La une

Corruption, corruption, et alors ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 07 avril 2018. dans La une, Ecrits, Politique

Corruption, corruption, et alors ?

Sarkozy mis en examen pour corruption passive, financement illicite de sa campagne électorale et détournements de fonds publics libyens (les 5 millions d’euros remis en espèces, dans des valises, par le sulfureux Ziad Takieddine) ; Chirac – un autre ex-président – condamné à deux ans de prison avec sursis, en 2011, là encore pour détournement de fonds publics et abus de confiance ; et je ne cite là que les actuels ou futurs repris de justice présidentiels… quid de tant d’autres, connus ou moins connus ?!

La corruption, dont on découvre seulement depuis quelques années l’ampleur et la diffusion, demeure un vice qui infecte l’ensemble du corps social, les puissants comme les humbles, la droite comme la gauche ; l’opinion outrée (ou faisant semblant de l’être) en appelant alors, et de façon répétée, à un improbable chevalier blanc dont l’incorruptibilité à toute épreuve serait censée laver enfin la société de l’opprobre pesant sur chacun – ou presque ! – de ses membres…

Nemo auditur quam suam propriam turpitudinem allegans dit l’adage romain : personne n’écoute celui qui invoque sa propre turpitude. C’est pourtant ce que beaucoup – pour ne pas dire tous – pourraient invoquer. Oh, certes ! A des niveaux mesquins, voire minables. Deux exemples proches de moi. Un ami de mon grand-père paternel, vénérable chanoine, traducteur des lettres de Saint Basile aux Belles-Lettres, désirait ardemment la Légion d’Honneur pour ce fait d’armes philologique. Il le fit savoir à mon père, son ophtalmologiste, qui lui-même en parla à ma mère, magistrat et protégée du premier président de la Cour de Cassation de l’époque (années 60), qui lui-même avait ses entrées dans les milieux gouvernementaux gaullistes. Le révérend père obtint finalement la distinction tant désirée. Péché véniel, dira-t-on ? Cela ne lèse, ni ne dérange personne ? Bien sûr ! Mais le paradigme corrupteur avait opéré ici aussi, comme toujours souterrain et quasi omniprésent.

Autre cas : moi-même. Lauréat du bac en 77, j’avais pris pour option facultative à l’oral le corse, histoire de glaner quelques points supplémentaires (manœuvre bien inutile : j’eus la mention Très Bien y compris sans cet apport). Bref, mon grand-père m’avait rédigé un petit texte en corse. Le jour de l’oral, ma mère alla trouver l’examinateur en pleine salle d’examen. Serrement de mains, « pace e salute, va bene ? ». Vint « l’épreuve » proprement dite. Je lis le topo grand-paternel. L’homme, professeur d’italien (comme beaucoup de Corses officiant dans  l’Education Nationale) me posa une question en corse. Rien compris ! Est-ce l’émotion ? Je répondis d’une petite voix : « yes ! ». « Ne vous en faites pas, continua l’examinateur, cette fois-ci en français, l’Angleterre est également une île, vous savez. Entre insulaires, on se comprend. Je vous mets 16 ».

Faut-il encore un Parti Socialiste dans le bateau (« ivre ») ?

Ecrit par Lilou le 07 avril 2018. dans La une, France, Politique

Après le « changer la vie », le « continuer la vie » ?

Faut-il encore un Parti Socialiste dans le bateau (« ivre ») ?

On ne refait jamais sa vie, on la continue seulement comme dirait le Suisse*. Oui mais bon, faut bien avouer que pour le parti socialiste, la question est maintenant de savoir, et ça urge grave, comment on doit se réembarquer sur le navire historiquement en charge d’éclairer le progrès social et dorénavant dans la quête permanente de colmater ses fuites. La question, d’une infinie superficialité même, se prolonge pour les moins noyés dans un désespérant « si on doit se réembarquer » sur cet Inodus ramenant des 4 coins du monde les éparpillés des années de guerre civile de la rue de Solferino.

