Vous avez dit Cabanel ?

Ecrit par Martine L. Petauton le 13 août 2010. dans La une, Arts graphiques

Vous avez dit Cabanel ?

A Montpellier, l’été tient ses promesses : ciel bleu-Espagne, au-dessus de la Comédie ; appels crissants des cigales, et, au bout de la fraîche esplanade, dans ce beau musée Fabre que nous envient – presque – toutes les Régions, l’exposition de la saison : «  Alexandre Cabanel, la grande peinture du 19ème siècle », est un bonheur, qui, comme il se doit pour le bonheur, est criblé de points d’interrogation …

Car Cabanel nage entre deux rives, au mitan du siècle, entre le classique un peu froid d’un Ingres, et là-bas, la houle des nouveaux courants picturaux qui ensoleillent les rives. Du coup, notre Cabanel n’est pas un pont, mais plutôt une solitaire dérive au cœur de la rivière, qu’on aurait un peu perdue de vue, de par l’agitation des bords … J’avoue pour ma part que je ne connaissais pas Cabanel, avant mes premiers pas au musée Fabre, voici quelques années !

Cela rend perplexe, ces destins artistiques qui « avaient tout pour … » et qui, pourtant « n’ont pas vraiment … » On a l’impression étrange – et ça nous parle aussi au regard de nos vies – de quelque chose de mal « calé », de légèrement désaxé, de l’ordre du « passé à côté », du : dommage !

C'est sérieux la philosophie sous pseudonyme ?

Ecrit par Jean Le Mosellan le 13 août 2010. dans Philosophie, La une, Média/Web

C'est sérieux la philosophie sous pseudonyme ?

La critique de la raison sexuelle de Kant, entreprise par Jean-Baptiste Botul, n’a rien de pur. Mais la reprise de son argumentaire par Bernard-Henri Lévy dans son dernier livre De la guerre en philosophie, a déclenché un véritable séisme médiatique dont l’épicentre semblait se situer dans les locaux du NouvelObs.

Botul est le pseudonyme de Frédéric Pagès, talentueux journaliste au Canard enchaîné, et philosophe niveau agrégation, ayant commis aussi un Nietzsche des plus intéressants. Botul est l’équivalent d’un avatar pour ses jeux philosophiques, à l’instar de chacun d’entre nous pour le monde des jeux en ligne. Le choix d’un avatar et d’un pseudonyme en est la condition indispensable.

Lire Freud avec Lacan

Ecrit par Léon-Marc Levy le 13 août 2010. dans Philosophie, La une, Psychologie

Lire Freud avec Lacan

J‘ai évité de justesse d’intituler cette chronique « Jacques là quand ? », par un calembour digne de l’almanach Vermot, ou, pour être d’emblée dans le propos, digne de Jacques Lacan. Pour vous donner quelque idée de la passion de Lacan pour le calembour, je ne citerai que l’intitulé de deux de ses derniers séminaires de l’ancienne fac de droit : « Les non-dupes errent », « L’insu que sait de l’une-bévue s’aile a mourre ». Dans le cas du second, nous sommes encore un certain nombre à nous demander comment le « déconstruire » (ça joue sur Unbewusste = inconscient chez Freud) ! C’est que parfois, ce goût du Maître pour le jeu de mots nous mettait sacrément dans l’embarras ! Un souvenir précis : Lacan dit, lors d’une rencontre, « De préférer, somme toute, à la trique la bonace ». On prend des notes frénétiquement. « Eh ! Comment tu écris bonace ? 2 ss ou c ? » « bonasse » (simple, sans malice, peu d’esprit) ou « bonace » (mer calme, par exemple dans un port) ? Un autre : Le séminaire de 75-76 s’intitulait le « Sinthome ». On a passé l’année à se demander, chaque fois qu’il prononçait le mot, s’il s’agissait du sinthome ou du symptôme.

Les mille et une trouvailles de Dédé l'Orthosophe (5)

Ecrit par Eric Thuillier le 10 août 2010. dans La une, Ecrits

Les mille et une trouvailles de Dédé l'Orthosophe (5)

Lorsque le hasard a ouvert le tiroir dont le contenu dicte la conférence, Dédé en tire une chemise qui contient des enveloppes. Il les  présente comme un jeu de carte et requiert à nouveau le choix d’un spectateur.

