KI-C-KI

Ki-c-ki ?

Ecrit par Gilberte Benayoun le 10 octobre 2017. dans La une, KI-C-KI

Ki-c-ki ?

Quelques rayons de soleil et des souvenirs charmants de nos premières lectures de jeunesse, qui sentent bon la poésie du temps de l’enfance et de l’adolescence, à travers ces extraits de l’œuvre célèbre d’un non moins célèbre auteur, et pourquoi pas, avec une petite pointe fraîche et joyeuse de jolie nostalgie… où l’on entend le soleil, où l’on entend le ciel bleu, où l’on entend les oiseaux, les arbres, les fruits, les feuilles, les fleurs, et où l’on entend même notre tendre jeunesse…

 

Extraits :

« Lili savait tout ; le temps qu’il ferait, les sources cachées, les ravins où l’on trouve des champignons, des salades sauvages, des pins-amandiers, des prunelles, des arbousiers ; il connaissait, au fond d’un hallier, quelques pieds de vigne qui avaient échappé au phylloxéra, et qui mûrissaient dans la solitude des grappes aigrelettes, mais délicieuses. Avec un roseau il faisait une flûte à trois trous. Il prenait une branche bien sèche de clématite, il en coupait un morceau entre les nœuds, et grâce aux mille canaux invisibles qui suivaient le fil du bois, on pouvait fumer comme un cigare ».

(…)

« En échange de tant de secrets, je lui racontais la ville : les magasins où l’on trouve de tout, les expositions de jouets à la Noël, les retraites aux flambeaux du 141e, et la féérie de Magic-City, où j’étais monté sur les montagnes russes : j’imitais le roulement des roues de fonte sur les rails, les cris stridents des passagères, et Lili criait avec moi…

D’autre part, j’avais constaté que dans son ignorance, il me considérait comme un savant : je m’efforçais de justifier cette opinion – si opposée à celle de mon père – par des prouesses de calcul mental, d’ailleurs soigneusement préparées : c’est à lui que je dois d’avoir appris la table de multiplication jusqu’à treize fois treize ».

(…)

« Dans les pays du centre et du nord de la France, dès les premiers jours de septembre, une petite brise un peu trop fraîche va soudain cueillir au passage une jolie feuille d’un jaune éclatant qui tourne et glisse et virevolte, aussi gracieuse qu’un oiseau… Elle précède de bien peu la démission de la forêt, qui devient rousse, puis maigre et noire, car toutes les feuilles se sont envolées à la suite des hirondelles, quand l’automne a sonné sa trompette d’or.

Mais dans mon pays de Provence, la pinède et l’oliveraie ne jaunissent que pour mourir, et les premières pluies de septembre, qui lavent à neuf le vert des ramures, ressuscitent le mois d’avril. Sur les plateaux de la garrigue, le thym, le romarin, le cade et le kermès gardent leurs feuilles éternelles autour de l’aspic toujours bleu, et c’est en silence au fond des vallons, que l’automne furtif se glisse : il profite d’une pluie nocturne pour jaunir la petite vigne, ou quatre pêchers que l’on croit malades, et pour mieux cacher sa venue il fait rougir les naïves arbouses qui l’ont toujours pris pour le printemps.

C’est ainsi que les jours de vacances, toujours semblables à eux-mêmes, ne faisaient pas avancer le temps, et l’été déjà mort n’avait pas une ride.

Je regardai autour de moi, sans rien comprendre.

“Qui t’a dit que c’est l’automne ?

– Dans quatre jours, c’est saint Michel, et les sayres vont arriver. Ce n’est pas encore le grand passage, c’est la semaine prochaine, au mois d’octobre…”

Le dernier mot me serra le cœur. Octobre ! La rentrée des classes ! »

… …

La réponse au ki-c-ki du mercredi 20 septembre : Un barrage contre le Pacifique, de Marguerite Duras

KI-C-KI

Ecrit par Gilberte Benayoun le 26 novembre 2016. dans La une, KI-C-KI, Littérature

KI-C-KI

Comment résister au charme unique et irrésistible de la poésie et du sentiment amoureux qui composent ces bouts de lettres extraits d’une œuvre ô combien savoureuse… ? Car savoureuse est la poésie et à fleur de peau la sensibilité de cet immense écrivain/poète (européen) du 20ème siècle…

