Egalité femmes-hommes ?

Ecrit par Jean Gabard le 06 janvier 2018. dans La une, Société

Egalité femmes-hommes ?

Le gouvernement a fait de l’égalité femmes-hommes la grande cause du quinquennat alors que dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (article 1, Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits) et la Constitution de la Vème République (La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion), il n’est jamais question d’« égalité » mais d’« égalité en droits » ou d’« égalité devant la loi » !

Ce raccourci (d’égalité en droits à égalité) pourrait être acceptable si, aujourd’hui, de nombreuses personnes ne réclamaient pas, et avec insistance, « l’égalité réelle » entre les hommes et les femmes, en s’inspirant des dérives des Etudes de genre.

Cette égalité souhaitée ne pourrait pourtant être envisagée que si le postulat soutenu par des partisans des Etudes de genre était une théorie reconnue par les autorités scientifiques, c’est-à-dire que si les différences de comportements et de résultats entre les femmes et les hommes ne provenaient que des discriminations et de la construction sociale sexistes, or il n’en est rien !* On sait aujourd’hui que si les hommes et les femmes sont influencés par la construction sociale, ils sont aussi influencés par leurs différences génétiques, biologiques, hormonales. Ils le sont aussi par la structuration du psychisme, différente suivant le sexe et indépendante de la culture (celle-ci étant inconsciente, comme la construction sociale, elle ne peut être prouvée mais on peut quand même se demander si le fait de naître dans un corps de femme ou d’homme, d’une personne du même sexe ou du sexe opposé n’a pas au moins autant d’importance que le fait de se voir offrir une poupée ou un camion !).

Cette demande d’égalité est une demande qui ne peut que favoriser le sexisme en étant dans la négation de la différence des sexes. En effet, quand la différence des sexes n’est pas reconnue, la différence, toujours plus ou moins gênante, quand elle apparaît, devient anormale. Elle est alors très vite dénigrée. Pendant des millénaires, la différence des sexes n’a pas été assumée par la société patriarcale et la différence de la femme était considérée comme un handicap qui faisait d’elle un être inférieur à mettre à l’écart. Faut-il, aujourd’hui, parce que la différence des sexes n’est toujours pas assumée, que la différence de l’homme devienne une maladie ou le signe de sa mauvaise éducation dont il serait responsable (un moyen pervers qui permet de ne pas être accusé de sexisme) ?

Il y a encore beaucoup de progrès à faire pour obtenir le respect de l’égalité en droits. Faut-il alors s’égarer dans des luttes inutiles qui, avec ce nouveau sexisme, ne peuvent que dresser les femmes contre les hommes et empêcher d’étudier, de connaître et de gérer intelligemment la différence des sexes ?

Après que la société patriarcale dans l’enfance ait été contestée à juste titre par une vision du monde féministe faut-il, au XXIème siècle, rester dans cette crise d’adolescence et ne rien faire pour devenir enfin adulte ?

 

* Le paradoxe norvégien

https://www.youtube.com/watch?v=hQYiub1hkSw

 

« Mieux vaut reconnaître nos différences que prétendre qu’elles n’existent pas et ne pas survivre aux tensions qu’elles engendrent ! »,Jacques Arènes.

« Je pense que le “genre” est une idéologie. Cette haine de la différence est celle des pervers, qui ne la supportent pas », Boris Cyrulnik.

« Alors, tant sur le plan psychique, anatomique, cérébral, légal, social, on peut chercher longtemps l’égalité, on ne la trouvera jamais ailleurs que dans le fantasme », Michel S. Levy.

« Enfin, répétons qu’un lien existe entre certaines dérives des mouvements de libération de la femme, “l’égalitarisme” sexuel qui suivit, et la difficulté de beaucoup d’adolescents à se repérer dans le familial, puis le social », Michel S. Levy

Le Cabaret Sauvage boucle ses 20 ans

Ecrit par Nadia Agsous le 06 janvier 2018. dans La une, Arts graphiques

Le Cabaret Sauvage boucle ses 20 ans

Décembre. Le Cabaret Sauvage affiche une programmation éclectique. Cette immense salle de spectacles en forme de chapiteau clôt la célébration de ses vingt ans en fanfare, dans la joie et la bonne humeur. Méziane Azaïche est le créateur de ce lieu, haut en couleur, où l’ambiance est à la fête et au divertissement.

« C’est un vrai professionnel du spectacle » déclare d’emblée Mohamed Ali Allalou, acteur et ancien animateur de la Chaîne 3 (radio algérienne), au sujet de Méziane Azaïche, directeur du Cabaret Sauvage. Si cet homme, souriant, au verbe direct et passionné, est présenté comme le fondateur du Cabaret Sauvage, en réalité il est plus que cela. Méziane est concepteur, créateur, entrepreneur et producteur. Il est aussi artiste dans l’âme.

