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  • Emmanuel  Macron : Quel jeu ! Quel pot

    Emmanuel Macron : Quel jeu ! Quel pot

    le 17 février 2018, dans France - La une - Politique

    Aux cartes, c’est bien « quel jeu ! » qu’on dit autour de la table ? la tasse de tisane à la main, et derrière les carreaux, la pluie du dimanche d’hiver. C’est bien comme ça qu’on dit, n’est-ce pas ? Et souvent, on ajoute ce « quel pot ! » qui fait s’esclaffer l’assemblée… Certains – j’en connais – me diront que je suis bien la dernière à pouvoir parler cartes, et surtout « jeu », car plus mauvaise joueuse que moi, on n’en fait guère sur tout le territoire ; quant à s’y connaître en bon jeu ! même avec juste un peu, je finis généralement la partie, plumée.

    Il n’empêche, je vais – j’insiste – continuer la métaphore. Parce que de bon jeu, bonne pioche, bon karma et le toutim, il s’agirait peut-être aussi de ça, avec les premiers mois du quinquennat Macron.

    Je serais cependant, si j’en restais là, un poil malhonnête, car ce serait balayer d’un revers de main coléreuse (or, à RDT, on sait réfléchir avant l’invasion des bouffées émotionnelles, tant en chroniques qu’en commentaires…) ce qui tient au talent considérable et sans cesse révélé du petit jeune homme-président ; ses intuitions, l’habileté de ses manœuvres, sa rapidité à corriger, quand d’aventure il se trompe, son niveau tant intellectuel que culturel, ses aptitudes impressionnantes en terrain politique où pourtant il est bien neuf ; bref, ce serait négliger cet étonnant élève qui nous arrive après avoir sauté avec ses bottes de sept lieues tant de classes ; cela ne serait pas digne, je crois, du professeur que j’ai été… Ce serait – je ne les oublie pas – mépriser l’important travail d’Edouard et de son équipe, des Nicolas et son NDDL, Nicole, et ses prisons et autre Marlène et ses femmes ; leur sérieux, leur bonne volonté, leur intégrité.

    Tout, incontestablement, compte dans l’addition, mais… comme il y a les lunes pleines et celles à moitié vides avec leur – énorme – influence sur la taille de nos poireaux, et peut-être même leur goût, il faut dans tout bilan faire place à ce qu’en historiens on nomme à tous bouts de champ le fameux « contexte » ; en d’autres termes, en compagnie de quoi, bons, mauvais points, solide ou foutue monture, on avance, on gère, et finalement, on vit.

    Et c’est là, qu’on parle de chance, de facilités à tout le moins, de cartes avec lesquelles se joue la partie, et bien sûr du fameux « Quel jeu ! Quel pot ! ».

    C’est que son jeu, à notre Emmanuel-président, c’est du rare, et depuis le début de la partie !

    Faut-il parler poker – force argent circule et rentre en caisse France, par avions vendus et investissements promis – ? simple tarot – poignée d’atouts, finesse du lancer du « petit », que, moi, je négociais si mal, nombre de rois que Jupiter tient forcément bien en mains ? médiocre belote – non, là, c’est quand même trop peuple… mais, par contre, la Réussite ! pas celle des mémères, mais les cartes d’un De Gaulle ; pas mal pour le jeune et son toupet n’ayant pas le mal de l’altitude.

  • Qu’est-ce que la religion ?

    Qu’est-ce que la religion ?

    Ecrit par Jean-François Vincent, le 17 février 2018, dans La une - Religions - Littérature

    Vaste sujet, en effet, que soulève l’essai de Rémi Brague, universitaire catholique, professeur émérite à la Sorbonne et à l’université de Munich. Son livre – aux dimensions somme toute réduites – est foisonnant. Je me bornerai à analyser la réponse qu’il donne à la question qui sert de titre à ma chronique.

    Religio vient de religere, « relire avec un soin scrupuleux » les préceptes d’un culte ; mais toute une tradition renvoie le mot à religare, « relier ». Il faut dire que bien des indices plaident en faveur de cette étymologie, ainsi par exemple pontifex (pontife), le pontifex maximus étant littéralement un « pontonnier », celui qui jette un pont – pons + facere – entre les dieux et les hommes.

    Ce pont, au Moyen-Âge, devient une sorte d’hommage vassalique : l’homme fait une sorte de pacte avec Dieu en le reconnaissant comme son créateur, en échange de quoi Dieu lui accorde sa bienveillance. Ce pacte fut rompu par Adam, d’où la chute. Dans son célèbre ouvrage, Cur Deus homo, pourquoi Dieu s’est-il fait homme ? Saint Anselme de Cantorbéry explique ainsi la punition divine : « l’homme était incapable de réparer l’offense qu’il avait faite. Seule une punition (poena) ou une réparation étant en mesure de restaurer l’honneur de Dieu ».

    La grande nouveauté apportée par les religions monothéistes se concentre, en vérité, dans la personnalisation de la divinité : celle-ci n’est plus le premier moteur d’Aristote qui met en branle la mécanique céleste, ou même la causa sui, la cause de soi, que décrit Spinoza, elle revêt le caractère d’un être-personne auquel on peut s’adresser, parce qu’il écoute, répond, voire exprime lui-même des sentiments humains (colère, amour, jalousie, etc.). Un anthropomorphisme que conteste Kant (cf. La religion dans les limites de la simple raison), mais qui n’en constitue pas moins la donnée fondamentale du christianisme.

