Une histoire d’africanité

Ecrit par Michel Tagne Foko le 30 août 2017. dans Monde, La une, Politique, Société

Une histoire d’africanité

Il y a un débat qui va dans tous les sens. Les gens parlent de l’Afrique avec beaucoup de verbe. Des émotions qui se conjuguent au pluriel. Ça se développe admirablement et parfois avec des approximations. Tout le monde veut avoir raison. Ce n’est pas possible autrement. Il y a le camp des gens qui disent qu’il existe plusieurs Afrique et le camp des autres qui disent qu’il n’y a qu’une Afrique. Le sujet qui remonte le plus, c’est celui du patriotisme africain.

Il y a un monsieur qui se dispute avec un autre. Il dit : « c’est à cause des gens comme vous que l’Afrique n’avance pas ». Son interlocuteur lui répond : « c’est ton problème là-bas ». Le monsieur continue en disant : « c’est bien, tu es comme ces gens qui vivent chez les “Blancs” et votent pour le FN, hein ? Pauvre de nous Africains ». Son interlocuteur lui répond : « au premier tour de l’élection présidentielle, le FN était en tête au Sénégal. Tu ne vas quand même pas me dire que les Français du Sénégal ne sont que des “Blancs” ». Le monsieur : « Arrête de me parler parce que là tu racontes des conneries. Seules 400 personnes ont voté FN et tu appelles ça être en tête ? ». L’interlocuteur : « toi aussi arrête de me parler parce que là tu vas m’énerver. Déjà que je ne vote même pas dans ce pays… ».

Et voilà que s’est ouvert le sujet de la démocratie et de l’identité. Il y a quelqu’un qui a dit : « Je suis africain avant d’être guinéen ». Un autre a dit : « laissez-moi avec vos conneries là. Je suis moi camerounais d’abord ». Il y a quelqu’un qui a dit que les Camerounais sont atteints du syndrome de Stockholm. Plus précisément, il a employé ce genre de mots : « même s’il y a les élections transparentes au Cameroun, le vieux Biya va toujours gagner. Vous êtes amoureux de votre geôlier ». Ils me demandent où est-ce que je me situe dans leurs causeries. Ils insistent. Je dis que je suis d’abord l’enfant de ma mère, avant d’être aussi celui de mon père, après l’enfant de ma famille, de mon royaume, du pays bamiléké avant d’être celui de mon pays d’origine le Cameroun, de mon pays d’accueil la France, et citoyen du monde. On me dit que je suis hors sujet. Alors là, irrité, je me tais et j’observe.

Il y a un certain Onana qui se dispute l’Afrique avec Jean-Luc. Il est clair qu’ils n’ont pas du tout la même vision de l’Afrique ou pour l’Afrique. Jean-Luc dit : « il faut qu’il y ait davantage d’actions humanitaires vers l’Afrique ». Quant à Onana, il dit : « non, je ne suis pas d’accord, il faut que cela cesse. Ces machins humanitaires-là salissent le nom de l’Afrique ». Onana continue en disant : « il faut laisser aux Africains le choix de construire leur avenir ». Jean-Luc rétorque en disant : « Je suis d’accord avec le fait qu’il faudrait qu’on nous laisse le choix de construire notre avenir, mais cela ne doit pas damer le fait que le continent a besoin d’humanitaire à l’heure actuelle pour s’en sortir ». Exacerbé, Onana lui dit : « Nous ? Nous quoi ? Tu n’es pas africain ! ». Ces quelques mots ont du mal à être digérés par Jean-Luc. Il est en colère. Il dit : « tu sais quoi de moi ? qui es-tu pour m’interdire d’être africain ». Les deux protagonistes sont au bord d’en finir avec les mains, dans ce pays où les gens se disent civilisés…

1967 : Les Beatles et « Sgt Pepper »

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 30 août 2017. dans La une, Musique

1967 : Les Beatles et « Sgt Pepper »

Nous sommes – au moment où j’écris ces lignes – en août 2017. Or, il y a 50 ans – eh oui… 50 ans déjà… ! – que l’année 1967 correspondit à la sortie du célèbre album des Beatles, Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band, qui révolutionna véritablement le domaine et les horizons de la musique pop et trôna pendant des années et des années en haut des hit-parades – ce que l’on appelle les « charts » dans les pays anglo-saxons (Grande-Bretagne et Etats-Unis). Un sacré anniversaire, donc… ! Mais, en quoi cet album – absolument pas comme les autres, voire unique pour l’époque – consistait-il et pourquoi parler à son sujet de révolution ? C’est à ces questions que je vais essayer maintenant de répondre dans le cadre de cet article.

