La Petite Fille des Rues (9)

Ecrit par Gilberte Benayoun le 01 août 2010. dans Ecrits

La Petite Fille des Rues (9)

8.

 

Quand je reviens sur mes pas de petite fille des rues et sur le pas de la porte de ma maison natale, refaisant le trajet à l’envers, de la gare à la maison, et même les yeux fermés, je monte au premier étage, je tourne la poignée de la porte, tout doucement, et sur la pointe des pieds je revisite les lieux…

Dans le petit hall d’entrée servant de vestibule, et face à la porte d’entrée, je revois le meuble-vestiaire en bois de chêne foncé, muni d’un long miroir et d’un porte-manteaux, avec ses deux larges tiroirs au ras du sol où s’empilent boîtes de cirages, brosses à reluire et chiffons à chaussures.

A Miami (5)

Ecrit par Jean-François Chénin le 01 août 2010. dans Ecrits

A Miami (5)

I - Le jour file du bleu au gris, du gris au noir, soudainement redevenu bleu franc, dans une alternance de mat et de brillant, de fondus enchaînés sur les liserés des vagues, de traits tirés de haut en bas du ciel, lentement estompés avec des saillies brûlantes d’organdi mauve. Puis le ciel s’affaisse d’un coup.

II - Le ciel s’affaisse d’un coup et le vent chaud draine des effluves de miel et d’écorce humide, une haleine âpre de terre embuée, toute une illusion d’un reste d’amour, tout ce qui vient de l’homme en extase, enchaîné à ses désirs battus d’orages, le ciel par-dessus tête dans les ombres noires de ses fantasmes.

III - Le ciel est par-dessus tête où perlent les premiers feux, les premiers phares qui fusent à la va vite dans les fluorescences de la nuit. Et dans l’arrière-cour de la nuit basculée du bleu au noir, où l’horizon, mais caché, cède dans un fracas sanglant, le silence est à portée de main, pour finir.

Le billet d'humeur de Jacklittle (44)

Ecrit par Jacques Petit le 01 août 2010.

Le billet d'humeur de Jacklittle (44)

Je voudrais saluer d’un grand coup de « chapeau de paille » l’exploit de notre « GRAND » Savoyard, Christophe Lemaitre, après sa victoire sur le 200 mètres à Barcelone.

Car son doublé est d’une toute autre nature que sa victoire sur le 100 mètres.

D’autres spécialistes beaucoup plus « pointus » que votre serviteur, vous l’analyseront la performance, vous la décortiqueront avec moult compétences.

A la sortie du virage, à l’entrée de la ligne droite, qui aurait parié un petit Euro sur les chances de victoire de Christophe Lemaître ? Personne, pas un fou ! Eh bien, un seul l’a fait, lui-même !

Il a gagné le 100 mètres sur ses qualités athlétiques intrinsèques, sa bonne gestion de la pression, mais là sur le 200 mètres, hier soir, quasiment plus rien de tout ça : il a gagné avec ses tripes, son cœur, sa tête qui ont horreur de la défaite. Ainsi le « fighting spirit » hier soir à Barcelone est devenu une expression savoyarde.

Les "Poucet", leurs chroniques, l'étang, les Reflets

Ecrit par Martine L. Petauton le 29 juillet 2010. dans La une, Média/Web

Les

“Notre” Martine décoiffe sur “Le Monde.fr” aujourd’hui. Elle en coiffe aussi. Vous pouvez aller voir la chronique ici ! Et puis réagir sur “Reflets du Temps” !

Ce billet est un joli rappel de la source de notre aventure “Reflets du Temps” et une occasion de dire aux gens que nous aimons au “Monde.fr” que nous leur restons proches et…fidèles abonnés !

La Rédaction de “Reflets du Temps”


Il y avait, dans un de ces temps improbables, propres aux légendes, des « Poucet », habitant une grande maison du soir, lumineuse, industrieuse, comme une ruche… ils s’y ébrouaient, écrivant — à l’ancienne — des chroniques ; de bien belles, drôles, savantes pages, ourlées et fignolées, comme autant de « Georges de La Tour » (le clair-obscur, en moins ; c’était en noir et blanc !)

Misogynie 2.0

Ecrit par Sana Guessous le 27 juillet 2010. dans La une, Société

Misogynie 2.0

Malek est incolore. Pour le distinguer dans le tumulte urbain, il faut être un profiler à la retraite. Même pas sûr que tu le remarques dans un désert texan, Malek. Il fait de son mieux pourtant, ce pauvre garçon, pour conjurer la malédiction de la transparence. Pour que toi, piéton affairé, et surtout toi, piétonne à la si jolie chute de reins, arrêtiez de le confondre avec le gueux sur le dernier 4 par 3 estampillé « Appartements à 250.000 dirhams, cuisine équipée offerte ».

Malek est inodore. Il a beau pulvériser son petit polo Boss Green à coup de Pschitts Hugo l’Homme assortis, tu le sens à peine frotter son épaule contre la tienne, toi, ingrate promeneuse. Éthérée, insouciante, tu ne t’imagines pas les trésors de méticulosité et de coquetterie qu’il déploie avant d’aller à ta rencontre. Un beau gâchis. Honte à toi, inaccessible promeneuse.

