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  • I am scandalised !

    I am scandalised !

    Ecrit par Martine L. Petauton, le 09 décembre 2017, dans La une - Politique - Actualité

    … comme on dit avec l’accent roulant dans l’Orient de la Méditerranée, dans cet anglais-loukoum, que chacun comprend si vite et bien, moi en particulier…

    Obama, sa démarche de seigneur, à moins que de grand fauve chaloupant, est arrivé l’autre jour à Paris, devant une salle de sommités mélangées, people politique et people com, tous debout, pour applaudir la vedette. Enamourés, à la veille de chantonner « yes we can ». Des fans. Et quelque part, on le comprend. L’image d’une Amérique qu’on aime, face à l’autre, là-bas : l’horreur-Trump. On sourit, benoîtement… jusqu’à l’annonce des chiffres qui fâchent : le chèque remis à l’ancien président des USA, après ses blaguettes, constatations du bout des lèvres – oui, le climat, quand même ! génuflexions diverses – j’aime tant Paris ! ; mais à part ça, quoi d’autre de « very important » pour lire mieux le monde ? 336.000 euros, mes camarades, pour autour de 2 petites heures de scène, invité par « les Napoléon », réseau d’influence dans le monde de la com, dont pour ma part j’ignorais jusqu’à l’existence ; quant à l’utilité !!

    On n’en peut plus de hurler partout autour de nous : – tu te rends compte ! dans nos sociétés où pullulent les précaires et en-dessous, les sans-abri qui meurent (l’autre matin, au Grau-du-Roi, à trois pas de flamands roses de chez moi, et pas par des températures polaires, mais un homme simplement oublié au pied d’une poubelle…), le sourire charismatique de Barack s’affiche au CAC 40 à ces hauteurs…

    Il paraît que c’est presque vieux comme le monde politique, cet « usage » (est-ce bien le mot ?) de recyclage, de visibilité maintenue de nos anciens – pôvres ! Et les notes de frais de filer sur la page Google : Tony Blair (s’en souvient-on, de cette étoile soi-disant socialisante et de ses coups pas possible contre « son peuple », de ses mensonges honteusement suivistes couvrant la guerre d’Irak ; la seconde, mais on s’en souvient, bien sûr !). Eh bien, nous sommes là dans un 13,6 millions d’euros de gains pour l’année 2013. Oups ! Clinton – Bill – tient le haut du panier avec un petit 300.000 €/l’heure de bavette. Sarkozy nage entre 200 et 300.000 la conférence ; même un Copé encaisse autour de 30.000. Bon. Mais pour parler de quoi ? contenu, pédagogie, de la dite conférence ? de qualité ? fondamentale pour le reste de notre monde à vivre ??

    Dans le lot, qu’un Hubert Védrine fasse payer – beaucoup moins – ses vraies qualités de commentateur en géopolitique, qu’un DSK, ancien patron du FMI, aille étaler sa vision économique des choses, si particulière et qui n’est pas la mienne, c’est autre chose ; ça peut se justifier ; on est dans la banalité de l’expertise. Mais ces prébendes aux allures de privilèges des autres, sur des absences de sujets, j’ose dire de compétences indispensables, là, l’arête me fait tousser et sans doute vous avec…

    Alors, quand j’apprends que F. Hollande, le nôtre et accessoirement le mien, est allé causer – rémunéré – sur « les enjeux géopolitiques de l’avenir » (NB : ça devait quand même tenir la route) en Corée du Sud ; quand je lis qu’il est en partance pour Dubaï, dans les mêmes conditions, j’ai un haut-le-cœur, non sur le contenu, qui sera évidemment adapté, pas inutile et – sûr – très sérieux, mais sur cette peccadille : accepter d’importantes sommes d’argent pour ça. Monnayer son verbe via son image, dans un monde qui, que… bref ! Inacceptable.

    La politique, c’est du symbole, quand on est en fonction, et après ; on continue jusqu’au bout de soi de porter quelque chose, que moi, simple citoyenne je ne porte pas. Ça pourrait s’appeler démocratie, probablement, et les hautes valeurs qui vont avec. Là, cette avalanche au bruit de tiroirs-caisse, ça s’appellerait plutôt « shame ».

  • La souveraineté est-elle tyrannique ?

    La souveraineté est-elle tyrannique ?

    Ecrit par Jean-François Vincent, le 09 décembre 2017, dans La une - Politique - Littérature

    Le titre de l’ouvrage de Guilhem Golfin, docteur en philosophie, peut induire en erreur, car il est lui-même le fruit d’une erreur conceptuelle : rendre compte des désordres politiques actuels du monde à partir de la notion de souveraineté. Ce désir – malencontreux – de coller à l’actualité pour justifier son livre – profondément et fort heureusement inactuel ! – l’amène à parler de son sujet avant même de l’avoir défini et donc à pérorer, dans un – long, trop long – prolégomène, sur le « souverainisme », comme si le champ sémantique du terme « souveraineté » allait de soi. D’où la mise à contribution d’hommes politiques (Paul-Marie Coûteaux) ou de non spécialistes, tel l’économiste Jacques Sapir, habitué à s’aventurer dans des domaines où il brille par son incompétence, en l’occurrence l’histoire du droit.

