KI-C-KI

Ki-c-ki

Ecrit par Gilberte Benayoun le 03 mars 2018. dans La une, KI-C-KI

Ki-c-ki

Un court florilège d’un célèbre roman, pour mettre encore et toujours la lumière sur une œuvre sans pareille, d’un auteur qui fut à juste titre maintes fois récompensé en tant que romancier, et à bien d’autres titres. Son passage à la postérité, bien mérité pour toute son œuvre, nous rappelle toujours et encore la beauté de son style et la grandeur de la littérature française. Auteur prolifique de la seconde partie du 20ème siècle, une grande partie de son œuvre fut magnifiquement adaptée au cinéma.

 

Extraits :

« La tendresse maternelle dont j’étais entouré eut à cette époque une conséquence inattendue et extrêmement heureuse.

Lorsque les affaires allaient bien et que la vente de quelque « bijou de famille » permettait à ma mère d’envisager un mois de relative sécurité matérielle, son premier soin était d’aller chez le coiffeur ; elle allait ensuite écouter l’orchestre tzigane à la terrasse de l’Hôtel Royal et engageait une femme de ménage, chargée d’exécuter dans l’appartement divers travaux de propreté – ma mère a toujours eu horreur de laver le plancher et lorsqu’une fois, en son absence, j’essayai de nettoyer le parquet moi-même, et qu’elle me surprit à quatre pattes, un torchon à la main, ses lèvres se mirent à grimacer, les larmes coulèrent sur ses joues, et je dus passer une heure à la consoler et à lui expliquer que, dans un pays démocratique, ces petits travaux ménagers étaient considérés comme parfaitement honorables et qu’on pouvait s’y livrer sans déchoir ».

(…)

« J’avais déjà près de neuf ans lorsque je tombai amoureux pour la première fois. Je fus tout entier aspiré par une passion violente, totale, qui m’empoisonna complètement l’existence et faillit même me coûter la vie.

Elle avait huit ans et elle s’appelait Valentine. Je pourrais la décrire longuement et à perte de souffle, et si j’avais une voix, je ne cesserais de chanter sa beauté et sa douceur. C’était une brune aux yeux clairs, admirablement faite, vêtue d’une robe blanche et elle tenait une balle à la main. Je l’ai vue apparaître devant moi dans le dépôt de bois, à l’endroit où commençaient les orties, qui couvraient le sol jusqu’au mur du verger voisin. Je ne puis décrire l’émoi qui s’empara de moi : tout ce que je sais, c’est que mes jambes devinrent molles et que mon cœur se mit à sauter avec une telle violence que ma vue se troubla. Absolument résolu à la séduire immédiatement et pour toujours, de façon qu’il n’y eût plus jamais de place pour un autre homme dans sa vie, je fis comme ma mère me l’avait dit et, m’appuyant négligemment contres les bûches, je levais les yeux vers la lumière pour la subjuguer ».

Ki-c-ki

Ecrit par Gilberte Benayoun le 10 février 2018. dans La une, KI-C-KI

Ki-c-ki

D’un de nos contemporains, français – un Marcel Proust de notre temps ? –, auteur d’une œuvre foisonnante, quelques fragments choisis d’un de ses fameux romans retraçant des bouts de vie savoureux, convoquant souvenirs et images d’un passé superbement évoqué :

 

Extraits :

« J’ai eu la chance que ce jeune homme soit mon voisin de table au Condé et que nous engagions d’une manière aussi naturelle la conversation. C’était la première fois que je venais dans cet établissement et j’avais l’âge d’être son père. Le cahier où il a répertorié jour après jour, nuit après nuit, depuis trois ans, les clients du Condé m’a facilité le travail. Je regrette de lui avoir caché pour quelle raison exacte je voulais consulter ce document qu’il a eu l’obligeance de me prêter. Mais lui ai-je menti quand je lui ai dit que j’étais éditeur d’art ?

Je me suis bien rendu compte qu’il me croyait. C’est l’avantage d’avoir vingt ans de plus que les autres : ils ignorent votre passé. Et même s’ils vous posent quelques questions distraites sur ce qu’a été votre vie jusque-là, vous pouvez tout inventer. Une vie neuve. Ils n’iront pas vérifier. A mesure que vous la racontez, cette vie imaginaire, de grandes bouffées d’air frais traversent un lieu clos où vous étouffiez depuis longtemps. Une fenêtre s’ouvre brusquement, les persiennes claquent au vent du large. Vous avez, de nouveau, l’avenir devant vous ».

