Ecce Homo, l’odyssée de l’aventure humaine

Ecrit par Mélisande le 28 octobre 2017. dans La une, Littérature

Michel Petit, chez L’Harmattan, octobre 201

Ecce Homo, l’odyssée de l’aventure humaine

A certains égards le monde d’aujourd’hui peut paraître monstrueux.

Mais comment en est-on arrivé là ? Pourquoi l’être humain, l’homo sapiens sapiens, tout au sommet de la pyramide de la création, a-t-il engagé une telle guerre de destruction du vivant, pourquoi cette maltraitance généralisée, et surtout avec quels outils conceptuels aborder l’ensemble, pour permettre une vision claire et synthétique de l’histoire de l’humanité aujourd’hui ?

Avec Ecce homo, l’odyssée de l’aventure humaine, Michel Petit, philosophe né à Lyon en 1944, et qui a travaillé comme psychothérapeute, explore l’histoire du psychisme humain depuis la création du monde. Il s’attarde particulièrement sur l’ère paléolithique, lorsque hommes et bêtes parlaient le même langage, et que l’homme se sentait comme un humble invité sur cette terre, pourvu dans ses besoins vitaux par la mère universelle, cette matrice cosmique à laquelle il s’identifiait de façon vibratoire, vénérant la femme, et la mère, comme le montre la fameuse et émouvante Dame de Brassempouy. L’empathie née de son identification à la mère cosmique lui permet alors d’organiser sa vie sociale par des relations mutuelles d’aide. Mais aussi, des relations d’amour et de respect, nourries par un grand sens de l’esthétisme, comme l’expriment les peintures rupestres de l’époque.

L’homme du Paléolithique est un individu animé principalement par la pulsion de vie, et par une éthique naturelle. Ethique qui s’exprime notamment dans la façon de tuer l’animal, meurtre perpétré ici pour les besoins de sa nourriture, participant d’un cycle vie-mort. Animal auquel, comme le faisaient les peuples autochtones étudiés par les ethnologues, était demandé pardon. C’est-à-dire que les hommes tuaient par nécessité vitale, mais sans la jouissance sadique du meurtre, une dérive qui a pris le pas aujourd’hui. On tue et on jouit de le faire, le sentiment de toute-puissance est accru, l’individu se sent l’égal du démiurge, dans une forme d’ivresse de pouvoir.

Voilà, nous apprend l’auteur, une rupture magistrale qui apparaît au Néolithique il y a 12000 ans, provoquant une forme de distorsion du psychisme humain, et de la maltraitance. Ce schisme, apparu avec la sédentarisation, la propriété, l’envie de posséder toujours plus, et l’instauration de l’inégalité entre les hommes, a fait naître un très fort sentiment d’injustice.

Puis à leur tour, la rancœur, la haine, l’établissement de la relation dominant-dominé dans la brutalité et la violence, et de façon perverse, instaurant dans l’individu sa propre instance sadique, comme une seconde peau qui l’habite, l’empêchent de vivre bien, et le font souffrir, comme en témoigne l’actualité aujourd’hui. Ces mécanismes ont perverti l’homme, lui faisant perdre, en quelque sorte, le fil de sa destinée. Il s’est égaré dans un matérialisme mortifère, il n’utilise que 5% des capacités de son cerveau, et est agi par des pulsions et des compulsions qui le coupent d’une direction consciente de son existence, qui pourrait l’amener à un questionnement légitime : Qui je suis ? D’où je viens ? Pourquoi je ressens tel sentiment ? Quelle est mon aliénation spécifique ? Et comment m’accomplir dans ma spécificité pour bien vivre ?

Recueil de poèmes courts

Ecrit par Emmanuelle Ménard le 28 octobre 2017. dans La une, Ecrits

Recueil de poèmes courts

Mots d’amour et d’hiver (5)

 

Je suis le miel de Cupidon

l’antre et sourire

au goût de hyène

 

J’offre au désert

des fleurs de doigts

pour cristalliser tous les sens

 

A mes prières je dis pardon

 

Bois hurlant comme la bête

ton âme

à fleur de terre

cogne dans la sciure

 

Ton âme

qui vaut ma peine

quand elle te cherche en vain

L’hégémonie culturelle est-elle passée à droite ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 21 octobre 2017. dans La une, France, Politique, Culture

L’hégémonie culturelle est-elle passée à droite ?