Le Cabaret Sauvage, lieu de fête et de divertissement devenu une référence du spectacle dans la capitale parisienne, doit son existence à un rêve qui remonte à l’enfance. Dans la Kabylie natale de Méziane. Le rêve parisien ! A cette époque déjà, le jeune garçon se représentait Paris comme la ville du possible. En allant vivre à Paris, il était persuadé qu’il réaliserait son rêve. Rêve qu’il concrétisa des années plus tard. Mais à quel prix ! Car à son arrivée dans la ville lumière, à l’âge de 23 ans, Méziane se retrouve confronté à la dure réalité parisienne. Paris est une ville qui avale et broie ; « c’est une ville difficile. Il existe un code pour ouvrir les portes, et j’ai mis longtemps pour le trouver », confie Méziane Azaïche.

La tête pleine de projets, Méziane ne se décourage point. Déterminé à réaliser son rêve de créer des « lieux de convivialité, d’échanges non conformistes et métissés », il ne se laisse surtout pas prendre dans le filet de la désillusion. Il prend conscience qu’il ne doit compter que sur lui-même. Il rallume le feu de son rêve d’enfance. Il se jette dans la gueule du loup. Il s’affaire. Il entreprend. Il persévère. Méziane parvient à se frayer un chemin dans la ville froide et impitoyable. « Méziane Azaïche a un parcours exceptionnel. Parti de rien, il s’est forgé une crédibilité exceptionnelle en termes de programmation de spectacle vivant et comme propriétaire d’un lieu exceptionnel, le Cabaret Sauvage, lieu incontournable pour les arts du cirque ou les musiques du monde » déclare Naïma Yahi, historienne.

Ses débuts sur la scène parisienne s’annoncent encourageants. Il achète deux cafés-resto, Le Baladin et Le Zéphir, situés dans le vingtième arrondissement de Paris. Les soirées musicales organisées dans ces lieux accueillent un grand nombre d’artistes.

Paris, l’enfance

Ecrit par Didier Ayres le 06 janvier 2018. dans La une, Littérature

À propos de Montorgueil, de José Rambeau, éditions L’œil du souffleur, novembre 2017, 344 pages, 22 €

Paris, l’enfance

Je chronique rarement des récits ou des romans, or il m’a fallu ce livre, que m’ont fait parvenir les éditions L’œil du souffleur, pour que je me mette à cette gymnastique qui ne m’est très habituelle. Cependant, je suis heureux d’avoir suivi le jeune héros du livre, un enfant de onze ans en proie vraisemblablement à une pathologie psychiatrique, ici au milieu de lui-même, dans ses jeux, dans ses dérives dans Paris et ses séances chez le spécialiste. Et cela avec légèreté, sans pathos, car le style général de l’ouvrage est joyeux parfois, plein de chaleur.

Il y a quelque chose, oui, de presque grotesque dans la figure de cet enfant, à la fois personne tragique et drôle, qui trouvera la réconciliation grâce à un personnage pivot, à la fois omniprésent et peu montré, un psychothérapeute fin et très professionnel. L’enfant souffre surtout de l’étouffement d’une famille nucléaire d’origine modeste, et où les cris du père poussent le héros de l’histoire à s’enfermer et rentrer en lui-même. D’ailleurs, il est facile de dire cela, car le narrateur est l’enfant, et l’on voit son monde, sa famille et Paris par ses yeux, depuis son point de vue. Le récit se fait par l’œil de l’enfant, qui nous fait ressentir néanmoins la douleur de sa condition et la tendresse dont les deux protagonistes principaux, à savoir Dujardin le pédopsychiatre et Frédéric, l’enfant, finiront par partager dans une affection très forte et structurante pour le jeune esprit du petit.

Le locuteur est l’enfant, et on devine au fur et à mesure et comme par écho en quoi la psychologie de Frédéric est menacée, sujette au manque, manque de communication, manque de père… Et là, on devine d’autres héros, notamment des enfants de cinéma, comme Antoine Doinel, le protagoniste des 400 coups, ou encore, et cela pour le côté le plus sombre du roman, le Léolo du film éponyme de Jean-Claude Lauzon, deux œuvres où le jeune garçon est en quelque sorte pris au sérieux, acteur à la fois qui dit le drame, qui l’écrit et qui le vit. Et ce monde se dévoile au fur et à mesure des séances chez l’analyste, qui installe la métaphore de la naissance/renaissance avec Frédéric. D’ailleurs le roman est bâti exactement sur la scansion des après-midis des séances et du rôle fondamental que va prendre Dujardin dans la névrose du petit, par l’activité de la parole, et en quelque sorte par une espèce de vraie littérature vécue, une parole performative.

