Hollande, le légitime besoin de reconnaissance

Ecrit par Martine L. Petauton le 14 avril 2018. dans La une, France, Politique, Actualité

« – Je ne suis pas en situation de faire fructifier ce qu’a permis mon action »

Hollande, le légitime besoin de reconnaissance

Il avait dit, « en même temps » qu’il accueillait – le visage et le geste mieux que bienveillants – son jeune et flamboyant successeur sur le perron de l’Elysée : – Je respecterai le silence nécessaire dorénavant pour ne pas gêner les débuts du nouveau quinquennat. Il l’a fait, et on ne peut que comparer avec le verbe incessant de Sarkozy-le-superbe, dès le 6 Mai 2012 passé. Mais chacun sait et a pu mesurer les difficultés de cet ancien président à savoir d’où il parle, le dedans, le dehors, le off et le direct, le « casse-toi » et le pouvoir suprême…

F. Hollande s’exprime donc ces temps-ci, à l’occasion de la sortie de son livre-mémoires ? réflexions ? Les Leçons du pouvoir, dont le titre aurait peut-être été plus judicieux d’être « Leçons du pouvoir ».

Alors, qu’il puisse s’exprimer près d’un an après, est-ce un scandale, une inutilité grotesque ou un délai raisonnable ? Il a choisi de le faire par ce livre qu’il signe (ce qui n’est pas là sa forme d’expression ni d’écriture préférée, je peux en témoigner). On peut toutefois s’interroger sur l’intérêt d’un tel canal, quand on sait combien son précédent essai, Un Président ne devrait pas dire cela, avait non seulement raté – lamentablement – sa cible mais précipité à tort ou à raison la fin de son mandat. Mais, sans doute n’est-on jamais mieux servi que par soi-même, et F. Hollande, dont c’est la nature profonde, veut expliquer encore et toujours et se faire comprendre des gens ; ces gens, ces citoyens, qui sont probablement son principal centre d’intérêt dans la politique, et qui – pas mince comme constante – le restent, même après 5 ans au sommet de l’Olympe républicaine.

Le titre de l’ouvrage, Les Leçons du pouvoir (tirer des leçons et non donner des leçons), signe la modestie et une certaine humilité d’un Hollande-gouvernance à la scandinave, son rêve pas complètement atteint. L’opus peut largement être utile pour mieux comprendre essais, réussites mais aussi erreurs de son quinquennat, puisque celui qui parle fut celui qui a agi, et satisfaire aussi un éclairage à la pertinence appréciable sur l’action en cours de son successeur, par le regard, plus du reste que le jugement, de son – initiateur ? mentor ? Car, F. Hollande a, convenons-en, légitimité à partager sa vision sur le monde autant que le dernier et souvent inconnu secrétaire d’Etat tentant de nager sans couler dans le flot qui s’ébouriffe derrière le vaisseau macronien. Lequel, pourtant, est quelquefois mieux accueilli, traité, respecté en un mot, que ne le fut F. Hollande devant le petit tribunal à la mode journalistique ancienne, de Lapix Anne Sophie, à la mine rigolarde, journaliste ni plus, ni moins, en charge du journal de France 2, ce soir pluvieux d’avril entrant. La dame, toutefois, consentit à lui dire, en même temps qu’il prenait place, qu’elle le remerciait de venir parler sur le service public, dans un soupir de regret puisque le président Macron, lui, allait s’épancher dans les heures à venir chez l’inénarrable Pernaut, au 13 h de TF1, lieu, il est vrai, où pullulent de vieux poujadistes rancis en guise de public – averti ? Mais, foin, on s’accoude au comptoir qu’on veut, ou, notez bien, qu’on peut…

Une histoire humaine !

Ecrit par Michel Tagne Foko le 14 avril 2018. dans La une, Ecrits

Une histoire humaine !