 

Extraits :

« C’est effrayant de penser qu’il y ait tant de choses qui se font et se défont avec des mots ; ils sont tellement éloignés de nous, enfermés dans l’éternel à-peu-près de leur existence secondaire, indifférents à nos extrêmes besoins ; ils reculent au moment où nous les saisissons, ils ont leur vie à eux et nous la nôtre. Je l’éprouve plus douloureusement que jamais en vous écrivant, Chère ; infiniment Chère à qui je voudrais dire tout. Mais comment ? Comment vous exprimer ce que je ressens, que je souffre et dont je me console depuis que je suis ici dans ce pays lourd ; en face de cette plaine noire et verte, qui tristement s’en va dans des brumes. Comment vous dire toute cette autre vie qui n’est pas la mienne et où péniblement je me retrouve et timidement puisque ce n’est point mon travail qui me tient ici ? […] »

(…)

« Votre dernière lettre m’a beaucoup rassuré, puisqu’elle vous a montrée rétablie et forte dans ce merveilleux décor qu’est Venise printanière, entourée doucement de ceux qui sont heureux de vous aimer et à qui vous rendez plus beau et presque éblouissant cet amour en l’acceptant ingénument et avec la belle soif d’une enfant qui a parcouru toute la journée la prairie en trouvant toutes les fleurs ».

(…)

« Je ne crains point, Chère, de vous donner un livre douloureux ; il ne saura vous affliger. Car ne sont-ce pas les pages vraiment et courageusement tristes qui nous consolent le mieux ? »

(…)

« […] Si je vous écris tout cela, Chère, c’est parce que vous le savez depuis toujours. Et cette prière que je forme pour nous avant de commencer une humble journée, elle est encore plus forte en vous ; elle monte sans cesse de votre cœur d’amante, elle bâtit et consolide les cieux que nous ébauchons rapidement dans notre impatience –. Merci d’avoir pu vous écrire. […] ».

KI-C-KI

Ecrit par Gilberte Benayoun le 01 octobre 2016. dans La une, KI-C-KI, Littérature

KI-C-KI

Ce « ki-c-ki » est consacré à un admirable auteur d’Europe centrale, toujours vivant, dont l’œuvre abondante, belle et célèbre, est traduite dans plusieurs langues. Pour le plaisir de lire et « d’entendre » cette éblouissante littérature, voici quelques pépites extraites d’un de ses plus beaux romans, dont l’action se situe en France :

 

Extraits :

« Si Agnès n’est pas allemande, c’est parce que Hitler a perdu la guerre. Pour la première fois dans l’histoire, on n’a laissé au vaincu aucune, aucune gloire : pas même la douloureuse gloire du naufrage. Le vainqueur ne s’est pas contenté de vaincre, il a décidé de juger le vaincu, et il a jugé toute la nation ; c’est pourquoi parler allemand et être allemand n’était guère facile en ce temps-là.

Les grands-parents maternels d’Agnès avaient été propriétaires d’une ferme à la limite des zones francophone et germanophone de la Suisse ; si bien qu’ils parlaient couramment deux langues, tout en relevant administrativement de la Suisse romande. Les grands-parents paternels étaient des Allemands établis en Hongrie. Le père, ancien étudiant à Paris, avait une bonne connaissance du français ; pourtant, lorsqu’il s’était marié, c’est l’allemand qui était devenu tout naturellement la langue du couple. Mais après la guerre, la mère se souvint de la langue officielle de ses parents : Agnès fut envoyée dans un lycée français. Le père, en tant qu’Allemand, ne pouvait alors se permettre qu’un seul plaisir : réciter à sa fille aînée des vers de Goethe dans le texte.

