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Ecrit par Gilberte Benayoun le 22 mars 2014. dans La une, KI-C-KI

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Quelle grande dame ! Une de mes plus grandes dames de la littérature française, mon « auteure » préférée du siècle dernier, si belle, si folle, si moderne, dont l’œuvre si riche, si abondante et si diverse a grandement et bellement marqué ma vie de lectrice affamée. Je me souviens de ce choc, gravé dans ma mémoire de lectrice, ressenti à la lecture d’un de ses plus beaux romans… singulièrement inoubliable… et qu’avec plaisir, en ce premier jour de printemps, je partage ici, dans nos reflets du printemps :

 

Extraits :

 

Vers cette même heure, tout en dansant, ils se parlèrent, quelques mots. Pendant les pauses, ils continuèrent à se taire complètement, debout l’un près de l’autre, à distance de tous, toujours la même. Exception faite de leurs mains jointes pendant la danse, ils ne s’étaient pas plus rapprochés que la première fois lorsqu’ils s’étaient regardés.

Ils s’étaient silencieusement contemplés, longuement, ne sachant que faire, comment sortir de la nuit.

Pensait-elle à quelque chose, à elle ? lui demandait-on. Elle ne comprenait pas la question. On aurait dit qu’elle allait de soi et que la lassitude infinie de ne pouvoir se déprendre de cela n’avait pas à être pensée, qu’elle était devenue un désert dans lequel une faculté nomade l’avait lancée dans la poursuite  interminable de quoi ? On ne savait pas. Elle ne répondait pas.

Je suis retourné à la fenêtre, elle était toujours là, là dans ce champ, seule dans ce champ d’une manière dont elle ne pouvait témoigner devant personne. J’ai su cela d’elle en même temps que j’ai su mon amour, sa suffisance inviolable, géante aux mains d’enfant.

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Ecrit par Gilberte Benayoun le 15 mars 2014. dans La une, KI-C-KI

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Cette semaine, un petit tour encore du côté d’un auteur au panthéon de la littérature française, auteur d’une abondante et étonnante œuvre littéraire aux multiples facettes, un des écrivains les plus importants du 20ème siècle. Littérature de transgression… érotique… dérangeante… ? Mais ô combien poétique !

 

Extraits :

 

Je la voyais en général dans un bar-restaurant derrière la Bourse. Je la faisais manger avec moi. Nous arrivions difficilement à finir un repas. Le temps passait en discussions.

Elle était, à ce moment, le seul être qui me fit échapper à l’abattement ; elle avait à peine passé la porte du bar – sa silhouette décarcassée et noire à l’entrée, dans cet endroit voué à la chance et à la fortune, était une stupide apparition du malheur – je me levais, je la conduisais à ma table.

Je descendis de la voiture et ainsi je vis le ciel étoilé par-dessus ma tête. Après vingt années, l’enfant qui se frappait à coups de porte-plume attendait, debout sous le ciel, dans une rue étrangère, où jamais il n’était venu, il ne savait quoi d’impossible. Il y avait des étoiles, un nombre infini d’étoiles. C’était absurde, absurde à crier, mais d’une absurdité hostile. J’avais hâte que le jour, le soleil se levât. Je pensais qu’au moment où les étoiles disparaîtraient je serais certainement dans la rue. En principe, j’avais moins peur du ciel étoilé que de l’aube. Il me fallait attendre, attendre deux heures… je me rappelai avoir vu passer, vers deux heures de l’après-midi, sous un beau soleil, à Paris – j’étais sur le pont du Carrousel – une camionnette de boucherie : les cous sans tête des moutons écorchés dépassaient des toiles et les blouses rayées bleu et blanc des bouchers éclataient de propreté : la camionnette allait lentement, en plein soleil. Quand j’étais enfant, j’aimais le soleil : je fermais les yeux et, à travers les paupières, il était rouge. Le soleil était terrible, il faisait songer à une explosion : était-il rien de plus solaire que le sang rouge coulant sur le pavé, comme si la lumière éclatait et tuait ?

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Ecrit par Gilberte Benayoun le 08 mars 2014. dans La une, KI-C-KI

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En l’honneur de cet auteur inoubliable, connu et reconnu dès les années 60, amoureux des mots, « amoureux et expert des mots », auteur d’une grande œuvre littéraire, belle et originale, allons voir du côté d’une de ses œuvres s’il fait toujours aussi beau, et promenons-nous allègrement à travers les mots d’un de ses plus grands succès littéraires de l’époque… par lequel il connut LA consécration littéraire et l’honneur mérité.

