Auteurs

Effets secondaires, film de Steven Soderbergh

Ecrit par Jean Le Mosellan le 27 avril 2013. dans Auteurs, Cinéma

Effets secondaires, film de Steven Soderbergh

En médecine l’expression effets secondaires désigne par euphémisme des effets indésirables, parfois incontrôlables, allant de l’inconfort au décès, comme on en a vu rapporter de nombreux cas ces temps-ci par les journaux, mettant en cause l’autorisation de mise sur le marché de certaines molécules par l’industrie pharmaceutique. Les procès intentés par les victimes deviennent inquiétants par leur nombre. Le terme side effects, titre original, utilisé en pays anglophones, quoique pas moins effrayant en soi, ne prétend pas que ces effets soient ipso facto, en impact mesurable, secondaires, leur reconnaissant peut-être dans cet usage une dimension parfois majeure, supérieure aux effets thérapeutiques escomptés, ravalés pour l’occasion au statut d’effets secondaires.

Quand on va voir le film de Soderbergh, on s’attend à assister un thriller fonctionnant sur ce thème. Eh bien, pendant la moitié du film, sinon les trois quarts, c’est bien le cas, avec les victimes désignées, des psychiatres dépassés, et un laboratoire pharmaceutique en action. Dans le quart restant, la fiction prend une autre direction. En fait, rétrospectivement, tout le film est dans cette direction, dès le début. Le spectateur s’en rend bien compte, plus ou moins vite, comme dans The Informant, autre film de Soderbergh, que les apparences sont trompeuses.

La propriété : violence ou droit de l’homme ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 23 mars 2013. dans Auteurs, Actualité, Littérature

La propriété : violence ou droit de l’homme ?

En 1849, en Allemagne, parut une caricature du grand romaniste Theodor Mommsen, professeur de droit romain à l’université de Leipzig, lui faisant dire : « dominium est furtum », reprise en version latine de la célèbre phrase de Proudhon, dans son ouvrage publié en 1840, « qu’est-ce que la propriété ? ». Réponse de Proudhon : « la propriété, c’est le vol ». La latinisation de la phrase et le choix de Mommsen comme porte-parole imaginaire de Proudhon ne sont pas innocents : les étudiants de Leipzig, en effet, dans le climat postrévolutionnaire de l’après 1848, se souvenaient qu’en droit romain, la propriété, ce n’est pas tant le vol que la violence…

Rien que le mot – dominium – donne le la. La propriété est une domination, celle du dominus, le seigneur et maître qui règne en autocrate sur son domaine, la domus, la maisonnée et tout ce qui s’y affère.

Cette domination est un pouvoir, potestas, qu’on appelle aussi manus, la main. Une main à la fois protectrice et asservissante : le dominus, le propriétaire, a la haute main sur tout ce qui se trouve chez lui, personnes et biens. Acquérir un bien immeuble ou un esclave, c’est littéralement le prendre en main par un acte solennel, la mancipatio, où l’acquéreur met physiquement la main sur son acquisition. Originellement, la revendication d’un bien, en cas de contestation par un tiers, débouchait sur un combat dont le juge était l’arbitre. Rien que les éléments constitutifs du dominium dénotent la violence : l’usus, l’usage de la chose (ou de l’esclave), le fructus, la jouissance des fruits de la chose et surtout l’abusus. Oui, la propriété est par essence « abusive » dans la mesure où le propriétaire peut le plus légalement du monde « abuser » d’elle, c’est-à-dire la vendre ou la détruire. Le dominus, paterfamilias tout puissant, a, en effet, le droit de vie et de mort sur ses esclaves et même ses enfants, ius vitae necisque ; il a aussi le droit de tuer sa femme ou plutôt de l’occire, ius occidiendi, en cas d’adultère.

La belle, le margrave et le monarque

Ecrit par Luce Caggini le 02 mars 2013. dans Auteurs, Actualité

La belle, le margrave et le monarque

Mon impression dès que j’ai appris la résignation de Benoît XVI fut une petite marque d’indifférence germanique. Benoît XVI est tout sauf un communicant à la mode hollandaise. Et la Curie est tout sauf un clan de saints en extase permanente dépourvus d’armes sacrées dans la brise de mer du ciel. Ce monument verbal discret mûri depuis le Saint Siège fut de courte durée.

Quel ne fut pas mon plaisir quand dans un latin de premier jus du plus charismatique effet je fus d’un seul coup d’un seul immergée dans ma classe de latin, quand les Femen tirèrent la gamine hors de sa version latine, et mirent le feu à ma tresse d’adolescente rêvant de devenir la plus sexy pionnière de sa génération de saintes nitouches des années soixante.

Dans la foulée on apprend que Benoît XVI est sur le point de manager sa nouvelle vie à l’écart du Vatican, en murmurant à l’oreille de Dieu méditations, adorations et à ma grande surprise une mystérieuse concertation avec le Pape du Ciel, c’est-à-dire Dieu soi-même.

Magnifier cette étonnante variante papale.

Rare admonestation de la fonction, leçon du chef de clan des simulateurs de la foi.

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