    Ce dernier définit Dieu comme l’Amour (1 Jean, 2, 14), irrationalité absolue qui pousse Brague à proposer la justification suivante : « on pourrait peut-être parer cette objection en faisant valoir qu’il existe une forme rationnelle d’amour, là où celui-ci n’apparaît pas comme une passion mais comme une volonté ferme, voire faisant l’objet d’une promesse ». « To love is an act » confirme en écho le psychologue américain Stephen Covey ; il reste que le Dieu chrétien se montre éminemment « passionnel » (cf. le sens religieux du terme : la Passion sur la croix), au point qu’un autre philosophe catholique, Jean-Luc Marion, n’hésite pas à « érotiser » Dieu (cf. Le phénomène érotique, 2003) niant la distinction classique entre l’agape, forme altruiste et éthérée de l’amour, et le fameux eros, possessif et accaparant…

  • Complot et théorie du complot

    Complot et théorie du complot

    Ecrit par Jean-Luc Lamouché, le 17 février 2018, dans La une - Politique

    A travers l’Histoire, les exemples de dénonciations de complots ne manquent pas, et il est certain qu’il y en eut un bon nombre de tout à fait vérifiables. Mais, il ne faut pas confondre complot(s) et « théorie du complot », celle-ci correspondant – j’y viendrai – à la fois à un fonctionnement psychologique, et souvent idéologique. En ce qui concerne les complots réels les plus célèbres, on pourra citer l’assassinat de Jules César, l’organisation de la Saint-Barthélemy (contre les protestants), les complots contre-révolutionnaires pendant la Convention montagnarde (qui entraînèrent une extension considérable du terme « d’aristocrate »), l’attentat contre Napoléon, la Nuit des Longs Couteaux (au moment où Hitler fit liquider les chefs SA par les SS), la façon dont Pierre Laval et Philippe Pétain étranglèrent la IIIème République en 1940 (au Casino de Vichy), etc. Pour la théorie du complot, je vais me limiter à quelques exemples concernant l’histoire contemporaine, dont j’essaierai – dans cette courte synthèse – de cerner le profil des personnes prêtes à les « avaler », et de percer à jour les dénonciateurs. Voici donc d’abord quelques exemples de la théorie du complot dans la période allant depuis 1789.

    La première grande théorie du complot fut lancée par la « thèse de l’abbé Barruel », qui dénonça un soi-disant complot maçonnique. Dans l’un de ses ouvrages, Mémoires pour servir à l’histoire du jacobinisme (paru en 1798-1799), cet ecclésiastique français (un jésuite), réfractaire à la Constitution civile du clergé (et avant cela aux idées des Encyclopédistes et à la philosophie des Lumières), bientôt réfugié à Londres, énonça le fait que la Révolution Française aurait été organisée clandestinement par un groupe nommé « Les illuminés de Bavière », ou « Illuminati ». Ceux-ci correspondaient en fait à une société secrète allemande (car interdite en 1785), qui avait été fondée en 1776. Elle était favorable aux idées des Lumières, et l’abbé Barruel l’accusait (là est la théorie du complot) d’avoir infiltré la franc-maçonnerie dans le but de changer l’ordre du monde et d’asservir l’humanité. Il s’agissait – selon l’abbé Barruel – de détruire la religion catholique et la royauté, en liaison avec les concepts qui avaient été développés par les philosophes du XVIIIe siècle et l’action révolutionnaire des Jacobins ! Les milieux de la contre-révolution s’emparèrent avec avidité de cette thèse, sous la Restauration (dès 1815), d’autant plus qu’un écossais du nom de John Robison avait déjà lancé la même idée dans un livre paru en 1797.

    Il y eut ensuite la « théorie » comme quoi un vaste « complot juif » existerait, à travers « Les Protocoles des Sages de Sion ». C’est à Paris – par le biais d’un russe travaillant pour la police secrète tsariste –, et vers la fin du XIXe siècle (sous le règne du tsar Nicolas II), que fut entièrement fabriqué ce « document », un faux grossier, que le tsar bien qu’antisémite n’osa de ce fait pas exploiter ; notons au passage que ce faux fait florès de nos jours dans nombre de pays musulmans, et même parfois au sein de nos banlieues. « Les Protocoles des Sages de Sion » amenaient des antisémites et des obsédés de l’ésotérisme à dénoncer l’existence d’un complot des juifs et des francs-maçons dans le but de s’assurer la domination du monde, par la violence, les troubles sociaux, les révolutions, mais aussi, fait éminemment contradictoire… par le capitalisme ; tout ceci étant organisé – bien-sûr – par quelques bonnes dizaines de réunions secrètes dont le but devait consister à aboutir à « un plan d’asservissement mondial ».

  • Reflets a lu : Scènes de vie villageoise, Amos Oz

    Reflets a lu : Scènes de vie villageoise, Amos Oz

    Ecrit par Gilberte Benayoun, le 17 février 2018, dans La une - Littérature

    Amos Oz, cet immense auteur aux multiples prix prestigieux en Israël et dans le monde pour son œuvre littéraire nombreuse et passionnante, qui occupe une grande place dans mon cœur et ma bibliothèque, fait partie d’un de mes auteurs israéliens favoris. J’aime cet homme, chaleureux et d’une grande bonté, dont toute l’œuvre me réjouit, et qui plus est, est co-fondateur du mouvement La Paix maintenant, pour une paix juste et durable dans le conflit israélo-palestinien.