Ce concept fut élaboré par Antonio Gramsci, un des leaders du PCI (fondé en 1921, un an après le congrès de Tours !) et condamné à vingt ans de prison par le régime mussolinien. Dans ses Quaderni del carcere (carnets carcéraux) et surtout dans Il materialismo storico, paru en 1966, Gramsci renverse et inverse le schéma marxiste de l’infrastructure économique déterminant les superstructures idéologiques : c’est, au contraire, cette dernière qui façonne les mentalités et influe à la fois sur le pouvoir politique et sur le modèle de production. Autrement dit, la bataille des idées précède et préfigure celle des urnes ; en vue de remporter la seconde, il faut d’abord gagner la première : « L’homme, écrit-il dans son Materialismo storico, n’est pas dirigé par la force seule, mais aussi par les idées, la fondation d’une classe dirigeante est l’équivalent de la création d’une Weltanschauung (vision du monde en allemand) ».

En 1981, se tint le XVIème colloque du G.R.E.C.E, groupe de recherches et d’études pour la civilisation européenne, dirigé par Alain de Benoist, le pape de l’extrême droite anti libérale et néo païenne, sur le thème « Pour un gramscisme de droite ». Un des participants, le docteur Wayoff, ouvrit le débat : « Pour nous, être gramscistes, c’est reconnaître l’importance de la théorie du pouvoir culturel : il ne s’agit pas de préparer l’accession au pouvoir d’un parti politique, mais de transformer les mentalités pour promouvoir un nouveau système de valeurs, dont la traduction politique n’est aucunement de notre ressort ». Alain de Benoist, de son côté, expliqua de cette manière la victoire de la gauche en mai 81 : celle-ci, au fond, n’a été que le fruit de la domination intellectuelle des marxistes pendant les années 50/60 et de l’influence sociétale de la révolution culturelle de mai 68. D’où un véritable programme de reconquête des esprits : « Répétons-le, ce n’est pas au niveau de la politique politicienne que nous nous situons. C’est au niveau des idées, au niveau du lent travail de transformation des idées du temps, que nous avons choisi de nous situer ».

Le processus, pour tout dire, avait déjà commencé. Robert Hersant avait fondé, en 1978, le Figaro Magazine, supplément culturel hebdomadaire du journal, destiné à jeter un pont entre la droite et l’extrême droite. Il plaça à sa tête, en 1980, l’inénarrable Louis Pauwels, l’auteur de la fameuse formule du « sida mental » lors des manifestations étudiantes de 1986 contre la loi Devaquet. Parallèlement, Yvan Blot, membre du GRECE et futur cadre du Front National, avait créé, en 1974, le Club de l’Horloge, Think Tank réactionnaire, visant à rallier à la cause hauts fonctionnaires et intellectuels. Bruno Mégret fut l’un d’eux.

Communiqué : Manuel Valls est un homme politique ouvert aux initiatives de paix au Moyen-Orient

Ecrit par JCall le 21 octobre 2017. dans Monde, La une, Politique, Actualité

Communiqué : Manuel Valls est un homme politique ouvert aux initiatives de paix au Moyen-Orient

Parce que nous aimons relayer les billets de J Call, à RDT ; parce qu’on est un certain nombre aussi à avoir été choqués par la violence de l’attaque contre M Valls, à qui nous apportons notre soutien, ce billet figure cette semaine tout en haut de la « une ». Lisez – le !

La rédaction de Reflets du temps

 

Plusieurs organisations qui œuvrent à la résolution politique du conflit israélo-palestinien apportent leur soutien à Manuel Valls après la déclaration de Jean-Luc Mélenchon reprochant à l’ancien Premier ministre « sa proximité avec les dirigeants de l’extrême droite israélienne ».

Dans sa lettre de démission de la mission d’information sur l’avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie adressée au président de l’Assemblée nationale, François de Rugy, Jean-Luc Mélenchon reproche à Manuel Valls « sa proximité avec les dirigeants de l’extrême droite israélienne ». D’après lui, elle « fait l’objet d’une ostentation choquante pour les militants de la paix de ce pays comme du nôtre ».

Les organisations signataires de ce communiqué, qui depuis de longues années soutiennent les initiatives de paix sur la base du principe « deux Peuples pour deux Etats » et la reprise des négociations entre Israéliens et Palestiniens, tiennent à témoigner que les allégations de Jean-Luc Mélenchon à l’encontre de Manuel Valls sont erronées, fallacieuses et sans fondement ! Manuel Valls s’est toujours montré favorable aux démarches et solutions de paix que nous soutenons et qui diffèrent de celles prônées par l’actuel gouvernement israélien.