Quelques mots tout d’abord à propos de la publication de l’album original, qui intervint précisément – pour la première édition – le 1er juin 1967 en Grande-Bretagne et en France, et le 2 juin 1967 aux Etats-Unis et au Canada. Il fut enregistré du 6 décembre 1966 au 21 avril 1967, notamment dans les studios EMI de Londres. En Grande-Bretagne et en France, la sortie en eut lieu sous le fameux label Parlophone tandis qu’aux Etats-Unis et au Canada il s’agissait de Capitol. La pochette révolutionnaire de l’album Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band est l’une des plus célèbres de l’histoire de la musique. Je vais tenter maintenant de vous dire en quoi ce terme de « révolutionnaire » n’était, pour l’époque, absolument pas exagéré.

Il y avait le montage très élaboré de la photo de couverture, la photographie des Beatles s’étalant sur les deux à-plats intérieurs, le visuel du verso de la couverture avec les paroles des chansons, et enfin une planche à découper (avec une seule face) insérée dans ladite pochette. La couverture de celle-ci présentait un visuel se décomposant en trois plans. Le premier était constitué principalement d’un massif de fleurs dans lequel se trouvait inséré un assemblage d’objets (plantes vertes, instruments de musique, figurines, etc.). Le deuxième représentait la présence des quatre Beatles accompagnés de mannequins en cire, etc. Le dernier correspondait à un assemblage sur plusieurs rangées de découpes grandeur nature d’une cinquantaine de portraits de personnages plus ou moins célèbres, ainsi qu’un palmier artificiel. Au centre se trouvaient les Beatles, chacun vêtu d’un uniforme de parade d’une couleur différente, se tenant debout, réunis derrière une grosse caisse de fanfare militaire, sur la peau de laquelle figurait le titre de l’album. A leurs pieds, au milieu du massif paysager, des jacinthes rouges formaient le mot « Beatles » en lettres capitales. Cette pochette présentait une vraie rupture avec les précédents albums du groupe, car ici chaque Beatle avait sa propre coiffure, son propre costume, sa propre identité. Chacun des membres du groupe portait la moustache. Le contraste était accentué par la présence, à leurs côtés, de statues de cire en habits sombres – tels qu’on pouvait les voir dans un musée de Londres – à l’effigie des « anciens Beatles »…

Haïkus

Ecrit par Gérard Leyzieux le 30 août 2017. dans La une, Ecrits

Haïkus

-1-

Les reflets du temps

Brillent sur l’onde d’argent

Flux amer et lent

 

-2-

Au jardin de juin

Sous le regard du pinson

Le silence des murs

 

-3-

Oreille t’enivre

Sous le regard clair du vent

Tourbillon des sons

 

Ismaël

Ecrit par Khalid EL Morabethi le 30 août 2017. dans La une, Ecrits

Ismaël

 

 

J’ai tes yeux.

Avant que je le prononce. Invisible.

Je vois un fantôme dans une veine invisible.

J’ai tes yeux.

On ne se souvient pas. Invisible.

Je vois un fantôme dans une graine invisible.

Je ne sais pas rire. J’ai tes yeux et tes dents.

Noires au fond mais blanches. Invisible.

La pluie tombera dans ma bassine invisible.

Ismaël invisible.

Fils invisible.

Sans voix invisible.

RDT – les news de la reprise

Ecrit par La Rédaction le 19 août 2017. dans La une

RDT – les news de la reprise

Que le temps passe vite ! Hier, nous entrions en trêve estivale en vous présentant notre « une » de l'été : «  Voyages ». Beau succès de lectures et même de commentaires  ; merci à votre fidélité, amis lecteurs, et encore merci au talent  jamais démenti de nos rédacteurs.