Un Américain nigérian a dit : « lorsque vous rentrerez, n’oubliez pas de mettre des chaussettes propres, on déchausse les gens à l’aéroport de Lomé ». Un Togolais norvégien a dit : « ah, c’est cool, jusqu’à la fin, ces Togolais m’ont rendu ce pays exotique […] ». Une dame de Guinée Biseau a dit : « c’est la même chose en Israël, c’est pour lutter contre le terrorisme ». Un Américain béninois a dit : « il paraît qu’ils ont peur des djihadistes de Sokodé [ville à forte population musulmane, où il y a souvent des manifestations et des morts] ». Un Américain togolais a répondu : « Il ne faudrait quand même pas exagérer […], ils n’ont que des bombes de Sorabi [boisson locale, bien alcoolisée]. Combien de ces gens à Sokodé ont les moyens de prendre un avion ? ». Un Français togolais a répliqué : « Pour faire exploser un aéroport, on n’a pas besoin d’être dans l’avion. Il suffit d’avoir une ceinture explosive et entrer vers le hall des départs […] ». Un autre dit : « Ne dis pas ça, ils sont tous fous à Sokodé. Bientôt, ils vont demander l’indépendance de la ville et instaurer la charia ». Les gens ont éclaté de rire. Ça riait dans tous les sens et à ne plus s’arrêter…

Il y a un jeune homme qui s’approche de moi, se présente et me demande, en souriant, pourquoi je ne ris pas. C’est un Sud-Coréen. Outré, je lui dis : « ce sont les blagues de ce type, dans ce genre de lieu, qui amènent très souvent les gens en garde à vue ». En effet, ces gens semblaient oublier là où ils se trouvaient, nous étions au service de l’immigration à Lomé [capitale de la République du Togo], un endroit rempli de policiers, pour récupérer nos visas…

Je me rends compte que je n’ai pas maîtrisé ma sonore. Mes mots ont certainement provoqué une stupeur. Certains me fixent, l’air effrayé. Chacun se met droit. C’est silence radio. On pourrait croire que je suis l’espion du pouvoir en place…Et puis, comme ça, les gens se remettent à refaire le monde. Donald Trump devient le sujet principal des moqueries. Ils refont le portrait du couple Macron. Il y a quelqu’un qui dit que Patrice Talon [président de la République du Bénin] a un problème grave à la prostate…

Quelques heures plus tard, je suis sur la route, je conduis en partance pour la cascade de Yikpa [la plus grande chute d’eau d’Afrique de l’Ouest, à la frontière avec le Ghana]. À ma droite, le jeune sud-coréen, je dois le déposer à Kpalimé avant de continuer. Pendant que nous blablatâmes, il me dit : « je suis bénévole ». Comme quelqu’un dirait « je suis président de la République, je suis ministre, directeur de société, etc. » Il a dit : « je suis bénévole ». Dans sa bouche le mot « bénévole » prend un sens particulier, un corps, un souffle de vie… Ça m’intrigue. Mais que peut-il bien se passer dans la tête de quelqu’un qui part à plus de douze mille kilomètres pour travailler gratuitement ? Je lui dis : « pourquoi êtes-vous devenu bénévole ? » Il a dit : « C’est ma première mission, c’est mon premier vrai voyage. Avant, je n’avais jamais quitté Séoul ». Je lui demande : « Et pourquoi l’Afrique ? » Il dit : « J’étais dans une sale période de ma vie. Je pense même que j’étais en pleine dépression. J’avais besoin de me sentir utile. Alors lorsqu’on m’a proposé de participer à un projet de forage au Togo, je n’ai pas hésité… Je suis ingénieur […]. Pour répondre à votre question, je pense que, quelle que soit la destination, je serais quand même parti… C’était important pour moi ».

« Si vous le dites » Le savoir a-t-il une saveur ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 14 avril 2018. dans La une, Linguistique

« Si vous le dites » Le savoir a-t-il une saveur ?

Question apparemment insolite à poser, si ce n’est en raison de la racine – identique – des deux mots, sapere, qui signifie tout aussi bien « avoir du goût » que « être intelligent ».

Bernard de Clairvaux, dans ses Sermons sur le Cantique des Cantiques, s’en amuse même (sermon 85, paragraphe 8) : « peut-être la sagesse (sapientia) dérive-t-elle de la saveur (sapor) ; car lorsqu’on y ajoute la vertu, tel un condiment (condimentum), le goût (sapidam) s’en trouve relevé, contrairement à un mets insipide (insulsa) et amer (aspera) ».