    Quelques extraits choisis de son très beau recueil de nouvelles, Scènes de vie villageoise :

     

    Extraits :

    « Un air froid et humide s’engouffra dans le vestibule par la porte ouverte. A mon arrivée, il y avait déjà vingt ou vingt-cinq personnes – certaines, massées dans le hall, s’aidaient mutuellement à ôter leurs manteaux. Je fus accueilli par le brouhaha des conversations, un parfum de feu de bois, de laine mouillée et de cuisine. Almozlino, un homme de haute taille portant des lunettes munies d’un cordon, se pencha pour embrasser le docteur Gili Steiner sur les deux joues en lui enlaçant la taille :

    « Tu es superbe, Gili, tout simplement superbe !

    – Qui est-ce qui parle ! » répliqua-t-elle.

    Korman, bonhomme rondouillard, doté d’une épaule légèrement plus haute que l’autre, nous pressa sur son cœur, Gili Steiner, Almozlino et moi :

    « Je suis content de vous voir ! Vous avez vu ce qui tombe dehors ? »

    A côté du porte-manteau, je croisai Edna et Joël Ribak, un couple de dentistes de cinquante-cinq ans, qui se ressemblaient comme deux gouttes d’eau après des années de vie commune : mêmes cheveux courts grisonnants, mêmes cou fripé et lèvres serrées.

    « Il y aura des absents ce soir à cause de la tempête, constata Edna. Nous-mêmes avons failli rester à la maison, d’ailleurs.

    – Qu’est-ce tu veux faire à la maison ? bougonna son mari. L’hiver nous meurtrit l’âme ».

    […]

  • LES DURIN, LA SAGA  - 4 -

    LES DURIN, LA SAGA - 4 -

    Ecrit par Patrick Petauton, le 17 février 2018, dans La une - Souvenirs - Histoire

    Déjà la polyculture et l’élevage

     

    Concernant le Domaine de La Garde, l’ancien cadastre de 1814 nous montre une certaine irrégularité au niveau des parcelles. Si elles sont petites et très morcelées autour des bâtiments d’exploitation, on trouve cependant de grandes prairies sur le plateau, et même assez près de la rivière, ce qui n’est pas le cas dans le bourg de Lignerolles qui surplombe un véritable ravin pourtant entièrement planté de très petites vignes établies sur des terrasses.

    « Au pays des chênes et du raisin », telle est la devise de Lignerolles. Bénéficiant d’une bonne exposition sur le versant le plus ensoleillé des Gorges du Haut-Cher, le pampre y prospère avec succès depuis très longtemps et, en ce début de 19è siècle, les vignerons demeurent encore nombreux ; certains d’entre eux se limitant même à cette unique culture que le phylloxéra allait éradiquer à partir de 1880.

    Aussi, rien d’étonnant à ce qu’on trouve à La Garde un important vignoble nommé le « Clos de La Garde ».

    Inventaire assez précis, le séquestre du domaine datant de l’an V nous apporte quelques renseignements. On y apprend qu’on y cultive du blé, de l’avoine, du seigle et des pommes de terre.

    L’élevage quant à lui comprend plusieurs bœufs, taureaux, vaches, de très nombreux moutons des volailles et des cochons. Sans doute cela ne changera guère durant le siècle. Utilisé comme moyen de transport par le riche propriétaire, le cheval ne sera employé pour les travaux des champs que beaucoup plus tard ; pour l’heure on lui préfère le bœuf ou pour les moins fortunés, deux vaches couplées sous un joug un peu plus court. Économique, l’âne sera presque indispensable pour descendre le blé aux moulins du Cher et en remonter la mouture.

    Bien présente à Lignerolles, la culture du chanvre est très pratiquée et d’un bon rapport. Destinée surtout à la marine pour la confection des voiles et des cordages, la demande de ce textile est constante mais on l’utilise également localement car les peigneurs de chanvre et les tisserands sont bien représentés même à La Garde. Un peu plus tard, le chanvre sera concurrencé par le coton d’importation et sa culture finira par disparaître.

    La mécanisation n’arrivera que bien plus tard, début XXe siècle. Les travaux nécessitent donc de nombreux bras et chaque membre de la famille, quel que soit son âge ou son sexe, se doit d’y participer. N’importe qui ne fait pas n’importe quoi toutefois et selon un code bien établi et quasi ancestral, chacun a une tâche bien définie. Ainsi, vers sept ans, le jeune garçon se verra confier la garde de quelques cochons puis plus tard accédera à la fonction de berger ; ce ne sera que vers quinze ans qu’il apprendra à tracer dans la terre son premier sillon, âge à partir duquel il travaillera comme un adulte.

    Sans doute Jean Durin dût-il franchir toutes ces étapes incontournables.

    Nullement épargnées les femmes collaborent pour les foins, les moissons, les vendanges et même les semis ; elles devront en plus nourrir les volailles, fabriquer les produits laitiers et gérer les travaux ménagers. L’office religieux dominical sera souvent leur seul moment de repos.