    Car c’est bien d’histoire du droit dont il s’agit : une généalogie historique de l’idée de souveraineté. La définition du terme – superanus du super, au-dessus – n’apparaissant (tardivement) qu’à la page 41 ; là commence le véritable récit, loin des palinodies politico-médiatiques qui encombrent le début de l’essai.

    Auctoritas et potestas

    A Rome, l’on distinguait la potestas, la faculté juridique de faire ceci ou cela, de l’auctoritas, cela même qui légitime celui qui fait ceci ou cela. La première ressort du droit pur ; la seconde, au contraire, d’une aura quasi religieuse découlant d’une élection divine ! L’on parle ainsi de grâce (grec charisma, d’où dérive le français charisme). L’auctoritas constitua le fondement théorique du principat puis de l’empire. Auguste dit lui-même qu’il ne disposait d’aucun pouvoir (potestas) supplémentaire par rapport à ses collègues consuls mais qu’il les dépassait en « autorité », « auctoritate omnibus praestiti ».

    A partir du bas-empire et dans le haut moyen-âge, cette auctoritas devint auctoritas superlativa ou imperium summun, revendiqué par le référent ultime de la chrétienté : les deux chefs putatifs de celle-ci qui s’en disputent le titre, l’empereur et le pape ; l’auctoritas pontificium contestant l’auctoritas imperialis et inversement. Officiellement, la potestas – que l’on pourrait traduire par la gestion des affaires courantes, amministratio, gubernatio, regimen – se voyant déléguée aux instances inférieures, princes, rois, vassaux. Bizarrement le système n’est pas sans rappeler celui de la Vème république : au président, l’autorité suprême – jupitérienne ! – (décider de la guerre et du feu nucléaire) ; au premier ministre, le gouvernement au jour le jour du pays.

    L’auctoritas procède d’une hétéronomie : la règle (nomos) vient d’en haut, d’une transcendance divine ou d’une élection mystérieuse ; inversement, avec la potestas, la règle se veut auto-nome, elle est fixée ici-bas par des acteurs élus ou nommés. L’empereur, comme le pape, ont recherché (cf. le Dictatus papae d’Innocent III) – sans jamais véritablement y parvenir – à cumuler les deux.

  • Le Tout bon des Reflets : Salaisons d’hiver, bonne heure de Noël

    Le Tout bon des Reflets : Salaisons d’hiver, bonne heure de Noël

    Ecrit par Lilou, le 09 décembre 2017, dans Ecrits - La une - Gastronomie

    Et c’est ainsi…

    Début décembre est presque la date ultime pour envisager les bonnes choses étayant les raisons de fêter en avance le plaisir de voguer les cheveux dans le sillage du père Noël. Soyons clairs sur les principes ! En cuisine comme en Gascogne, Noël commence au début de décembre quand la pensée se repose enfin sur le nombre de convives, le choix des bouteilles et l’heure du premier Floc que l’on préfèrera toujours selon ses goûts et sa liberté de toucher à tout. Et rien que pour ça, autant ouvrir dès à présent une intention de mêler aux préparatifs une première mise en bouche, rouge pour ma part et épanouie en bas-Armagnac où rien d’autre que le bonheur n’y a jamais poussé. Les vignes s’élevant dans une solitude pleine d’autant de ferveur, ça se fête !

    Faut être sérieux dans sa pensée. Noël s’étale sur plusieurs jours et selon des montées et descentes faisant ressembler ces jours d’agapes à une sérieuse étape de montagne (pyrénéenne) du tour de France. Mais plutôt que d’en dire trop, concentrons nos préparatifs sur les 48 heures entourant le passage du type en rouge. Si je compte bien, ça nous fait 3 apéros majeurs, 3 entrées de première catégorie, 3 sessions d’ouverture d’huîtres et 3 escalades par la face nord de viandes et de poissons élevés en pleine nature et au grain dans l’unique intention d’agrandir les sourires de ceux qui se retrouvent plus que jamais réunis.

    Pour les huîtres, ce sera simple et on peut donc ne pas y penser de suite. Elles sont toutes bonnes, même celles qui donnent du mal à l’ouverture. Un conseil malgré tout pour ce délicat passage : quand vous ouvrez votre douzaine, pensez qu’elles n’aiment pas les vins du sud. Concluez ce triste constat en vous préparant tout à côté une solide rasade de Riesling voire bien davantage si la bourriche se conjugue au pluriel. Cela aura le double mérite de rentrer plus tôt dans la danse et aussi de désinhiber le huitricide invité de passage et qui éprouve autant de mal à gouter de l’animal que le viandard en éprouve à arracher la salade à son milieu naturel. Mais bon, lesdites huîtres étant encore en bordée du côté de la Normandie, de Marennes ou de Bouzigues, ne vous concentrez pour les 3 semaines qui arrivent que sur cette rumeur alsacienne au tanin aussi fruité que surprenant (quelle merveille que de sentir toute l’Alsace rentrer en son palais aurait psalmodié Louis XIV sirotant une coupe et signant négligemment le traité de Nimègue en 1679). Pour ce faire, goûtez et goutez encore ! D’ici 3 semaines, il en restera toujours quelque chose si ce n’est pas une certitude gasconne en forme de vérité historique !

  • RAMSES 2018 : La guerre de l’information aura-t-elle lieu ?

    RAMSES 2018 : La guerre de l’information aura-t-elle lieu ?