La Bible d’ailleurs fourmille de ces rapprochements entre la bouche et l’intellect. Exemple Job 12, 11 : « l’oreille ne met-elle pas à l’épreuve les mots, tout comme le palais goûte (hébreu ita’am) la nourriture ? ».

Ta’am, en effet, évoque indifféremment la recherche théologique et la dégustation (cf. le ta’amei ha mitzvot du Guide des égarés (3,31) de Moïse Maïmonide : « le ‘pourquoi’ des commandements »). La « sapidité » d’un concept déterminant son intelligibilité.

Mieux, le psaume (33, 9) n’hésite pas à proclamer : « goûtez (ta’amu) et voyez comme le Seigneur est bon ! ». L’hébreu tov=bon, étant traduit dans la Vulgate par suavis : suave ! Tout se passe comme si le Bon ou le Beau, perçu par les sens, corroborait le Bien purement éthique (cf. en grec, l’équivalence, notamment chez Platon, entre καλός, la beauté etγαθς, la bonté).

Quant à la connaissance, elle participe en soi d’une expérience autant sensorielle que cognitive, stricto sensu. Quand Adam « connut » – hébreu yada – Eve (Gen 4,1), il s’agit à la fois d’un dépucelage et d’une leçon de chose.

Bref, ne gâtons pas les agapes de nos fêtes religieuses. Savourons, en toute intellectualité, l’agneau du dimanche de Pâques comme celui du Seder de Pessah… tout en méditant le – très épicurien ! – précepte d’Isaïe 22, 13 : « mangeons et buvons, car demain nous mourrons ! »

Osez la sagesse !

« Reflets a lu » Un beau ténébreux, de Julien Gracq

Ecrit par Gilberte Benayoun le 14 avril 2018. dans La une, Littérature

« Reflets a lu » Un beau ténébreux, de Julien Gracq

Voici de ce grand roman de Julien Gracq, Un beau ténébreux, quelques gouttes d’or de sa somptueuse prose, au style envoûtant, aux descriptions taillées dans du diamant, comme ces paysages écrits et décrits avec un charme fou. On est donc bien là dans la grande littérature française, celle qui nous offre, pour notre plus grand bonheur, un auteur au style inouï, d’une puissante beauté.

 

Extraits

« Je me suis levé de grand matin pour voir le soleil se lever sur la baie. Le charme de l’hôtel, c’est surtout pour moi, derrière le front de mer dont on ne perd jamais de l’oreille le grondement monotone, son beau jardin, ses tilleuls, son cèdre, ses parterres naïfs. Un coin de toit rose dans la lumière de l’aube était si joliment campagnard par-dessus les masses de verdure que j’avais envie d’applaudir. Le matin était tout vernissé par l’averse – l’asphalte de l’avenue entre les reflets des arbres prenait des tons bleus d’acier d’une douceur infinie. Les coqs apprivoisaient partout les avenues de cette plage de luxe à la gentillesse passagère de dix heures : on soupçonnait enfin de ci de là des boulangeries avec leurs petites voitures à chiens, des chaises dépliées aux terrasses des cafés par des garçons sifflotants, des barrières de villas carillonnantes, une espèce de Montparnasse bon enfant mêlé à la gouaille matinale d’un village ».

(…)

« Le reste de cette soirée, je ne le retrouve plus que par échappées vagues, où quelquefois un geste, une parole s’est figé dans mon souvenir pour toujours. Qu’y avait-il au fond que d’ordinaire dans cette promenade ? Mais je trouve pour me la retracer une mémoire parée des séductions enfantines. Et puis cette nuit était si belle, si hagarde. Des couples tournent, – aussi clos, aussi secrètement harmonisés que les sphères – autour des vieilles courtines du château, comme dans Faust à la scène du jardin. Comme une comète suivie de sa queue brillante, Allan égrène au long de sa course irrespirable des astres moins rapides. Une décantation s’opère – dans le calme de la nuit chacun retrouve sa respiration normale, son souffle tempéré ».