[…]

« Cette première fois, je suis resté longtemps à attendre au Condé. Elle n’est pas venue. Il fallait être patient. Ce serait pour un autre jour. J’ai observé les clients. La plupart n’avaient pas plus de vingt-cinq ans et un romancier du XIXe siècle aurait évoqué, à leur sujet, la « bohème étudiante ». Mais très peu d’entre eux, à mon avis, étaient inscrits à la Sorbonne ou à l’Ecole des Mines. Je dois avouer qu’à les observer de près je me faisais du souci pour leur avenir ».

[…]

Ki-c-ki

Ecrit par Gilberte Benayoun le 03 février 2018. dans La une, KI-C-KI

Ki-c-ki

Facile, ou pas, à deviner, ces extraits d’un célèbre roman historique ? Son auteur, français, 19ème siècle – l’un de mes favoris – nous a donné une œuvre immense, qui a tant enchanté la littérature française, et tant rempli mes premières lectures de jeunesse.

 

Extraits :

« Ils défilèrent par la rue de Khamon et la porte de Cirta, pêle-mêle, les archers avec les hoplites, les capitaines avec les soldats, les Lusitaniens avec les Grecs. Ils marchaient d’un pas hardi, faisant sonner sur les dalles leurs lourds cothurnes. Leurs armures étaient bosselées par les catapultes et leurs visages noircis par le hâle des batailles. Des cris rauques sortaient des barbes épaisses ; leurs cottes de mailles déchirées battaient sur les pommeaux des glaives, et l’on apercevait, aux trous de l’airain, leurs membres nus, effrayant comme des machines de guerre. Les sarisses, les haches, les épieux, les bonnets de feutre et les casques de bronze, tout oscillait à la fois d’un seul mouvement. Ils emplissaient la rue à faire craquer les murs, et cette longue masse de soldats en armes s’épanchait entre les hautes maisons à six étages, barbouillées de bitume. Derrière leurs grilles de fer ou de roseaux, les femmes, la tête couverte d’un voile, regardaient en silence les Barbares passer ».

[…]

« Un soir, à l’heure du souper, on entendit des sons lourds et fêlés qui se rapprochaient, et au loin, quelque chose de rouge apparut dans les ondulations du terrain.

C’était une grande litière de pourpre, ornée aux angles par les bouquets de plumes d’autruche. Des chaînes de cristal, avec des guirlandes de perles, battaient sur sa tenture fermée. Des chameaux la suivaient en faisant sonner la grosse cloche suspendue à leur poitrail, et l’on apercevait autour d’eux des cavaliers ayant une armure en écailles d’or depuis les talons jusqu’aux épaules ».

[…]

« Habillés de vastes robes noires, avec une houppe de cheveux au sommet du crâne et un bouclier en cuir de rhinocéros, ils manœuvraient un fer sans manche retenu par une corde ; et leurs chameaux, tout hérissés de plumes, poussaient de longs gloussements rauques. Leurs lames tombaient à des places précises, puis remontaient d’un coup sec, avec un membre après elles. Les bêtes furieuses galopaient à travers les syntagmes. Quelques-uns, dont les jambes étaient rompues, allaient en sautillant, comme des autruches blessées ».

… … …

Ki-c-ki ?

Ecrit par Gilberte Benayoun le 10 octobre 2017. dans La une, KI-C-KI

Ki-c-ki ?

Quelques rayons de soleil et des souvenirs charmants de nos premières lectures de jeunesse, qui sentent bon la poésie du temps de l’enfance et de l’adolescence, à travers ces extraits de l’œuvre célèbre d’un non moins célèbre auteur, et pourquoi pas, avec une petite pointe fraîche et joyeuse de jolie nostalgie… où l’on entend le soleil, où l’on entend le ciel bleu, où l’on entend les oiseaux, les arbres, les fruits, les feuilles, les fleurs, et où l’on entend même notre tendre jeunesse…

 

Extraits :

« Lili savait tout ; le temps qu’il ferait, les sources cachées, les ravins où l’on trouve des champignons, des salades sauvages, des pins-amandiers, des prunelles, des arbousiers ; il connaissait, au fond d’un hallier, quelques pieds de vigne qui avaient échappé au phylloxéra, et qui mûrissaient dans la solitude des grappes aigrelettes, mais délicieuses. Avec un roseau il faisait une flûte à trois trous. Il prenait une branche bien sèche de clématite, il en coupait un morceau entre les nœuds, et grâce aux mille canaux invisibles qui suivaient le fil du bois, on pouvait fumer comme un cigare ».