Sur quoi le dirigeant du parti des « Insoumis » se base-t-il pour accuser Manuel Valls de collusion avec l’extrême droite israélienne ? Uniquement sur quelques photos prises dans le cadre d’une visite semi-officielle, à l’occasion d’une conférence sur les questions de sécurité internationale qui se tient chaque année à Herzlia (Israël). Des centaines de responsables politiques et hauts fonctionnaires, représentant tous les pays, ainsi que les grandes organisations internationales, y participent régulièrement. Ces rencontres se déroulent dans le cadre d’un protocole auquel l’ancien Premier ministre d’un grand pays comme la France ne peut se soustraire. Le député de l’Assemblée nationale, Manuel Valls, comme tous les autres, doit saluer les organisateurs de la rencontre et les dirigeants du pays hôte de la conférence. Il s’agit d’une convention diplomatique et Jean-Luc Mélenchon, en vieux routier de la politique le sait parfaitement. Ce n’est pas parce que Manuel Valls rencontre en Israël Ayelet Shaked (Ministre de la Justice) ou Avigdor Lieberman (Ministre de la Défense) qu’il partage leurs opinions.

Lorgnette, balance et premiers de cordée. Où va le Macronisme ?

Ecrit par Martine L. Petauton le 21 octobre 2017. dans La une, France, Politique, Actualité

Lorgnette, balance et premiers de cordée. Où va le Macronisme ?

Il était là, comme dans l’Ancien monde tellement brocardé par les siens, copié-collé des ancêtres, tous ces présidents, assis, raides, coiffés des drapeaux, sur l’immuable fond d’écran des jardins élyséens. Tout pareil. Sévère, pas une mèche ne bougeant, l’œil à peine plus glacé que d’habitude. Plus jeune – cette blague – qu’un Giscard, plus beau gosse qu’un Sarko, plus enfant bien élevé de retour de sa messe de communion qu’un Hollande, plus tout ça et le reste, mais, Président de la vieille Vème, en face d’une brochette de journalistes de la TV du soir (existe-t-il du reste d’autres journalistes ?), même d’un Pujadas ressuscité et tiquant sur presque tout ; dents longues de bêtes longuement affamées ; un parfum de fauves – petits – juste avant l’arène : la première parole-TV de Jupiter, nous dit-on ; réservez votre soirée…

Que tous ces experts bavards, cherchant à épuiser le sujet – pourquoi parle-t-il, maintenant, là ?? – rentrent un peu à la niche ; un Président sous la Vème et avec nos institutions, c’est « normalement » quelqu’un qui nous convoque, nous ses administrés – traînant les pieds ou sautant de joie – de temps à autre, événement grave ou suivi des affaires courantes. Pourquoi faudrait-il couper le son au Président, rouage principal et de loin de notre vie politique. Moins on vous entend, plus on vous écoute ? À d’autres ! La politique passe par la parole, et, ce depuis les pierres chaudes des agoras antiques ; il suffit qu’elle soit de qualité, pratiquée à bon escient. Point barre.

Alors, celle-là ? personne n’ira contester que l’homme au gouvernail soit autre chose qu’intelligent, cultivé, réactif, plus deux ou trois autres babioles. Mais, a-t-on appris autre chose que ce qu’on subodorait, savait, pressentait, et déjà ressassait. Bref, le système macronien, où en est l’entreprise ? Flash-back, retour sur images, pieuses ou moins ; ce qu’on voulait faire, chemins et obstacles, honnête reddition de comptes à l’employeur – nous ! Et l’œil bleu vissé sur l’horizon ouvert, ce qu’on pourrait faire demain ; genre, haut-les cœurs les Éclaireurs, chers à mon enfance…

A priori, apprendre que la montagne est haute, le chemin escarpé – du Raymond Barre pur sucre – qu’on doit consentir tous les efforts présents en magasin, n’est en rien un scoop, et n’a pas justifié cette soirée devant la TV. Tous adultes et vaccinés des rêves fous d’antan, on convient peu ou prou de s’arrimer à quelque chose de raisonnable et de patient. Jusqu’à un certain étiage, et en pesant ce « peu » et ce « prou » ; « à quel prix ? » lit-on partout. Le vote de mai ne stipulait-il pas en bas du contrat du donnant-donnant ? (à moins qu’écrit en minuscule – vous savez les contrats ! – n’aient été précisées ces opérationnalités à perpette, que vous ne connaîtrez pas, même assorti d’une espérance de vie d’un siècle). Obligeant, nonobstant, le Président à cet exercice vieux comme changeurs médiévaux : balance et lorgnette.