 

Extraits :

 

Oui, cela pourrait commencer ainsi, ici, comme ça, d’une manière un peu lourde et lente, dans cet endroit neutre qui est à tous et à personne, où les gens se croisent presque sans se voir, où la vie de l’immeuble se répercute, lointaine et régulière. De ce qui se passe derrière les lourdes portes des appartements, on ne perçoit le plus souvent que ces échos éclatés, ces bribes, ces débris, ces esquisses, ces amorces, ces incidents ou accidents qui se déroulent dans ce que l’on appelle les « parties communes », ces petits bruits feutrés que le tapis de laine rouge passé étouffe, ces embryons de vie communautaire qui s’arrêtent toujours aux paliers. Les habitants d’un même immeuble vivent à quelques centimètres les uns des autres, une simple cloison les sépare, ils se partagent les mêmes espaces répétés le long des étages, ils font les mêmes gestes en même temps, ouvrir le robinet, tirer la chasse d’eau, allumer la lumière, mettre la table, quelques dizaines d’existences simultanées qui se répètent d’étage en étage, et d’immeuble en immeuble, et de rue en rue. Ils se barricadent dans leurs parties privatives – puisque c’est comme ça que ça s’appelle – et ils aimeraient bien que rien n’en sorte, mais si peu qu’ils en laissent sortir, le chien en laisse, l’enfant qui va au pain, le reconduit ou l’éconduit, c’est par l’escalier que ça sort. Car tout ce qui se passe passe par l’escalier, tout ce qui arrive arrive par l’escalier, les lettres, les faire-part, les meubles que les déménageurs apportent ou emportent, le médecin appelé en urgence, le voyageur qui revient d’un long voyage. C’est à cause de cela que l’escalier reste un lieu anonyme, froid, presque hostile.

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Ecrit par Gilberte Benayoun le 22 février 2014. dans La une, KI-C-KI, Littérature

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Lire, écouter, déguster, et se laisser emporter par-delà les flots et la magie des mots de ces morceaux choisis de pure poésie… extraits de l’œuvre immense de notre grand poète-écrivain français aux cheveux d’or et à la gueule d’ange…

 

Extraits :

 

Comme je descendais des Fleuves impassibles,

Je ne me sentis plus guidé par les haleurs :

Des Peaux-rouges criards les avaient pris pour cibles

Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs.

 

J’étais insoucieux de tous les équipages,

Porteur de blés flamands ou de coton anglais.

Quand avec les haleurs ont fini ces tapages

Les Fleuves m’ont laissé descendre où je voulais.

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Ecrit par Gilberte Benayoun le 15 février 2014. dans La une, KI-C-KI, Littérature

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D’un immense écrivain, l’un de nos plus grands auteurs européens du vingtième siècle, du monde entier et de tout l’univers littéraire… quelques notes de musique d’un tellement beau et si lumineux monologue vivant qui soit, extrait de son grand chef-d’œuvre…

 

Extraits :

… et je leur dirai de nous envoyer quelques fleurs pour mettre un peu partout ici si par hasard il l’amène demain je veux dire aujourd’hui non non le Vendredi est un mauvais jour il faut d’abord que j’arrange un peu la maison la poussière a l’air de pousser ici pendant que je dors et puis nous pourrons faire de la musique et fumer des cigarettes je peux l’accompagner d’abord il faut que je nettoie les touches du piano avec du lait qu’est-ce que je mettrai porterai-je une rose blanche ou ces madeleines chez Lipton j’aime ce que ça sent dans une grande belle boutique à 15 sous la livre ou les autres avec les cerises et le sucre rose à 22 sous le kilo bien entendu une jolie plante pour le milieu de la table…

… et pourquoi parce qu’ils ont peur de l’enfer à cause de leur mauvaise conscience ah oui je les connais bien qui a été la première personne dans l’univers avant qu’il y ait personne d’autre celui qui a tout créé qui ah ça ils n’en savent rien ni moi non plus et voilà tout ils pourraient aussi bien essayer d’empêcher que le soleil se lève demain matin c’est pour vous que le soleil brille comme il me disait le jour où nous étions couchés dans les rhododendrons à la pointe de Howth avec son complet de tweed gris et son chapeau de paille le jour que je l’ai amené à me parler mariage oui d’abord je lui ai passé le morceau de gâteau au cumin que j’avais dans la bouche et c’était une année bissextile comme cette fois-ci oui il y a 16 ans de ça mon Dieu après ce long baiser j’en avais presque perdu le souffle oui il a dit que j’étais une fleur de la montagne oui c’est bien ça que nous sommes des fleurs tout le corps d’une femme oui pour une seule fois il a dit quelque chose de vrai et c’est pour vous que le soleil brille aujourd’hui oui c’est pour ça qu’il m’a plu parce que je voyais qu’il comprenait et qu’il sentait ce que c’est qu’une femme et je savais que je pourrais toujours en faire ce que je voudrais et je lui ai donné tout le plaisir que j’ai pour l’amener à me demander de dire oui et d’abord je ne voulais pas répondre je ne faisais que regarder la mer et le ciel je pensais à tant de choses qu’il ne savait pas…

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Ecrit par Gilberte Benayoun le 08 février 2014. dans La une, KI-C-KI

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Un peu de poésie dans ce monde de vents fous et de tempêtes en rafales, quelque peu déchaînés en ce début de 21ème siècle.

On dit que la musique adoucit les mœurs, puisse la musique des mots de ce grand poète-romancier du 20ème siècle (que je vous laisse deviner) adoucir les cœurs, apaiser les cieux, et nous offrir encore des rêves bleus comme un ciel d’été.