… … …

Recueil de poèmes courts

Ecrit par Emmanuelle Ménard le 14 avril 2018. dans La une, Ecrits

Recueil de poèmes courts

Mots d’amour et d’hiver (15) «  je prends les mots… »

 

Je prends les mots

comme ils me viennent

et les virgules et tous les points

 

Je prends les mots

comme un marin

qui prend la mer et ses refrains

 

Consonnes éclair

et dures

obscures

phrasés d’ombrages

et de lumière

 

Consonnes éclair

et douces

rouges

le feu s’endort

vos vies s’embrasent

UNIVERSITES, un printemps d’escholiers de plus ?

Ecrit par Martine L. Petauton le 07 avril 2018. dans La une, Education, Actualité, Société

UNIVERSITES, un printemps d’escholiers de plus ?

Au Japon, ils ont le printemps des cerisiers, nous, c’est rituellement celui des « escholiers » (sachant que des tréfonds du Moyen Age, ça bougeait déjà pas mal dans les rangs ; mes rues de Montpellier, la savante et la rebelle en ont vu défiler de l’étudiant, une manière de record en termes de battre le pavé !).

Selon les années, c’est plus ou moins jeune – lycéens encore boutonneux, étudiants des – premiers, le plus souvent – cycles des facs – quelquefois spécialisés, les élèves infirmiers ici, cette formation d’ingénieurs là. La parité flotte le plus souvent sur les cortèges, ça c’est au moins une solide avancée. Pas de printemps sans son quota d’étudiants en colère. Haussement d’épaules des nantis/insérés, surtout insérés. Alors, dit mon voisin rigolard (et retraité) – je me disais aussi, 50 ans après 68, ils vont bien se mettre à sortir !!

Ils sortent en effet. Plus de 10 grandes universités ont débrayé – ce n’est qu’un début, continuons le… qu’on disait, nous – les rues se peuplent, même quand il pleut, et ce n’est visiblement pas le lancement des commémorations du grand Mai. Pourtant, l’opéra n’a plus rien à voir avec le grand ancêtre, ni le décor, ni le livret, ni les chanteurs, ni les costumes, ni rien, si ce n’est l’âge des participants. – Quand on est jeune, on gueule, ponctue mon toujours voisin d’un rire indulgent. Tendez pourtant un micro dans les manifs actuelles, et risquez « 68 ? » ; on peut d’avance lister le résultat du sondage : ce temps festif ! de consommateurs gavés ! d’enfants de bourgeois en crise d’adolescence ! avides de toutes les libertés, de fait individualistes en diable ! cette époque roulant dans les idéologies abstraites ! ce rêve coûteux !!… de rejets doux en rejets forts, rien, semble-t-il, d’un quelconque culte aux grands ancêtres, en vue… Car on est, à présent, là, comme dans le reste de la société, plus qu’inquiet, et sérieusement, sur l’avenir de son « moi, je », et les slogans, les pancartes sont aux antipodes de ces – interdit d’interdire et autres sous les pavés, la plage… les méga crises et le chômage de masse sont passés par là, ainsi que – évidemment – la philosophie politique d’un E. Macron. La mine de l’étudiant, ou de celui qui est en partance pour l’être, cette année 18, est sombre, et n’a plus grand-chose à voir avec le sourire narquois et définitivement historique de notre Dany face au CRS. Un tout autre monde, mais un monde qui comme tous les autres, et même celui de 68, parle de formation, de diplôme, d’insertion professionnelle, bref, d’avenir et finalement de vie. Pas une brindille, on l’aura compris.

De quoi causent nos banderoles actuelles ? A Montpellier, comme cela n’aura échappé à aucun citoyen attaché aux valeurs de la république, on nous résume l’attaque par des nervis d’extrême droite, il y a quelques jours, d’un amphi occupé en Droit ; les gourdins volaient, en guise de procédé négociatif, et, ce, avec l’apparent accord, tacite ou pas, du doyen de la faculté. Important incident ou bavure, ayant violé la traditionnelle indépendance des universités, blessé des étudiants, au motif que le contexte socio-politique si sécuritaire et avide de protection de quelques-uns choisis au milieu de tous, suffirait à faire passer la pilule.

Corruption, corruption, et alors ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 07 avril 2018. dans Ecrits, La une, Politique

Corruption, corruption, et alors ?