Mais il n’y a rien de vraiment difficile pour le lecteur, car c’est l’humeur poétique et légère, celle par exemple des photographies de Robert Doisneau et de ses clichés sur les mômes de Paris, qui nous fait entrevoir l’imaginaire un peu braillard des « titis » parisiens dont le Frédéric du livre est un émule. D’ailleurs, le roman est attaché à un temps historique que tous les parisiens connaissent, à savoir les travaux du trou des Halles, période qui permet à l’auteur, par la voix du thérapeute, de filer la métaphore de la naissance à l’issue de quoi nous serons confrontés à un vrai secret de famille, secret qui clôt l’enfance du garçonnet et dont l’aveu le soigne définitivement. Nonobstant, il y a du Petit Nicolas ou du héros de la Guerre des boutons dans Montorgueil, mais approfondi par la complexité moderne de la psychanalyse. C’est en cela, pour conclure et pour donner à lire un tout petit extrait du roman, que je ferais un rapprochement entre les topiques freudiennes et la topologie des lieux du roman, une cartographie analytique de Paris, ce qui pourrait être un angle de lecture, une approche oblique :

Et si j’allais mourir ? J’ai même imaginé de me laisser tomber dans les profondeurs du trou des Halles au petit matin, quand les gens dorment encore. Les ouvriers du chantier m’auraient découvert en prenant leur travail, mon corps serait tout cassé et couvert de boue.

Reflets du Temps, c’est de l’Histoire… Best-of pour la « une » d’hiver

Ecrit par La Rédaction le 16 décembre 2017. dans La une

Reflets du Temps, c’est de l’Histoire… Best-of pour la « une » d’hiver

Chaque année, vous le savez, chers lecteurs et rédacteurs, la « une » d’hiver prend des habits particuliers pour une balade jusqu’à la rentrée de Janvier dans notre RDT. Ainsi, nous avons eu les hivers passés des best-of de l’année écoulée, des « une » spécialisées dans ce qu’on mange et boit, des écritures inédites vous emmenant au pays des « fêtes », et autres « cadeaux »…

Cette année, c’est la volonté de présenter notre mag dans toute sa diversité et richesse qui a motivé le choix de cette « une d’hiver ». Redire tout ce qu’est Reflets du Temps, tout ce qu’il recèle, les voyages multiples qu’il permet, dans ses thématiques variées sur lesquelles – vous en souveniez-vous ! – vous pouvez cliquer en haut de la page d’accueil. Et, « c’est ainsi » (comme dit notre cher Lilou) que l’Histoire a gagné facilement la tombola des choix ; sans doute parce que Reflets est « du temps », que sa rédactrice en chef est historienne, un peu aussi. Alors nous vous proposons – en ligne du 16 Décembre au 5 Janvier au soir – un best of : Reflets du temps, c’est de l’Histoire.

Un petit panel (que ce fut difficile de trier !) de 8 textes ressortis de nos riches archives, tous, sauf un, publiés dans l’année 2017 (volontairement nous avons écarté les plus récents d’entre eux, supposés trop frais dans vos mémoires). Classés – ne sommes-nous pas en histoire ! – par ordre chronologique de publication, du plus récent au plus ancien. Comme il est – presque d’usage – à Reflets, vous ne trouverez pas ici les sujets attendus, ceux qu’on dit « incontournables » ; nous les avons volontairement délaissés au profit de quelques autres moins rebattus, car « contourner » on aime bien, à Reflets.

Qu’ils vous soient d’agréables, utiles, touchants souvenirs, leur écriture et l’événement qu’ils relatent, ou dont il est question. Qu’ils disent – modestement – que sans l’Histoire, aucune vie d’homme n’est possible. Carrément ! Comme on écrit dans les commentaires enthousiastes, ou coléreux, qu’on lit sous nos chroniques, à RDT… Commentaires, qui, bien qu’existant dans la publication d’origine, ne sont pas, pour raisons techniques notamment, reposés ici.

Que ces derniers jours de l’année 2017 vous soient doux, amis lecteurs et rédacteurs. Nous vous attendons, fidèles, le samedi 6 Janvier 2018, 13h, pour la première « une » de l’année nouvelle.

 

Pour la rédaction, Martine L Petauton

Vichy était-ce la France ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 16 décembre 2017. dans La une, France, Politique, Histoire

Vichy était-ce la France ?

Depuis le discours d’Emmanuel Macron, le 16 juillet dernier, à l’occasion du 75ème anniversaire de la rafle du Vel d’Hiv, la polémique a fait rage.

Le président a, en effet, déclaré :

« Alors oui, je le redis ici, c’est bien la France qui organisa la rafle puis la déportation et, donc, pour presque tous, la mort des 13.152 personnes de confession juive arrachées les 16 et 17 juillet 1942 à leurs domiciles, dont plus de 8000 furent menées au Vel d’Hiv avant d’être déportées à Auschwitz. Je récuse les accommodements et les subtilités de ceux qui prétendent aujourd’hui que Vichy n’était pas la France, car Vichy ce n’était certes pas tous les Français, vous l’avez rappelé, mais c’était le gouvernement et l’administration de la France ».

Tollé tant à l’extrême droite qu’à l’extrême gauche ; Florian Philippot : « cette insistance de Macron à humilier la France est préoccupante. Restons fiers, proclamons notre amour de la France », et Jean-Luc Mélenchon de faire chorus : « La France n’est rien d’autre que sa République. À cette époque, la République avait été abolie par la révolution nationale du maréchal Pétain ».

Au fait, qu’est-ce que « la France » ?

