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  • L’hégémonie culturelle est-elle passée à droite ?

    L’hégémonie culturelle est-elle passée à droite ?

    Ecrit par Jean-François Vincent, le 21 octobre 2017, dans France - La une - Politique - Culture

    Ce concept fut élaboré par Antonio Gramsci, un des leaders du PCI (fondé en 1921, un an après le congrès de Tours !) et condamné à vingt ans de prison par le régime mussolinien. Dans ses Quaderni del carcere (carnets carcéraux) et surtout dans Il materialismo storico, paru en 1966, Gramsci renverse et inverse le schéma marxiste de l’infrastructure économique déterminant les superstructures idéologiques : c’est, au contraire, cette dernière qui façonne les mentalités et influe à la fois sur le pouvoir politique et sur le modèle de production. Autrement dit, la bataille des idées précède et préfigure celle des urnes ; en vue de remporter la seconde, il faut d’abord gagner la première : « L’homme, écrit-il dans son Materialismo storico, n’est pas dirigé par la force seule, mais aussi par les idées, la fondation d’une classe dirigeante est l’équivalent de la création d’une Weltanschauung (vision du monde en allemand) ».

    En 1981, se tint le XVIème colloque du G.R.E.C.E, groupe de recherches et d’études pour la civilisation européenne, dirigé par Alain de Benoist, le pape de l’extrême droite anti libérale et néo païenne, sur le thème « Pour un gramscisme de droite ». Un des participants, le docteur Wayoff, ouvrit le débat : « Pour nous, être gramscistes, c’est reconnaître l’importance de la théorie du pouvoir culturel : il ne s’agit pas de préparer l’accession au pouvoir d’un parti politique, mais de transformer les mentalités pour promouvoir un nouveau système de valeurs, dont la traduction politique n’est aucunement de notre ressort ». Alain de Benoist, de son côté, expliqua de cette manière la victoire de la gauche en mai 81 : celle-ci, au fond, n’a été que le fruit de la domination intellectuelle des marxistes pendant les années 50/60 et de l’influence sociétale de la révolution culturelle de mai 68. D’où un véritable programme de reconquête des esprits : « Répétons-le, ce n’est pas au niveau de la politique politicienne que nous nous situons. C’est au niveau des idées, au niveau du lent travail de transformation des idées du temps, que nous avons choisi de nous situer ».

    Le processus, pour tout dire, avait déjà commencé. Robert Hersant avait fondé, en 1978, le Figaro Magazine, supplément culturel hebdomadaire du journal, destiné à jeter un pont entre la droite et l’extrême droite. Il plaça à sa tête, en 1980, l’inénarrable Louis Pauwels, l’auteur de la fameuse formule du « sida mental » lors des manifestations étudiantes de 1986 contre la loi Devaquet. Parallèlement, Yvan Blot, membre du GRECE et futur cadre du Front National, avait créé, en 1974, le Club de l’Horloge, Think Tank réactionnaire, visant à rallier à la cause hauts fonctionnaires et intellectuels. Bruno Mégret fut l’un d’eux.

  • Communiqué : Manuel Valls est un homme politique ouvert aux initiatives de paix au Moyen-Orient

    Communiqué : Manuel Valls est un homme politique ouvert aux initiatives de paix au Moyen-Orient

    Ecrit par JCall, le 21 octobre 2017, dans Monde - La une - Politique - Actualité

    Parce que nous aimons relayer les billets de J Call, à RDT ; parce qu’on est un certain nombre aussi à avoir été choqués par la violence de l’attaque contre M Valls, à qui nous apportons notre soutien, ce billet figure cette semaine tout en haut de la « une ». Lisez – le !

    La rédaction de Reflets du temps

     

    Plusieurs organisations qui œuvrent à la résolution politique du conflit israélo-palestinien apportent leur soutien à Manuel Valls après la déclaration de Jean-Luc Mélenchon reprochant à l’ancien Premier ministre « sa proximité avec les dirigeants de l’extrême droite israélienne ».

    Dans sa lettre de démission de la mission d’information sur l’avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie adressée au président de l’Assemblée nationale, François de Rugy, Jean-Luc Mélenchon reproche à Manuel Valls « sa proximité avec les dirigeants de l’extrême droite israélienne ». D’après lui, elle « fait l’objet d’une ostentation choquante pour les militants de la paix de ce pays comme du nôtre ».

    Les organisations signataires de ce communiqué, qui depuis de longues années soutiennent les initiatives de paix sur la base du principe « deux Peuples pour deux Etats » et la reprise des négociations entre Israéliens et Palestiniens, tiennent à témoigner que les allégations de Jean-Luc Mélenchon à l’encontre de Manuel Valls sont erronées, fallacieuses et sans fondement ! Manuel Valls s’est toujours montré favorable aux démarches et solutions de paix que nous soutenons et qui diffèrent de celles prônées par l’actuel gouvernement israélien.

    Sur quoi le dirigeant du parti des « Insoumis » se base-t-il pour accuser Manuel Valls de collusion avec l’extrême droite israélienne ? Uniquement sur quelques photos prises dans le cadre d’une visite semi-officielle, à l’occasion d’une conférence sur les questions de sécurité internationale qui se tient chaque année à Herzlia (Israël). Des centaines de responsables politiques et hauts fonctionnaires, représentant tous les pays, ainsi que les grandes organisations internationales, y participent régulièrement. Ces rencontres se déroulent dans le cadre d’un protocole auquel l’ancien Premier ministre d’un grand pays comme la France ne peut se soustraire. Le député de l’Assemblée nationale, Manuel Valls, comme tous les autres, doit saluer les organisateurs de la rencontre et les dirigeants du pays hôte de la conférence. Il s’agit d’une convention diplomatique et Jean-Luc Mélenchon, en vieux routier de la politique le sait parfaitement. Ce n’est pas parce que Manuel Valls rencontre en Israël Ayelet Shaked (Ministre de la Justice) ou Avigdor Lieberman (Ministre de la Défense) qu’il partage leurs opinions.