(…)

« En échange de tant de secrets, je lui racontais la ville : les magasins où l’on trouve de tout, les expositions de jouets à la Noël, les retraites aux flambeaux du 141e, et la féérie de Magic-City, où j’étais monté sur les montagnes russes : j’imitais le roulement des roues de fonte sur les rails, les cris stridents des passagères, et Lili criait avec moi…

D’autre part, j’avais constaté que dans son ignorance, il me considérait comme un savant : je m’efforçais de justifier cette opinion – si opposée à celle de mon père – par des prouesses de calcul mental, d’ailleurs soigneusement préparées : c’est à lui que je dois d’avoir appris la table de multiplication jusqu’à treize fois treize ».

(…)

« Dans les pays du centre et du nord de la France, dès les premiers jours de septembre, une petite brise un peu trop fraîche va soudain cueillir au passage une jolie feuille d’un jaune éclatant qui tourne et glisse et virevolte, aussi gracieuse qu’un oiseau… Elle précède de bien peu la démission de la forêt, qui devient rousse, puis maigre et noire, car toutes les feuilles se sont envolées à la suite des hirondelles, quand l’automne a sonné sa trompette d’or.

Mais dans mon pays de Provence, la pinède et l’oliveraie ne jaunissent que pour mourir, et les premières pluies de septembre, qui lavent à neuf le vert des ramures, ressuscitent le mois d’avril. Sur les plateaux de la garrigue, le thym, le romarin, le cade et le kermès gardent leurs feuilles éternelles autour de l’aspic toujours bleu, et c’est en silence au fond des vallons, que l’automne furtif se glisse : il profite d’une pluie nocturne pour jaunir la petite vigne, ou quatre pêchers que l’on croit malades, et pour mieux cacher sa venue il fait rougir les naïves arbouses qui l’ont toujours pris pour le printemps.

C’est ainsi que les jours de vacances, toujours semblables à eux-mêmes, ne faisaient pas avancer le temps, et l’été déjà mort n’avait pas une ride.

Je regardai autour de moi, sans rien comprendre.

“Qui t’a dit que c’est l’automne ?

– Dans quatre jours, c’est saint Michel, et les sayres vont arriver. Ce n’est pas encore le grand passage, c’est la semaine prochaine, au mois d’octobre…”

Le dernier mot me serra le cœur. Octobre ! La rentrée des classes ! »

… …

La réponse au ki-c-ki du mercredi 20 septembre : Un barrage contre le Pacifique, de Marguerite Duras

KI-C-KI

Ecrit par Gilberte Benayoun le 26 novembre 2016. dans La une, KI-C-KI, Littérature

KI-C-KI

Comment résister au charme unique et irrésistible de la poésie et du sentiment amoureux qui composent ces bouts de lettres extraits d’une œuvre ô combien savoureuse… ? Car savoureuse est la poésie et à fleur de peau la sensibilité de cet immense écrivain/poète (européen) du 20ème siècle…

 

Extraits :

« C’est effrayant de penser qu’il y ait tant de choses qui se font et se défont avec des mots ; ils sont tellement éloignés de nous, enfermés dans l’éternel à-peu-près de leur existence secondaire, indifférents à nos extrêmes besoins ; ils reculent au moment où nous les saisissons, ils ont leur vie à eux et nous la nôtre. Je l’éprouve plus douloureusement que jamais en vous écrivant, Chère ; infiniment Chère à qui je voudrais dire tout. Mais comment ? Comment vous exprimer ce que je ressens, que je souffre et dont je me console depuis que je suis ici dans ce pays lourd ; en face de cette plaine noire et verte, qui tristement s’en va dans des brumes. Comment vous dire toute cette autre vie qui n’est pas la mienne et où péniblement je me retrouve et timidement puisque ce n’est point mon travail qui me tient ici ? […] »

(…)

« Votre dernière lettre m’a beaucoup rassuré, puisqu’elle vous a montrée rétablie et forte dans ce merveilleux décor qu’est Venise printanière, entourée doucement de ceux qui sont heureux de vous aimer et à qui vous rendez plus beau et presque éblouissant cet amour en l’acceptant ingénument et avec la belle soif d’une enfant qui a parcouru toute la journée la prairie en trouvant toutes les fleurs ».