 Ce 19 Août signe notre reprise dans le fracas des attentats d'Espagne ; l'an passé, notre 1er jour de la « une » estivale pleurait sous celui de Nice... l'actualité ne dort jamais, et celle-ci encore moins que les autres.

 

La rédaction vous souhaite bon courage dans vos retours aux habitudes, si d'aventure, la page des vacances s'est refermée pour vous, ou, si vous êtes encore dans ce temps alangui et distendu des congés estivaux. On peut cependant penser, cet Août 17 – avec le beau texte de Sabine Aussenac, que la terrible actualité vous a placé dans cet entre-deux fait des peurs, mais aussi des élans de solidarité et d'empathie entre « humains », seules armes que nous avons face aux barbaries...

 

Cette rentrée va marquer à RDT un changement de jour hebdomadaire de publication : attention, amis, nous passons au mercredi 13 h, et abandonnons le samedi, insatisfaisant techniquement. 

 

Veuillez à nouveau noter comment nous joindre et où envoyer vos propositions de chroniques :

2 adresses mails ; 2 courriels conjoints donc :

 

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En avant, amis lecteurs, rédacteurs, futurs collaborateurs de Reflets du temps, pour une autre rentrée, et pleins feux sur la culture, la gastronomie, les écritures et les lectures, les analyses sociétales, économiques, politiques bien sûr ! Et sur cette actualité qui est notre sel !

 

Pour la rédaction, la rédactrice en chef, Martine L Petauton

L’été meurtrier du petit prince

Ecrit par Martine L. Petauton le 19 août 2017. dans La une, France, Politique

L’été meurtrier du petit prince

… De ce « piccolo principe » élu en mai, avec un engouement, un élan, presque un amour de midinette, pas souvent rencontré en pays de France, si ce n’est jadis – voyez comme tourne le vent – pour ce jeune homme de Corse à l’œil aussi sombre que celui du nôtre est bleu…

Les jours – ici entre Mistral, Tramontane et mer chaude comme en Floride – ont succédé aux jours ; incendies inimaginables, sautes de temps quasi bi-polaires un peu partout dans l’hexagone, bouchons au tournant du grand chassé croisé ; la folie aggravée de l’autre Roux – justement posé en Floride, répondant à celle du sombre Coréen ; quelques piqûres de rappel par le terrorisme tapi : l’été 17. Et, nonobstant, la ruche du travail gouvernemental à Paris, dont la densité ne fait pas question, au vu de nos députés (priés de garder la chambre un peu plus) à la veille de déposer aux Prud’hommes la plainte qu’il faut et son titre : « trop, c’est trop »…

Et c’est peut-être ce genre de formule bien populaire, et comprise de tous, qui pourrait résumer cet été, déjà étrange avant sa fin.

On était parti de très haut (attention, pour autant, les chiffres n’avaient rien de faramineux aux lendemains de la Présidentielle), du sommet du manège où l’Histoire a hissé – trop vite probablement – le gagnant de la course, et on glisse forcément, par à-coups, ou forte bordée. L’état de grâce – curieuse formule qui sent sa sacristie égarée en République – passe et s’étiole ; Ronsard et sa rose en savent quelque chose. Baisse importante dans les sondages pour notre Président, la « pire » dit-on, en si peu de temps, plus importante que celle de F. Hollande – une sacrée référence en la matière. Ce qui n’est pas sans agacer, même ceux qui comme moi n’étaient pas « accro » à l’épopée Macron. Car, quand même, qui sont ces gens, ces électeurs, capables de hisser en mai au plus haut du  pavois « leur idole », et de le rejeter, sans attendre le temps décent d’une analyse, et sans laisser le temps au travail de commencer, comme gamin capricieux casserait son jouet au lendemain des fêtes…

Alors d’où vient ce raté – débutant, j’en conviens, mais constant – de la recette-miracle-rien-qu’en-France, qu’on avait dans le pot ?