    Ecrit par Martine L. Petauton, le 09 décembre 2017, dans Monde - La une - Politique

    Comme chaque année, RAMSES (entendez : Rapport Annuel Mondial sur le Système Economique et les Stratégies). Juste avant les fêtes ; un cadeau – absolument obligatoire – pour tout citoyen digne de ce nom. Tous, ceux qui croient savoir, ceux qui sont perdus, ceux qui ont peur – encore plus.

    Le principe : à la fois un bilan de l’année d’où l’on sort et, bâti là-dessus, une prospective de ce qui arrive. Exercice parfaitement casse-cou, exigeant le professionnalisme rigoureux et abouti des chercheurs de l’IFRI. Réussite d’envergure chaque année. Trois branches à ce triptyque ; les interrogations sur l’année à venir, en articles-thèmes fouillés et ciblés ; ce qui va caractériser l’évolution de plusieurs endroits du monde : état des lieux, problèmes, risques, interactions, et enfin, une somme de chiffres et cartes pour mieux visualiser les problématiques en cours. Pas moins de 8 vidéos l’accompagnent (QR code à télécharger). Autant dire, un outil indispensable que ce RAMSES, rôle qu’il remplit auprès des chercheurs, journalistes, universitaires et autres étudiants. Mais cela ne serait qu’ordinaire en pays savant, s’il n’y avait que la chose se lit comme roman passionnant – ce n’est jamais que notre monde, demain – en langue pédagogique à la portée du citoyen de base, pour au bout s’installer là où est l’important de l’écriture : au côté de nos nuits, et être ouvert, ré-ouvert, consulté là, vérifié ici, tel livre de chevet de l’honnête homme…

    Trois enjeux majeurs se partagent cette ouverture sur 2018 : Un monde brisé ; un monde nouveau ? Où va la Russie ? ; et La guerre de l’information. Chacun de ces « yeux » sur demain se déclinant en nombreux articles fouillés, confiés aux meilleurs spécialistes de la question. Tout vaut la lecture, et bien plus, la méditation qui la suit.

    Dans Un monde brisé ; quel monde nouveau ?, piloté par Dominique David et Philippe Moreau Defarges, s’attarder sur Un nouveau jeu de puissance (au singulier), La mondialisation à l’ère du populisme, sans oublier Démocraties, états, peuples en crise. Le premier article Un changement de temps étant une merveille au croisement de géopolitique et de philosophie.

    Les articles autour de la Russie, sous la direction de Tatiana Kastoueva-Jean, posent des interrogations en termes de stratégie, choix, devenirs ; ainsi de : La Russie a-t-elle une grande stratégie ?, Quelle place pour la Russie au Moyen Orient ? ou Moscou/Pékin, un pivot russe vers l’Est.

    Quant à La guerre de l’information, confiée à Julien Nocetti, que pas un débat en ville ou dans les médias ne saurait actuellement passer sous silence, on lira justement dans ce RAMSES ce qui évite les à-peu-près, les mal dits ou non dits, les erreurs qui foisonnent ailleurs. Ainsi : De l’utopie d’Internet aux défis du monde numérisé ; La diplomatie à l’heure du numérique, Internet renforce-t-il l’autoritarisme ? ; ou Lanceurs d’alerte, garde-fous ou perturbateurs.

  • Ville

    Ville

    Ecrit par Didier Ayres, le 09 décembre 2017, dans La une - Littérature

    Par le hasard des circonstances, je viens d’entendre une allocution d’Antoine Compagnon sur les chiffonniers de Paris, mettant en valeur le lien entre le chiffonnier et le poète. Et comme je quitte simplement le livre de Jean-Charles Vegliante, livre constitué pour sa partie la plus saillante de poèmes qui célèbrent la ville, je dirais sans hésitation que ces poèmes se rapportent à Baudelaire dans mon imagination, et même précisément au spleen que le poète invente. Ainsi donc, les 26 poèmes qui composent la première partie du livre me semblent réussir dans cet ordre d’idée : la pluie, le spleen et la mélancolie et tout cela dans la topographie intime d’un parisien et de sa ville.

    Géographie poétique, cartographie des rues comme dessinant un monde symbolique ou allégorique, rues de Paris qui gonflent la puissance du langage et épaississent la vocation du poème ; et l’on y trouve surtout la pluie, les sous-sols, les soubassements, des excavations herbeuses, mais peu du Paris touristique fait des brillants édifices et des rues colorées. On voit comment le poète prête attention à l’importance de la fondation, des profondeurs, de la terre, du sol où le regard se détache comme une lumière brûlante et folle, mais qui n’accroche en rien les vitrines et l’éclairage fabuleux des richesses de notre capitale.

     

    « La Commun’est pas morte »

     

    Toutes ces choses qui bougent dans la nuit !

    Tout le vent qui s’acharne sur la petite

    fenêtre des morts ! Les claquements furieux

    de l’impuissance, il en reçoit la menace

    filtrée par l’air, coulisses de son sommeil.

    Remontent vers le rivage de la chambre

    tous les habitants muets de l’eau murée

    sous les caves de l’immeuble, sous la pierre

    tombale d’une ville antérieure, enfeu

    sans apprêt, nudité des pauvres commune.

    Tout le ciel au-dessus penche comme un mât

    et rien n’est assuré demain dans nos vies.

    Toutes ces choses qu’on nous oblige à faire

    l’ont laissé comme idiot d’après la Commune.