(…)

« Je ne crains point, Chère, de vous donner un livre douloureux ; il ne saura vous affliger. Car ne sont-ce pas les pages vraiment et courageusement tristes qui nous consolent le mieux ? »

(…)

« […] Si je vous écris tout cela, Chère, c’est parce que vous le savez depuis toujours. Et cette prière que je forme pour nous avant de commencer une humble journée, elle est encore plus forte en vous ; elle monte sans cesse de votre cœur d’amante, elle bâtit et consolide les cieux que nous ébauchons rapidement dans notre impatience –. Merci d’avoir pu vous écrire. […] ».

KI-C-KI

Ecrit par Gilberte Benayoun le 01 octobre 2016. dans La une, KI-C-KI, Littérature

KI-C-KI

Ce « ki-c-ki » est consacré à un admirable auteur d’Europe centrale, toujours vivant, dont l’œuvre abondante, belle et célèbre, est traduite dans plusieurs langues. Pour le plaisir de lire et « d’entendre » cette éblouissante littérature, voici quelques pépites extraites d’un de ses plus beaux romans, dont l’action se situe en France :

 

Extraits :

« Si Agnès n’est pas allemande, c’est parce que Hitler a perdu la guerre. Pour la première fois dans l’histoire, on n’a laissé au vaincu aucune, aucune gloire : pas même la douloureuse gloire du naufrage. Le vainqueur ne s’est pas contenté de vaincre, il a décidé de juger le vaincu, et il a jugé toute la nation ; c’est pourquoi parler allemand et être allemand n’était guère facile en ce temps-là.

Les grands-parents maternels d’Agnès avaient été propriétaires d’une ferme à la limite des zones francophone et germanophone de la Suisse ; si bien qu’ils parlaient couramment deux langues, tout en relevant administrativement de la Suisse romande. Les grands-parents paternels étaient des Allemands établis en Hongrie. Le père, ancien étudiant à Paris, avait une bonne connaissance du français ; pourtant, lorsqu’il s’était marié, c’est l’allemand qui était devenu tout naturellement la langue du couple. Mais après la guerre, la mère se souvint de la langue officielle de ses parents : Agnès fut envoyée dans un lycée français. Le père, en tant qu’Allemand, ne pouvait alors se permettre qu’un seul plaisir : réciter à sa fille aînée des vers de Goethe dans le texte.

Voici le poème allemand le plus célèbre de tous les temps, celui que tout petit allemand doit apprendre par cœur :

KI-C-KI

Ecrit par Gilberte Benayoun le 17 septembre 2016. dans La une, KI-C-KI, Histoire

KI-C-KI

Qui n’a pas eu dans sa bibliothèque d’adolescent(e) – Bibliothèque Verte ?… – ce beau et mémorable roman historique ? Ces morceaux choisis, ici, sont extraits d’un des plus beaux romans historiques, chef-d’œuvre d’un immense auteur européen du tout début du 20ème siècle, qui nous enchanta, dès nos premières grandes lectures, de son œuvre gigantesque ; il fut, et reste, un monument de la littérature, mondialement connu, incontournable pour les amoureux de la littérature, et si facile à deviner…

 

Extraits :

« Natacha, avec ses yeux noirs et sa bouche trop grande, semblait plutôt laide que jolie, mais, en revanche, elle était d’une vivacité sans pareille ; le mouvement de ses épaules, qui s’agitaient encore dans son corsage décolleté, attestait qu’elle venait de courir ; ses cheveux noirs, bouclés, et tout ébouriffés, retombaient en arrière ; ses bras nus étaient minces et grêles ; elle portait encore un pantalon garni de dentelle. En un mot, elle était dans cet âge plein d’espérances où la petite fille n’est plus une enfant, mais où l’enfant n’est pas encore une jeune fille. Echappant à son père, elle se jeta sur sa mère, sans prêter la moindre attention à sa réprimande, et, cachant sa figure en feu dans le fouillis de dentelle qui couvrait le mantelet de la comtesse, elle éclata de rire et se mis à conter à bâtons rompus une histoire sur sa poupée, qu’elle tira aussitôt de son jupon.