Ecartons tout d’abord la fiction de la France-personne, chère à de Gaulle ou à Péguy, cette personnalité collective ou corporative, inventée par Michelet, incorporant mystiquement tous ses membres, à l’image du Christ ou de l’Eglise dans la théologie paulinienne…

Un pays, selon l’école de sociologie historique allemande, c’est avant tout un « staatsvolk », un « peuple-état », une entité juridique composée de ses citoyens. A cette aune, la France ne fut ni collaboratrice, ni résistante – groupes ô combien minoritaires rapportés à l’ensemble de la population –, elle fut planquée ! Elle n’approuva ni ne désapprouva la rafle du Vel d’Hiv, elle s’en lava les mains…

Mais passons du plan strictement démographique au plan symbolique. Pour Patrick Buisson – et à cet égard, il a raison – il existe des « incarnations ». Un homme « incarne », à moment donné, des idées et une nation. De même que l’Allemagne nazie « s’incarna » en Hitler ou la Russie communiste en Staline, de même, de 1940 à 1944, la France s’incarna en Pétain. 40 millions de pétainistes en 40, dit Henri Amouroux. L’estimation est peut-être élevée (mes grands-parents, par exemple, furent anti pétainistes, bien avant de connaître de Gaulle) ; mais il reste que l’adhésion au nouveau régime fut massive, à l’instar de l’approbation – largement majoritaire également – aussi bien de l’hitlérisme que du stalinisme dans leur domaine respectif.

En effet donc, il existe – quoique la notion, en droit, me gêne infiniment – une responsabilité collective des pays concernés face aux crimes des hommes qui les gouvernaient et qu’ils soutenaient. Toutefois cette responsabilité ne saurait être héréditaire. Les Russes actuels ne sont pas comptables du goulag, pas plus que les Allemands d’aujourd’hui n’ont à battre leur coulpe au sujet des camps de la mort. Rien n’oblige de même les Français de 2017 à se repentir des horreurs commises dans le sillage de la « révolution nationale ».

A l’inverse de certains passages de la Bible, les fautes des pères ne rejaillissent pas sur leurs enfants…

Deputatus erectus

Ecrit par Lilou le 16 décembre 2017. dans La une, France, Actualité, Politique, Histoire

Deputatus erectus

Généralités :

Le Dronte de Bourbon (deputatus erectus), plus connu sous le nom de député françaisest une espèce d’homme politique endémique d’Europe de l’Ouest ayant beaucoup sévi en France de 1871 à 2017. Apparenté aux seigneurs et appartenant à la famille des dominants, ce dronte vivait dans les villes, et beaucoup moins souvent dans les champs ou les forêts quoique son rythme reproductif l’y conduisit de temps à autre une fois tous les 5 ans. Sortant peu la nuit, ce dronte de Bourbon était surtout un homme de paroles très variées cachant sous des allures d’Homme de bien des habitudes de vieux garçon à la retraite. Il mesurait environ un mètre et soixante-dix centimètres et pesait bien souvent aux alentours du poids de forme à l’intronisation pour osciller ensuite en cours de mandat au-dessus du quintal. Découvert par hasard après que des armées eurent labouré dans la déroute de Sedan la nécessité d’installer en France un régime parlementaire en 1871, le deputatus de Bourbon a bataillé pendant plus de 73 ans pour ne pas que lui soit associé dans ses niches des bords de Seine La Dronte de Bourbon, sa femelle, qui ne lui a quasiment jamais ressemblé et dont l’espèce frisa la disparition pendant les dernières années de son règne. Dès ses premières observations, la plupart sont décrits comme intéressés, lents à la détente et aimant peu tous ceux qui ne lui ressemblent pas. Son plumage foncé, cravaté de gris et chaussé de cuir, était pourvu de bras le plus souvent très longs qu’il savait utiliser pour ménager aussi bien les uns que les autres. Certains étaient armés de dents aussi crochues que leurs bras, qui avaient la particularité de rayer les lambourdes de leurs couches tapissées des grandes largeurs des deniers publics. « Ménager » était du reste son activité principale, les rares exemples des drontes de Bourbon qui passèrent à l’action en minorité ont égayé les moqueries d’improbables majorités d’autres drontes (1). L’archéologie a permis ces dernières années d’exhumer des critiques endogamiques à leur groupe. Citons par exemple le dronte Clémenceau : Un traître est celui qui quitte son parti pour s’inscrire à un autre, et un converti celui qui quitte cet autre pour s’inscrire au vôtre. Citons aussi cet autre dronte de Westminster, Churchill, apparenté de l’autre côté de la Manche aux rares Bourbons qui s’inscrivirent dans l’action : Après la guerre, deux choix s’offraient à moi : finir ma vie comme député, ou la finir comme alcoolique. Je remercie Dieu d’avoir si bien guidé mon choix, je ne suis plus député ! Plus grave, 80 drontes de Bourbons furent pourchassés et massacrés en 1940 par des drontes fascisticus à plumage noir, pour avoir voulu protéger de leurs vies la qualité des choses que les Hommes, les autres, aiment…