    31-12-11

  • Ses yeux bleu-soleil comme un ciel de Provence Hommage à Jean d’Ormesson

    Ses yeux bleu-soleil comme un ciel de Provence Hommage à Jean d’Ormesson

    Ecrit par Sabine Aussenac, le 09 décembre 2017, dans La une - Actualité

    Ses yeux bleu-soleil comme un ciel de Provence,

    Chaque phrase majesté, un hommage à la France,

    Son sourire une danse où se pâmaient les Belles :

    Notre Jean rayonnait comme mille étincelles.

     

    Élégant et subtil il parcourait les mots,

    Chevalier de la prose, des poèmes et du Beau.

    La Pléiade l’accueillit tel un fils bien-aimé,

    Car chacun de ses livres de succès se parait.

     

    Il portait haut les verts, le bicorne mutin

    Et les ors fabuleux de notre Académie.

    Mais c’est aussi les humbles qu’il savait tant aimer,

     

    Tout ce peuple de France qui le lui rendait bien.

    Un bel homme de droite, que la gauche adulait,

    Esprit rare qui toujours sut célébrer la vie.

  • Contre les violences faites aux femmes… et aux hommes !

    Contre les violences faites aux femmes… et aux hommes !

    Ecrit par Jean Gabard, le 02 décembre 2017, dans La une - Actualité - Société

    Avec la libération de la femme et le culte de la spontanéité, y a-t-il encore aujourd’hui beaucoup d’hommes qui n’ont jamais été insultés, voire même giflés, par une femme ?

    La réponse risque d’être difficile à donner : les études ne concernent souvent que les violences faites aux femmes !…

    Mais peu importe, il n’est pas question de comparer des chiffres. Ces derniers, d’ailleurs, sont-ils si importants par rapport à la gravité du sujet, surtout s’il s’avère que les mêmes violences n’ont pas forcément des effets identiques sur les hommes et sur les femmes ?

    Les violences physiques paraissent en effet beaucoup plus graves pour une femme que pour un homme. Les menaces seules, pour elle, sont déjà totalement destructrices.

    Pour un homme, les violences physiques ne sont pas insignifiantes mais ne l’atteignent guère autrement que physiquement…

    Il n’en est cependant pas de même pour les insultes. Venant d’une femme, celles-ci l’ébranlent et il ressent comme un cataclysme qui le renvoie à sa castration psychique, quand il s’est aperçu qu’il ne pourrait plus être comme sa référence première qu’il perçoit « toute-puissante » : sa maman. Son impuissance devant ce qu’il vit comme un nouveau rejet décuple sa colère et lui donne souvent envie d’utiliser ce qu’il possède : sa force physique.

    Si la femme frappe la première, il est plutôt soulagé ! Les coups replacent le conflit dans un domaine connu par lui et où il a l’assurance de pouvoir répondre s’il le souhaite. « L’adversaire » revient alors « à sa portée », sur un terrain qu’il maîtrise. Souvent même, il n’éprouve plus le besoin de riposter ou s’il le fait c’est pour la forme, pour sauver son honneur mais pas parce qu’il se sent menacé.

    Une femme ne peut ressentir les effets de sa violence psychique chez un homme, pas plus qu’un homme ne peut ressentir les effets de sa violence physique chez une femme !

    C’est la raison pour laquelle les hommes (niant la différence des sexes), ont pu penser (et certains le pensent encore) que leurs violences physiques sur une femme ne pouvaient être très graves, puisque pour eux, celles d’une femme, sur eux, ne l’étaient pas !

    Aujourd’hui, certaines femmes n’ont-elles pas à leur tour tendance à croire que leur agression verbale sur un homme n’est qu’une affaire bénigne, parce que sur elles, la violence des mots peut être tolérable et n’est aucunement comparable aux violences physiques venant d’un homme et à ses conséquences ?…

  • Les Amnésiques, Géraldine Schwarz

    Les Amnésiques, Géraldine Schwarz

    Ecrit par Bernard Pechon-Pignero, le 02 décembre 2017, dans La une - Histoire - Littérature

    De Gaulle avait censuré le film de Marcel Ophuls Le Chagrin et la Pitié en disant que les Français n’ont pas besoin de vérité mais d’espérance. Géraldine Schwarz conclut son livre ainsi : Cinquante ans après, je crois que l’espérance des Français, c’est la vérité, enfin.

    Ce n’est d’ailleurs qu’une de ses conclusions car l’amnésie allemande et son traitement l’intéressent au moins autant.

    Ses parents sont nés pendant la deuxième guerre mondiale. Sa mère est la fille d’un gendarme de Blanc-Mesnil qui aurait pu avoir des doutes sur la version officielle selon laquelle les Français auraient été en majorité résistants. Son père est le fils d’un petit négociant de Mannheim qui n’aimait guère qu’on lui rappelle la façon dont il avait acquis en 1938 une entreprise dont le propriétaire avait dû fuir l’Allemagne parce qu’il était juif. Sa mère et son père se rencontrent en 1962, se marient malgré les réticences de leurs parents respectifs et donnent naissance à celle qui va écrire ce livre passionnant : Les amnésiques.