    Si le récent chemin de fer, arrivé à la fin du XIXe siècle, fait déjà partie du décor de Jean Durin, il représenta certainement un grand bouleversement pour son père Baptiste qui ne vit sans doute pas d’un très bon œil ce colossal chantier dirigé par la Compagnie d’Orléans ; de nombreux ouvriers y participèrent et plusieurs furent logés à La Garde.

    Ce nouveau moyen de transport participera à désenclaver progressivement les campagnes mais entraînera à Lignerolles la disparition de la culture de la vigne, car du vin de meilleure qualité en provenance d’autres régions concurrencera rapidement la piquette locale.

  • Recueil de poèmes courts

    Recueil de poèmes courts

    Ecrit par Emmanuelle Ménard, le 17 février 2018, dans La une - Ecrits

    Les vieux ont un sourire

    comme une ride en moins

    des mots rassis du temps

    que l’on mange

    comme du pain

     

    Rapiné

    rappareillé

    rapiécé

    combien

    de points de suture

    au cœur

    qui souffle sur les bougies

    encore

    et encore

     

    Le chagrin est d’automne

    et tu portes le masque

     

    Un vent à déboiter les rêves

    à faire pâlir le vin de messe

    un vent

    qui croque comme l’ogresse

    dans des états d’âme

    en épave

     

    Le chagrin est novembre

    Plaisir qu’on se le dise

  • Corse : le modèle allemand

    Corse : le modèle allemand

    Ecrit par Jean-François Vincent, le 10 février 2018, dans France - La une - Politique - Actualité

    La coalition nationaliste composée des autonomistes d’Inseme per a Corsica (ensemble pour la Corse), sous la houlette de Gilles Simeoni, président du conseil exécutif de Corse, et des indépendantistes de Corsica Libera, dirigée par Jean-Guy Talamoni, président de l’assemblée de Corse, entend entamer des « négociations » avec Paris et Macron sur l’avenir de l’île.

    Au-delà des objectifs « identitaires » – reconnaissance de la « spécificité » corse inscrite dans la constitution, institutionnalisation d’un bilinguisme français/corse, instauration d’un statut de « résident corse » (destiné, en réalité, à empêcher les continentaux non résidents d’acheter des biens immobiliers) – c’est toute une philosophie de l’Etat qui se joue ici.

    Pasquale Paoli, président au XVIIIème siècle d’une éphémère république corse dont la constitution, ratifiée en 1755, avait été inspirée par Jean-Jacques Rousseau, revint – enthousiaste ! – de son exil en Angleterre, le 14 juillet 1790, jour de la fête de la Fédération, en se félicitant de « l’union de la Corse avec la libre nation française ». D’où l’intérêt – fédéraliste ! – du duo Simeoni/Talamoni pour cette « conférence des territoires », évoquée l’année dernière par Emmanuel Macron, en vue de conclure de « véritables pactes girondins ».

    « Girondinisme » contre jacobinisme, tel pourrait se définir l’enjeu des pourparlers à venir. Plus qu’une indépendance renvoyée aux calendes grecques – Simeoni n’en veut pas et Talamoni ne l’envisage pas avant l’horizon 2030 – leur revendication essentielle se focalise sur une fédéralisation de la France, sur le modèle italien, mais surtout allemand. Au grand dam de la figure tutélaire de Napoléon, robespierriste et jacobin, s’il en est !…

    En Allemagne, en effet, l’autonomie des Länder va très loin : la Bavière, par exemple, s’affirme « Freistaat Bayern », état libre de Bavière ; un « Statu liberu di Corsica » siérait parfaitement aux identitaires insulaires et satisferait amplement leur amour propre d’ex-« colonisés ». Seulement voilà ! Pareille révolution politico-administrative chamboulerait le socle historique de la France : depuis Philippe le Bel jusqu’aux énarques du XXème siècle, en passant par Colbert, Robespierre et Bonaparte, l’Etat français, à travers ses régimes successifs, s’est construit autoritairement, sous l’impulsion de décisions purement politiques.

  • HULOT, LE SYMPTÔME

    HULOT, LE SYMPTÔME

    Ecrit par Martine L. Petauton, le 10 février 2018, dans La une - Média/Web - Actualité - Société

    Citoyennement détestable, ce qui se passe pour Nicolas Hulot, devenu cible du hachoir – vraiment bien aiguisé – de la houle « balance ton... », ses porte-voix, sa résonance, pouvant – aussi – tourner à la foire techno.

     L'affaire – visiblement,  flotte sur un fond réel quasi inexistant, reflet, écho, leurre. Une plainte qui n'a pas abouti il y a x années, avec  une plaignante qui ne poursuit pas,  et une erreur de transcription d'une autre affaire, liée, elle, aux alentours de la – vraie – histoire Denis Baupin. Bref, du probablement faux et du – on dit que... ainsi qu' un vague «  on ne prête qu'aux riches » (l' homme passe pour séducteur et vous conviendrez avec moi, qu'on s'en fout), et une rumeur qui prend le vent, tous les vents, au pays du tam-tam médiatique et des redoutables réseaux sociaux. Parce qu'enfin, tout ce temps long à attendre les pointilleux cas par cas de la Justice, alors qu'il est si facile, si vite fait, et, j'ose dire, tellement jouissif, de souffler un bon coup dans Face Book, à l'abri d'un bon pseudo, bien sûr.