Le Deputatus erectus s’est éteint par une brûlante soirée de juin 2017 un siècle et demi après son avènement. Il se murmure dans les milieux autorisés (Coluche tu nous manques) que le souffle du renouveau a balayé en une seule fois la colonie des joyeux drilles des bords de Seine sans qu’elle n’ait rien vu venir. De très récentes théories s’orientent vers un caractère physique supposé mais jamais démontré faisant état d’une cécité devenue totale de tous les drontes ayant vécu durant les dernières décennies du règne du deputatus erectus. Cette disparition soudaine serait en effet directement issue de la propension extrême de cette espèce à vivre en troupeau et à suivre l’instinct des plus gueulards d’entre eux. L’histoire raconte que cette nuit du 11 juin 2017, quelques-uns se seraient trompés de direction et auraient englouti dans la Seine les centaines d’autres. Il est beaucoup plus probable, des chercheurs du monde entier planchent sur la question, que tentés par la modernité, les électeurs leur aient fait croire qu’ils pouvaient enfin marcher sur l’eau et qu’y croyant comme un seul homme, on aurait pu dire par une franche camaraderie de tranchée, ils coulèrent d’un seul bloc en ne laissant aucun regret. Ce grand chambardement fera l’objet d’un traitement à part dans la dernière partie de cette fiche conçue pour les refletsdutempspedia.

Grandeur et décadence :

Les traces de la vie du deputatus erectus sont immenses. Elles se conjuguent encore jusqu’à aujourd’hui au rythme de chacun des battements de nos cœurs d’hommes, et de femmes libres et égales (2) en droit, éduquées, soignées et protégées par une république laïque. Chargé de fabriquer La Loi de la République balbutiante et conquérante, et donc de consolider une certaine idée de pouvoir changer la Chose Publique dans la concorde du suffrage universel, le deputatus erectus y mit tout son courage et sa capacité à écouter et à suivre de savants tribunus deputatus electus comme Victor Hugo, Jules Ferry, Léon Gambetta, Jean Jaurès, Léon Blum, Léo Lagrange… Les deputatus erectus des dernières années de règne ont beaucoup aimé se convaincre qu’ils en étaient eux aussi, il suffisait d’agiter leurs noms sacrificiels, mais sans trop prendre à leur compte le poids de ces héritages moraux. L’éducation de tous les hommes sans différence de sexe, de couleur, de potentiel, de richesse, c’est eux ! Les libertés publiques et individuelles dans leurs plus grandes largeurs, c’est eux aussi. La rupture définitive avec l’ordre ancien qui faisait qu’on pouvait être légalement puissant et intouchable, c’est eux ! La reconnaissance de droits pour tous les hommes et toutes les femmes et que le monde nous envie, c’est aussi la tribu des deputatus erectus qui l’a fait. L’affirmation légale (sic !!!) que les femmes sont la moitié des hommes et que leur droit de vote n’est que la première marche de cet Everest culturel et social vers la parité totale et affirmée, c’est aussi eux, ou plutôt c’est enfin elles !

Allemagne, 8 mai 1945 / France, 8 mai 2017

Ecrit par Sabine Aussenac le 16 décembre 2017. dans La une, Histoire

Allemagne, 8 mai 1945 / France, 8 mai 2017

Allemagne, année zéro.

Dans Berlin dévastée, privée d’eau, de gaz, d’électricité, des milliers d’êtres hagards errent parmi les ruines. De nombreuses autres villes, petites bourgades ou grandes agglomérations, se trouvent dans le même état. Dresde, qui avait subi le déluge de feu des « bombardements tapis » du 14 février 1945 et n’était plus que béance incendiée, Cologne qui déjà en 1942 avait subi le premier raid aérien engageant plus de 1000 bombardiers, tant de cités énucléées, réduites à néant et à reconstruire… Bientôt, des millions d’Allemands seront à nouveau jetés sur les routes, prenant la suite de toutes les populations déplacées par le régime national-socialiste et de tous les habitants du Reich ayant fui devant l’avancée des troupes soviétiques.

Ce qui reste de l’Allemagne est exsangue. Ma mère me parle souvent de la faim qu’elle a cruellement connue, petite fillette aux nattes blondes, née en été 1938, ayant grandi dans un pays devenu fou. Elle me parle aussi des bombes qui la terrifiaient lorsqu’avec ses trois frères et sœurs elle devait se jeter dans les fossés en allant à l’école. Aujourd’hui encore, elle frémit en entendant un avion, 72 ans après la fin de la guerre.

Partout, des familles sont démantelées, exilées, séparées. Les hommes, souvent, sont morts, ou ont été blessés, ou resteront des mois, voire des années en captivité. Mon propre grand-père, officier de la Wehrmacht, qui avait été envoyé sur le front de l’Est, ne rentrera que très tard, après un périple de plusieurs milliers de kilomètres faits à pied. Ma grand-mère avait un temps été évacuée dans le Westerwald, à la campagne, pour quitter Duisbourg, l’une des capitales de la Ruhr si souvent visée par les bombardements alliés. Elle a monnayé ses bijoux auprès des paysans pour un demi-litre de lait.