Page de plages

Ecrit par Martine L. Petauton le 26 juillet 2010. dans Société, Voyages

Page de plages

Juillet; soleil, vent, accents, rires lointains, brume de chaleur qui chaloupe sur le sable; paroles brouillées, au ras du sol; cris : un chapeau s’envole. Là, devant;  la mer, telle que dans le tableau de Courbet : fond vert-bleu; rouleaux frisant, comme des «  Camargue », au petit trot; juste à mes pieds, le désert de Klee… Palavas, en été.

La mer et sa plage, dans mon milieu – modeste -, c’était le rituel qui, si on pouvait, vous « posait » les vacances. Colo ou famille, j’en ai des images !  plutôt floutées, d’océan froid et vagueux – Ré, Oléron, la Vendée – non, je ne crois pas que c’est là que je dois chercher l’origine de ma passion pour l’Histoire ! – Plus tard, la Normandie; la mer si loin, franchement gris-mouette; le sable, lui, gris-frisquet, et les yeux qui plissent, cherchant à l’horizon la silhouette des barges du 6 Juin; là, sans doute, l’Histoire a frappé à ma porte …

Les mille et une trouvailles de Dédé l'Orthosophe (4)

Ecrit par Eric Thuillier le 25 juillet 2010. dans Ecrits

Les mille et une trouvailles de Dédé l'Orthosophe (4)

La dernière fois, conduit auprès de l’orthosophe par des touristes complaisants, je suis entré, avant même que nous ayons pris la peine de lui dire bonjour, dans des explications qui, si je fournis toutes celles qui sont utiles à une première approche du personnage, courront sur quinze épisodes sans qu’on ait entendu sa voix. Ce serait le trahir.

Aussi, m’inspirant de procédés cinématographiques qui mêlent le proche et le lointain, le général et le particulier, l’hier et le demain, l’ensemble et le détail, procédés à vrai dire éprouvants pour quelqu’un qui peine à se souvenir de ce qui s’est passé l’heure précédente, je vais troubler la chronologie, aller tout de suite au bout de l’histoire, donner un écho du présent le plus récent.

Les occasions ne manqueront pas d’éclaircir l’appellation d’Auri bleue, de décrire la saisissante installation de rue du Théâtre de la sucette, de découvrir le rituel de mise en dépôt des mots usés dans la boutique, d’assister au déploiement de la Charlotte, de nous rendre au cimetière des écureuils, de découvrir du Land Art sur le chemin de Saint Jacques de Compostelle, de participer aux minutes de silence qu’il organise sous tous les prétextes, de détailler le contenu des tiroirs.

Je ne sais plus trop où c'est Tlemcen...

Ecrit par Léon-Marc Levy le 24 juillet 2010. dans La une, Voyages

Je ne sais plus trop où c'est Tlemcen...

Après l’avoir écrite je m’aperçois que, pour une fois, ma chronique est une vraie chronique, pas une opinion : elle rapporte un morceau de temps, autrefois, ailleurs.

J’ai reçu ce matin, d’un ami Algérien, une photo. De classe. En noir et blanc. 5ème A, 1958-1959. Cinquante ans ! Un monde est revenu sur moi. Enfoui, pas oublié. « Forclos » aurait dit Jacques Lacan. Une de ces pépites de mémoire auxquelles on ne pense presque jamais mais qui, quand elles surgissent, vous apparaissent comme d’une parfaite familiarité.

Il était une fois dans l’Ouest…De l’Algérie. Je crois du moins… Une ville. Une mosquée. Des murailles. Des platanes. Une église. Un collège. Encore des platanes. Une synagogue.

EYELIDS

Ecrit par Elisabeth Guerrier le 23 juillet 2010. dans Ecrits

EYELIDS

Fermées, elles sont derrière moi.

Et tu les suis pendant que je dors et je dors.

Bien au fond.

Enfouie dans nos innocences.

Derrière mes yeux fermés qui  s’ouvrent devant toi.

Debout sur ce rebord qui sombre entre les choses et moi.

Tel qu'en Lui-même enfin l'Eternité le change

Ecrit par Jean Le Mosellan le 22 juillet 2010. dans Littérature

Tel qu'en Lui-même enfin l'Eternité le change

C’est ainsi que Mallarmé pose la première pierre de son Tombeau d’Edgar Poe. Pierre qui n’est pas d’ici-bas mais “chue” de quelque nébuleuse, plus dure que le granit dont on fait ordinairement les tombes. Elle est chargée d’un message énigmatique, sinon hermétique, pour qui n’a pas lu Eurêka, poème cosmique, dernière oeuvre de Poe, lequel disait une fois la plume posée: “J’ai résolu le secret de l’Univers.”

Baudelaire, en parfait double de l’auteur, le traduisit presque religieusement, mais le trouva “trop abstrait pour les Français.”

L’énigme se pose d’entrée, à la manière de la Lettre volée, en s’affichant ostensiblement par la majuscule de L dans Lui-même. Ce n’est pas une licence poétique, mais le résumé et la finalité d’Eurêka. Lui se référant à Dieu évidemment. Poe se prenait-il pour Dieu?

Voilà un blasphème, aux ailes d’oiseau de nuit, faites pour “les  noirs vols épars dans le futur“, qui se déploie du fronton du monument, ou plutôt d’un bas-relief, trop lourd sans doute pour s’élever d’un sol hostile.

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