Assurément d’un excès trop épicé et mille fois trop voyant, de cette verticalité, commandée, pourtant, au père Noël de mai, à corps et à cris. On a vu la pièce tout l’été – un « Prince en Avignon » peut-être – et Jupiter nous sort par les yeux. Ce nom, d’abord, qui, dans un 1er temps, énerve – pourquoi ne pas assumer « roi » ? constitutionnel, s’entend, ou tout bonnement « chef » ? Parce que, sans doute, amis, la République n’a pas de roi, que l’image du chef en France est aussi compliquée que celle du père en séminaire de Lacan, et que ce « dictateur » tenté par certains rigolos fait par trop sourire. Alors, va pour Jupiter (et Junon peut-être ! Il s'en cause à tort et à travers ces jours-ci) qui sent ses belles et sérieuses études humanistes. Certes, la posture (réussie, ô combien à l’image internationale, entre main de Trump et regard droit dans les yeux de Poutine) tient beaucoup du sans doute excellent club-théâtre dans lequel le jeune Président fut élevé, nous ne saurions l’oublier. Mais, foin ; ce fut une belle pièce, une belle soirée, et nous prenons. Par contre, le Jupiterisme passa moins bien la rampe quand il s’est agi de vouloir mettre au pas les médias – comme si on pouvait faire sans eux - ou de virer, entre autres, d’un coup de maître, pas moins de trois ministres de tout premier rang. Un jeu d’échecs grandeur nature. Donc, on en conviendra, trop d’autorité pourrait folâtrer avec l’autoritarisme, ce fleuron de l’« ancienne politique ».

Que dire en se baladant côté programme et surtout – philosophie – du programme. Où en est notre poupon de mai, le « ni Droite, ni Gauche » rebaptisé « Et à Droite et à Gauche » ? Fait ses dents, et navigue entre ses vaccins, le mignon. Signaux détonants, comme le veut son nom à bizarres rallonges – un soupçon d’Aides Pour Le logement épluchées, l’impôt sur la fortune dans le même jet en passe d’être, disons, élagué, des Nationalisations pétant le feu à Saint Nazaire, et le Code du Travail attendant ses ordonnances de fin août, après avoir été, tout ce qu’il y a de discuté, et de mis sur table, en été entrant. Négocié, tenant toutefois d’un tout autre vocabulaire. La Loi de « moralisation de la vie politique » (titre d’origine) qu’à première vue on pouvait supposer glisser tendrement au fond de la gorge, toute en miel, butta sur une réserve parlementaire, dont on cause à l’envi au coin des placettes des Territoires, comme si, à elle seule, elle irriguait tout. Elle énerva par quelques menues incohérences chez les hommes qui la portaient – un Richard Ferrand, un Michel Mercier… car, oui, la loi nouvelle, morale ou pas dans son titre, morale, elle reste dans les têtes. Pas facile d’œuvrer, donc, de mettre en cohérence et en conformité avec ses promesses – éternelle antienne –, pas simple de descendre du nuage, Jupitérien ou autre, il va falloir s'y faire, on marche sur terre, Monsieur le président…

#Barcelone #attentat - Des mères, de leurs fils et des lumières qui deviennent des nuits…

Ecrit par Sabine Aussenac le 19 août 2017. dans La une, Actualité

#Barcelone #attentat - Des mères, de leurs fils et des lumières qui deviennent des nuits…

Elle était belle, ta maman. Je l’imagine, toute fière de te serrer dans ses bras, tu avais ces yeux de braise, aussi flamboyants que le soleil sur le Riff, et puis tu ressemblais à ton père, et tes parents t’aimaient.

Elle passait tendrement la main sur tes cheveux tout brillants de la sueur de l’enfance, le soir, en te murmurant des comptines qui parlaient de palmiers et de mirages, d’espérances et de grand vent.

Ta maman, tu lui tenais souvent la main, parce que tu n’as pas toujours été ce guerrier sûr de toi, non, tu étais un petit garçon tendre et affectueux, et elle te nommait « habibi », et tu te cachais en riant derrière les coussins brodés, et elle te trouvait en éclatant de rire aussi, et à la tante Fatima elle disait toujours : « Tu vois, mon fils, comme tu le vois il ira loin, il sera docteur, ou peut-être avocat ».