    Sur cette double généalogie germano-française évoquée depuis la guerre de 14 jusqu’à l’entrée, cette année, de députés d’extrême-droite au Bundestag, Géraldine Schwarz analyse à la loupe tout un siècle sur lequel on a bâti volontairement puis déconstruit laborieusement un tissu de mensonges d’état et de secrets de famille, de rumeurs, de désinformations, d’omissions, de lieus communs, d’idées reçues…

    D’où vient le nazisme, on en avait quelques idées ; comment il a sévi pendant une douzaine d’années au milieu du siècle dernier, les historiens l’ont abondamment commenté, mais quelles traces laisse-t-il aujourd’hui dans nos consciences, dans nos institutions, dans nos relations avec nos proches ou nos lointains contemporains et, plus généralement, dans notre quotidien, c’est un faisceau de questions que Géraldine Schwarz ne se contente pas de poser mais qu’elle documente avec précision, sans pathos et sans concessions même quand son récit met en cause sa propre famille, voire ses propres illusions.

    Ce livre est dense et pourtant il se lit comme un polar. Il est presque trop court tant on voudrait explorer à fond avec cette journaliste-enquêtrice-historienne-sociologue-biographe rigoureuse et impartiale toutes les zones d’ombre qu’elle éclaire, tous les non-dits qu’elle révèle. Il y a tant à dire si on ne veut oublier aucun fait significatif, dans aucun recoin de la géopolitique occidentale que les 350 pages de ce « récit » d’une écriture simple et sensible semblent ne devoir jamais y suffire. Et pourtant, grâce à une construction où elle entremêle judicieusement souvenirs personnels, enquête de terrain et exégèse d’une énorme documentation historique et juridique, Géraldine Schwarz nous laisse abasourdis comme si nous sortions d’un pavé de 1500 pages.

  • Honni soit qui mal y pense

    Honni soit qui mal y pense

    Ecrit par Jean-François Vincent, le 02 décembre 2017, dans La une - Littérature

    Très particulier, ce livre écrit à deux mains, sous une forme épistolaire qui rappelle les romans du XVIIIème siècle – la Pamela de Richardson ou les Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos – mais Elisabeth de Fontenay n’a rien de la cruelle marquise et Finkielkraut campe un Valmont certes galant mais plus que sage…

    En réalité, ce qui mine son terrain en général – et sur un mode très mineur, ses relations avec la destinataire de ses missives – c’est ce qu’elle nomme « ses positions parfois ultradroitières », son côté « ultra » : « ultra-républicain, ultra-technophobe, ultra-occidental ».

    De quoi s’agit-il au juste ? Certes, il y a la question des migrants, au sujet desquels Finky oppose l’éthique de responsabilité – la sienne – à l’éthique de conviction – celle d’Elisabeth de Fontenay – mais au-delà, se profile toute la question « culturelle » – en réalité, identitaire – qui, prioritairement, les oppose. Finkielkraut se refuse, en effet, à ramener les conflits internes à notre société à un conflit entre les pauvres et les riches : « la question culturelle est dissoute, dit-il, dans la question sociale, et la question sociale réduite aux rapports matériels ». Pour lui, « l’insécurité culturelle » qu’il dénonce renvoie fondamentalement à l’école, lieu de transmission, « d’attaches », de « liens ». Ce qui a disparu, déplore-t-il en citant Jules Ferry, ce n’est autre que « la conviction d’appartenir à plus ancien que soi (…) l’école dans laquelle j’ai eu la chance de ne pas grandir propose, afin de n’avantager personne, la désassimilation pour tous ; il faut un héritage à partager pour que renaissent, dans un pays divisé, le désir de vivre ensemble et le sens de l’aventure collective ».

    Il récuse toute forme de culpabilité de la France dans le malaise actuel des jeunes des banlieues : « L’occident a beaucoup de choses à se reprocher, mais ce ne sont pas ses crimes ou sa cupidité qui suscitent une haine inexpiable ». Et d’évoquer le cas du père Hamel, égorgé dans son église, pendant la messe : « ce n’est pas la misère ou l’injustice qui ont fait basculer dans la férocité absolue l’égorgeur du père Jacques Hamel. Sa mère est enseignante, son père travaille dans le bâtiment. Et une de ses sœurs est chirurgienne ».

    Finkielkraut tonne alors contre ce qu’il nomme le racisme anti-blanc : « c’est la haine des Blancs qui a désormais pignon sur rue, c’est la lutte contre la domination qui tourne au séparatisme racial, ce sont le « souchiens » qui baissent les yeux dans certains quartiers, ce sont des cafés sans femmes, ce sont des professeurs qui vont faire cours avec la peur au ventre, c’est le grand déménagement des juifs d’Ile-de-France : en l’espace de dix ans, 60.000 sur 350.000 ont fui les communes où ils habitaient ».

  • La honte du désossement des grands navires

    La honte du désossement des grands navires

    Ecrit par Martine L. Petauton, le 02 décembre 2017, dans Monde - La une - Politique - Littérature

    Heureusement, progressivement, la dureté du Moyen Age est sortie des pages écrites par l’Occident, principal pourvoyeur du grand commerce maritime, de ces navires immenses comme gratte-ciel, tankers, et autres paquebots de luxe. Nous avons peu ou prou engrangé une législation, tant dans le domaine du droit du travail, des droits de l’homme en général, que dans celui – immense chantier en gestation – de la protection de l’environnement. C’est ainsi qu’à présent, nous, Occidentaux de tous horizons géographiques, n’avons tout bonnement plus le droit de faire – vite, pas cher, et complètement – ce qu’il faut faire en matière de destruction, de désossement plutôt, des épaves colossales que sont les grands bateaux en retraite. « Ne m’appelez plus jamais France ; la France elle m’a laissé tomber… » chantait un certain…