– Vous voyez bien, c’est ma poupée, c’est Mimi, vous voyez !… »

[…]

« Natacha se calma lorsqu’on lui eut annoncé une glace à l’ananas. Un instant après, on versa le champagne ; la musique se remit à jouer ; le comte et sa femme s’embrassèrent, les convives se levèrent pour féliciter la comtesse et trinquer avec leurs hôtes, leurs vis-à-vis, leurs voisins et les enfants. Enfin les laquais retirèrent vivement les chaises et tous les convives, dont le vin et le dîner avaient légèrement coloré le visage, se remirent en file comme en entrant, et passèrent dans le même ordre de la salle à manger dans la salle de bal ».

[…]

KI-C-KI

Ecrit par Gilberte Benayoun le 27 août 2016. dans La une, KI-C-KI

KI-C-KI

En cette fin août, caniculaire, de 2016, on reprend avec joie le chemin chantant des balades littéraires avec, cette fois encore, un des auteurs majeurs européens du XXe siècle, avec sa prose poétique particulière, originale à souhait, délectable à volonté.

Voici, dans ces morceaux choisis, un concentré de beauté, de fraîcheur, de rayonnement, extraits de l’œuvre majeure de son auteur, des gouttes de perles lumineuses littéraires, exquises :

 

Extraits :

« […]

Les mains en l’air, et frappant du pied chaque marche de pierre, il redescendit, chantant faux avec un accent cockney :

Ah qu’nous s’rons gais et contents,

Buvant whisky, vin et bière,

Au Couronnement,

Le jour du Couronnement !

Ah qu’nous s’rons gais et contents,

Le jour du Couronnement !

Un soleil chaleureux s’égayait sur la mer. Le bol à barbe de nickel étincelait, oublié, sur le parapet. L’emporter. Pourquoi ? Ou le laisser là, tout le jour, amitié au rancart ? »

(…)

« Non ça n’est pas comme ça cet Orient-là. Une terre stérile, un désert. Lac volcanique, la mer morte ; ni poissons, ni plantes marines, profonde en la terre. Nul vent ne soulèverait ses vagues de plomb, ses eaux chargées de vapeurs empoisonnées. La pluie de soufre on a appelé ça : les ville de la plaine, Sodome, Gomorrhe, Edom. […] »

« […]

Sous les doigts d’artiste une douzaine de notes ailées jasent leur gaieté dans les hauteurs du clavier. Gaieté des notes toutes cristallines, égrenées en arpèges, appelant la voix qui chanterait la mélodie du matin dans la rosée, de la jeunesse, des adieux de l’amour, du matin de la vie, du matin de l’amour.

Perles, ô gouttes de rosée… »

KI-C-KI

Ecrit par Gilberte Benayoun le 11 juin 2016. dans La une, KI-C-KI

KI-C-KI

Les passages cités ici sont extraits d’un recueil de nouvelles d’un de mes auteurs « chouchou », déjà évoqué dans les ki-c-ki de Reflets du temps, et dont l’œuvre immense, fascinante, plusieurs fois relue au cours de ma vie de lectrice, ne cesse de m’enchanter et me ravir.

 

Extraits :

« Le soleil brûlant de la Campanie était déjà haut quand les Juifs arrivèrent à Portus, où le Tibre déverse tristement ses eaux ternes et jaunâtres dans la mer. Quelques vaisseaux vandales seulement stationnaient encore dans la rade ; ils quittaient le rivage l’un après l’autre, leurs voiles triomphalement déployées et leurs larges flancs alourdis de butin. […] ».