  • Lorgnette, balance et premiers de cordée. Où va le Macronisme ?

    Lorgnette, balance et premiers de cordée. Où va le Macronisme ?

    Ecrit par Martine L. Petauton, le 21 octobre 2017, dans France - La une - Politique - Actualité

    Il était là, comme dans l’Ancien monde tellement brocardé par les siens, copié-collé des ancêtres, tous ces présidents, assis, raides, coiffés des drapeaux, sur l’immuable fond d’écran des jardins élyséens. Tout pareil. Sévère, pas une mèche ne bougeant, l’œil à peine plus glacé que d’habitude. Plus jeune – cette blague – qu’un Giscard, plus beau gosse qu’un Sarko, plus enfant bien élevé de retour de sa messe de communion qu’un Hollande, plus tout ça et le reste, mais, Président de la vieille Vème, en face d’une brochette de journalistes de la TV du soir (existe-t-il du reste d’autres journalistes ?), même d’un Pujadas ressuscité et tiquant sur presque tout ; dents longues de bêtes longuement affamées ; un parfum de fauves – petits – juste avant l’arène : la première parole-TV de Jupiter, nous dit-on ; réservez votre soirée…

    Que tous ces experts bavards, cherchant à épuiser le sujet – pourquoi parle-t-il, maintenant, là ?? – rentrent un peu à la niche ; un Président sous la Vème et avec nos institutions, c’est « normalement » quelqu’un qui nous convoque, nous ses administrés – traînant les pieds ou sautant de joie – de temps à autre, événement grave ou suivi des affaires courantes. Pourquoi faudrait-il couper le son au Président, rouage principal et de loin de notre vie politique. Moins on vous entend, plus on vous écoute ? À d’autres ! La politique passe par la parole, et, ce depuis les pierres chaudes des agoras antiques ; il suffit qu’elle soit de qualité, pratiquée à bon escient. Point barre.

    Alors, celle-là ? personne n’ira contester que l’homme au gouvernail soit autre chose qu’intelligent, cultivé, réactif, plus deux ou trois autres babioles. Mais, a-t-on appris autre chose que ce qu’on subodorait, savait, pressentait, et déjà ressassait. Bref, le système macronien, où en est l’entreprise ? Flash-back, retour sur images, pieuses ou moins ; ce qu’on voulait faire, chemins et obstacles, honnête reddition de comptes à l’employeur – nous ! Et l’œil bleu vissé sur l’horizon ouvert, ce qu’on pourrait faire demain ; genre, haut-les cœurs les Éclaireurs, chers à mon enfance…

    A priori, apprendre que la montagne est haute, le chemin escarpé – du Raymond Barre pur sucre – qu’on doit consentir tous les efforts présents en magasin, n’est en rien un scoop, et n’a pas justifié cette soirée devant la TV. Tous adultes et vaccinés des rêves fous d’antan, on convient peu ou prou de s’arrimer à quelque chose de raisonnable et de patient. Jusqu’à un certain étiage, et en pesant ce « peu » et ce « prou » ; « à quel prix ? » lit-on partout. Le vote de mai ne stipulait-il pas en bas du contrat du donnant-donnant ? (à moins qu’écrit en minuscule – vous savez les contrats ! – n’aient été précisées ces opérationnalités à perpette, que vous ne connaîtrez pas, même assorti d’une espérance de vie d’un siècle). Obligeant, nonobstant, le Président à cet exercice vieux comme changeurs médiévaux : balance et lorgnette.

  • En Sologne coule la Sauldre et débordent les copains d’abord

    En Sologne coule la Sauldre et débordent les copains d’abord

    Ecrit par Lilou, le 21 octobre 2017, dans La une - Ecrits

    Le voyageur au long cours est comme le Petit Chose caché derrière les larmes discrètes de son exil. Ses pensées l’amènent souvent vers les étreintes de ses amis le voyant franchir bravement la passerelle ne sachant jamais quand il leur rejouera la partition du revoir. Son cœur quant à lui, musarde la plupart du temps le long de ces forêts peuplées de singes en hiver qu’il recherche avec toute la tension d’un démineur de Khe Sanh ou d’un guetteur d’Iceberg. Mais le voyageur au long cours est aussi un canard sauvage que personne ne se hasarde à apprivoiser dans une cage moins large que l’horizon. Tellement loin mais infiniment près, le voyageur sait toujours revenir sur les traces douillettes de ses premières envolées d’où il se délectait en solitaire de pouvoir par tous les temps distinguer de grands trois-mâts plus hauts que ses montagnes imaginaires. Le voyageur est comme ça, attaché au monde comme l’enfant sans mère l’est aux bruissements qui l’entourent. Il est toujours très loin perché, mais il aime plus que tout rentrer sur une terre qui lui semble être la sienne car c’est de là qu’il peut le mieux porter le regard apaisé d’un homme libre sur les paysages de son enfance.

    A l’échelle de la France, et c’est déjà une magie que de faire œuvre de géographie pour décrire la vie qui coule, la Sologne est le bosquet vert en plein centre coincé par le Berry au Sud, la Beauce au nord, et bornée des villes médiévales de foire aux privilèges royaux que sont Orléans et Tours. A l’échelle de la Loire qui marque une franche séparation avec les terres du nord, la Sologne est marquée du sceau de sa citadelle imprenable, Blois, connue du reste du monde parce que son château fut le théâtre du meurtre très vintage du duc de Guise en 1588. Mais bon, évoquant Blois, ce reste du monde oublie toujours de citer les escaliers Denis Papin pour lesquels il en fallait de la sueur d’enfant pour les grimper triomphant. Et bien pire encore, il en oublie à chaque fois d’évoquer cette humeur joyeuse de chocolat se répandant comme un vrai bonheur sur tous ses alentours quand les usines Poulain tournaient à plein régime et surtout que les vents étaient d’Ouest et que la menace de la pluie nous demandait de rentrer à la maison. Blois, c’est Chambord, la Sologne c’est Blois, et la Loire ce sont ses châteaux qui ont donné à la Renaissance ses plus merveilleux soupirs en forme de rêves d’architectes italiens. Blois en est un joyau, mais que dire de Cheverny ou de La Ferté-Saint-Aubin qui essaiment sur la Sologne la musique de Lully comme la Canopée gazouille sur l’Amazonie ?