Sarkozy mis en examen pour corruption passive, financement illicite de sa campagne électorale et détournements de fonds publics libyens (les 5 millions d’euros remis en espèces, dans des valises, par le sulfureux Ziad Takieddine) ; Chirac – un autre ex-président – condamné à deux ans de prison avec sursis, en 2011, là encore pour détournement de fonds publics et abus de confiance ; et je ne cite là que les actuels ou futurs repris de justice présidentiels… quid de tant d’autres, connus ou moins connus ?!

La corruption, dont on découvre seulement depuis quelques années l’ampleur et la diffusion, demeure un vice qui infecte l’ensemble du corps social, les puissants comme les humbles, la droite comme la gauche ; l’opinion outrée (ou faisant semblant de l’être) en appelant alors, et de façon répétée, à un improbable chevalier blanc dont l’incorruptibilité à toute épreuve serait censée laver enfin la société de l’opprobre pesant sur chacun – ou presque ! – de ses membres…

Nemo auditur quam suam propriam turpitudinem allegans dit l’adage romain : personne n’écoute celui qui invoque sa propre turpitude. C’est pourtant ce que beaucoup – pour ne pas dire tous – pourraient invoquer. Oh, certes ! A des niveaux mesquins, voire minables. Deux exemples proches de moi. Un ami de mon grand-père paternel, vénérable chanoine, traducteur des lettres de Saint Basile aux Belles-Lettres, désirait ardemment la Légion d’Honneur pour ce fait d’armes philologique. Il le fit savoir à mon père, son ophtalmologiste, qui lui-même en parla à ma mère, magistrat et protégée du premier président de la Cour de Cassation de l’époque (années 60), qui lui-même avait ses entrées dans les milieux gouvernementaux gaullistes. Le révérend père obtint finalement la distinction tant désirée. Péché véniel, dira-t-on ? Cela ne lèse, ni ne dérange personne ? Bien sûr ! Mais le paradigme corrupteur avait opéré ici aussi, comme toujours souterrain et quasi omniprésent.

Autre cas : moi-même. Lauréat du bac en 77, j’avais pris pour option facultative à l’oral le corse, histoire de glaner quelques points supplémentaires (manœuvre bien inutile : j’eus la mention Très Bien y compris sans cet apport). Bref, mon grand-père m’avait rédigé un petit texte en corse. Le jour de l’oral, ma mère alla trouver l’examinateur en pleine salle d’examen. Serrement de mains, « pace e salute, va bene ? ». Vint « l’épreuve » proprement dite. Je lis le topo grand-paternel. L’homme, professeur d’italien (comme beaucoup de Corses officiant dans  l’Education Nationale) me posa une question en corse. Rien compris ! Est-ce l’émotion ? Je répondis d’une petite voix : « yes ! ». « Ne vous en faites pas, continua l’examinateur, cette fois-ci en français, l’Angleterre est également une île, vous savez. Entre insulaires, on se comprend. Je vous mets 16 ».

Faut-il encore un Parti Socialiste dans le bateau (« ivre ») ?

Ecrit par Lilou le 07 avril 2018. dans La une, France, Politique

Après le « changer la vie », le « continuer la vie » ?

Faut-il encore un Parti Socialiste dans le bateau (« ivre ») ?

On ne refait jamais sa vie, on la continue seulement comme dirait le Suisse*. Oui mais bon, faut bien avouer que pour le parti socialiste, la question est maintenant de savoir, et ça urge grave, comment on doit se réembarquer sur le navire historiquement en charge d’éclairer le progrès social et dorénavant dans la quête permanente de colmater ses fuites. La question, d’une infinie superficialité même, se prolonge pour les moins noyés dans un désespérant « si on doit se réembarquer » sur cet Inodus ramenant des 4 coins du monde les éparpillés des années de guerre civile de la rue de Solferino.

