dure réalité parisienne. Paris est une ville qui avale et broie ; « c’est une ville difficile. Il existe un code pour ouvrir les portes, et j’ai mis longtemps pour le trouver », confie Méziane Azaïche.

    La tête pleine de projets, Méziane ne se décourage point. Déterminé à réaliser son rêve de créer des « lieux de convivialité, d’échanges non conformistes et métissés », il ne se laisse surtout pas prendre dans le filet de la désillusion. Il prend conscience qu’il ne doit compter que sur lui-même. Il rallume le feu de son rêve d’enfance. Il se jette dans la gueule du loup. Il s’affaire. Il entreprend. Il persévère. Méziane parvient à se frayer un chemin dans la ville froide et impitoyable. « Méziane Azaïche a un parcours exceptionnel. Parti de rien, il s’est forgé une crédibilité exceptionnelle en termes de programmation de spectacle vivant et comme propriétaire d’un lieu exceptionnel, le Cabaret Sauvage, lieu incontournable pour les arts du cirque ou les musiques du monde » déclare Naïma Yahi, historienne.

    Ses débuts sur la scène parisienne s’annoncent encourageants. Il achète deux cafés-resto, Le Baladin et Le Zéphir, situés dans le vingtième arrondissement de Paris. Les soirées musicales organisées dans ces lieux accueillent un grand nombre d’artistes.

  • Paris, l’enfance

    Paris, l’enfance

    Ecrit par Didier Ayres, le 06 janvier 2018, dans La une - Littérature

    Je chronique rarement des récits ou des romans, or il m’a fallu ce livre, que m’ont fait parvenir les éditions L’œil du souffleur, pour que je me mette à cette gymnastique qui ne m’est très habituelle. Cependant, je suis heureux d’avoir suivi le jeune héros du livre, un enfant de onze ans en proie vraisemblablement à une pathologie psychiatrique, ici au milieu de lui-même, dans ses jeux, dans ses dérives dans Paris et ses séances chez le spécialiste. Et cela avec légèreté, sans pathos, car le style général de l’ouvrage est joyeux parfois, plein de chaleur.

    Il y a quelque chose, oui, de presque grotesque dans la figure de cet enfant, à la fois personne tragique et drôle, qui trouvera la réconciliation grâce à un personnage pivot, à la fois omniprésent et peu montré, un psychothérapeute fin et très professionnel. L’enfant souffre surtout de l’étouffement d’une famille nucléaire d’origine modeste, et où les cris du père poussent le héros de l’histoire à s’enfermer et rentrer en lui-même. D’ailleurs, il est facile de dire cela, car le narrateur est l’enfant, et l’on voit son monde, sa famille et Paris par ses yeux, depuis son point de vue. Le récit se fait par l’œil de l’enfant, qui nous fait ressentir néanmoins la douleur de sa condition et la tendresse dont les deux protagonistes principaux, à savoir Dujardin le pédopsychiatre et Frédéric, l’enfant, finiront par partager dans une affection très forte et structurante pour le jeune esprit du petit.

    Le locuteur est l’enfant, et on devine au fur et à mesure et comme par écho en quoi la psychologie de Frédéric est menacée, sujette au manque, manque de communication, manque de père… Et là, on devine d’autres héros, notamment des enfants de cinéma, comme Antoine Doinel, le protagoniste des 400 coups, ou encore, et cela pour le côté le plus sombre du roman, le Léolo du film éponyme de Jean-Claude Lauzon, deux œuvres où le jeune garçon est en quelque sorte pris au sérieux, acteur à la fois qui dit le drame, qui l’écrit et qui le vit. Et ce monde se dévoile au fur et à mesure des séances chez l’analyste, qui installe la métaphore de la naissance/renaissance avec Frédéric. D’ailleurs le roman est bâti exactement sur la scansion des après-midis des séances et du rôle fondamental que va prendre Dujardin dans la névrose du petit, par l’activité de la parole, et en quelque sorte par une espèce de vraie littérature vécue, une parole performative.