Il annonce alors son sujet. J’ai voulu obtenir la communication de ces textes, il me les a refusés. En usant d’un procédé tout juste honnête, j’ai cependant eu en main celui qui fera la matière de cet épisode. Pour le reste, mes archives sont constituées d’enregistrements sonores qu’il me suffit de choisir et de transcrire. Dédé ne supporterait pas la vue d’un micro, j’enregistre sur un petit appareil photo numérique qui semble pendre, inactif, au bout de mon bras. En utilisant la fonction vidéo sur la plus petite définition on obtient la possibilité d’enregistrer une douzaine d’heures sur une carte d’un GO. Il suffit ensuite d’utiliser un logiciel de traitement audio pour capter le son et le constituer en fichier MP3.

Une journée dans le 19..

Ecrit par Martine L. Petauton le 09 août 2010. dans Société

Une journée dans le 19..

Un collège, quelque part en France, mais pas dans le « 93 »… matin d’hiver; encore nuit; le brouillard quitte à regret la rivière; les collines sont comme des fantômes suspendus. Les cars du ramassage scolaire déposent lourdement leur cargaison au pied des lampadaires. Les élèves des différents établissements de T. s’ébrouent; ceux, plus casquettes et colorés, de notre lycée technique; les nôtres, se regroupant en grappes un brin apeurées de « petits »et de 3èmes braillards.

Le professeur est une espèce qui ne prend jamais son service « pile » à l’heure – comme tant d’autres – car, avant, il y a le rituel – trauma absolu – de « la photocopieuse »… Comment faisait-on, dans la préhistoire, au temps des « bleus » qui claquaient dans les vapeurs d’alcool ? Je ne sais, mais, maintenant, sans photocopies, « t’en es où, dans ton contingent ? », plus d’enseignement; on frise le droit de retrait ! Panique ! Plus de feuilles ! « Mais, qu’est-ce qu’il fait ? » (le principal, qui, on s’en serait douté, ne s’endort jamais sans compter ce qui reste de papier; ça vaut les moutons !), re-panique, « la grosse est en panne ! » (très convoitée, parce que non contingentée, mais ! chut !!). Le « toner » est faible ! Angoisse…

Une interview de Nietzsche

Ecrit par Jean Le Mosellan le 09 août 2010. dans Philosophie

Une interview de Nietzsche

J’ai réussi à tendre le micro à Nietzsche, en vacances sur les bords du Lac de Garde.

En ce temps-là j’étais chroniqueur au Monde.fr. J’avais pour mission de suivre Nietzsche à la trace. La France attendait son tour d’être grippée, et le ministère de la santé était dans tous ses états, entassant des dizaines de millions de doses de vaccins dans les entrepôts pharmaceutiques  en vue de sa campagne de vaccination de masse dans les préaux et les gymnases.

Je crois que le virus de la grippe H1N1 avait repéré Nietzsche avant moi, car il était aphone cet après-midi là. Pas de doute, le passage tant redouté de H1N1 avait eu lieu. Heureusement que j’ai été vacciné dans les règles avant d’effectuer ce voyage. Il me fit comprendre par signes qu’il avait mieux qu’un enregistrement à offrir. Il me notifia  de l’attendre sur la terrasse de sa villa, et disparut profondément dans l’obscurité béante de ce que je devinais être le vestibule, qui devait être démesuré, car le bruit de ses pas mettait un temps infini à s’éteindre.