En Sologne coule la Sauldre et débordent les copains d’abord

Ecrit par Lilou le 21 octobre 2017. dans La une, Ecrits

En Sologne coule la Sauldre et débordent les copains d’abord

Le voyageur au long cours est comme le Petit Chose caché derrière les larmes discrètes de son exil. Ses pensées l’amènent souvent vers les étreintes de ses amis le voyant franchir bravement la passerelle ne sachant jamais quand il leur rejouera la partition du revoir. Son cœur quant à lui, musarde la plupart du temps le long de ces forêts peuplées de singes en hiver qu’il recherche avec toute la tension d’un démineur de Khe Sanh ou d’un guetteur d’Iceberg. Mais le voyageur au long cours est aussi un canard sauvage que personne ne se hasarde à apprivoiser dans une cage moins large que l’horizon. Tellement loin mais infiniment près, le voyageur sait toujours revenir sur les traces douillettes de ses premières envolées d’où il se délectait en solitaire de pouvoir par tous les temps distinguer de grands trois-mâts plus hauts que ses montagnes imaginaires. Le voyageur est comme ça, attaché au monde comme l’enfant sans mère l’est aux bruissements qui l’entourent. Il est toujours très loin perché, mais il aime plus que tout rentrer sur une terre qui lui semble être la sienne car c’est de là qu’il peut le mieux porter le regard apaisé d’un homme libre sur les paysages de son enfance.

A l’échelle de la France, et c’est déjà une magie que de faire œuvre de géographie pour décrire la vie qui coule, la Sologne est le bosquet vert en plein centre coincé par le Berry au Sud, la Beauce au nord, et bornée des villes médiévales de foire aux privilèges royaux que sont Orléans et Tours. A l’échelle de la Loire qui marque une franche séparation avec les terres du nord, la Sologne est marquée du sceau de sa citadelle imprenable, Blois, connue du reste du monde parce que son château fut le théâtre du meurtre très vintage du duc de Guise en 1588. Mais bon, évoquant Blois, ce reste du monde oublie toujours de citer les escaliers Denis Papin pour lesquels il en fallait de la sueur d’enfant pour les grimper triomphant. Et bien pire encore, il en oublie à chaque fois d’évoquer cette humeur joyeuse de chocolat se répandant comme un vrai bonheur sur tous ses alentours quand les usines Poulain tournaient à plein régime et surtout que les vents étaient d’Ouest et que la menace de la pluie nous demandait de rentrer à la maison. Blois, c’est Chambord, la Sologne c’est Blois, et la Loire ce sont ses châteaux qui ont donné à la Renaissance ses plus merveilleux soupirs en forme de rêves d’architectes italiens. Blois en est un joyau, mais que dire de Cheverny ou de La Ferté-Saint-Aubin qui essaiment sur la Sologne la musique de Lully comme la Canopée gazouille sur l’Amazonie ?

Oui, forcément.

Pourtant un peu plus loin que cette Sologne-là éclairée pour l’éternité des paillettes de la renommée, se cachent d’autres forêts aux arbres aussi grands et majestueux qu’à nuls autres pareils. S’y dissimulent en effet, dans la discrétion la plus digne, d’autres demeures du temps de François I° rentrant des guerres d’Italie ou d’un Louis XIV encore dans les culotes courtes de son si long règne. Ainsi, marchant de borderies en borderies, le voyageur de retour en sa Sologne s’y gorge à tous ses pas de l’enchantement de ces autres bâtisses faites de pierres blanches et de briques rouges, de ciel pourtant chargé mais toujours souriant et de lumières conjuguant le tendre regard à la joie de vivre. Poursuivant ses pas vers le soleil levant, le voyageur finira par croiser la Sauldre agissant pour la Sologne comme la Loire pour la France. Ni colonne vertébrale, ni véritablement son cœur, cette rivière douce à l’écoulement très poli en est pourtant une forme épousant celle de la Loire comme si dans son très jeune âge, ce confluent du Cher avait choisi de rester humble dans le seul dessein de ressembler aux paysans solognots aussi rustres que fidèles et qui un jour la peupleraient. Malgré la modernité qui déchire son silence de ses routes où tout passe trop vite, la Sologne est un immense hommage à la nature bataillant pour rester intacte et protéger ses colonies de grèbes à cou noir, d’écureuils roux ou de marouettes ponctuées venus là nicher pour l’été.