    Mais il n’y a rien de vraiment difficile pour le lecteur, car c’est l’humeur poétique et légère, celle par exemple des photographies de Robert Doisneau et de ses clichés sur les mômes de Paris, qui nous fait entrevoir l’imaginaire un peu braillard des « titis » parisiens dont le Frédéric du livre est un émule. D’ailleurs, le roman est attaché à un temps historique que tous les parisiens connaissent, à savoir les travaux du trou des Halles, période qui permet à l’auteur, par la voix du thérapeute, de filer la métaphore de la naissance à l’issue de quoi nous serons confrontés à un vrai secret de famille, secret qui clôt l’enfance du garçonnet et dont l’aveu le soigne définitivement. Nonobstant, il y a du Petit Nicolas ou du héros de la Guerre des boutons dans Montorgueil, mais approfondi par la complexité moderne de la psychanalyse. C’est en cela, pour conclure et pour donner à lire un tout petit extrait du roman, que je ferais un rapprochement entre les topiques freudiennes et la topologie des lieux du roman, une cartographie analytique de Paris, ce qui pourrait être un angle de lecture, une approche oblique :

    Et si j’allais mourir ? J’ai même imaginé de me laisser tomber dans les profondeurs du trou des Halles au petit matin, quand les gens dorment encore. Les ouvriers du chantier m’auraient découvert en prenant leur travail, mon corps serait tout cassé et couvert de boue.

  • Reflets du Temps, c’est de l’Histoire… Best-of pour la « une » d’hiver

    Reflets du Temps, c’est de l’Histoire… Best-of pour la « une » d’hiver

    Ecrit par La Rédaction, le 16 décembre 2017, dans La une

    Chaque année, vous le savez, chers lecteurs et rédacteurs, la « une » d’hiver prend des habits particuliers pour une balade jusqu’à la rentrée de Janvier dans notre RDT. Ainsi, nous avons eu les hivers passés des best-of de l’année écoulée, des « une » spécialisées dans ce qu’on mange et boit, des écritures inédites vous emmenant au pays des « fêtes », et autres « cadeaux »…

    Cette année, c’est la volonté de présenter notre mag dans toute sa diversité et richesse qui a motivé le choix de cette « une d’hiver ». Redire tout ce qu’est Reflets du Temps, tout ce qu’il recèle, les voyages multiples qu’il permet, dans ses thématiques variées sur lesquelles – vous en souveniez-vous ! – vous pouvez cliquer en haut de la page d’accueil. Et, « c’est ainsi » (comme dit notre cher Lilou) que l’Histoire a gagné facilement la tombola des choix ; sans doute parce que Reflets est « du temps », que sa rédactrice en chef est historienne, un peu aussi. Alors nous vous proposons – en ligne du 16 Décembre au 5 Janvier au soir – un best of : Reflets du temps, c’est de l’Histoire.

    Un petit panel (que ce fut difficile de trier !) de 8 textes ressortis de nos riches archives, tous, sauf un, publiés dans l’année 2017 (volontairement nous avons écarté les plus récents d’entre eux, supposés trop frais dans vos mémoires). Classés – ne sommes-nous pas en histoire ! – par ordre chronologique de publication, du plus récent au plus ancien. Comme il est – presque d’usage – à Reflets, vous ne trouverez pas ici les sujets attendus, ceux qu’on dit « incontournables » ; nous les avons volontairement délaissés au profit de quelques autres moins rebattus, car « contourner » on aime bien, à Reflets.

    Qu’ils vous soient d’agréables, utiles, touchants souvenirs, leur écriture et l’événement qu’ils relatent, ou dont il est question. Qu’ils disent – modestement – que sans l’Histoire, aucune vie d’homme n’est possible. Carrément ! Comme on écrit dans les commentaires enthousiastes, ou coléreux, qu’on lit sous nos chroniques, à RDT… Commentaires, qui, bien qu’existant dans la publication d’origine, ne sont pas, pour raisons techniques notamment, reposés ici.