    Oui, forcément.

    Pourtant un peu plus loin que cette Sologne-là éclairée pour l’éternité des paillettes de la renommée, se cachent d’autres forêts aux arbres aussi grands et majestueux qu’à nuls autres pareils. S’y dissimulent en effet, dans la discrétion la plus digne, d’autres demeures du temps de François I° rentrant des guerres d’Italie ou d’un Louis XIV encore dans les culotes courtes de son si long règne. Ainsi, marchant de borderies en borderies, le voyageur de retour en sa Sologne s’y gorge à tous ses pas de l’enchantement de ces autres bâtisses faites de pierres blanches et de briques rouges, de ciel pourtant chargé mais toujours souriant et de lumières conjuguant le tendre regard à la joie de vivre. Poursuivant ses pas vers le soleil levant, le voyageur finira par croiser la Sauldre agissant pour la Sologne comme la Loire pour la France. Ni colonne vertébrale, ni véritablement son cœur, cette rivière douce à l’écoulement très poli en est pourtant une forme épousant celle de la Loire comme si dans son très jeune âge, ce confluent du Cher avait choisi de rester humble dans le seul dessein de ressembler aux paysans solognots aussi rustres que fidèles et qui un jour la peupleraient. Malgré la modernité qui déchire son silence de ses routes où tout passe trop vite, la Sologne est un immense hommage à la nature bataillant pour rester intacte et protéger ses colonies de grèbes à cou noir, d’écureuils roux ou de marouettes ponctuées venus là nicher pour l’été.

  • La violence

    La violence

    Ecrit par Stéphanie Michineau, le 21 octobre 2017, dans Ecrits - La une - Actualité

    Merci Stéphanie pour ce texte, les souvenirs qu’il ouvre, ranime, sur les violences faites aux femmes, dans le contexte actuel des luttes et débats  contre le harcèlement. Votre texte cette semaine sera la voix des Reflets.

    La rédaction de RDT

     

    Souvenir. D’un coup de poing. Donné.

    Un coup de poing. Pour la fille. Bis. Sans mains. Sans destin.

    Un coup parti. Porté. A sa dignité. Enlevée.

    Sentiment d’abandon. De pâmoison. Pour une vie de folie.

    Et d’errance. En l’occurrence.

    Un coup de poing. Venu de loin. D’un homme. Sans regard.

    Sans égards. Pour lui. Pour la fille aussi.

    Un quart d’heure de calvaire. Dans cet univers. De douleur. Sans douceur.

    Une main levée. Une fille jetée.

    Dans un coin.

    Loin.

     

    (Fanny Cosi, Pensées en désuétude, Edilivre, 2010)

  • Recueil de poèmes courts

    Recueil de poèmes courts

    Ecrit par Emmanuelle Ménard, le 21 octobre 2017, dans La une - Ecrits

    Mots d’amour et d’hiver (4)

     

    La pluie sur Bruxelles a couché mes idées

    je m’enlace

    dans les mots effilés

    comme

    des larmes

     

    Le ciel tombe et se lève

    résiste

    à tous les jours

    le ciel comme un tyran

    qui se montre partout

     

    J’ai l’esprit en feu

    des mots

    comme des braises

    pour rougir

    les sommeils

     

    Les bouches ont raturé les mots

    et de salive ne reste rien

    qu’une petite larme

    au son muet

  • Identités nationales : deux poids et deux mesures

    Identités nationales : deux poids et deux mesures

    Ecrit par Jean-François Vincent, le 11 octobre 2017, dans Monde - La une - Politique - Actualité

    L’affaire catalane donne l’occasion de mesurer le gouffre qui sépare les vieilles métropoles dominantes, impérialistes et colonisatrices des jeunes « nations » en mal d’indépendance, quand il s’agit d’« identité » : celle des premières pue le nationalisme, le fascisme, le racisme – j’en passe et des moins bonnes – celle des secondes, au contraire, sont l’objet d’attendrissement, de soutien et de solidarité en tout genre ; bref les médias – Mediapart en particulier – se rejouent le « printemps des peuples » à la mode dix-neuvièmiste…

    Retour au projet émancipateur de la philosophie des Lumières. A partir de la notion rousseauiste de souveraineté populaire, l’on en vint à considérer, non plus l’individu-citoyen en tant que partie d’un peuple, mais le peuple comme un tout, en particulier les peuples vassaux sous domination étrangère. « Un peuple a la faculté de conquérir son indépendance » proclame la déclaration des droits de 1793, concoctée par Condorcet et l’abbé Grégoire. Le romantisme aidant, l’attention se focalisa sur les « nations » au passé glorieux, mais tombées sous le joug de puissances oppressives. L’on plaignit ainsi les Polonais, écartelés depuis le partage de la Pologne (1772), entre Russie, Autriche et Prusse ; les Grecs martyrisés par les Turcs ; ou encore les Hongrois assujettis aux Habsbourg.

    Le fameux « printemps » commence, de fait, dès 1830 avec le soulèvement de Varsovie. Le vieux Lafayette s’écrie : « toute la France est polonaise » ; Mickiewicz, le Victor Hugo polonais, chantre de la grandeur identitaire de son pays, prophétise : « la Pologne se relèvera et libérera toutes les nations d’Europe de la servitude » ; notre totor national, quant à lui, réservant sa sollicitude aux carbonari italiens : « n’ayez qu’une pensée, leur dit-il, vivre de votre vie à vous ». Mais évidemment, c’est en 1848 que les multiples « identités » éclosent tels des champignons. « Pour les hommes de 1848, écrit l’historien britannique, Sir Lewis Namier, le principe dynastique représentait un règne arbitraire et autocratique ; celui de la souveraineté populaire, au contraire, s’identifiait aux droits de l’homme et à l’autodétermination ».