    Mais, comme toujours – voyez comme le monde est bien fait – dans le doux univers capitalistique, tout ne marchant pas du même pas, il suffit de (de nos jours on dirait « délocaliser ») faire glisser les chantiers gigantesques ailleurs. Entendons, là-bas, loin, en Asie du sud, car il y faut moult main-d’œuvre, et bien sûr, pas onéreuse ni bardée de législations, et de syndicats revendicateurs. Il suffit à l’affaire de gens qui – simple, voyons – ont besoin de travailler d’une heure sur l’autre et sont disposés à obtempérer ; une brutale flexibilité à hauteur de feu le Tiers Monde. Plus de 200.000 ouvriers à moins qu’esclaves, s’activent – en ce moment – au démontage à mains quasi nues des géants des mers, sur la côte du Bangladesh, entre autres, à Chittagong, par exemple ; drôle de carte de visite. Avant – des décennies que ça dure – c’était en Inde ou au Pakistan, pays plus développés, qui, peu à peu (sous la pression de l’international dans lequel ils entendent jouer un rôle, de la partie éclairée de leurs propres opinions largement autant scandalisées que nous) ont renoncé à ces pratiques, les faisant glisser, de fait, vers des voisins plus pauvres, plus démunis, plus affamés, qui ont dû accepter ce bien curieux fardeau…

    La honte nous poursuit de ces images, ces statistiques (l’âge à la mort, le taux des maladies professionnelles, l’âge des ouvriers, avec pas mal d’enfants, le salaire octroyé). Le scandale nous hante des conditions de travail en tee-shirt et en tongs, auprès desquelles la construction des pyramides prend un sérieux coup de jeune…

    Il n’est sans doute pas trop tard – il n’est jamais trop tard – pour signer une pétition dans le net ou ailleurs, et se souvenir que « ça existe » en lisant Les vaisseaux frères chez Actes Sud ; celle qui écrit et parle – une vigie à sa manière – sait de quoi il en retourne ; elle est de là-bas.

     

    Le titre reste énigmatique, plus sûrement métaphorique, jusqu’au bout du livre. Le dessin de la couverture, fin et délié – montrant deux filles à la surface de la mer ou du monde, l’une attrapant un croissant de lune – campe lui aussi dans la boîte interrogation, la meilleure porte, on le sait, pour entrer dans une histoire…

  • Le prophète du néant

    Le prophète du néant

    Ecrit par Henri-Louis Pallen, le 02 décembre 2017, dans La une - Littérature

    Je n’entre jamais dans un ouvrage de poésie comme on prospecterait plus ou moins consciemment pour un nouveau lieu de villégiature estivale, quelque charme qu’il puisse offrir et malgré une passion des vraies pérégrinations ; plutôt, je m’y hasarde d’abord un peu tendu – sans me départir d’aucune de mes exigences, de mes faims – comme on envisage une véritable immersion dans quelque architecture d’emblée singulière en tout, ouverte au ciel, matérialisant la quête d’absolu commune aux humbles locataires du séjour terrestre que nous sommes. Autant il m’arrive de goûter ici ou là la douce lenteur de l’imprégnation à un style, s’il s’avère nouveau pour mon expérience personnelle, autant – et plus encore – j’aime plonger dans les pages d’un recueil saisissant dès les premiers mots du premier poème qu’il donne à lire, comme dans les eaux profondes et écumantes au pied de rochers. Ma rencontre sensible et intellectuelle avec Le prophète du néant relève nettement de ce second mode d’aventure.

    A lire au frontispice du portique d’entrée (Al Fana, le néant) deux pensées inspirantes et complémentaires, respectivement de Mahmoud Darwich et de Paul Eluard, placent sous une lumière métaphysique et philosophique le déroulement de notre vie ; on ne s’étonne pas davantage de leur traduction immédiate en arabe littéraire que du choix de cette dernière pour l’intitulé des sous-titres regroupant en treize chapitres les poèmes du recueil.

    Les radars sensoriels et l’esprit du poète dans leur veille de tous les instants, comme l’indique cette première pierre de l’édifice :

    « L’affût perpétuel

    Comme un loup obstiné

    Qui rôde toutes les nuits

    J’avance sur la vie

    Sans relâche à l’affût

    C’est une raison d’être… »,

    le souci de faire corps avec tout ce qui témoigne d’une vie intense et de la beauté de nos environnements menacés transparaît à partir de là, de plus en plus intensément à chaque page. Ce poète, qui « insulte le néant », « traverse les ténèbres dans le sens de la langueur » ou encore se « désensevelit », livre aussi une pensée diffuse sur son propre langage, dont le dévoilement progressif est parallèle à celui de ses autres enjeux, tout aussi premiers :

    « De la grotte fermée de ronces auxquelles je me blesse

    Je fais un chemin de paroles ! »

  • Chanson

    Chanson

    Ecrit par Jean-François Joubert, le 02 décembre 2017, dans La une - Ecrits

    Un petit tour voir Zeus et ses racines, étrange

    ce lieu de verdure pas très loin d’une tourelle

    rouge, bon sang, où suis-je ? Au paradis, nage

    vers ce retour au rocher du crapaud, tourelle

    en vue, plus de brume, esprit sain, pas d’oursins

    j’aime les filles, ne regarde que mes pieds, paix

    libre comme une tourelle les oiseaux volent, convolent

    je ne vois rien, d’autre que l’iode de l’eau, laminaire

    la mi majeur, l’ami, frère de cœur, tiens une fenêtre

    moi qui ne respire plus j’en ai deux, qui rigolent, pas peur.