Voici le poème allemand le plus célèbre de tous les temps, celui que tout petit allemand doit apprendre par cœur :

KI-C-KI

Ecrit par Gilberte Benayoun le 17 septembre 2016. dans La une, KI-C-KI, Histoire

KI-C-KI

Qui n’a pas eu dans sa bibliothèque d’adolescent(e) – Bibliothèque Verte ?… – ce beau et mémorable roman historique ? Ces morceaux choisis, ici, sont extraits d’un des plus beaux romans historiques, chef-d’œuvre d’un immense auteur européen du tout début du 20ème siècle, qui nous enchanta, dès nos premières grandes lectures, de son œuvre gigantesque ; il fut, et reste, un monument de la littérature, mondialement connu, incontournable pour les amoureux de la littérature, et si facile à deviner…

 

Extraits :

« Natacha, avec ses yeux noirs et sa bouche trop grande, semblait plutôt laide que jolie, mais, en revanche, elle était d’une vivacité sans pareille ; le mouvement de ses épaules, qui s’agitaient encore dans son corsage décolleté, attestait qu’elle venait de courir ; ses cheveux noirs, bouclés, et tout ébouriffés, retombaient en arrière ; ses bras nus étaient minces et grêles ; elle portait encore un pantalon garni de dentelle. En un mot, elle était dans cet âge plein d’espérances où la petite fille n’est plus une enfant, mais où l’enfant n’est pas encore une jeune fille. Echappant à son père, elle se jeta sur sa mère, sans prêter la moindre attention à sa réprimande, et, cachant sa figure en feu dans le fouillis de dentelle qui couvrait le mantelet de la comtesse, elle éclata de rire et se mis à conter à bâtons rompus une histoire sur sa poupée, qu’elle tira aussitôt de son jupon.

– Vous voyez bien, c’est ma poupée, c’est Mimi, vous voyez !… »

[…]

« Natacha se calma lorsqu’on lui eut annoncé une glace à l’ananas. Un instant après, on versa le champagne ; la musique se remit à jouer ; le comte et sa femme s’embrassèrent, les convives se levèrent pour féliciter la comtesse et trinquer avec leurs hôtes, leurs vis-à-vis, leurs voisins et les enfants. Enfin les laquais retirèrent vivement les chaises et tous les convives, dont le vin et le dîner avaient légèrement coloré le visage, se remirent en file comme en entrant, et passèrent dans le même ordre de la salle à manger dans la salle de bal ».

[…]

KI-C-KI

Ecrit par Gilberte Benayoun le 27 août 2016. dans La une, KI-C-KI

KI-C-KI

En cette fin août, caniculaire, de 2016, on reprend avec joie le chemin chantant des balades littéraires avec, cette fois encore, un des auteurs majeurs européens du XXe siècle, avec sa prose poétique particulière, originale à souhait, délectable à volonté.

Voici, dans ces morceaux choisis, un concentré de beauté, de fraîcheur, de rayonnement, extraits de l’œuvre majeure de son auteur, des gouttes de perles lumineuses littéraires, exquises :

 

Extraits :

« […]

Les mains en l’air, et frappant du pied chaque marche de pierre, il redescendit, chantant faux avec un accent cockney :

Ah qu’nous s’rons gais et contents,

Buvant whisky, vin et bière,

Au Couronnement,

Le jour du Couronnement !

Ah qu’nous s’rons gais et contents,

Le jour du Couronnement !

Un soleil chaleureux s’égayait sur la mer. Le bol à barbe de nickel étincelait, oublié, sur le parapet. L’emporter. Pourquoi ? Ou le laisser là, tout le jour, amitié au rancart ? »

(…)

« Non ça n’est pas comme ça cet Orient-là. Une terre stérile, un désert. Lac volcanique, la mer morte ; ni poissons, ni plantes marines, profonde en la terre. Nul vent ne soulèverait ses vagues de plomb, ses eaux chargées de vapeurs empoisonnées. La pluie de soufre on a appelé ça : les ville de la plaine, Sodome, Gomorrhe, Edom. […] »

« […]

Sous les doigts d’artiste une douzaine de notes ailées jasent leur gaieté dans les hauteurs du clavier. Gaieté des notes toutes cristallines, égrenées en arpèges, appelant la voix qui chanterait la mélodie du matin dans la rosée, de la jeunesse, des adieux de l’amour, du matin de la vie, du matin de l’amour.

Perles, ô gouttes de rosée… »

KI-C-KI

Ecrit par Gilberte Benayoun le 11 juin 2016. dans La une, KI-C-KI

KI-C-KI

Les passages cités ici sont extraits d’un recueil de nouvelles d’un de mes auteurs « chouchou », déjà évoqué dans les ki-c-ki de Reflets du temps, et dont l’œuvre immense, fascinante, plusieurs fois relue au cours de ma vie de lectrice, ne cesse de m’enchanter et me ravir.