    Très rapidement cependant, une dérive organiciste se fait jour : le « peuple » ne forme qu’un organisme gigantesque, doté d’un seul corps et d’un seul esprit. Le Volksgeist (l’Esprit du peuple) est né ! Dans le Vormärz allemand de 1848, le professeur Mittermaier de Heidelberg, président du parlement insurrectionnel, déclare, dans un discours emphatique : « le géant s’éveille ! Le Volksgeist est ce géant. Il est éveillé » ; pour le philosophe allemand Jacob Gottlieb Fichte (1762-1814), une nation constitue une entité « supra-temporelle », elle se présente comme une « Hülle des Ewigen », une enveloppe de l’éternité. L’identité de la nation se veut donc organique, spirituelle et éternelle ; la race n’est plus très loin…

  • Macron et les territoires

    Macron et les territoires

    Ecrit par Martine L. Petauton, le 11 octobre 2017, dans France - La une - Politique

    Jupiter devrait redescendre sur terre, et peut-être assez vite : il gouverne un pays – voyez-vous ça – où sont des territoires !

    Communes (mille fois trop de ces confettis, certes), départements (faisant double emploi souvent, certes), Régions (un échelon pas vraiment bien fini, certes). Mais…

    Incontournables comme leur longue Histoire, doublant la grande, ces découpages administratifs, si souvent en attente de changements annoncés à grands coups de cymbales, pour finir dans le pschitt de bricolages de couturière, rapetassés (certes) plus que réformés. Mais, eux et leur (immense, certes) armée de fonctionnaires territoriaux, leur population « locale », celle des fins fonds de l’hexagone, ayant en fond d’écran quasi constant ce bras levé contre « eux, là-haut » ; entendons Paris, l’Exécutif et ses Chambres législatives plus ou moins suiveuses ou grondantes… eux, ces territoires de la république, existent et font plus que bouger ces temps-ci ; ils sont peut-être la première vraie menace d’envergure visant la geste Jupitérienne. Chanson vieille comme l’Ancien Régime et la Révolution rassemblées : Centralisation, Jacobinisme, Décentralisation à couleurs plus ou moins Girondines… ah, Emmanuel, quand on dérange l’Histoire !

    Incontestable aussi – en même temps ! – ces territoires en France n’ont jamais fonctionné au top ; loin s’en faut, et le récit de leurs manquements, quand ce n’est pire, vaut son pesant de chroniques. Sans doute dus, ces grincements, ces x ajustements inappropriés, à la naissance du Jacobinisme, successeur, presque frère, mais aussi ennemi juré de la centralisation de l’Absolutisme. Probablement à mettre au compte, également, d’un temps trop long de son existence, subi plus que choisi, cahotant du XIXème en XXème très avancé, progressivement figé dans l’ambre, comme un vêtement de grand enfant qui finirait par lâcher les coutures sur l’adulte devenu qui l’endosse. Souvenons-nous de ces manifs des années 70, toutes colorées sus à la centralisation parisienne. Exigences de libertés locales en mal de reconnaissance, et certes, les Bretons, les Basques, et Corses réunis, mais pas que : les affiches « OC vivra » hantent encore nos mémoires, et frétillent toujours en pas mal de lieux. Alors, la Gauche arrivée enfin aux affaires, ne pouvait qu’aller dans ce sens, dès 1982, même si le vieux lion Gaston Deferre, à l’Intérieur, méfiant, à moins que profondément jacobin, mitonna dans le pot d’importantes demi-mesures visant à décentraliser, mais pas tout, et surtout pas complètement ; mixte réussi sur le papier ; autre chose dans la réalité (ne vit-on pas tous dans un – qui fait quoi, constant ?). Depuis, d’autres trains de mesures ont remanié, bricolé, toujours à demi, le tissu administratif local, jusqu’à cette – prétentieuse et bien mal placée dans le calendrier, pardon,  ami François ! Réforme des territoires du quinquennat précédent, accouchant avant tout de hautes bannières encolérées au fronton des hôtels de région, frémissant à l’idée de leur disparition, au nom de regroupements devant coûter moins cher, et rendre dix fois plus de services… On connaît le reste !

    Surfant – un peu à la va-vite – sur la réalité territoriale et le supposé mécontentement des électeurs, le candidat Macron et le président qui suivit n’eurent de cesse de pourfendre en cet hexagone territorial des signaux de « l’ancien monde ». Macron, lui-même, jamais passé par la moindre case d’élection locale (son seul succès n’est-il pas d’avoir été tout droit, tout neuf, élu président de la république), portait haut dans le ciel jacobin-parisien ces évaluations à la fois d’insuffisances, voire d’inutilité, de ces territoires lointains, lents, d’un autre siècle. Tout bon !

  • JEAN ROCHEFORT

    JEAN ROCHEFORT

    Ecrit par Jean-Luc Lamouché, le 11 octobre 2017, dans La une - Cinéma

    Hier, c'était, pour tous les cinéphiles, et probablement un très grand nombre de français, Cinéma-deuil, avec le décès du grand acteur Jean Rochefort. Il y avait déjà eu la disparition de son très souvent « complice » Philippe Noiret le 23 novembre 2006, cela fait donc plus de dix ans déjà... Et même s'il nous reste – heureusement – l'autre « compère » Jean-Pierre Marielle, âgé de 85 ans, avec la mort de « Jean », c'est une ancienne génération-phare du cinéma français qui est en train de s'éteindre progressivement. Dans cette courte chronique-hommage, je vais essayer de parler de tout ce que le cinéma français doit à Jean Rochefort, en faisant allusion aux éléments essentiels de sa filmographie, mais aussi de l'homme qu'il était pour nous. C'est d'ailleurs par cet aspect que mon article commence.