Faut dire qu’au parti socialiste, les derniers repas de famille ont été animés, presque meurtriers pour la plupart d’entre eux. Sans remonter aux obus de 420 mm tirés dès la disparition corps et biens de François (l’ancien), faut quand même se souvenir de tous ces tiraillements (à la culotte) de 2007 et de la candidature des désirs d’avenir, de tous ces plaquages assassins visant les carotides de 2012, puis de tous ces empoisonnements et égorgements de 2012 à 2017 pendant le règne de François (le jeune) à côté desquels les sautes d’humeur de l’ami Borgia passèrent pour des querelles de scouts imberbes. Grande famille pourtant à 200.000 adhérents en 2009, moitié moins aujourd’hui, des sections entières qui ont déserté les élections des fédéraux, un petit tiers à la Pagnol pour l’élection du premier d’entre eux le 28 mars dernier… Jaurès est mort, Blum aussi, Rocard nous a quittés, moi-même (en toute humilité) je ne me sens déjà plus très bien, mais la détestable impression d’aller pourtant mieux que notre si chère maison de Solferino n’a jamais été aussi riche de sens sous les ors du temps qui passe, et qui pour le parti socialiste broie en laissant beaucoup de cœurs se fermer sur le chemin de l’oubli.

Changer la vie qu’ils disaient pour 1981 un peu comme l’avait déjà évoqué Arthur Rimbaud dans sa vierge folle pensant certainement là à Agathe et à tous ses impossibles. On a tellement changé la vie que l’on repart de l’année zéro, une fois de plus. C’est curieux chez les Socialistes ce besoin systématique de faire la révolution tous les 20/30 ans et de constater qu’à chaque fois, il ne reste plus une tête à couper et de ne jamais lire Baudelaire ; Dis-moi, ton cœur parfois s’envole-t-il, Agathe, Loin du noir océan de l’immonde cité, Vers un autre océan où la splendeur éclate, Bleu, clair, profond, ainsi que la virginité ? Dis-moi, ton cœur parfois s’envole-t-il, Agathe ? 1920, 1936/40, 1969/72, 2002, 2016/18… Que de bons moments de franche camaraderie. Mais à la longue, c’est pénible.

Unions Nationales en France

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 07 avril 2018. dans La une, France, Politique, Histoire

Unions Nationales en France

Je voudrais d’abord préciser qu’il ne faudrait pas confondre la notion liée à des moments d’unions nationales avec celle de gouvernements d’union nationale. En effet, ces derniers furent très rares dans notre pays, et ne regroupaient pas tous les partis politiques (ceux perçus comme extrémistes, à gauche comme à droite, n’en firent jamais partie). Par contre, notre pays connut de nombreux moments où le peuple français se retrouva dans les rues pour manifester en communion par rapport à un événement grave, comme pour ces dernières années dans les cas de réactions face au terrorisme islamiste. Je vous propose de commencer en 1789, au début de la Révolution française, et de remonter jusqu’à nos jours, en liant ainsi l’Histoire et l’Actualité, ce qui constitue le principe de base des « Racines d’Actu », dont vous trouverez plusieurs exemples dans le cadre des chroniques que j’ai publiées pour Reflets du Temps depuis sa création comme site en 2009.

Le 14 juillet 1790 eut lieu la Fête de la Fédération, le premier anniversaire de la Prise de la Bastille. Cette fête symbolique se déroula sur le Champ-de-Mars de Paris. Louis XVI y assista et y prêta même serment à la Nation et à la loi, ceci dans un vrai climat d’union nationale, en présence des députés des 83 départements français de cette époque. Cet événement est fêté, tous les 14 juillet, depuis l’année 1880 (IIIe République), en tant que Fête nationale française et bien sûr par rapport à celle de la Prise de la Bastille. Par la suite, il y eut bien sûr la célèbre nuit du 4 août 1789. Ce fut la séance de l’Assemblée nationale constituante au cours de laquelle on vota la suppression des privilèges féodaux (certes uniquement rachetables, mais…). Débutée le 4 août à six heures du soir, elle se prolongea jusqu’à deux heures du matin. A côté des privilèges féodaux, il y eut l’abolition de tous les privilèges des ordres, des provinces, des villes, et des corporations, à l’initiative du futur Club des Jacobins, dans une ambiance de surenchère à la fois fraternelle et liée à la peur face à ce que l’on pouvait savoir du phénomène dit de la « Grande Peur » ; cette dernière fut un mouvement de jacqueries et de révoltes engendrées par une peur collective, qui se produisit essentiellement du 20 juillet 1789 au 6 août 1789, tout en se prolongeant au-delà de cette dernière date.