Ta maman, je ne sais pas très bien si elle t’a élevé dans les Quartiers Nord de Marseille ou dans un village de l’Atlas, ou peut-être sous le soleil d’Alep ou dans une rue fleurie d’Andalousie, mais je suis certaine d’une chose, c’est une maman, une de ces mamans douces et bienveillantes, qui t’a sans doute gavé de sucreries et de loukoums, qui a essuyé tes larmes, la nuit, lorsque tu faisais des cauchemars parce que le maître criait trop fort, et qui longuement t’a bercé pendant les fièvres de l’enfance.

Elle était belle, aussi, cette maman qui tenait la main de son fils sur les Ramblas. Elle sentait, elle aussi, comme sentent les mamans, tu sais bien, ce mélange de vanille et de fleur d’oranger, elle souriait à son petit garçon, et ce petit garçon te ressemblait, on aurait dit un jumeau de celui que tu étais quand tu tenais la main de ta maman, et il faisait beau sur Barcelone, et cette maman qui aurait pu, peut-être, pourquoi pas, par le hasard des rencontres, de la génétique, de la vie, être TA maman, cette maman tu l’as délibérément écrasée, comme on écrase un insecte nuisible d’un coup de pied rageur ; tu as tenu le volant entre tes mains et tu t’es imaginé être Dieu, tu as eu soudain le droit de vie et de mort sur cette femme qui avait enfanté comme ta mère t’avait enfanté et tu l’as réduite en bouillie, et son fils aussi, et tout ce sang rouge qui a coulé t’a mis en joie, puisque tu as continué, au volant de ta camionnette blanche.

Elle est magnifique, ta sœur. Tes parents l’ont appelée Nour, parce qu’elle a été la lumière de leurs vieux jours, et tu te souviens encore de la fragilité de ce petit être qui peu à peu est devenue cette gazelle souriante dont tous tes amis étaient fous amoureux.

Vous étiez si complices, t’en souviens-tu ? Je ne sais pas si c’était devant les dessins animés de TF1 ou sur la plage de l’Escala ou en courant dans les allées encombrées du souk, mais vous vous adoriez, et puis en grandissant vous avez lu les mêmes livres, c’est toi qui l’as accompagnée le jour de son entrée au lycée, tu étais fier et protecteur.

Ensuite, tu as tout fait pour qu’elle te suive dans tes cheminements, mais elle était têtue, la petite Nour, devenue Nour l’indomptable, elle se moquait même de toi quand elle te voyait partir de plus en plus souvent à la Mosquée, et elle t’a carrément ri au nez quand tu as voulu lui faire porter le voile intégral : « Mais tu es majnoun, frère ? Tu m’as bien regardée ? Je ne suis pas Beyoncé, mais je me sens bien comme ça, je me sens belle et libre, et je n’ai pas besoin de me voiler pour afficher ma foi. La lumière du Prophète brille dans mon cœur ».

Est-ce à elle que tu as pensé, aujourd’hui, en fonçant sur ce groupe d’adolescentes en short, leurs belles jambes brunies battant gaiment le pavé des Ramblas, leurs cheveux au vent qui ondulaient tandis qu’elles chaloupaient en pouffant, se tenant par la taille ? Elles auraient pu être tes sœurs, belles, libres, jeunes et fières de leur beauté et de leur jeunesse. Chez elles, en Chine, en Belgique, en Allemagne, en Grèce, il y a sûrement dans chacun de leurs foyers un frère en train de hurler de douleur à l’idée que jamais plus il ne rira, un beau soir d’été, en regardant les étoiles, avec sa petite sœur. Parce que toi, au volant de ta voiture folle, tu as délibérément écrasé ces sœurs qui auraient pu être les tiennes, sectionnant leurs artères, brisant leurs os, réduisant leurs voix et leurs âmes au néant.

Vichy était-ce la France ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 19 août 2017. dans La une, France, Politique, Histoire

Vichy était-ce la France ?