    Né à Paris le 29 avril 1930, Jean Rochefort nous a quittés dans la nuit du 8 au 9 octobre 2017, à l'âge de 87 ans. Personnellement, je n'oublierai jamais - même s'il nous reste fort heureusement ses films – sa voix chaude, son (sou)rire chargé d'un humour à peine retenu, pince-sans-rire, et disons-le aussi sa grande classe, sa mise (si je peux m'exprimer ainsi) quasi-aristocratique. Il commença évidemment sa carrière par des seconds rôles, dont je vais bientôt rappeler quelques exemples. Mais, avant cela, il faut signaler qu'il faisait partie de la célèbre « bande du Conservatoire », qui était un groupe de comédiens français, tous élèves du Conservatoire national supérieur d'art dramatique à Paris, et ceci dès le début des années 1950, époque où Jean Rochefort était âgé d'une vingtaine d'années. Ils avaient tous de grands liens d'amitié, ayant eu pour professeurs l'immense Louis Jouvet, Georges Le Roy (acteur, sociétaire de la Comédie-Française, et donc professeur), et René Simon (un acteur qui avait fondé en 1925 les cours qui portaient son nom). Parmi les membres de cette « bande du Conservatoire », je citerais : Annie Girardot, Françoise Fabian, Jean-Paul Belmondo, Bruno Cremer, Claude Rich (mort récemment), Jean-Pierre Marielle, Jean Rochefort (bien sûr), sans oublier l'adjonction de Philippe Noiret.

    C'est à présent le moment de nommer quelques films au sein desquels Jean Rochefort se fit remarquer par sa présence et son physique particulier, voire son maintien, sans oublier sa moustache. Ainsi, comment ne pas citer ses rôles auprès de Jean-Paul Belmondo, dans « Cartouche » et « Les Tribulation d'un Chinois en Chine » ? Lui qui joua, pour le cinéma, dans 113 films (sans compter les productions pour la télévision et le théâtre), ce fut à partir de 1972 (il avait alors une petite quarantaine d'années) qu'on lui donna vraiment les premiers rôles. J'en citerais juste quelques uns, non pas forcément dans l'ordre chronologique, mais en fonction de l'intérêt qu'ils eurent pour moi, et qui firent qu'il apparut réellement comme si grand acteur. Je me limiterais donc à : "Que la fête commence" (de Bertrand Tavernier), "Ridicule" (de Patrice Leconte), "Un éléphant ça trompe énormément" (d'Yves Robert), "Le Crabe-tambour" (de Pierre Schoendoerffer), "L'Horloger de Saint-Paul" (de Bertrand Tavernier), "Le Grand Blond avec une chaussure noire" (d'Yves Robert), etc.

    J'ajoute à cette chronique-hommage, en guise de conclusion illustrée, des extraits de « Que la fête commence », qui est un de mes films français préférés, réalisé, comme dit précédemment, par Bertrand Tavernier, avec Jean Rochefort dans le rôle (pour moi son meilleur !) d'un grand ecclésiastique plein de libertinage, « l'abbé Dubois », appelé ensuite « le cardinal Dubois », et principal ministre de l'Etat (sous la Régence de Philippe d'Orléans, après la mort de Louis XIV et pendant la minorité de Louis XV) ; un Jean Rochefort en bonne compagnie, aux côtés de ses Amis Philippe Noiret, le Régent, et Jean-Pierre Marielle, un marquis- gentilhomme breton. Avec Philippe Noiret déjà, et même si le grand Jean-Pierre Marielle nous reste, nous voici donc quelque part un peu comme « orphelins »...

  • Recueil de poèmes courts

    Recueil de poèmes courts

    Ecrit par Emmanuelle Ménard, le 11 octobre 2017, dans La une - Ecrits

    Mots d’amour et d’hiver (3)

     

    Infinie solitude

    qui t’étreint comme un dieu

     

    Sourire ou grimace

    aussi un choix

    peut-être

     

    ou l’heure ou la minute

    d’un instant

    qui s’évase

    et qu’on remplit

    de soi

     

    Ombres perlées

    je perçois vos lumières

    comme l’éveil se couche dans le sommeil

     

    Ombres bleutées

    j’imagine votre ciel

    comme l’espoir au vent fait tourner la roue

     

    La gueule de l’âme

    est rouge

    tant l’ombre est infinie

    Et le grain du désert

  • Ki-c-ki ?

    Ki-c-ki ?

    Ecrit par Gilberte Benayoun, le 11 octobre 2017, dans La une - KI-C-KI

    Quelques rayons de soleil et des souvenirs charmants de nos premières lectures de jeunesse, qui sentent bon la poésie du temps de l’enfance et de l’adolescence, à travers ces extraits de l’œuvre célèbre d’un non moins célèbre auteur, et pourquoi pas, avec une petite pointe fraîche et joyeuse de jolie nostalgie… où l’on entend le soleil, où l’on entend le ciel bleu, où l’on entend les oiseaux, les arbres, les fruits, les feuilles, les fleurs, et où l’on entend même notre tendre jeunesse…

     

    Extraits :

    « Lili savait tout ; le temps qu’il ferait, les sources cachées, les ravins où l’on trouve des champignons, des salades sauvages, des pins-amandiers, des prunelles, des arbousiers ; il connaissait, au fond d’un hallier, quelques pieds de vigne qui avaient échappé au phylloxéra, et qui mûrissaient dans la solitude des grappes aigrelettes, mais délicieuses. Avec un roseau il faisait une flûte à trois trous. Il prenait une branche bien sèche de clématite, il en coupait un morceau entre les nœuds, et grâce aux mille canaux invisibles qui suivaient le fil du bois, on pouvait fumer comme un cigare ».

    (…)

    « En échange de tant de secrets, je lui racontais la ville : les magasins où l’on trouve de tout, les expositions de jouets à la Noël, les retraites aux flambeaux du 141e, et la féérie de Magic-City, où j’étais monté sur les montagnes russes : j’imitais le roulement des roues de fonte sur les rails, les cris stridents des passagères, et Lili criait avec moi…

    D’autre part, j’avais constaté que dans son ignorance, il me considérait comme un savant : je m’efforçais de justifier cette opinion – si opposée à celle de mon père – par des prouesses de calcul mental, d’ailleurs soigneusement préparées : c’est à lui que je dois d’avoir appris la table de multiplication jusqu’à treize fois treize ».