La violence

Ecrit par Stéphanie Michineau le 21 octobre 2017. dans La une, Ecrits, Actualité

La violence

Merci Stéphanie pour ce texte, les souvenirs qu’il ouvre, ranime, sur les violences faites aux femmes, dans le contexte actuel des luttes et débats  contre le harcèlement. Votre texte cette semaine sera la voix des Reflets.

La rédaction de RDT

 

Souvenir. D’un coup de poing. Donné.

Un coup de poing. Pour la fille. Bis. Sans mains. Sans destin.

Un coup parti. Porté. A sa dignité. Enlevée.

Sentiment d’abandon. De pâmoison. Pour une vie de folie.

Et d’errance. En l’occurrence.

Un coup de poing. Venu de loin. D’un homme. Sans regard.

Sans égards. Pour lui. Pour la fille aussi.

Un quart d’heure de calvaire. Dans cet univers. De douleur. Sans douceur.

Une main levée. Une fille jetée.

Dans un coin.

Loin.

 

(Fanny Cosi, Pensées en désuétude, Edilivre, 2010)

Recueil de poèmes courts

Ecrit par Emmanuelle Ménard le 21 octobre 2017. dans La une, Ecrits

Recueil de poèmes courts

Mots d’amour et d’hiver (4)

 

La pluie sur Bruxelles a couché mes idées

je m’enlace

dans les mots effilés

comme

des larmes

 

Le ciel tombe et se lève

résiste

à tous les jours

le ciel comme un tyran

qui se montre partout

 

J’ai l’esprit en feu

des mots

comme des braises

pour rougir

les sommeils

 

Les bouches ont raturé les mots

et de salive ne reste rien

qu’une petite larme

au son muet

Identités nationales : deux poids et deux mesures

Ecrit par Jean-François Vincent le 10 octobre 2017. dans Monde, La une, Politique, Actualité

Identités nationales : deux poids et deux mesures

L’affaire catalane donne l’occasion de mesurer le gouffre qui sépare les vieilles métropoles dominantes, impérialistes et colonisatrices des jeunes « nations » en mal d’indépendance, quand il s’agit d’« identité » : celle des premières pue le nationalisme, le fascisme, le racisme – j’en passe et des moins bonnes – celle des secondes, au contraire, sont l’objet d’attendrissement, de soutien et de solidarité en tout genre ; bref les médias – Mediapart en particulier – se rejouent le « printemps des peuples » à la mode dix-neuvièmiste…

Retour au projet émancipateur de la philosophie des Lumières. A partir de la notion rousseauiste de souveraineté populaire, l’on en vint à considérer, non plus l’individu-citoyen en tant que partie d’un peuple, mais le peuple comme un tout, en particulier les peuples vassaux sous domination étrangère. « Un peuple a la faculté de conquérir son indépendance » proclame la déclaration des droits de 1793, concoctée par Condorcet et l’abbé Grégoire. Le romantisme aidant, l’attention se focalisa sur les « nations » au passé glorieux, mais tombées sous le joug de puissances oppressives. L’on plaignit ainsi les Polonais, écartelés depuis le partage de la Pologne (1772), entre Russie, Autriche et Prusse ; les Grecs martyrisés par les Turcs ; ou encore les Hongrois assujettis aux Habsbourg.

Le fameux « printemps » commence, de fait, dès 1830 avec le soulèvement de Varsovie. Le vieux Lafayette s’écrie : « toute la France est polonaise » ; Mickiewicz, le Victor Hugo polonais, chantre de la grandeur identitaire de son pays, prophétise : « la Pologne se relèvera et libérera toutes les nations d’Europe de la servitude » ; notre totor national, quant à lui, réservant sa sollicitude aux carbonari italiens : « n’ayez qu’une pensée, leur dit-il, vivre de votre vie à vous ». Mais évidemment, c’est en 1848 que les multiples « identités » éclosent tels des champignons. « Pour les hommes de 1848, écrit l’historien britannique, Sir Lewis Namier, le principe dynastique représentait un règne arbitraire et autocratique ; celui de la souveraineté populaire, au contraire, s’identifiait aux droits de l’homme et à l’autodétermination ».