    J'aime beaucoup Nicolas Hulot, de mon lointain fauteuil TV – ses émissions «  Ushuaïa » et «  Okavango » ont été l'honneur de la télévision, ont brassé du pédagogique, du beau, du vrai regard à la fois admiratif et inquiet, sensible et vivant, pour des générations, y compris de jeunes en demande de repères. J'aurais payé spécifiquement pour ces images,  ces odeurs, ces gens, qu'on croisait bien autant que les animaux menacés ; pour moi ( j'ai voyagé aussi grâce à Hulot) et surtout pour mes petits collégiens. Une chronique entière ne suffirait pas à dire tout le bien que je pense de ses émissions, et de lui à la barre...  Mais, il y a aussi  - en même temps, comme il faut à présent dire, l'  écologiste politique – la seule écologie qui vaille à mon sens, et c'est la citoyenne qui, là, apprécie, fait confiance à  celui qui se penche sur la fleur désertée par l'abeille et, relevant la tête  voit, en expert, loin, le monde tel qu'il va mal et pourrait devenir pire, à moins que sauvé par une humanité en progrès de conscience. Visionnaire, pas seulement gestionnaire, un ministre d' un genre particulier, un idéal de ministre et de politique,  au fond, que cet Hulot, toujours à part, mais, paraît-il, très écouté en Macronie, et c'est une excellente chose...  Vous me direz, différencions le privé de l'homme , du métier, du talent, et de la fonction, des contenus des accusations de la rumeur. Évidence, que même un tribunal des plus obtus, refuserait pour autant de transformer en tranches de saucissons, car on peut espérer vouloir parler à l' ensemble d'un individu, construit justement de ses différences.

    L'homme, nous dit-on, est «  fragile », son itinéraire ne peut que nous le rendre sympathique, et pour tout dire, précieux. Son visage était  un cœur ouvert impressionnant, lorsqu'il a pris le risque, l'autre matin,  de devancer le flot attendu de la rumeur, en évoquant et en dénonçant point par point sa composition. On verra si la vitesse de dégonflement submerge l'étendue des boues, car voilà maintenant le curieux théorème auquel est affrontée toute personne publique  à partir d'un certain niveau de rayonnement.

    Car – JF Vincent le disait dans une chronique récente et le contenu des commentaires  l'étayait – au pays de l'affaire Weinstein et des «  balance ton porc », la vie prend de bien curieuses couleurs. Sous couvert – ô combien légitime, de la consolidation des femmes,  des drames et autres crimes sexuels, se coulent des eaux glauques et sombres : la dénonciation anonyme ou sous pseudo, les plaintes ressorties après des lunes de prescriptions des faits, les anecdotes répandues sur la toile - stigmatisations automatiques et privées de tout droit de réponse - plutôt que dans les enceintes dédiées, police, justice, avec, certes, les  énormes insuffisances qui leur traînent aux basques.

  • Tuez-les tous… mais pas ici, Pierre Pouchairet

    Tuez-les tous… mais pas ici, Pierre Pouchairet

    Ecrit par Catherine Dutigny, le 10 février 2018, dans Monde - La une - Politique - Littérature

    Toujours en prise directe avec l’actualité dans ce qu’elle recèle de plus sombre, les romans de Pierre Pouchairet donnent une lecture de la société qui parfois glace le sang.

    Auréolé de son récent prix du Quai des Orfèvres 2017 pour son roman Mortels Trafics, l’auteur, en fin analyste de la criminalité contemporaine se penche une nouvelle fois (cf. par exemple son roman de 2015 La filière afghane http://www.lacauselitteraire.fr/la-filiere-afghane-pierre-pouchairet) sur les réseaux djihadistes et plus particulièrement sur le sort de ces jeunes gens qui quittent la France pour gagner la Syrie, mus soit par l’envie de combattre dans les rangs de Daesh, soit par souci humanitaire ou par amour comme dans le cas de la jeune Julie Loubriac partie rejoindre le garçon dont elle est éprise.

    Les parents, divorcés, de Julie, après avoir écarté la possibilité d’une fugue, ne se résignent pas à la disparition de leur fille et vont tout entreprendre pour tenter de retrouver sa trace. Le père, Louis, un ex-flic, au parcours chaotique, a gardé des contacts dans la police qu’il compte exploiter, mais ne s’attend pas à ce que ce soit une puis deux anciennes connaissances, agents de la DGSI, qui le contactent en premier et lui procurent les informations lui permettant de remonter jusqu’à une filière de recrutement basée en Bretagne.

    Ainsi s’organise peu à peu l’enquête qui conduira le père et son ex-femme de Quimper en Turquie, sur les traces de leur fille.

    On retrouve dans Tuez-les tous, mais pas ici la maîtrise de la construction des romans de Pierre Pouchairet qui dans cet opus se décline autour des thèmes suivants :

    – Celui de l’incompréhension et du sentiment de culpabilité des parents confrontés au départ pour la Syrie d’un enfant dont ils n’ont pas soupçonné la détresse, ou la fascination pour l’État Islamique. Celui de leur confrontation au manque d’empressement, voire au mur de silence du côté des autorités qui renforcent leur détermination à découvrir ce qui est advenu à leur progéniture. Le drame familial est pimenté par l’introduction d’un tiers personnage en la personne de Jenifer, la nouvelle compagne de Louis, exacerbant l’équilibre instable de ce trio dévasté par l’angoisse.