    (…)

    « Dans les pays du centre et du nord de la France, dès les premiers jours de septembre, une petite brise un peu trop fraîche va soudain cueillir au passage une jolie feuille d’un jaune éclatant qui tourne et glisse et virevolte, aussi gracieuse qu’un oiseau… Elle précède de bien peu la démission de la forêt, qui devient rousse, puis maigre et noire, car toutes les feuilles se sont envolées à la suite des hirondelles, quand l’automne a sonné sa trompette d’or.

    Mais dans mon pays de Provence, la pinède et l’oliveraie ne jaunissent que pour mourir, et les premières pluies de septembre, qui lavent à neuf le vert des ramures, ressuscitent le mois d’avril. Sur les plateaux de la garrigue, le thym, le romarin, le cade et le kermès gardent leurs feuilles éternelles autour de l’aspic toujours bleu, et c’est en silence au fond des vallons, que l’automne furtif se glisse : il profite d’une pluie nocturne pour jaunir la petite vigne, ou quatre pêchers que l’on croit malades, et pour mieux cacher sa venue il fait rougir les naïves arbouses qui l’ont toujours pris pour le printemps.

    C’est ainsi que les jours de vacances, toujours semblables à eux-mêmes, ne faisaient pas avancer le temps, et l’été déjà mort n’avait pas une ride.

    Je regardai autour de moi, sans rien comprendre.

    “Qui t’a dit que c’est l’automne ?

    – Dans quatre jours, c’est saint Michel, et les sayres vont arriver. Ce n’est pas encore le grand passage, c’est la semaine prochaine, au mois d’octobre…”

    Le dernier mot me serra le cœur. Octobre ! La rentrée des classes ! »

    … …

    La réponse au ki-c-ki du mercredi 20 septembre : Un barrage contre le Pacifique, de Marguerite Duras

  • ISF ; Emmanuel et le yacht

    ISF ; Emmanuel et le yacht

    Ecrit par Martine L. Petauton, le 04 octobre 2017, dans France - La une - Politique - Actualité - Société

    Serions-nous des gauchistes excités, mieux des Guevaristes bavant de haine, ceux qui n’ont pas avalé il y a une pincée d’heures le discours des Macroniens de Bercy, dévoilant – prière de chausser de bonnes lunettes – le comment du début d’assassinat de l’Impôt sur la Fortune ; le nôtre, puisqu’il paraît que nous, français, étions une peuplade sentant encore les coupeurs de tête de l’An II avec cet outil, fiscal et bien plus politique.

    De quoi s’agissait-il ? D’attaquer l’ISF (ce que nous savions, notons-le, en votant pour le président Macron), de lui rogner ce qui lui restait d’ailes, à cet oiseau – majestueux quand même et peint des trois couleurs plus quarante-huitardes que tout le reste des républiques – né dans l’ombre non moins politiquement épique du premier François Mitterrand, en 1982. Et certains d’ores et déjà de glapir, que cet impôt n’eut de cesse, depuis, d’être épluché voire vidé par diverses lois, hélas pas toutes de Droite sonnante et trébuchante… Vrai, et que je te tricote des exemptés plus vite que des assujettis, des passe-droit fleurissant en parfois aussi grand nombre que ce que notre fisc républicain faisait rentrer dans ses caisses. Vrai, car qui dit impôt, dit, chez nous, astuce pour y échapper, dans ce peuple qui décidément ne s’est jamais vraiment amouraché de ses institutions fiscales…

    Mais… il s’agirait là de bien autre chose, non de baisser tel taux ou de rehausser tel seuil, mais bien d’isoler cet impôt, en l'amoindrissant. La  taxe nommée à présent, en affichant haut sa casquette, « impôt sur la fortune immobilière », permettrait de sortir du dispositif des pans considérables d’anciens assujettis. Une flopée ? non, carrément une foule. Tous ceux qui collent leurs « éconocrocs » (comme dit mon fils, né pile avec l’ISF, qui ignorait visiblement qu’il y ait eu un avant, et qu’un après soit, comme il dit joliment, « légitime ») dans les outils bancaires type placements, assurance-vie et le toutim ; ça fait du chiffre. Plus spectaculaire, et sujets des agitations actuelles un peu partout ; sujet de conversation on ne peut plus consensuel, à « droite et à gauche », « points de détail » de l’inénarrable député LREM Barbara Pompili aux dents longues, les signes extérieurs de richesse, ce haut symbole de la justice quelque part en nous tous irait nager dans d’autres eaux beaucoup moins froides que celles de l’impôt sur la fortune. Voyez, ainsi une voiture de luxe, un jet privé, un cheval de course, et bien sûr un yacht (je ne dis « un » que par facilité). Hors jeu, tout ça, hors prélèvement. L’autre soir, dans le journal de la « gauchiste » Anne-Sophie Lapix, une petite addition-soustraction au tableau noir jouait avec quelques chiffres : le prix d’un yacht, son ISF avant la réforme Macron ; en face, ce qui serait demandé à son propriétaire (0 ct d’euro) dorénavant. Bouche bée des spectateurs, vaguement écœurés au point d’en poser la fourchette ! Quelqu’un, soutenant il est vrai fortement notre gouvernement, de me rétorquer : encore un bashing des médias !… Car le motif invoqué de ces prouesses réformatrices échappant à grands coups d’ailes à la morale la plus élémentaire, tient en un credo vieux comme la Droite libérale : on peut ainsi espérer (j’aime ce mot qui sent sa rationalisation économique) le retour des fonds planqués à l’étranger, mieux, l’arrivée en terre de France de tous les exilés de la City londonienne sous le vent aigre des suites de son Brexit. Bref, on peut aussi se demander si quelques bricoles type république bananière n’auraient pas un succès plus rapide et en rien moins sûr...

  • FN : retour vers le passé ?

    FN : retour vers le passé ?