(…)

« Les regards de l’enfant ne suivaient pas ceux de ses compagnons. Fasciné, il contemplait la mer qu’il n’avait jamais vue ; il admirait ce miroir sans fin d’un bleu lumineux qui s’incurvait jusqu’à la barre mince où les flots touchaient le ciel ; cet espace gigantesque lui paraissait encore plus immense que la coupole étoilée de la nuit. Il regardait avec ravissement les vagues jouer ensemble, se poursuivre, se heurter, sauter l’une par-dessus l’autre, puis s’enfuir en écumant avec un petit rire impertinent, pour se reformer sans cesse ; ce mouvement joyeux lui faisait découvrir une gaité qu’il n’avait jamais soupçonnée dans la ruelle étroite et sombre de son sordide ghetto. […] Un désir irrésistible le poussait à s’avancer tout près de l’eau et à étendre ses petits bras pour presser contre lui un peu de cet infini ; hors de lui à la vue de ces merveilles et de cette lumière, il éprouvait un bonheur qu’il n’avait jamais ressenti. Comme tout ici était serein, comme on se sentait libre et délivré d’inquiétude. Les mouettes montaient et descendaient comme de blancs projectiles, et le vent enflait mollement les voiles soyeuses des beaux navires. Soudain, tandis que le jeune garçon penchait la tête en arrière en fermant les yeux, pour humer plus profondément l’air frais et salin, la phrase qu’il avait entendue cette nuit lui revint à l’esprit : Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre. Et le nom de Dieu que ses parents, que les anciens avaient prononcé la veille lui sembla plein de signification et de réalité. […] ».

… … …

 

La réponse au ki-c-ki du Samedi 21 mai : « La valse aux adieux », Milan Kundera (Folio, 1988)

KI-C-KI

Ecrit par Gilberte Benayoun le 21 mai 2016. dans La une, KI-C-KI

KI-C-KI

Les passages, cités ici, choisis encore avec soin et plaisir, sont extraits d’une des œuvres les plus belles et les plus connues d’un auteur originaire d’Europe Centrale, un des écrivains majeurs du 20ème siècle, toujours vivant, romancier et dramaturge notoirement connu, apprécié, et honorablement récompensé de plusieurs Prix, en France et à l’étranger. Un de ses plus beaux romans a été remarquablement et admirablement adapté au cinéma…

 

Extraits :

« Cette femme très belle avait en effet peur des femmes et elle en voyait partout. Jamais, nulle part, elles ne lui échappaient. Elle savait les découvrir dans l’intonation de Klima, quand il lui disait bonsoir en rentrant à la maison. Elle savait les dépister à l’odeur de ses vêtements. Elle avait trouvé récemment une bande papier arrachée au bord d’un journal ; une date y était inscrite de la main de Klima. Bien entendu, il pouvait s’agir d’événements les plus divers, de la répétition d’un concert, d’un rendez-vous avec un impresario, mais elle n’avait fait, pendant tout un mois, que se demander quelle femme Klima allait retrouver ce jour-là et, pendant tout un mois, elle avait mal dormi.

Si le monde perfide des femmes l’effrayait à ce point, ne pourrait-elle trouver un réconfort dans le monde des hommes ?

Difficilement. La jalousie possède l’étonnant pouvoir d’éclairer l’être unique d’intenses rayons et de maintenir la multitude des autres hommes dans une totale obscurité. La pensée de Mme Klima ne pouvait suivre une autre direction que celle de ces rayons douloureux, et son mari était devenu le seul homme de l’univers.

A présent, elle venait d’entendre la clé dans la serrure et elle voyait le trompettiste avec un bouquet de roses.

Elle en éprouva d’abord du plaisir, mais les doutes se firent entendre aussitôt : pourquoi lui apporte-t-il des fleurs dès ce soir, alors que c’est seulement demain son anniversaire ? Qu’est-ce que cela peut encore signifier ?

Et elle l’accueillit en disant : « Tu ne seras pas ici demain ? »

(…)

« Il rentrait de l’auberge forestière et regrettait de ne plus avoir à côté de lui le chien jovial qui lui léchait le visage. Puis il pensa que c’était un miracle d’avoir réussi, pendant ses quarante-cinq années de vie, à garder libre cette place à côté de lui, de sorte qu’il pouvait maintenant quitter si facilement ce pays, sans bagage, sans fardeau, seul, avec l’apparence fallacieuse (et belle pourtant) de la jeunesse, comme un étudiant qui commence seulement à jeter les bases de son avenir.

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