 

Extraits :

« Le soleil brûlant de la Campanie était déjà haut quand les Juifs arrivèrent à Portus, où le Tibre déverse tristement ses eaux ternes et jaunâtres dans la mer. Quelques vaisseaux vandales seulement stationnaient encore dans la rade ; ils quittaient le rivage l’un après l’autre, leurs voiles triomphalement déployées et leurs larges flancs alourdis de butin. […] ».

(…)

« Les regards de l’enfant ne suivaient pas ceux de ses compagnons. Fasciné, il contemplait la mer qu’il n’avait jamais vue ; il admirait ce miroir sans fin d’un bleu lumineux qui s’incurvait jusqu’à la barre mince où les flots touchaient le ciel ; cet espace gigantesque lui paraissait encore plus immense que la coupole étoilée de la nuit. Il regardait avec ravissement les vagues jouer ensemble, se poursuivre, se heurter, sauter l’une par-dessus l’autre, puis s’enfuir en écumant avec un petit rire impertinent, pour se reformer sans cesse ; ce mouvement joyeux lui faisait découvrir une gaité qu’il n’avait jamais soupçonnée dans la ruelle étroite et sombre de son sordide ghetto. […] Un désir irrésistible le poussait à s’avancer tout près de l’eau et à étendre ses petits bras pour presser contre lui un peu de cet infini ; hors de lui à la vue de ces merveilles et de cette lumière, il éprouvait un bonheur qu’il n’avait jamais ressenti. Comme tout ici était serein, comme on se sentait libre et délivré d’inquiétude. Les mouettes montaient et descendaient comme de blancs projectiles, et le vent enflait mollement les voiles soyeuses des beaux navires. Soudain, tandis que le jeune garçon penchait la tête en arrière en fermant les yeux, pour humer plus profondément l’air frais et salin, la phrase qu’il avait entendue cette nuit lui revint à l’esprit : Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre. Et le nom de Dieu que ses parents, que les anciens avaient prononcé la veille lui sembla plein de signification et de réalité. […] ».

… … …

 

La réponse au ki-c-ki du Samedi 21 mai : « La valse aux adieux », Milan Kundera (Folio, 1988)

KI-C-KI

Ecrit par Gilberte Benayoun le 21 mai 2016. dans La une, KI-C-KI

KI-C-KI

Les passages, cités ici, choisis encore avec soin et plaisir, sont extraits d’une des œuvres les plus belles et les plus connues d’un auteur originaire d’Europe Centrale, un des écrivains majeurs du 20ème siècle, toujours vivant, romancier et dramaturge notoirement connu, apprécié, et honorablement récompensé de plusieurs Prix, en France et à l’étranger. Un de ses plus beaux romans a été remarquablement et admirablement adapté au cinéma…

 

Extraits :

« Cette femme très belle avait en effet peur des femmes et elle en voyait partout. Jamais, nulle part, elles ne lui échappaient. Elle savait les découvrir dans l’intonation de Klima, quand il lui disait bonsoir en rentrant à la maison. Elle savait les dépister à l’odeur de ses vêtements. Elle avait trouvé récemment une bande papier arrachée au bord d’un journal ; une date y était inscrite de la main de Klima. Bien entendu, il pouvait s’agir d’événements les plus divers, de la répétition d’un concert, d’un rendez-vous avec un impresario, mais elle n’avait fait, pendant tout un mois, que se demander quelle femme Klima allait retrouver ce jour-là et, pendant tout un mois, elle avait mal dormi.

Si le monde perfide des femmes l’effrayait à ce point, ne pourrait-elle trouver un réconfort dans le monde des hommes ?

Difficilement. La jalousie possède l’étonnant pouvoir d’éclairer l’être unique d’intenses rayons et de maintenir la multitude des autres hommes dans une totale obscurité. La pensée de Mme Klima ne pouvait suivre une autre direction que celle de ces rayons douloureux, et son mari était devenu le seul homme de l’univers.