    Ecrit par Jean-François Vincent, le 04 octobre 2017, dans France - La une - Politique

    La relative déconvenue frontiste à la présidentielle (malgré les quelques 10 millions d’électeurs qui votèrent Marine Le Pen au second tour, celle-ci a fini très loin de la barre des 40% qu’elle s’était fixée comme critère de succès) a, bien entendu, suscité une chasse au bouc émissaire : comme cela ne pouvait être le chef (la cheftaine), ce devait être le lieutenant.

    Mais, au-delà des règlements de comptes internes, ce qui a été mis en cause à travers la personne de Florian Philippot, c’est toute une stratégie : cette tonalité anticapitaliste et sociale qui a contribué à bâtir le lepénisme « rouge », post-communiste et ouvrier, du nord de la France. Ladite stratégie a d’ailleurs porté ses fruits : 5 des 8 députés FN à l’assemblée nationale (y compris Marine Le Pen elle-même) ont obtenu leur victoire dans cette région. Plus précisément, sur un plan idéologique, Philippot avait réussi à décaler la focale du parti, de l’immigration (ou l’« identité », nouveau nom donné à la question raciale) à l’euro, symbole d’une souveraineté perdue et possiblement retrouvée par une sortie des traités européens. L’on parlait moins des « étrangers » – des immigrés et de leurs descendants au phénotype noir ou maghrébin – au profit de sujets plus « respectables » : la monnaie, l’Europe, l’économie… la « dédiabolisation », de fait, ce fut ça : non point un véritable aggiornamento (comme celui-ci impulsé par Gianfranco Fini, en Italie, qui réussit à « défasciser » authentiquement le vieux Movimento Soziale Italiano de Giorgio Almirante, en le transformant en mouvement conservateur d’inspiration néo-gaulliste), mais bien un maquillage purement cosmétique : tout le fond xénophobe du Front demeure ; simplement l’on discute d’autre chose…

    Cette ligne politique, déjà très contestée avant les élections, a soulevé un tollé après. Le Pen père himself, Jean-Yves Le Gallou, Gilbert Collard, voire Robert Ménard, le maire de Béziers, ont tiré à boulets rouges sur elle et donc indirectement sur son instigateur. La fameuse « refondation » entreprise en vue du futur congrès se présente, avant tout, comme un retour aux fondamentaux idéologiques. Philippot, dépité et démissionnaire suite à la décision de Marine Le Pen de le démettre de sa fonction de stratège-en-chef, évoque un « retour en arrière », une « rediabolisation », un FN « rattrapé par ses vieux démons », « quel gâchis ! » s’exclame-t-il.

    En réalité, les lepénistes ont bien identifié la faille majeure du plan Philippot : la sortie de l’euro les coupe des milieux économiques et de la droite « classique » ; or le problème majeur de tout parti, dans le cadre d’un scrutin majoritaire, réside dans l’existence d’un réservoir de voix au second tour : le FN n’en a pas. Il faut, par conséquent, essayer de bâtir une coalition avec la frange dure des Républicains – emmenée peut-être par Laurent Wauquiez. Et ce qui bloque une telle coalition, ce ne sont point les thèmes identitaires (desquels les plus droitiers peuvent parfaitement s’accommoder), mais l’économie. Déjà Marine Le Pen avait dû mettre la pédale douce sur l’euro pour bénéficier du désistement de Nicolas Dupont-Aignan. Paul-Marie Couteaux, grand apôtre d’un programme commun des droites, l’a clairement énoncé : pour qu’un tel programme puisse voir le jour, il convient d’abandonner le technique, le technocratique, le trop cérébral ; il faut se concentrer sur l’émotionnel, sur ce qui prend aux tripes, sur la France et son identité.

    Un accord « rouge-brun » avec les Insoumis étant électoralement impossible, la doctrine Philippot menait inévitablement dans une impasse, c’est-à-dire dans une opposition ad vitam aeternam. Car, dans la famille Le Pen, la grosse, l’énorme différence entre papa et fifille, c’est que cette dernière veut réellement gouverner et non plus se contenter du ministère de la parole.

    Il fallait donc sacrifier Philippot sur l’autel du réalisme. La « rediabolisation », loin d’être passéiste, ménage, au contraire, l’avenir.

     

  • EDMOND MAIRE : UN HOMME, UN COMBAT, UNE CONSCIENCE

    EDMOND MAIRE : UN HOMME, UN COMBAT, UNE CONSCIENCE

    Ecrit par Jean-Luc Lamouché, le 04 octobre 2017, dans La une - Société - Histoire

    Edmond Maire, dirigeant emblématique de la CFDT pendant une longue période, et qui fut l'artisan du « recentrage » de la centrale syndicale vers la fin des années 1970, est décédé dimanche 1er octobre, à l'âge de 86 ans, « des suites d'une maladie », comme l'annonça sa famille dans un communiqué ; il avait été aussi précisé que ses obsèques auraient lieu « dans l'intimité ». Il y a des moments et des événements, comme celui-là, où notre histoire personnelle (je parle ici pour moi) peut être profondément touchée par la disparition d'un homme, qui fut une grande figure du syndicalisme et – d'une certaine façon – de la politique (au sens le plus noble de ce terme), et ceci alors qu'il y avait longtemps que l'ancien leader de la CFDT avait quitté la scène dans les domaines où il fut tellement actif. Je précise qu'Edmond Maire avait fait ses dernières apparitions publiques en juillet 2016, lors de l'hommage national rendu à l'ancien Premier ministre socialiste Michel Rocard, et en janvier dernier aux obsèques de François Chérèque, l'un de ses successeurs à la tête de la CFDT.