Depuis le discours d’Emmanuel Macron, le 16 juillet dernier, à l’occasion du 75ème anniversaire de la rafle du Vel d’Hiv, la polémique a fait rage.

Le président a, en effet, déclaré :

« Alors oui, je le redis ici, c’est bien la France qui organisa la rafle puis la déportation et, donc, pour presque tous, la mort des 13.152 personnes de confession juive arrachées les 16 et 17 juillet 1942 à leurs domiciles, dont plus de 8000 furent menées au Vel d’Hiv avant d’être déportées à Auschwitz. Je récuse les accommodements et les subtilités de ceux qui prétendent aujourd’hui que Vichy n’était pas la France, car Vichy ce n’était certes pas tous les Français, vous l’avez rappelé, mais c’était le gouvernement et l’administration de la France ».

Tollé tant à l’extrême droite qu’à l’extrême gauche ; Florian Philippot : « cette insistance de Macron à humilier la France est préoccupante. Restons fiers, proclamons notre amour de la France », et Jean-Luc Mélenchon de faire chorus : « La France n’est rien d’autre que sa République. À cette époque, la République avait été abolie par la révolution nationale du maréchal Pétain ».

Au fait, qu’est-ce que « la France » ?

Ecartons tout d’abord la fiction de la France-personne, chère à de Gaulle ou à Péguy, cette personnalité collective ou corporative, inventée par Michelet, incorporant mystiquement tous ses membres, à l’image du Christ ou de l’Eglise dans la théologie paulinienne…

Un pays, selon l’école de sociologie historique allemande, c’est avant tout un « staatsvolk », un « peuple-état », une entité juridique composée de ses citoyens. A cette aune, la France ne fut ni collaboratrice, ni résistante – groupes ô combien minoritaires rapportés à l’ensemble de la population –, elle fut planquée ! Elle n’approuva ni ne désapprouva la rafle du Vel d’Hiv, elle s’en lava les mains…

Mais passons du plan strictement démographique au plan symbolique. Pour Patrick Buisson – et à cet égard, il a raison – il existe des « incarnations ». Un homme « incarne », à moment donné, des idées et une nation. De même que l’Allemagne nazie « s’incarna » en Hitler ou la Russie communiste en Staline, de même, de 1940 à 1944, la France s’incarna en Pétain. 40 millions de pétainistes en 40, dit Henri Amouroux. L’estimation est peut-être élevée (mes grands-parents, par exemple, furent anti pétainistes, bien avant de connaître de Gaulle) ; mais il reste que l’adhésion au nouveau régime fut massive, à l’instar de l’approbation – largement majoritaire également – aussi bien de l’hitlérisme que du stalinisme dans leur domaine respectif.

En effet donc, il existe – quoique la notion, en droit, me gêne infiniment – une responsabilité collective des pays concernés face aux crimes des hommes qui les gouvernaient et qu’ils soutenaient. Toutefois cette responsabilité ne saurait être héréditaire. Les Russes actuels ne sont pas comptables du goulag, pas plus que les Allemands d’aujourd’hui n’ont à battre leur coulpe au sujet des camps de la mort. Rien n’oblige de même les Français de 2017 à se repentir des horreurs commises dans le sillage de la « révolution nationale ».

A l’inverse de certains passages de la Bible, les fautes des pères ne rejaillissent pas sur leurs enfants…

La grande peur de l’an 2017

Ecrit par Bernard Pechon-Pignero le 19 août 2017. dans La une, Cinéma

La grande peur de l’an 2017

Au risque d’empiéter indiscrètement sur l’univers onirique de mes grands enfants (15, 18 et 19 ans), j’ai regardé avec eux cet été une bonne dizaine de films que je n’aurais jamais regardés seul. Il s’agit de science fiction, d’aventures violentes, de films catastrophes sinon de films dits d’horreur. Bien entendu, tout cela sur Netflix et donc d’origine USA.