Très rapidement cependant, une dérive organiciste se fait jour : le « peuple » ne forme qu’un organisme gigantesque, doté d’un seul corps et d’un seul esprit. Le Volksgeist (l’Esprit du peuple) est né ! Dans le Vormärz allemand de 1848, le professeur Mittermaier de Heidelberg, président du parlement insurrectionnel, déclare, dans un discours emphatique : « le géant s’éveille ! Le Volksgeist est ce géant. Il est éveillé » ; pour le philosophe allemand Jacob Gottlieb Fichte (1762-1814), une nation constitue une entité « supra-temporelle », elle se présente comme une « Hülle des Ewigen », une enveloppe de l’éternité. L’identité de la nation se veut donc organique, spirituelle et éternelle ; la race n’est plus très loin…

Macron et les territoires

Ecrit par Martine L. Petauton le 10 octobre 2017. dans La une, France, Politique

Macron et les territoires

Jupiter devrait redescendre sur terre, et peut-être assez vite : il gouverne un pays – voyez-vous ça – où sont des territoires !

Communes (mille fois trop de ces confettis, certes), départements (faisant double emploi souvent, certes), Régions (un échelon pas vraiment bien fini, certes). Mais…

Incontournables comme leur longue Histoire, doublant la grande, ces découpages administratifs, si souvent en attente de changements annoncés à grands coups de cymbales, pour finir dans le pschitt de bricolages de couturière, rapetassés (certes) plus que réformés. Mais, eux et leur (immense, certes) armée de fonctionnaires territoriaux, leur population « locale », celle des fins fonds de l’hexagone, ayant en fond d’écran quasi constant ce bras levé contre « eux, là-haut » ; entendons Paris, l’Exécutif et ses Chambres législatives plus ou moins suiveuses ou grondantes… eux, ces territoires de la république, existent et font plus que bouger ces temps-ci ; ils sont peut-être la première vraie menace d’envergure visant la geste Jupitérienne. Chanson vieille comme l’Ancien Régime et la Révolution rassemblées : Centralisation, Jacobinisme, Décentralisation à couleurs plus ou moins Girondines… ah, Emmanuel, quand on dérange l’Histoire !

Incontestable aussi – en même temps ! – ces territoires en France n’ont jamais fonctionné au top ; loin s’en faut, et le récit de leurs manquements, quand ce n’est pire, vaut son pesant de chroniques. Sans doute dus, ces grincements, ces x ajustements inappropriés, à la naissance du Jacobinisme, successeur, presque frère, mais aussi ennemi juré de la centralisation de l’Absolutisme. Probablement à mettre au compte, également, d’un temps trop long de son existence, subi plus que choisi, cahotant du XIXème en XXème très avancé, progressivement figé dans l’ambre, comme un vêtement de grand enfant qui finirait par lâcher les coutures sur l’adulte devenu qui l’endosse. Souvenons-nous de ces manifs des années 70, toutes colorées sus à la centralisation parisienne. Exigences de libertés locales en mal de reconnaissance, et certes, les Bretons, les Basques, et Corses réunis, mais pas que : les affiches « OC vivra » hantent encore nos mémoires, et frétillent toujours en pas mal de lieux. Alors, la Gauche arrivée enfin aux affaires, ne pouvait qu’aller dans ce sens, dès 1982, même si le vieux lion Gaston Deferre, à l’Intérieur, méfiant, à moins que profondément jacobin, mitonna dans le pot d’importantes demi-mesures visant à décentraliser, mais pas tout, et surtout pas complètement ; mixte réussi sur le papier ; autre chose dans la réalité (ne vit-on pas tous dans un – qui fait quoi, constant ?). Depuis, d’autres trains de mesures ont remanié, bricolé, toujours à demi, le tissu administratif local, jusqu’à cette – prétentieuse et bien mal placée dans le calendrier, pardon,  ami François ! Réforme des territoires du quinquennat précédent, accouchant avant tout de hautes bannières encolérées au fronton des hôtels de région, frémissant à l’idée de leur disparition, au nom de regroupements devant coûter moins cher, et rendre dix fois plus de services… On connaît le reste !

Surfant – un peu à la va-vite – sur la réalité territoriale et le supposé mécontentement des électeurs, le candidat Macron et le président qui suivit n’eurent de cesse de pourfendre en cet hexagone territorial des signaux de « l’ancien monde ». Macron, lui-même, jamais passé par la moindre case d’élection locale (son seul succès n’est-il pas d’avoir été tout droit, tout neuf, élu président de la république), portait haut dans le ciel jacobin-parisien ces évaluations à la fois d’insuffisances, voire d’inutilité, de ces territoires lointains, lents, d’un autre siècle. Tout bon !

<<  1 2 [34 5 6 7  >>