    Oublier un instant de vie, de vide, le cours de ma ruine de pleurs

    l’eau est claire, lumière verte éclaire, pas de turquoise ni d’horloge

    on navigue sur le court sujet de l’instant, la rencontre

    totalement hors connexion, observé par un rude gaillard

    l’art et l’artisan s’invite dans nos pensées, sauvages, rage

    parfois d’être las, mais bien là, attention, une injure

    Heureux, de sortir une nanoseconde en vitesse primaire

    sur la route vraie des navigateurs, et des dessinateurs, le trait

  • Islamosphère : Plenel, complice ou saint Bernard ?

    Islamosphère : Plenel, complice ou saint Bernard ?

    Ecrit par Jean-François Vincent, le 25 novembre 2017, dans France - La une - Politique - Actualité

    On a beaucoup glosé sur la couverture de Charlie Hebdo, montrant un Edwy Plenel se voilant, avec ses moustaches, successivement les yeux, les oreilles et la bouche – tels les fameux singes du Bouddhisme – aux sujet des turpitudes sexuelles de Tariq Ramadan. Plenel juge cette une « diffamatoire et haineuse » ; mais la véritable question – la seule qui vaille que l’on en débatte – n’est pas celle de savoir si Mediapart avait ou non connaissance des débauches libidineuses de Ramadan (à vrai dire, peu importe) ; la véritable question se pose comme suit : Plenel a-t-il été et est-il encore (comme d’autres) le « compagnon de route de l’islamisme » que décrit Alain Finkielkraut ?

    Plenel s’en défend : il a débattu seulement deux fois avec le personnage ; « il n’a rien dit de choquant, affirme-t-il, son discours étant fort républicain et aucunement subversif ». Discuter avec lui n’avait donc rien de pendable, et François Bonnet, co-fondateur de Mediapart, de déplorer : « Depuis, Mediapart et son président ont décidé de ne donner suite à aucune invitation venant d’une association musulmane sans identité claire, pour ne pas risquer d’être instrumentalisés. De ce point de vue, les islamophobes ont déjà réussi quelque chose : à ce que des publics de croyants musulmans n’entendent pas un autre discours, de fraternité au lieu de repli, leur démontrant qu’ils ne sont pas condamnés à l’exclusion ou au ressentiment ».

    Le hic, c’est que la complicité d’Edwy Plenel – et, en général, de Mediapart – ne se réduit pas aux « dialogues » qu’il a eus avec Tariq Ramadan. Plenel prend parti des musulmans depuis toujours et notamment depuis la parution de son livre Pour les musulmans (Editions La Découverte, 2016). Il y explique qu’il aurait fait de même pour n’importe quelle minorité menacée (noirs, homosexuels, LGBT, juifs) et ajoute qu’il s’est inspiré d’un article écrit par Emile Zola dans Le Figaro, intitulé Pour les juifs. L’islamophobie actuelle étant le symétrique de l’antisémitisme d’antan.

    Passons sur le fait qu’il s’agit là d’une fausse symétrie : il n’y avait pas – que je sache – au XIXème siècle d’attentats meurtriers commis par des juifs au nom du Judaïsme, ni de rabbins prêchant la haine et le non respect des lois républicaines au profit de la codification talmudique… plus inquiétant encore, l’islamisme est – en bloc – minimisé par Mediapart. La journaliste Jade Lindgaard, qui fait partie de l’équipe, n’hésitait pas à affirmer, dans l’émission C l’hebdo du 11 novembre dernier : « l’islamisme n’est pas un problème grave ». Pire, Plenel a soutenu Medhi Meklat à une époque où les milieux « informés » connaissaient déjà les tweets ignominieux que ce dernier envoyait sous le pseudonyme de Marcelin Deschamps ; des tweets dans le genre de « il faut enfoncer un violon dans le cul de Mme Valls », ou bien il convient de « casser les jambes de Finkielkraut », voire « les blancs, vous devez mourir ASAP (as soon as possible) ».

  • L’antisémitisme n’est pas un racisme comme les autres

    L’antisémitisme n’est pas un racisme comme les autres

    Ecrit par Léon-Marc Levy, le 25 novembre 2017, dans La une - Société - Histoire

    Il est obstinément des bons esprits – même parmi mes ami(e)s – pour assimiler l’antisémitisme à une forme, parmi d’autres, de racisme. C’est là plus qu’une erreur, une faute dramatique. Si l’antisémitisme N’était QU’un racisme, ce serait épouvantable bien sûr mais assurément pas la tragédie qui poursuit un peuple depuis deux mille ans, assurément pas la malédiction qui l’a fait expulser de tous les pays où il a tenté de prendre racine, assurément pas la haine pure qui depuis le XIIIème siècle l’a mené de pogroms en pogroms jusqu’à la mise en œuvre d’un plan d’éradication totale dans une des nations les plus civilisées d’occident, l’Allemagne.