    – Celui des luttes intestines à l’intérieur même des Services de renseignements, luttes d’influence entre la DGSE dont les activités sont définies par l’autorité politique et la DGSI avec d’un côté des hommes de pouvoir et de l’autre des hommes « de terrain ». La complexité de la lutte anti-terroriste où l’ego de certains hauts responsables, de conseillers, se confond parfois avec la raison d’Etat.

    – Celui des relations internationales troubles entre la Turquie la Syrie et la France. Compromissions, marchandages, alliances dictées par l’opportunité, l’appât du gain, volonté de sauvegarder à n’importe quel prix la sécurité d’un État, de ne pas perdre la face. Un maelstrom diplomatique où ces jeunes gens partis pour « une nouvelle vie » voient la leur s’arrêter quelques kilomètres après avoir franchi la frontière turco-syrienne.

  • LES DURIN, LA SAGA – 3 -

    LES DURIN, LA SAGA – 3 -

    Ecrit par Patrick Petauton, le 10 février 2018, dans La une - Souvenirs - Histoire

    Les premières feuilles de recensement de la population de 1836 montrent pour la famille Durin, à La Garde, la composition suivante :

    Le père et la mère : Gilbert Durin et Marie Mye.

    Le fils Jean Durin, sa femme Marie Jouannet, et leur fils Gilbert, 15 ans.

    La fille Marguerite Durin et son mari Joseph Parrot Marguerite Durin une autre fille.

    Ce schéma qui est le même dans toutes les fermes ou métairies, et demeurera longtemps en usage, peut se résumer ainsi :

    Les Anciens, leurs enfants non mariés, leurs enfants mariés ainsi que leurs maris ou femmes, et leurs propres enfants.

    Sept ou huit personnes vivent ainsi sous le même toit, y compris un ou deux domestiques. En 1841, 35 personnes vivent à La Garde dans les deux métairies réparties sur cinq maisonnées.

    Les places sont cependant limitées dans la famille, ou règne déjà une sévère promiscuité, et plusieurs Durin devront s’installer au bourg de Lignerolles ou dans une métairie voisine. Les enfants épousent assez souvent un voisin ou une voisine ; le domaine deviendra ainsi rapidement une grande communauté quasi familiale, et sera bientôt constitué des familles Durin, Parrot, Michard et Gominet, toutes unies par des alliances successives.

    On pourrait penser que cette exploitation familiale est régie par une redistribution équitable des bénéfices ; il n’en est souvent rien. Seul le père chef de famille dispose de la trésorerie des ventes et des achats et les gère comme il l’entend, ses enfants étant considérés comme ses employés. Très rarement contestée, son autorité en matière de gestion de la métairie est totale. Vers la fin du siècle, dans certaines familles, elle aura cependant tendance à s’assouplir.

    Les grands sentiments ne sont pas de rigueur, car le mariage est avant tout une nécessité incontournable pour le bon fonctionnement de l’entreprise. Peu de place pour le coup de foudre ; le choix de la future ou du futur est mûrement réfléchi, souvent davantage par les parents que par le principal intéressé, qui du reste s’aligne généralement sur leur décision. Difficile de convoler en justes noces sans le consentement des parents, lorsqu’on sait que la majorité matrimoniale est à cette époque à 25 ans pour les garçons*.

  • Ki-c-ki

    Ki-c-ki

    Ecrit par Gilberte Benayoun, le 10 février 2018, dans La une - KI-C-KI

    D’un de nos contemporains, français – un Marcel Proust de notre temps ? –, auteur d’une œuvre foisonnante, quelques fragments choisis d’un de ses fameux romans retraçant des bouts de vie savoureux, convoquant souvenirs et images d’un passé superbement évoqué :

     

    Extraits :

    « J’ai eu la chance que ce jeune homme soit mon voisin de table au Condé et que nous engagions d’une manière aussi naturelle la conversation. C’était la première fois que je venais dans cet établissement et j’avais l’âge d’être son père. Le cahier où il a répertorié jour après jour, nuit après nuit, depuis trois ans, les clients du Condé m’a facilité le travail. Je regrette de lui avoir caché pour quelle raison exacte je voulais consulter ce document qu’il a eu l’obligeance de me prêter. Mais lui ai-je menti quand je lui ai dit que j’étais éditeur d’art ?

    Je me suis bien rendu compte qu’il me croyait. C’est l’avantage d’avoir vingt ans de plus que les autres : ils ignorent votre passé. Et même s’ils vous posent quelques questions distraites sur ce qu’a été votre vie jusque-là, vous pouvez tout inventer. Une vie neuve. Ils n’iront pas vérifier. A mesure que vous la racontez, cette vie imaginaire, de grandes bouffées d’air frais traversent un lieu clos où vous étouffiez depuis longtemps. Une fenêtre s’ouvre brusquement, les persiennes claquent au vent du large. Vous avez, de nouveau, l’avenir devant vous ».