    Né en 1931 à Epinay-sur-Seine, dans un famille catholique, Edmond Maire était chimiste de formation. Il avait participé à la création de la CFDT en 1964 ( à l'âge de 33 ans), une nouvelle structure syndicale née d'une scission avec la CFTC, sur la base d'une véritable déconfessionalisation (par rapport au christianisme) et d'un engagement politique de gauche assez radical (pendant un certain nombre d'années). C'est en 1971 qu'il devint le secrétaire général de la CFDT, et pour une période très longue, puisqu'il ne céda la main à son successeur Jean Kaspar qu'en 1988. Edmond Maire était entré dans le syndicalisme pour, disait-il lui-même, « changer le syndicat et changer la société ». Pour lui, l'un n'allait pas sans l'autre, en tant qu'intellectuel du mouvement syndical, dont la pensée continue toujours de marquer profondément l'organisation qu'il avait dirigée. Et ce n'est pas un hasard si Laurent Berger, l'actuel numéro un de la centrale syndicale, se faisant le porte-voix de ses camarades, à l'annonce du décès d'Edmond Maire, dimanche, déclara : « On perd une référence, on perd un immense syndicaliste, un des fondateurs de notre type de syndicalisme ».

    Parfois imprévisible, l'homme Edmond Maire était farouchement indépendant, visionnaire pour son organisation et le rôle qu'elle pouvait jouer dans la société. En tant que leader de la CFDT, il apparut, à l'origine, comme étant véritablement issu de la culture de « mai 1968 », l'homme (un des principaux hommes) du « socialisme autogestionnaire » et de la « planification démocratique », par opposition avec les conceptions centralisatrices et totalitaires du « Gosplan » de type soviétique, en URSS et dans ses pays satellites (notamment en Europe de l'est). Dans ce contexte, et en compagnie du PSU, également très radical, du jeune Michel Rocard, il fit tout pour contribuer à transformer le nouveau PS dirigé par François Mitterrand, et qui était issu du congrès d'Epinay-sur-Seine (en 1971), en un « parti ouvrier de masse », incitant de nombreux membres de son syndicat à adhérer au PS dans le cadre des « Assises du socialisme » (en octobre 1974). Mais, les aspects « deuxième gauche » (décentralisatrice par comparaison avec la « première gauche » jacobine regroupée autour de François Mitterrand), quasiment « révolutionnaire » (dans un premier temps), se heurtèrent à de dures réalités. Edmond Maire comprit les difficultés qu'il y allait avoir à synthétiser ses aspirations autogestionnaires avec les visions qui étaient celles du PCF (encore très puissant dans les années 1970), ceci d'autant plus que François Mitterrand semblait valider certains aspects proches des conceptions communisantes. Il y eut aussi la rupture entre communistes et socialistes en 1977 – lors de la renégociation du Programme Commun de Gouvernement (signé en 1972) -, puis la défaite électorale de la gauche en 1978, ce qui provoqua une profonde évolution dans les positionnements du leader cédétiste.

  • Merci, je préfère les huîtres. Plaidoyer pour les perles.

    Merci, je préfère les huîtres. Plaidoyer pour les perles.

    Ecrit par Marianne Braux, le 04 octobre 2017, dans La une - Education

    C’est nouveau, ça vient de sortir : les traditionnelles perles du bac seraient un symptôme de plus de notre culture éducative « du dédain », défectueuse et obsolète, basée sur l’humiliation permanente de ses jeunes et la hauteur inavouée de ses vieux, lesquels prendraient depuis trop longtemps un malin plaisir à « moquer les idioties » et « exhiber les bêtises » des lycéens qui « non, n’ont pas un QI d’huître ». La dénégation parle d’elle-même : Madame Cahen, à l’origine d’une contre-offensive visant à valoriser les « anti-perles » (somme des « fulgurances » de bons élèves, fièrement rapportées sur Internet), et les médias en quête d’ondes positives qui s’en font le relais, voient-ils donc d’un si mauvais œil les « absurdités » laissées, parfois volontairement rappelons-le, par des élèves souvent brillants à leur insu et audacieux ?

    Parce que des collègues de Madame Cahen se repaissent chaque année de ce mets « fameux » – ce n’est pas moi qui le dis – avec « un rire gras assorti de commentaires effarés sur le nivokibess », il faudrait condamner tous ceux qui s’en régalent sans mépris et même avec une certaine admiration ? Vraiment, il faudrait remplacer des bijoux produits par des êtres de chair et de coquille par de pâles « pépites » trouvées dans de jolies copies bien conformistes ? Loin de moi l’idée de critiquer ces dernières : leurs auteurs ont fait leur travail, bravo, on ne leur demandait pas autre chose. Mais est-ce bien la peine que l’on s’en vante ? Qui plus est, lesdites pépites sont généralement d’un ennui… et nombre d’entre elles (car je les ai lues, contrairement à beaucoup qui se sont empressés de féliciter Madame Cahen sur les réseaux sociaux, à coups de cœurs battants et de commentaires obligés) trahissent la complaisance des professeurs eux-mêmes, trop heureux de voir de temps en temps leurs objectifs atteints. Encore une fois, c’est tout à leur honneur, mais que l’on ne vienne pas nous dire qu’une citation bien placée, une phrase ponctuée de trois ou quatre locutions précieuses du genre « outre cela », ou une explication « structurée, étayée, dans une langue impeccable, développée en 10 minutes pile » sont des « éclairs de génie ». Le talent est ailleurs, et surtout là où il s’ignore, comme dans ces aphorismes aussi déplacés que lucides, ces lapsus étonnants avec lesquels je composerais bien moi-même quelques vers, ou ces commentaires à côté de la plaque que l’on dirait tout droit sortis d’une pièce d’Eugène Ionesco. Mais je ne suis pas certaine que Madame Cahen apprécie le théâtre de l’absurde, à en juger par les propos qui étayent sa bienveillance affichée et lui ont valu ces derniers mois un début de notoriété publique. Car l’initiative est dans l’air du temps et vient à point répondre à ce qu’elle-même diagnostique comme « une véritable attente de la société, dans le sens d’une vague de fond positive » qui, il est vrai, s’abat tout en douceur sur la France sans que personne ne s’en alarme, ou alors pour se voir taxer de pessimiste, rétrograde ou mieux, de méchants. Bienvenue au Club Med, où même les tsunamis sont gentils ! Apprenez à surfer et ça ira tout seul. Non non, ceci n’est pas un attrape-touriste, évidemment.