La population civile a payé un immense tribut au Reich. Et lorsque j’entends aujourd’hui les médias parler de la « célébration de la victoire contre l’Allemagne nazie », j’aimerais aussi avoir une pensée pour les Allemands qui, à l’époque, comme ma mère, ses frères et sœurs et ses amis, n’étaient que des enfants. Des enfants, comme les enfants dont nous déplorons chaque jour la mort atroce en Syrie, comme les enfants qui fuient la terreur en Afghanistan, comme les enfants qui fuient la famine au Soudan.

Ces « enfants blonds de Göttingen », nous les oublions trop souvent. Ils ont été la génération sacrifiée, à la fois par les sbires du régime hitlérien et par les bombardements alliés souvent, puis, à l’est, dans ce qui était devenu la RDA, par la dictature soviétique…

Très vite, après la capitulation du 8 mai 45, la vie a repris ses droits. Dénazification dans les quatre zones occupées, mise en place rapide des administrations, reprise des cours, de la vie culturelle, de la presse, pendant que les millions de « Trümmerfrauen », littéralement « femmes de ruines », déblayaient ce qui était à reconstruire, fichu sur la tête et courage au cœur.

Les enfants, en ces temps où l’on ne parlait pas de traumatisme ni de pédopsychiatrie, ont dû réapprendre à vivre, au-delà de ce qui était jusqu’en ce 8 mai la simple survie. Il a fallu oublier l’emprise des Jeunesses Hitlériennes, la terreur sous les bombardements, la faim des années de privations, l’uniforme des pères et les bruits de bottes de la soldatesque nazie, et, je ne l’oublie pas, les fumées des camps d’extermination et les barbelés de tous ces camps de concentration et/ou de travail qui parsemaient le territoire et qu’aucun Allemand, n’eut-il été qu’un enfant, ne pouvait ne PAS avoir vu.

Jour de l’Europe

Ecrit par Bernard Pechon-Pignero le 16 décembre 2017. dans La une, Histoire

Jour de l’Europe

Les tambours du défilé du 8 mai me rappellent que l’on commémore cette date soixante-douze ans après l’évènement. Mes chiennes aboient dans la cour, elles ont horreur des tambours comme des pétards du 14 juillet d’ailleurs. Pendant combien de décennies fêtera-t-on encore la victoire des alliés sur le nazisme ? Remarquez, je ne suis pas contre. Il y a des choses qu’on ne doit pas oublier mais je me demande s’il n’y aurait pas un autre moyen que ce jour de congé que contournent les grandes surfaces, ces cortèges d’élus et d’anciens combattants de plus en plus clairsemés, ces tambours, ces clairons et ces gerbes qui fanent lentement. Je n’ai pas d’idée à proposer mais il y a des experts en communication qui devraient pouvoir plancher sur la question.

Pour ce qui est d’un jour férié, je suis toujours pour, mais on pourrait l’affecter à une cause plus positive, plus conviviale, plus tournée vers l’avenir. Je ne sais pas, moi, par exemple la commémoration d’une date fondatrice de l’Europe, si on peut se mettre d’accord avec tous les autres. Les instances européennes doivent bien avoir une idée là-dessus. Un jour férié dans toute l’Europe, ça permettrait de faire la fête, de faire de la musique, de faire des barbecues géants entre villes jumelées (choisir de préférence l’été), de rivaliser d’imagination entre pays membres… Chaque année, un des vingt-sept devrait organiser quelque chose chez lui, genre une grande foire exposition de produits européens, de réalisations communautaires, ou bien des jeux sportifs (sans esprit de compétition si possible), des concerts retransmis par la télé dans toute l’Europe, du rock et du classique, enfin pour tous les goûts, des rassemblements de la jeunesse…

Le devoir de mémoire, je veux bien. L’ennui c’est que ça parle de la guerre, donc ce n’est pas très festif. On se sent un peu coupable d’être en congé parce que des millions de gens sont morts. Mais le devoir d’espoir, ça devrait compter aussi, non ?

Il va falloir que j’en parle au nouveau président si je le rencontre au Touquet (notez, moi je vais plutôt à Fort-Mahon ou à Quend, c’est plus populaire, mais je peux pousser jusqu’au Touquet, c’est tout près). Ça devrait pouvoir le brancher un truc comme ça, ce jeune ! Pas vous ?

Sociétés ouvertes et sociétés fermées

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 16 décembre 2017. dans Auteurs, La une, Histoire

Sociétés ouvertes et sociétés fermées

Même si la campagne électorale française actuelle – pour les mois d’avril à juin 2017 (présidentielles, puis législatives) – est « polluée » par les affaires du Pénélopegate et le Fillongate, un élément central nouveau ressort lorsqu’on s’intéresse à ce que disent les principaux candidats à la magistrature suprême en rapport direct avec leurs programmes, qui, malheureusement, passent trop au second plan par rapport aux Affaires Fillon et Marine Le Pen. Il s’agit de savoir, comme ce fut le cas lors des dernières présidentielles américaines – qui aboutirent à la victoire (mais pas au niveau du suffrage universel) de Donald Trump – si nous allons nous diriger vers une société ouverte ou fermée. Je voudrais donc en profiter, avant de revenir en fin d’article sur le cas français actuel, pour faire un rappel historique de ce que furent, depuis l’Antiquité gréco-romaine et jusqu’à nos jours, en prenant des exemples clés, les grandes oppositions entre ces deux types de sociétés fondées soit sur l’ouverture soit sur la fermeture.