A présent, elle venait d’entendre la clé dans la serrure et elle voyait le trompettiste avec un bouquet de roses.

Elle en éprouva d’abord du plaisir, mais les doutes se firent entendre aussitôt : pourquoi lui apporte-t-il des fleurs dès ce soir, alors que c’est seulement demain son anniversaire ? Qu’est-ce que cela peut encore signifier ?

Et elle l’accueillit en disant : « Tu ne seras pas ici demain ? »

(…)

« Il rentrait de l’auberge forestière et regrettait de ne plus avoir à côté de lui le chien jovial qui lui léchait le visage. Puis il pensa que c’était un miracle d’avoir réussi, pendant ses quarante-cinq années de vie, à garder libre cette place à côté de lui, de sorte qu’il pouvait maintenant quitter si facilement ce pays, sans bagage, sans fardeau, seul, avec l’apparence fallacieuse (et belle pourtant) de la jeunesse, comme un étudiant qui commence seulement à jeter les bases de son avenir.

KI-C-KI

Ecrit par Gilberte Benayoun le 23 avril 2016. dans La une, KI-C-KI

KI-C-KI

Encore un peu de poésie avec ces extraits choisis, d’une œuvre à la fois poétique, érotique, épistolaire… d’un auteur français du 20ème siècle qui fut tellement et en même temps le poète, l’écrivain, et l’artiste… que tout le monde connaît…

 

Extraits :

« Cette nuit encore, mon cher trésor, sachant que j’allais vous revoir aujourd’hui, je n’ai pu fermer l’œil. Je n’ai pas profité de la permission que vous m’aviez donnée l’autre jour parce que toute ma chair me paraissait insipide après avoir eu l’avant-goût de la vôtre et aussi pour les raisons que je vous dirai.

En pensant à vous, sinon sans espoir du moins avec un espoir si précaire et tout de circonstances, je me sens si malheureux… […] Dans le cas où vous auriez oublié la promesse que vous m’avez faite d’une mèche de vos cheveux, je vous la rappelle ici.

Je n’ai cessé de baiser ces précieuses démêlures que j’ai gardées avec moi même la nuit.

C’était là quelque chose de vous et quelque chose d’infiniment sacré et plus digne encore, si haut je la place, que la chevelure de Bérénice d’être mise au rang des constellations.

Je baise vos mains chéries, ma chérie, et suis pour toujours votre serviteur ».

(…)

« […] Chérie, aujourd’hui, grande sensualité – te désire beaucoup, beaucoup, très, très excité – Ai regardé longtemps la petite photo où t’es dans l’herbe, visage tourné à gauche de profil, un beau bras nu jusqu’au coude et un air de jouir, de jouir – Tu es ravissante dans ce petit tableau exquis et je voudrais bien t’avoir, nue, ton joli derrière bien en l’air, bien obéissante… Je t’adore mon petit chéri. – Il y a maintenant dans notre forêt beaucoup de douleurs et aussi des maux d’yeux. – Les hommes pensent beaucoup à leurs femmes et j’entends beaucoup parler de faire menotte…

KI-C-KI

Ecrit par Gilberte Benayoun le 05 décembre 2015. dans La une, KI-C-KI

KI-C-KI

En l’honneur d’une des plus belles œuvres de la littérature française du 20ème siècle, et de l’immense auteur de cette œuvre, appréciée et considérée comme un fameux grand roman d’amour, sans pareil, où se conjuguent furieusement amour, passion, exaltation, désespoir, et, ô bonheur, amour infini de l’auteur pour l’écriture, j’ai savoureusement choisi ces quelques extraits, pour que toujours rayonnent nos Reflets du temps comme rayonnent les inépuisables reflets de la belle littérature.

 

Extraits :

De retour dans la chambre, il s’étendit sur le lit, huma l’eau de Cologne cependant que du salon montaient les Scènes d’enfants de Schumann. Joue, ma belle, joue, tu ne sais pas ce qui t’attend, murmura-t-il, et il se leva brusquement. Vite, le déguisement.