    Que ces derniers jours de l’année 2017 vous soient doux, amis lecteurs et rédacteurs. Nous vous attendons, fidèles, le samedi 6 Janvier 2018, 13h, pour la première « une » de l’année nouvelle.

     

    Pour la rédaction, Martine L Petauton

  • Vichy était-ce la France ?

    Vichy était-ce la France ?

    Ecrit par Jean-François Vincent, le 16 décembre 2017, dans France - La une - Politique - Histoire

    Depuis le discours d’Emmanuel Macron, le 16 juillet dernier, à l’occasion du 75ème anniversaire de la rafle du Vel d’Hiv, la polémique a fait rage.

    Le président a, en effet, déclaré :

    « Alors oui, je le redis ici, c’est bien la France qui organisa la rafle puis la déportation et, donc, pour presque tous, la mort des 13.152 personnes de confession juive arrachées les 16 et 17 juillet 1942 à leurs domiciles, dont plus de 8000 furent menées au Vel d’Hiv avant d’être déportées à Auschwitz. Je récuse les accommodements et les subtilités de ceux qui prétendent aujourd’hui que Vichy n’était pas la France, car Vichy ce n’était certes pas tous les Français, vous l’avez rappelé, mais c’était le gouvernement et l’administration de la France ».

    Tollé tant à l’extrême droite qu’à l’extrême gauche ; Florian Philippot : « cette insistance de Macron à humilier la France est préoccupante. Restons fiers, proclamons notre amour de la France », et Jean-Luc Mélenchon de faire chorus : « La France n’est rien d’autre que sa République. À cette époque, la République avait été abolie par la révolution nationale du maréchal Pétain ».

    Au fait, qu’est-ce que « la France » ?

    Ecartons tout d’abord la fiction de la France-personne, chère à de Gaulle ou à Péguy, cette personnalité collective ou corporative, inventée par Michelet, incorporant mystiquement tous ses membres, à l’image du Christ ou de l’Eglise dans la théologie paulinienne…

    Un pays, selon l’école de sociologie historique allemande, c’est avant tout un « staatsvolk », un « peuple-état », une entité juridique composée de ses citoyens. A cette aune, la France ne fut ni collaboratrice, ni résistante – groupes ô combien minoritaires rapportés à l’ensemble de la population –, elle fut planquée ! Elle n’approuva ni ne désapprouva la rafle du Vel d’Hiv, elle s’en lava les mains…

    Mais passons du plan strictement démographique au plan symbolique. Pour Patrick Buisson – et à cet égard, il a raison – il existe des « incarnations ». Un homme « incarne », à moment donné, des idées et une nation. De même que l’Allemagne nazie « s’incarna » en Hitler ou la Russie communiste en Staline, de même, de 1940 à 1944, la France s’incarna en Pétain. 40 millions de pétainistes en 40, dit Henri Amouroux. L’estimation est peut-être élevée (mes grands-parents, par exemple, furent anti pétainistes, bien avant de connaître de Gaulle) ; mais il reste que l’adhésion au nouveau régime fut massive, à l’instar de l’approbation – largement majoritaire également – aussi bien de l’hitlérisme que du stalinisme dans leur domaine respectif.

    En effet donc, il existe – quoique la notion, en droit, me gêne infiniment – une responsabilité collective des pays concernés face aux crimes des hommes qui les gouvernaient et qu’ils soutenaient. Toutefois cette responsabilité ne saurait être héréditaire. Les Russes actuels ne sont pas comptables du goulag, pas plus que les Allemands d’aujourd’hui n’ont à battre leur coulpe au sujet des camps de la mort. Rien n’oblige de même les Français de 2017 à se repentir des horreurs commises dans le sillage de la « révolution nationale ».

    A l’inverse de certains passages de la Bible, les fautes des pères ne rejaillissent pas sur leurs enfants…