 

Petit florilège, 3 poèmes d’un de ses recueils :

 

Combien a-t-on fait aux fleurs

d’étranges confidences,

pour que cette fine balance

nous dise le poids de l’ardeur

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Ecrit par Gilberte Benayoun le 01 février 2014. dans La une, KI-C-KI

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Il est question, là encore, d’un très beau livre, une sorte de roman épistolaire de très grand style – un joli zeste de romance, arrosé d’une certaine misogynie sur fond de grande littérature – d’un de nos grands romanciers du 20ème siècle, auteur d’une œuvre abondante de très haut niveau.

 

Extraits :

Lettre du 30 novembre 1926, de Pierre C… (à Paris), adressée à Mademoiselle Andrée H…. (à Saint-Léonard)

 

Je le reconnais, chère Mademoiselle, il ne fait pas bon m’aimer. Sitôt que je me rends compte que quelqu’un tient à moi, je suis déconcerté et ennuyé ; mon second mouvement est de me mettre sur la défensive. J’ai eu un profond attachement pour trois ou quatre êtres dans ma vie ; c’étaient toujours des êtres dont je n’aurais pas juré qu’ils avaient seulement de la sympathie pour moi. Je crois que, s’ils m’avaient aimé, j’aurais eu tendance à me détacher d’eux.

Etre aimé plus qu’on aime est une des croix de la vie. Parce que cela vous contraint soit à feindre un sentiment de retour qu’on n’éprouve pas, soit à faire souffrir par sa froideur et ses rebuts. (…).

Qui j’aime, me prend partie de ma liberté, mais là, c’est moi qui l’ai voulu ; et on éprouve tant de plaisir à aimer, qu’on y sacrifie de grand cœur quelque chose. Qui m’aime, me la prend toute. Qui m’admire (comme écrivain), risque de me la prendre. (…)

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Ecrit par La Rédaction le 25 janvier 2014. dans La une, KI-C-KI

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Facile ! Le livre dans le livre, l’auteur chez l’autre auteur… et un clin d’œil à Johann Lefevbre et à l’un de ses « Reflets des arts »…

 

… « Ils sont là, par un des premiers jours de la Seconde Guerre Mondiale : l’enfant et sa mère sur le pont, le bâton qui vogue à la surface de l’eau, et le corps de Virginia au fond de la rivière, qui semble rêver de la surface, de l’enfant, de sa mère, du ciel et des corbeaux… ».

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Ecrit par Gilberte Benayoun le 18 janvier 2014. dans La une, KI-C-KI

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Comment résister au plaisir d’embellir et d’enrichir, de jour en jour, nos Reflets du Temps, avec quelques « reflets » d’une des plus grandes et plus belles œuvres de notre littérature française… ? (si facile à deviner…)

 

Extraits :

« En réalité, elle ne se résignait jamais à rien acheter dont on ne pût tirer un profit intellectuel, et surtout celui que nous procurent les belles choses en nous apprenant à chercher notre plaisir ailleurs que dans les satisfactions du bien-être et de la vanité. Même quand elle avait à faire à quelqu’un un cadeau dit utile, quand elle avait à donner un fauteuil, des couverts, une canne, elle les cherchait “anciens”, comme si leur longue désuétude ayant effacé leur caractère d’utilité, ils paraissaient plutôt disposés pour nous raconter la vie des hommes d’autrefois que pour servir aux besoins de la nôtre. Elle eût aimé que j’eusse dans ma chambre des photographies des monuments ou des paysages les plus beaux. Mais au moment d’en faire l’emplette, et bien que la chose représentée eût une valeur esthétique, elle trouvait que la vulgarité, l’utilité reprenaient trop vite leur place dans le mode mécanique de représentation, la photographie ».

*

« Certes, ce qui palpite ainsi au fond de moi, ce doit être l’image, le souvenir visuel, qui, lié à cette saveur, tente de la suivre jusqu’à moi. Mais il se débat trop loin, trop confusément ; à peine si je perçois le reflet neutre où se confond l’insaisissable tourbillon des couleurs remuées ; mais je ne puis distinguer la forme, lui demander comme au seul interprète possible, de me traduire le témoignage de sa contemporaine, de son inséparable compagne, la saveur, lui demander de m’apprendre de quelle circonstance particulière, de quelle époque du passé il s’agit ».

Le premier KI-C-KI de 2014…

Ecrit par Martine L. Petauton le 11 janvier 2014. dans La une, KI-C-KI

Le premier KI-C-KI de 2014…

« Si nous n’avions la faculté d’exagérer nos maux, il nous serait impossible de les endurer. En leur attribuant des proportions inusitées, nous nous considérons comme des réprouvés de choix, des élus à rebours, flattés et stimulés par la disgrâce ».

« Pour notre plus grand bien, il existe en chacun de nous un fanfaron de l’incurable »…

 

Celui qui  a écrit « Syllogismes de l’amertume »…

 

Pour nous tous… consolations de Janvier…

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