    […]

    « Cette première fois, je suis resté longtemps à attendre au Condé. Elle n’est pas venue. Il fallait être patient. Ce serait pour un autre jour. J’ai observé les clients. La plupart n’avaient pas plus de vingt-cinq ans et un romancier du XIXe siècle aurait évoqué, à leur sujet, la « bohème étudiante ». Mais très peu d’entre eux, à mon avis, étaient inscrits à la Sorbonne ou à l’Ecole des Mines. Je dois avouer qu’à les observer de près je me faisais du souci pour leur avenir ».

    […]

  • Recueil de poèmes courts

    Recueil de poèmes courts

    Ecrit par Emmanuelle Ménard, le 10 février 2018, dans La une - Ecrits

    Une grosse femme

    s’arrête devant moi

    Elle sent mauvais

    elle sent l’humanité

    Je la respire

    pour me souvenir

     

    Ma poésie

    c’est marcher

    rêver

    mettre les yeux partout

    partout

    dans l’invisible

     

    Mer

    Naissance

    pays des origines

    Mer

    notre première peau

    notre âme

    mise à nu

  • LE  COUP DE CSG SUR LE BEC DES « INUTILES » ?

    LE COUP DE CSG SUR LE BEC DES « INUTILES » ?

    Ecrit par Martine L. Petauton, le 03 février 2018, dans Economie - La une - France - Politique - Actualité

    Après le fameux coup de Trafalgar, celui de la CSG. C’est là, soustrait comme au tableau noir de  l’école élémentaire (quand on disait – enlève ce qui est « en trop »), sur la feuille de Janvier des pensions : 53,45 ôtés de 2430 €, soit sur l’année, plus de 600 € passés (repris) d’une pension de retraité à l’État, au titre de la fameuse CSG, augmentée à partir de ce début 2018. Pas sur tout le monde ? c’est à voir !

    Wouah ! Sont forts les gars : première fois qu’un gouvernement s’autorise à baisser les pensions. Aux côtés des retraités, la foule des fonctionnaires, pas moins touchée…

    Baisser les pensions, ici , et les salaires, là ; on ne parle pas en l’affaire d’une quelconque augmentation des seuils ou simplement du taux d’imposition, ce qui touche tout le monde à un moment ou à un autre, et qui fait dire à la fiscaliste que je demeure, qu’on veillera à la bonne utilisation de la ponction. Baisser, c’est-à-dire prendre, retenir ; quelque chose de la punition des enfants – tiens, toi, je te reprends ton pain au chocolat de la récré, et surtout désigner le coupable en une vague décimation à l’antique – toi ! Le doigt se baisse : pas toi !

    On le savait depuis l’élection, et de coin de cuisine des copains en pot en ville, on avait mollement, imprécisément, évoqué la chose depuis l’été ; dans le fumeux paresseux de nos brouillards d’infos, on avait – j’avais – classé ça dans le fichier APL, c’est-à-dire du symbole plus que du lourd, et loin de moi avait été l’idée de convertir cette CSG nouveau style en paquet de nouilles à la Mélenchon.

    Force est à présent de mesurer la hauteur de la crue – qui plus est, calculée sur le brut et non le net. Certes, seuil, il y a – les gens de Bercy, il est vrai, ont un jeu de seuil depuis l’affaire ISF, des plus originaux – mais enfin, seuil : 1200 la retraite dite riche, ou aisée ? Quoique l’insupportable Wauquier – dont la hargne « communisante » n’est plus à raconter ces temps-ci – aurait parlé de 1000 €…

    Alors « pourquoi tant de haine ? » dirait le cinéaste. On trouve assez vite, après quelques mois de fréquentation du système Macronien. Sus aux immobiles socio-économiques que sont supposés être les fonctionnaires et autres retraités ; place au dynamisme inventif des « jeunes et fringants preneurs de risques ». France qui gagne ou est en partance pour le faire, France qui pèse, qui traîne, qu’on remorque : que de Baby Boomers lourds comme trois tonnes de pavés de soixante-huit ! Que de fonctionnaires inutiles en attente de dégraissage, payés, madame ! par la collectivité, dont le travail entre  emplois du temps, minces comme un sandwich SNCF, et immenses vacances à rallonge reste à démontrer. Pour le moment, rien n’est encore dit de ces foules d’« assistés », difficiles, il est vrai, à dépouiller, d’entrée, mais qui feraient bien de compter leurs abattis.

  • Le bonheur des modernes est-il aliénant ?

    Le bonheur des modernes est-il aliénant ?

    Ecrit par Jean-François Vincent, le 03 février 2018, dans Philosophie - La une - Histoire

    Le bonheur des modernes est né au XVIIIème siècle, dans la littérature, dans la philosophie, mais surtout dans la politique : une revendication, une nécessité, un must ! La déclaration d’indépendance américaine de 1776, rédigée par Jefferson, parle « des droits inhérents et inaliénables parmi lesquels se trouvent la préservation de la vie, la liberté et la quête du bonheur ». Ce dernier se définissant comme « prosperity, thriving and well being » : la prospérité, l’épanouissement et le bien-être. Epanouissement, bien-être, telle résonne, en effet, la devise de l’« american way of life », la ligne directrice du « self development » : « s’épanouir » !!! Autrement dit avoir un job, un(e) partenaire sexuel(le), une maison, une voiture, etc., etc. Et si l’on n’a pas encore tout ça, le chercher désespérément…