Objectivement, bien que ces films soient longs, en général un peu plus de deux heures, je ne me suis pas ennuyé. Deuxième constat : je n’ai pas fait de cauchemars mais tout de même quelques rêves violents. Tertio, il a souvent fallu que mon fils aîné m’explique quelques subtilités dramatiques ou quelques situations romanesques que je n’avais pas comprises. Mais ça, c’est général chez moi. Je ne suis pas vraiment débile mais toujours un peu lent.

Il paraît que les Gaulois avaient peur que le ciel leur tombe sur la tête. On a aussi parlé de la grande peur de l’an 1000. Celle de l’an 2000 était, on s’en souvient, limitée à un bug informatique général qui a été un flop ridicule.

Mais il semble que dans le cerveau de nos jeunes descendants, on cultive toujours, de façon ludique néanmoins, de grandes peurs dont certaines ne sont pas totalement absurdes.

Essayons de faire un peu le tri : premier grand thème : l’invasion d’extraterrestres agressifs qui veulent s’approprier notre planète. En général on ne s’attarde pas sur les raisons qui les poussent à venir nous déloger de notre terrier ancestral. On doit simplement les combattre en trouvant la faille de leur puissance et les renvoyer la queue basse d’où ils viennent. Autant dire qu’on s’amuse bien et qu’on n’y croit pas un instant (Battle Ship, Edge of Tomorrow…).

Deuxième grande peur : par suite d’expériences atomiques, on a réveillé dans les tréfonds de notre planète des monstres qui y sommeillaient depuis des temps immémoriaux et dont le gigantisme est peu compatible avec notre échelle humaine. Même lorsqu’ils sont dénués d’intentions belliqueuses, leurs simples déplacements causent de sérieux dégâts à nos villes et plus généralement à toutes nos infrastructures. Effets spéciaux admirables sur les gratte-ciels qui s’effondrent, sur les ponts qui se brisent… et bien sûr pour animer ces grosses bestioles plus ou moins patibulaires (Godzilla) ou les non moins spectaculaires engins destinés à les combattre (Pacific Rim). On frémit mais on se régale sans penser à un risque potentiel imminent.

Plus insidieux : des manipulations pseudo-scientifiques ont entraîné des mutations génétiques, des clonages, des épidémies et souvent l’apparition de zombies qui doivent mordre les populations saines pour se nourrir. On se demande un peu pourquoi ces morts-vivants ont besoin de se nourrir mais on l’accepte en tant que licence dramatique sinon poétique. Je recommanderai World War Z (avec un Brad Pitt un peu vieillissant mais encore plein de ressources) et surtout Je suis une légende pour le plaisir de voir Manhattan désert envahi par la végétation et pour l’interprétation de Will Smith et de sa partenaire (une chienne berger allemand qui mériterait d’être nominée aux oscars). Là, on commence à se dire que même si les zombies sont scientifiquement peu plausibles, les manipulations génétiques ne sont pas exemptes de dangers pour nos sociétés trop confiantes.

Enfin on entre dans le domaine du plus que plausible, du possible voire du probable avec les films catastrophes qui reposent sur les risques écologiques. Le jour d’après est une glaçante illustration des effets du réchauffement climatique. L’idée – est-elle saugrenue ? – est que le réchauffement climatique finit par inverser le sens des courants marins et qu’il s’en suit une glaciation de l’hémisphère nord. Cette fois-ci Manhattan est recouvert de neige et de glace et les Américains sont obligés de fuir au Mexique ! Superbe sous l’angle esthétique, inquiétant au plan écologique et réjouissant du point de vue politique fiction.

Les grèves alanguies

Ecrit par Mélisande le 19 août 2017. dans La une, Ecrits

Chéri, c’est l’été : prépare les grèves alanguies et muettes de nos rêves

Les grèves alanguies

« Le monde de l’homme heureux est un autre que celui malheureux. De même dans la mort, le monde ne change pas, mais finit », Wittgenstein.

A tous les êtres qui se sentent étrangers à ce monde, afin que la liberté transforme leurs os souffrant en ailes légères, je dénonce tous les avatars touristiques qui vantent un lieu donné, dont on voudrait, contre écus sonnants et trébuchants, s’approprier l’exotisme, tout en restant propriétaires-de-tout, c’est-à-dire être autorisés à jouir dans l’espace et dans le temps, sans prendre le risque de se dématérialiser.