Il endossa l’antique manteau déteint, si long qu’il descendait jusqu’aux chevilles et recouvrait les bottes. Il se coiffa ensuite de la misérable toque de fourrure, l’enfonça pour dissimuler les cheveux, noirs serpenteaux. Devant la psyché, il approuva le minable accoutrement. Mais le plus important restait à faire. Il enduisit les nobles joues d’une sorte de vernis, appliqua la barbe blanche, puis découpa deux bandes de sparadrap noir, les plaqua sur ses dents de devant, à l’exception d’une à gauche et d’une à droite, ce qui lui fit une bouche vide où luisaient deux canines.

(…)

« Ô elle dont je dis le nom sacré dans mes marches solitaires et mes rondes autour de la maison où elle dort, et je veille sur son sommeil, et elle ne le sait pas, et je dis son nom aux arbres confidents, et je leur dis, fou des longs cils recourbés, que j’aime et j’aime celle que j’aime, et qui m’aimera, car je l’aime comme nul autre ne saura, et pourquoi ne m’aimerait-elle pas, celle qui peut d’amour aimer un crapaud, et elle m’aimera, m’aimera, m’aimera, la non-pareille m’aimera, et chaque soir j’attendrai tellement l’heure de la revoir et je me ferai beau pour lui plaire, et je me raserai, me baignerai longtemps pour que le temps passe plus vite, et tout le temps penser à elle, et bientôt ce sera l’heure, ô merveille, ô chants dans l’auto qui vers elle me mènera, vers elle qui m’attendra, vers les longs cils étoilés, ô son regard tout à l’heure lorsque j’arriverai, elle sur le seuil m’attendant, élancée et de blanc vêtue, prête et belle pour moi, prête et craignant d’abîmer sa beauté si je tarde, et allant voir sa beauté dans la glace, voir si sa beauté est toujours là et parfaite, et puis revenant sur le seuil et m’attendant en amour, émouvante sur le seuil et sur les roses, ô tendre nuit, ô jeunesse revenue, ô merveille lorsque je serai devant elle, ô son regard, ô notre amour, et elle s’inclinera sur ma main, paysanne devenue, ô merveille de son baiser sur ma main, et elle relèvera la tête et nos regards s’aimeront et nous sourirons de tant nous aimer, toi et moi, et gloire à Dieu ».

KI-C-KI

Ecrit par Gilberte Benayoun le 17 octobre 2015. dans La une, KI-C-KI, Littérature

KI-C-KI

La seule chose qui intéressait l’auteur que j’ai choisi, qui est résolument un de mes chouchous en littérature, c’est « la femme ». Y a-t-il d’autres raisons plus nobles pour l’avoir choisi, lui ?…

En entrée, en plat et en dessert, voici pour nos Reflets d’automne quelques passages extraits d’une des œuvres, toute en beauté, de ce « chouchou » que je ne me lasse pas de lire, relire, pour sentir encore et m’enivrer encore du parfum de sa belle et grande œuvre.

Célèbre, célébré et inoubliable, il fut un de nos grands romanciers français (20ème siècle), immensément connu, apprécié, et grandement admiré pour son œuvre.

 

Extraits :

Lorsqu’elle souriait, c’était une tout autre vie qui apparaissait : elle avait dû être longtemps heureuse.

(…)

[…] Il y avait certes des limites physiques, il fallait séparer nos souffles, s’écarter, s’espacer, se lever, se dédoubler, et c’est toujours autant de perdu. Quand on a deux corps, il vient des moments où l’on est à moitié.

– Est-ce que je suis envahissante ?

– Terriblement, lorsque tu n’es pas là.

Je me levai et quittai le miroir.

(…)

– J’étais jolie quand j’étais jeune. Il m’a beaucoup aimée. […]

(…)

Je ne m’attendais pas à un tel changement de décor : il ne restait plus trace des koulebiaks russes. Une bibliothèque très sobre, où tout paraissait voilé par de bleus abat-jour. On sentait Proust et toute la Pléiade derrière les vitrines. Il y avait des fauteuils anglais, au vide toujours un peu rêveur, où l’on a beaucoup lu, fumé la pipe et écouté des paroles de sagesse. Dans l’espace que les livres cédaient aux murs, deux masques blancs sereins que tenaient des mains très douces. Un bouquet de fleurs sur une table de grand âge et un globe terrestre qui montrait ses océans, comme un vieux cabotin qui présente au public le meilleur côté de son profil.

(…)

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