    Le racisme est un affect épouvantable, la terreur de la différence, la faute permanente de l’autre, chargé de tous nos maux. On passe, depuis le XIXème siècle pour n’envisager que l’époque moderne en France, des Allemands aux Italiens, aux Polonais, aux Noirs, aux Arabes surtout aujourd’hui. L’objet du racisme est changeant, toujours inscrit historiquement dans des causes circonstancielles.

    L’antisémitisme n’est pas la haine de la différence. Les Juifs ne sont guère « distinguables » dans les pays où ils vivent. Les antisémites du XIXème et XXème siècle ont bien tenté d’imaginer un « type juif » – fondé sur certaines populations juives orientales – mais il était à mille lieues de la réalité perceptible par tous. Il suffit de revoir – encore et encore – le chef-d’œuvre de Joseph Losey, Monsieur Klein, pour comprendre l’incroyable folie identitaire que représente la volonté de donner un visage au Juif. Le Juif n’a pas de caractéristiques physiques, ni sociales, ni citoyennes. Il est blond, brun, noir même, grand, petit. Il est riche (parfois), pauvre (souvent). Il est très intelligent, très con, bon comme le bon pain, mauvais comme une teigne. Il s’intègre parfaitement à toutes les cultures dans lesquelles il vit, il est souvent un citoyen modèle, un soldat obéissant, un travailleur utile. Comme tous les autres.

    « Comme tous les autres ». Ce n’est pas la différence, mais la ressemblance qui fait problème dans l’antisémitisme. Daniel Sibony, brillant psychanalyste, l’a débusqué depuis des décennies. Ce qui déclenche la haine c’est que le Juif permet de haïr l’autre qui me ressemble, de haïr mon semblable tout en me donnant le sentiment que je ne hais pas mon semblable mais un autre. Il est l’autre en moi, parmi moi. Donc facile à désigner comme la source de tous mes malheurs. Et c’est cela qui en fait la victime désignée dans toutes les cités dans lesquelles il a essayé de s’installer. Et c’est ce qui rend l’antisémitisme millénaire, continu. Et c’est cela qui rend l’antisémitisme unique (hélas) – même si le combat contre ce fléau doit évidemment se conjuguer à la lutte contre les racismes.

    Retournez voir Monsieur Klein, (re)lisez Daniel Sibony (L’énigme antisémite, Seuil). Surtout, luttez chaque jour, individuellement ou collectivement (mais je ne crois pas au collectif), contre cette abjection de l’humanité qu’est l’antisémitisme.

    Je ne peux rien de plus pour ceux et celles qui ne veulent pas le savoir.

  • Généalogie et légende familiale

    Généalogie et légende familiale

    Ecrit par Patrick Petauton, le 25 novembre 2017, dans La une - Souvenirs - Société - Histoire

    Ce n’était que lorsque le soleil disparaissait derrière les collines, et qu’une douce quiétude vespérale s’installait dans sa maison ouvrant sur le haut cher, qu’elle nous parlait de son passé, Marie-Louise notre grand-mère.

    Lorsqu’elle naquit en décembre 1893 dans le petit village d’Epineuil-le-Fleuriel, à la limite du Cher et de l’Allier, la bonne fée des berceaux devait être retenue ailleurs, car sa vie ne fut pas un long fleuve tranquille bordé de miel et autres fils de soie.

    Fille de Louis, journalier agricole, et d’Eugénie, elle épousa en novembre 1911, à 18 ans, son voisin Sylvain Denizard, qui trois ans plus tard devait tomber sous les balles allemandes quelque part dans la Meuse, et comme tant de ces jeunes poilus, y demeurer, où, on ne sait, loin des siens jusque dans la mort…

    Ne pouvant représenter une charge supplémentaire dans une famille pauvre, elle dut envisager de trouver un emploi loin de sa terre natale. L’occasion lui fut fournie parHenry Guilhomet, riche propriétaire et employeur de son père, alors son garde particulier, qui la prit à son service comme domestique dans sa maison parisienne. C’est surtout de cela qu’elle nous parlait.

    « Dame ! j’en ai vu du beau monde chez les Guilhomet ! »

    Elle évoquait alors des souvenirs chargés à la fois de plaisir, de fierté et de mélancolie. Les somptueux dîners des Guilhomet fréquentés par nombre de princes, princesses russes, duchesses et comtesses ! résonnaient à nos oreilles enfantines comme autant de contes de fée.

    L’argent ne manquait pas, disait-elle. Accompagnés des domestiques, Henry et son épouse partaient chaque année hiverner au soleil et partager leur vie entre spectacles et réceptions mondaines, c’est ainsi que Marie-Louise, petite paysanne, aurait eu l’opportunité de vivre à Nice plusieurs fois.

    Elle nous confia plusieurs anecdotes.

    Un matin où elle coiffait Madame Guilhomet, elle fut intriguée par un tableau suspendu au-dessus du miroir et n’hésita pas à demander à sa patronne ce qu’il représentait. Celle-ci lui expliqua qu’il évoquait une scène de la vie paysanne en Russie ; un ouvrier agricole était knouté pour avoir mal travaillé. Profondément choquée par de telles méthodes, notre grand-mère qui n’avait pas sa langue dans sa poche fit part à sa maîtresse de son peu de respect pour ce pays bien peu civilisé à ses yeux, et la conversation aurait pu s’envenimer si Madame Guilhomet n’avait eu une parole forte pour couper court : « Marie-Louise ! Espèce de bolchevique ! » dit-elle en lui arrachant la brosse à cheveux des mains.