Dans la Grèce antique, Athènes devint progressivement une société démocratique ouverte, malgré l’exclusion de la citoyenneté des étrangers (les « métèques »), quoiqu’ayant certains droits, et surtout des esclaves de l’Attique ; une cité d’Athènes, ouverte également sur la mer, surtout à partir de Thémistocle (v. 524-459 av. J.-C.), qui lança l’idée d’une grande flotte athénienne plus celle de la construction des Longs Murs entre la ville et son port du Pirée, et de la création de la Ligue de Délos (à partir de 477 av. J.-C.). Face au système athénien, on avait Sparte, une société aristocratique fermée, particulièrement autoritaire, attachant peu d’importance à une flotte et totalement repliée sur les terres du Péloponnèse. Pour l’Empire romain, il y eut aussi une volonté progressive d’ouverture, qui déboucha sur l’édit de l’empereur Caracalla en 212, également appelé constitution antonine, et qui accorda, dès cette date, la citoyenneté romaine à tout homme libre de l’empire qui ne l’avait pas encore ; de plus, lors du Bas-Empire, pour se protéger des invasions des Huns, Rome sut s’ouvrir aux « migrants » d’origine germanique au niveau de la défense du Limes en échange de terres. Au Moyen-Âge, dans le cadre de l’Europe occidentale, l’opposition entre les cités-Etats des républiques maritimes italiennes (Amalfi, Pise, Florence, Venise, Gênes, etc.) et la constitution parallèle de monarchies féodales bien plus refermées sur elles-mêmes et des bases terrestres fut l’une des principales caractéristiques des XIIe-XIVe siècles, notamment en France et en Angleterre. Il est intéressant d’ajouter un mot sur la Russie à l’époque médiévale : en fait, jusqu’au règne de Pierre Ier le Grand (plus connu sous le nom de Pierre le Grand) – et sur lequel je reviendrai – l’État russe était essentiellement continental, enfermé dans une sorte de bloc terrestre européen et asiatique. Je n’évoquerai pas ici le cas du monde musulman et de son expansion puisque j’ai écrit dès mon introduction que j’allais me concentrer sur l’Europe (au sens large de cette notion) et les États-Unis. Il en sera de même en ce qui concerne la Chine et plus généralement les pays asiatiques.

Si l’on s’intéresse maintenant à l’époque moderne, puis contemporaine, on retrouva bien entendu cette opposition entre sociétés ouvertes et sociétés fermées. Pour les premières, avec d’abord l’Espagne et le Portugal : pensons aux Grandes Découvertes de la fin du XVe siècle et du début du XVIe ; puis la Grande-Bretagne et la France, surtout à partir des XVIIe-XVIIIe siècles, à l’assaut des mers et des océans. Pour la Russie et en revenir ainsi à Pierre le Grand (tsar entre 1682 et 1725), malgré sa volonté d’ouverture sur l’Occident et de modernisation de son pays, avec la construction d’une flotte et de la ville nouvelle de Saint-Pétersbourg (ouverte sur les rives de la Mer Baltique), ce pays-continent demeura assez largement par la suite une société fermée, malgré le rêve de la tsarine Catherine II (qui régna entre 1729 et 1796) d’accès aux « mers chaudes », c’est-à-dire à la Méditerranée, en partant de la Mer Noire. Avec la première révolution industrielle de la fin du XVIIIe siècle et des débuts du XIXe, plus le grand mouvement de la Colonisation, l’Europe occidentale s’ouvrit davantage encore sur le monde, dont elle organisa assez largement l’exploitation économique. Ce fut alors l’origine véritable de la « mondialisation ». Remarquons que pendant ce temps-là, le monde musulman ne connut pas l’équivalent de la révolution industrielle et subit la Colonisation. Quant à la Chine, elle demeura L’Empire du Milieu, un pays ouvert sur lui-même par ses aspects créatifs et fermé à l’expansion sur les océans.

Le wiki de la Trota

Ecrit par Martine L. Petauton le 16 décembre 2017. dans La une, Média/Web, Histoire

Le wiki de la Trota

L’an dernier, au mitan de l’hiver – cela vous fait-il souvenir ? bon, quant à faire – je vous avais abreuvé de quelques lignes sur Montpellier-la-médicale-au-Moyen-âge. Médecins, connaissances, héritages croisés et si fructueux des Arabo-Andalous, Juifs, assis sur leur bien aimé socle antique. En ce temps, bien autant perturbé et fertile en débats contradictoires que notre pré-présidentielle, Montpellier la savante (la surdouée dira plus tard Maître Frêche) portait beau dans le paysage scientifique et médical, à l’aulne de Grenade, Tolède, Coimbra, et là-bas, aux portes de la Sicile métissée, Salerne la brillante.