    Cette recherche désespérée de l’avoir, les Grecs la nommaient ascholia. La figure emblématique de l’ascholia demeure Sisyphe, peinant en vain pour un objectif dérisoire et y perdant ce qu’il y a de plus précieux monde, le temps. A-scholia, le « a » privatif renvoie à son contraire – la scholé – d’où dérivent « école », « school », « scuola », « Schule » et tant d’autres termes similaires dans les langues européennes. Alors, l’école pour accéder à l’être et à la félicité ? Plus précisément, pour accéder au temps ?…

    Non point le temps libre, l’otium romain, qui s’oppose au neg-otium, l’activité mercantile/mercenaire ; non, la scholé grecque est plus subtile : il ne s’agit pas de ne rien faire, il s’agit d’avoir ou d’acquérir du temps pour quelque chose. Mais pour quoi ? Pour cultiver son esprit en vue d’un idéal qui peut coïncider avec la vérité pour le philosophe, ou avec Dieu pour le croyant : la theoria par contraste avec la praxis.

    Une manière – certes différente – mais visant, à la fin des fins, à atteindre le fameux « development » des modernes ? En apparence seulement. Le bonheur moderne relève d’un impératif catégorique, d’un devoir : il faut, il faut absolument s’épanouir et s’épanouir par l’acquisition, celle-ci culminant dans la jouissance de ce que l’on a acquis. L’aliénation, l’estrangement par rapport à soi-même provient précisément de cette compulsion, de son caractère impérieux et discriminant : à défaut de rentrer dans la spirale aliénante, l’on s’expose au mépris, à la commisération ; le non épanoui, le non « heureux » se confond avec le pauvre type.

    La scholé frustre ainsi l’hédonisme, car elle impose une áskesis, une ascèse, c’est-à-dire un exercice, un apprentissage. Sa pénibilité garantit, en quelque sorte, sa fécondité spirituelle. Il n’y avait d’ailleurs guère de différences entre les cercles néoplatoniciens des premiers siècles de notre ère et les monastères chrétiens de la même époque.

    Trouver du temps, prendre le temps de contempler ou d’étudier, voilà, en vérité, ce qui dépasse en subversivité les idéologies les plus révolutionnaires, aliénées qu’elles sont par leur ascholia. Tempus fugit dit Vergile. Le temps fuit. Se soumettre à l’injonction moderne du bonheur revient à le perdre. Y résister nécessite courage et persévérance.

    Anatole France faisait – faussement – dériver bon-heur d’une « heure » qui serait bonne. Pour que celle-ci soit bonne, encore faut-il qu’elle soit libre. Vraiment.

  • Ki-c-ki

    Ki-c-ki

    Ecrit par Gilberte Benayoun, le 03 février 2018, dans La une - KI-C-KI

    Facile, ou pas, à deviner, ces extraits d’un célèbre roman historique ? Son auteur, français, 19ème siècle – l’un de mes favoris – nous a donné une œuvre immense, qui a tant enchanté la littérature française, et tant rempli mes premières lectures de jeunesse.

     

    Extraits :

    « Ils défilèrent par la rue de Khamon et la porte de Cirta, pêle-mêle, les archers avec les hoplites, les capitaines avec les soldats, les Lusitaniens avec les Grecs. Ils marchaient d’un pas hardi, faisant sonner sur les dalles leurs lourds cothurnes. Leurs armures étaient bosselées par les catapultes et leurs visages noircis par le hâle des batailles. Des cris rauques sortaient des barbes épaisses ; leurs cottes de mailles déchirées battaient sur les pommeaux des glaives, et l’on apercevait, aux trous de l’airain, leurs membres nus, effrayant comme des machines de guerre. Les sarisses, les haches, les épieux, les bonnets de feutre et les casques de bronze, tout oscillait à la fois d’un seul mouvement. Ils emplissaient la rue à faire craquer les murs, et cette longue masse de soldats en armes s’épanchait entre les hautes maisons à six étages, barbouillées de bitume. Derrière leurs grilles de fer ou de roseaux, les femmes, la tête couverte d’un voile, regardaient en silence les Barbares passer ».

    […]

    « Un soir, à l’heure du souper, on entendit des sons lourds et fêlés qui se rapprochaient, et au loin, quelque chose de rouge apparut dans les ondulations du terrain.

    C’était une grande litière de pourpre, ornée aux angles par les bouquets de plumes d’autruche. Des chaînes de cristal, avec des guirlandes de perles, battaient sur sa tenture fermée. Des chameaux la suivaient en faisant sonner la grosse cloche suspendue à leur poitrail, et l’on apercevait autour d’eux des cavaliers ayant une armure en écailles d’or depuis les talons jusqu’aux épaules ».

    […]

    « Habillés de vastes robes noires, avec une houppe de cheveux au sommet du crâne et un bouclier en cuir de rhinocéros, ils manœuvraient un fer sans manche retenu par une corde ; et leurs chameaux, tout hérissés de plumes, poussaient de longs gloussements rauques. Leurs lames tombaient à des places précises, puis remontaient d’un coup sec, avec un membre après elles. Les bêtes furieuses galopaient à travers les syntagmes. Quelques-uns, dont les jambes étaient rompues, allaient en sautillant, comme des autruches blessées ».

    … … …