Inceste, mariage homosexuel et injustice

le 08 août 2010. dans La une, Psychologie, Société

Inceste, mariage homosexuel et injustice

On réapprend bien des choses essentielles à l’occasion de nos problèmes de société – comme la variété des incestes, la question du mariage homo, et autres sujets “préoccupants”… Sans entamer le mérite des experts qui arpentent le terrain, notamment des anthropologues qui nous classifient les incestes, on peut rappeler que la vieille Bible en donne un large éventail, la fameuse Loi de Moïse (qui fut interdite de lecture dans l’Occident catholique pendant des siècles, au motif que, puisqu’on avait la “grâce”, pourquoi mieux connaître la loi dite symbolique? ). On y trouve donc (Lévitique XVIII) un répertoire des interdits de l’inceste, bien au-delà du père et de la mère. Bien sûr, “Ne dévoile pas la nudité de ton père et de ta mère”, mais aussi celle de ta demi-sœur, “celle de la fille de ton fils ou de ta fille, de la fille de la femme de ton père” et aussi “la nudité de ton oncle ou de ta tante, ou de la femme de ton oncle”, etc… L’intéressant est que dans la foulée (verset 17), on a ceci: Ne dévoile pas la nudité d’une femme et de sa fille, tu ne la dévoileras point. Autrement dit: on ne mélange pas les générations dans le rapport sexuel. On sait que la fille du coureur Anquetil fut évoquée récemment sur ce thème, fille qu’il a eue avec la fille de sa femme; et chacun a pu voir que la promotion de son livre (celui de la petite fille du coureur) tenait au fait que c’est un inceste, que c’est perçu comme tel, et qu’en même temps son auteure s’est employée à le dénier. (Aujourd’hui, les incestes vont de pair avec leur déni…).

Le Gnome

Ecrit par Sana Guessous le 08 août 2010. dans La une, Société

Le Gnome

« And then one day…

Hooray, another way for gnomes to say

Ooh my… »

Pink Floyd, The Gnome,  The Piper at The Gates of Dawn

Comme la ciboulette, les raccourcis se cultivent avec amour dans nos ravissants petits potagers intellectuels. Nous l’appellerons donc Jilali, par commodité. Parce que nous sommes polis, nous l’accommoderons avec un très léger gratin d’acné, une demi-cuillerée d’huile sur le front, un soupçon de safran sur les incisives. Et parce que nous sommes voraces, nous n’en laisserons pas une miette. A table.

La Petite Fille des Rues (10)

Ecrit par Gilberte Benayoun le 08 août 2010. dans La une, Ecrits

La Petite Fille des Rues (10)

9.

Les jours de grand soleil des quatre saisons de mes années d’enfance et de petite fille des rues, c’était aussi et surtout là-haut, à la terrasse de notre maison, que j’aimais faire de fréquentes escapades pour nourrir mon appétit de plein air quand je n’étais pas dans la rue à jouer, flâner ou sautiller à la marelle, cette grande terrasse à la hauteur propice aux rêveries, aux évasions solitaires, littéraires que me procuraient les livres et les histoires qu’ils me racontaient.

Yasmina, notre joyeuse gardienne, logeait sur la terrasse, dans un joli chez-soi élégamment décoré, aux murs drapés de tissus de soie couleurs pastel, au sol recouvert de grands tapis d’Orient couchés sous des sofas en satin écarlate. La porte d’entrée de son petit appartement-terrasse donnait sur un long couloir mosaïqué vert-rouge-bleu, séparant la terrasse en deux parties. A gauche de cette porte, dans ce même couloir, une autre porte, à deux battants, s’ouvrait sur une buanderie à quatre bacs et quatre fontaines, qui nous servait de grand lavoir pour grandes lessives, aux murs et aux sols en pierre grise, où on lavait rideaux, tapis de laine et grosses couvertures qu’on allait vite étendre sur les cordes de la terrasse. Ça gouttait et dégoulinait en petits filets d’eau claire, clapotant sur le sol losangé de tomettes rouge brique.

A Miami (6)

Ecrit par Jean-François Chénin le 08 août 2010. dans La une, Ecrits

A Miami (6)

“Chaque homme est seul et tous se fichent de tous et nos douleurs sont une île déserte…” (Albert Cohen)

A Miami Beach, les piliers de bar ne sont pas ceux que l’on croit.

A Miami Beach, les hommes sont à bras le corps dans leurs visions et leurs pupilles éclatées par les flashs luminescents les rivent à terre, décrochés du présent, saccagés par un DJ besogneux, inertes et béats, instantanément kodak, bras raides et la tête haute, un verre vide à la main.

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