C’est ainsi qu’arriva Dame Trota dans ma vie – l’avais-je oubliée ou jamais rencontrée, ça je ne saurais dire.

Trota de Salerne, encore nommée Trotula, ou Trotula de Rugiero, de ces « mulieres salernitanae » de légende. Une des premières femmes médecins du Moyen âge, sans doute la première à s’être spécialisée dans les soins et maladies féminines, dans un tout autre registre que les sages-femmes assistant à mains nues d’artisan la gestation. Trota – de plus, très belle, dit-on – un fleuron de l’école de Salerne, là où les femmes pouvaient étudier, pratiquer, puis enseigner la médecine, la chirurgie. Un ilot dans la mer où les nefs croisées portaient leur poids de lourde intolérance. Un reliquat d’Antiquité. Une somptuosité dont les vagues arrosèrent Montpellier-la-savante, toutes oreilles tendues aux vents de tous les larges. Trota la gynécologue ; on voudrait savoir combien d’amphis portent son nom, aujourd’hui. Salerne la médiévale, n’était–elle pas, comme Montpellier le fut, un monde de brassage, de métissage intellectuel et scientifique. On dit que son école de médecine (laïque ; fait plutôt rare au Moyen-Age) fut fondée tout à la fin du haut Moyen-Age par 4 maîtres, un Juif, un Arabe, un Grec, un Latin, chacun enseignant dans sa langue. La précieuse bibliothèque de l’école médiévale de médecine Montpelliéraine possède un exemplaire salernien – magnifique incunable – du « regimen sanitatis salernitanum », « bible » donnant des conseils d’hygiène de vie quotidienne, d’une surprenante voix écologisante.

Dater avec précision notre Trota est chose malaisée, et c’est là que commencent nos ennuis. Début du XIème siècle ? probablement ; date de décès non fournie. Famille noble, sans doute. Épouse d’un pair, le Docteur Giovanni Platearius, dont 2 enfants sont signalés, deux garçons, qui furent auteurs de traités médicaux… Histoire ou légende rose ; arrangement des faits pour le moins ? C’est là que le wiki (pédia) s’encadre, comme chaque fois qu’on patauge, avec ses pages qui n’en finissent pas de précisions quasi exhaustives (alors que Wikipédia est justement un arsenal de connaissances jamais finies, jamais fermées, toujours en gestation interactive, et que cette formidable philosophie est à la fois sa force et sa faiblesse). Trota de Salerne est bien dans Wiki, mais les non vérifiés, non connus, contestés, sont autant de courants d’air propres au vacillement du lecteur. Il semblerait (le temps de la Trota étant un conditionnel) qu’elle ait étudié la chirurgie surtout à Salerne où elle a vécu, sans voyager ailleurs. Par contre, ses écrits (ces savants-là écrivaient autant qu’ils pratiquaient) parcoururent l’Europe. Plus tard, au XIIIème siècle, le « practica chirurgia » de Roger de Salerne donna le « la » à tout ce qui en occident se piqua de chirurgie, et cela, croquis et planches anatomiques à l’appui. Elle pratiqua surtout sur les femmes (peu d’hommes étaient acceptés pour donner des soins intimes aux femmes, d’où la vogue des sages-femmes) en dispensaire, se spécialisant dans l’accouchement, écrivant au fur et à mesure de sa pratique un De passionibus mulierum curandarum ante, in et post partum, tout en latin, bien entendu. Constantin l’Africain, le traducteur, qui permit notamment la renommée de Trota, la décrit pratiquant une césarienne. Moderne, la dame considérant qu’enfanter dans la douleur avait fait son triste temps, prescrivait de l’opium (?) aux parturientes. Arrivé dans les coques des nefs des Croisés, et plus après, suivant Marco Polo. Conformément à ce qui scandait la médecine médiévale – fut-ce la meilleure – on trouve chez Trota cette observation d’une femme froide et humide, face à l’homme chaud et sec… mais en 64 chapitres, transcrits et traduits (nous dirions aujourd’hui, en retour d’expérience) Trota de Salerne posa sur « la femme, ses infirmités, ses souffrances » assez d’empathie et de compétences pour qu’on la range, droite et fine, aux côtés d’une Simone et de son Deuxième sexe. Amusant mélange, pour autant, de ci, de là, entre superstitions ou traditions et modernité des recherches et des savoirs ; ainsi, ces bains de sable de mer pour femmes dodues (on essaye ??) et ce cœur farci de truie pour oublier la mort d’un être cher… Renommée d’un bout à l’autre de l’Europe – mais a-t-elle correspondu ou été référencée, et en quels termes, par d’éminents savants Juifs ou Arabes ; nul ne sait. Citée, par contre, par Rutebeuf  (« le dit de l’herberie ») et Chaucer lui-même ; un grand pan de gloire, de fait.

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