Mais à quoi bon faire plusieurs milliers de kilomètres et voler du sud au nord et du nord au sud quand on est un oiseau de quelques grammes, je vous le demande ????

Je comprends leur désarroi : la mémoire émotionnelle qu’un lieu réveille est couleurs et sons, voix et amour, intensité… Elle est souvent deuil et chagrin ineffable. C’est l’exil de l’âme qui souffre sous la violence des décharnés de l’esprit, ceux qui vous repoussent comme hôtes indésirables, poussières aimantés du capitalisme triomphant, oubliés sur la grève. C’est le vol effréné, celui des êtres en marche contre la mort, qui s’éreintent sur le rivage d’un dieu sévère et froid qui compte, d’un dieu qui n’en veut pas de l’humanité blessée…

Le voyage est comme une mort, celle de nos possessions, de nos amours, de nos liens si gras qu’ils en suintent une humanité si fermée, si terre à terre que la seule réponse est la mort ou le ciel. Ce qui équivaut, sans doute : mais de quelle mort s’agit-il ?

Des villages tristes en plein été, pourquoi Seigneur ?

Il y a une indicible et profonde fermeture, dans ce chacun chez soi qui s’illusionne : cette facilité à s’encastrer dans la maison, à épouser ses murs, à devenir les murs, même pas chauds, contours empreints de l’émotion : celle qui se confond avec les strates profondes du temps, celle qui blesse par sa dévotion à sédimentariser les habitudes turpitudes. C’est une terre haletante qui vocalise dans le néant, la fameuse nuit d’été. Mais il n’y a personne, Bon Dieu, vraiment personne ! Alors « Vos Gueules les penseurs ! »Je marche dans la nuit, Seigneur, je marche dans la nuit : elle ne s’ouvre pas, me blesse au plus profond.Alors sur le chemin de l’été, la voix glacée, le silence sec de cette nuit me tuent : « Pitié » dit la femme qui aime, dans l’oubli, dans ces strates du temps silencieux cruels, lames acérées sur le cœur.

Comme c’est triste ces villages ces boulistes qui s’enferment à coup de boules, sur le parvis des villages déserts et froids ! Ces cars camping pleins de bouffe, et qui cherchent, non pas la liberté claire et vive, mais l’affranchissement financier, en cumulant dans leurs soutes la nourriture les boites les occasions, les cartes de fidélité… L’éternel retour au même épicier qui a dressé alentour des barbelés pour l’esclave : il est mort mais il ne le sait pas ! Pas encore : c’est l’absence de souffle, qui lui fera savoir, cette absence au front des risques, cette légère lancinance du soir, au moment du coucher, quand les lumières s’en vont vivre leur vie, loin du jour…

Les tongs pointent vers l’étranger un regard formaté, l’apéro est limité, il y a l’identité nationale en recours contre ce vide abyssal de mon être qui cherche, seigneur, qui cherche à en pleurer, sans trouver vraiment le jour, mais c’est sûr, il s’y emploie… Alors pitié !

Quitter cette intelligibilité sombre et sournoise de la terre, ces regards entendus, ces voix qui vous repoussent, c’est heureux car là-haut, on sent qu’il se passe quelque chose, quelque chose de sérieux dans le silence des étoiles, c’est pas comme chez nous, ici-bas !

C’est vrai, on aime être le roi la reine on intime on pousse on roule vite dans notre va et vient stupide. On rugit on écrase, et seules comptent les sombres brutalités infligées à l’univers du vivant car il est muet et nous pas ! On l’ouvre, c’est bruyant, tonitruant, c’est l’humain moderne. Il s’oppose au silence, c’est sa cécité à lui, son monde triste. C’est la litanie profonde des gens qui essaient d’oublier qu’ils sont quand même animés par la longue vocalise de l’esprit.

Elle monte, elle monte, dans l’acuité du désespoir, elle est celle qui ne veut pas mourir.

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