Beaucoup moins connu, il y eut, toujours pendant la Révolution, l’épisode du « baiser Lamourette ». Adrien Lamourette était un prêtre lazariste, favorable à la Révolution. Rallié à l’Église constitutionnelle, il devint le premier évêque constitutionnel de France. Elu député, il fut le célèbre instigateur du fraternel « baiser Lamourette », qui réconcilia temporairement les partis, lors de leurs premières grandes divisions. Le 7 juillet 1792, à l’Assemblée législative, en plein débat, âpre, sur la « patrie en danger », il proposa en effet à ses collègues élus de s’embrasser en signe de réconciliation, et provoqua ainsi un court moment de réconciliation entre les partis, avec des embrassades. Cet épisode très ponctuel rappelle évidemment l’ambiance et les embrassades de la nuit du 4 août 1789. On peut considérer Lamourette comme un ancêtre de la future démocratie chrétienne, ou du progressisme chrétien en général. Demandons-nous au passage si tout ce qui fut lié à la « patrie en danger » ne représenta pas également un moment relatif de cohésion nationale, mais bien sûr uniquement pour les partisans de la Révolution, en raison du comportement hostile de Louis XVI envers celle-ci (dès sa tentative de fuite à Varennes en juin 1791), et des nobles qui avaient commencé à émigrer ; en tout cas, il y eut le célèbre discours de Danton à l’Assemblée nationale le 2 septembre 1792 : « Il nous faut de l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace, et la France est sauvée… ».

Raz de marée

Ecrit par Jean-François Joubert, Claire Morin le 07 avril 2018. dans La une, Ecrits

Raz de marée

Je sais ce que c’est que d’avoir les yeux secs d’avoir trop pleuré, de devoir serpenter sur des sentiers escarpés avec un lourd bagage sur le dos ; à quel point il est difficile d’être obligé d’avancer en y voyant flou, les yeux noyés de larmes, face aux violentes rafales de la vie et de n’avoir pour phare qu’un vague espoir. Quand un épais brouillard trouble l’esprit, désoriente le cœur. Ce que c’est que de perdre la boussole, notamment lorsque la personne que l’on aime, notre repère, est parti.

Mais j’ai conscience également qu’il est essentiel, voire vital, de savoir s’arrêter ; prendre le temps d’affronter les tempêtes en créant le calme en soi pour apprendre à les chasser, déposer son fardeau sur le bord de la route et l’y laisser puis reprendre son chemin vers des horizons dont on a balayé les nuages.

Je suis moi aussi familière du pays du Léon. J’y ai passé une bonne partie de mon enfance. C’est la source de mes bons souvenirs et de mes premières fois. C’est un pays qui a forgé mon caractère, m’a sculptée. Avec son authenticité, la culture de la terre, ses paysages sauvages, ses traditions… Aujourd’hui encore, mon âme vogue toutes voiles dehors sur sa mer grise/turquoise et capricieuse. Comme les marins, je récolte tous les jours ses trésors.

Mon voyage m’a menée à faire escale à Brest il y a quelques années. Poussée par un irrésistible besoin d’indépendance, de concrétiser mes attentes de femme. J’y ai jeté l’ancre, c’est devenu mon port d’attache.

J’ai sûrement choisi cette ville car elle est pleine d’Histoire, ouverte sur le monde et que c’est ici que se trouvent mes racines. Née à Brest, petite fille d’une relecquoise, fille d’une brestoise et d’un père militaire d’origine ch’ti qui y a posé ses valises il y a des décennies.

Ville qui a été détruite par la guerre, souvenirs de ma mère et de la sienne, dur héritage. Heureusement elle n’a tué personne de notre famille. Cependant, pour en avoir souvent entendu parler depuis petite et avoir vécu quelque temps dans un bâtiment d’avant-guerre, je dois dire qu’elle m’a aussi marquée.

C’est aussi le symbole de ma guerre personnelle. L’endroit où j’ai rencontré la mort, où je me suis battue pour garder la vie. Je suis devenue un point d’interrogation, seule à pouvoir trouver les réponses ; une virgule fragile attendant la suite de la phrase. Il a fallu beaucoup de temps et de courage pour reformuler mes vœux, repartir au front et savoir que j’étais suffisamment armée pour affronter demain.

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