Faut dire qu’au parti socialiste, les derniers repas de famille ont été animés, presque meurtriers pour la plupart d’entre eux. Sans remonter aux obus de 420 mm tirés dès la disparition corps et biens de François (l’ancien), faut quand même se souvenir de tous ces tiraillements (à la culotte) de 2007 et de la candidature des désirs d’avenir, de tous ces plaquages assassins visant les carotides de 2012, puis de tous ces empoisonnements et égorgements de 2012 à 2017 pendant le règne de François (le jeune) à côté desquels les sautes d’humeur de l’ami Borgia passèrent pour des querelles de scouts imberbes. Grande famille pourtant à 200.000 adhérents en 2009, moitié moins aujourd’hui, des sections entières qui ont déserté les élections des fédéraux, un petit tiers à la Pagnol pour l’élection du premier d’entre eux le 28 mars dernier… Jaurès est mort, Blum aussi, Rocard nous a quittés, moi-même (en toute humilité) je ne me sens déjà plus très bien, mais la détestable impression d’aller pourtant mieux que notre si chère maison de Solferino n’a jamais été aussi riche de sens sous les ors du temps qui passe, et qui pour le parti socialiste broie en laissant beaucoup de cœurs se fermer sur le chemin de l’oubli.

Changer la vie qu’ils disaient pour 1981 un peu comme l’avait déjà évoqué Arthur Rimbaud dans sa vierge folle pensant certainement là à Agathe et à tous ses impossibles. On a tellement changé la vie que l’on repart de l’année zéro, une fois de plus. C’est curieux chez les Socialistes ce besoin systématique de faire la révolution tous les 20/30 ans et de constater qu’à chaque fois, il ne reste plus une tête à couper et de ne jamais lire Baudelaire ; Dis-moi, ton cœur parfois s’envole-t-il, Agathe, Loin du noir océan de l’immonde cité, Vers un autre océan où la splendeur éclate, Bleu, clair, profond, ainsi que la virginité ? Dis-moi, ton cœur parfois s’envole-t-il, Agathe ? 1920, 1936/40, 1969/72, 2002, 2016/18… Que de bons moments de franche camaraderie. Mais à la longue, c’est pénible.

Unions Nationales en France

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 07 avril 2018. dans La une, France, Politique, Histoire

Unions Nationales en France

Je voudrais d’abord préciser qu’il ne faudrait pas confondre la notion liée à des moments d’unions nationales avec celle de gouvernements d’union nationale. En effet, ces derniers furent très rares dans notre pays, et ne regroupaient pas tous les partis politiques (ceux perçus comme extrémistes, à gauche comme à droite, n’en firent jamais partie). Par contre, notre pays connut de nombreux moments où le peuple français se retrouva dans les rues pour manifester en communion par rapport à un événement grave, comme pour ces dernières années dans les cas de réactions face au terrorisme islamiste. Je vous propose de commencer en 1789, au début de la Révolution française, et de remonter jusqu’à nos jours, en liant ainsi l’Histoire et l’Actualité, ce qui constitue le principe de base des « Racines d’Actu », dont vous trouverez plusieurs exemples dans le cadre des chroniques que j’ai publiées pour Reflets du Temps depuis sa création comme site en 2009.

Le 14 juillet 1790 eut lieu la Fête de la Fédération, le premier anniversaire de la Prise de la Bastille. Cette fête symbolique se déroula sur le Champ-de-Mars de Paris. Louis XVI y assista et y prêta même serment à la Nation et à la loi, ceci dans un vrai climat d’union nationale, en présence des députés des 83 départements français de cette époque. Cet événement est fêté, tous les 14 juillet, depuis l’année 1880 (IIIe République), en tant que Fête nationale française et bien sûr par rapport à celle de la Prise de la Bastille. Par la suite, il y eut bien sûr la célèbre nuit du 4 août 1789. Ce fut la séance de l’Assemblée nationale constituante au cours de laquelle on vota la suppression des privilèges féodaux (certes uniquement rachetables, mais…). Débutée le 4 août à six heures du soir, elle se prolongea jusqu’à deux heures du matin. A côté des privilèges féodaux, il y eut l’abolition de tous les privilèges des ordres, des provinces, des villes, et des corporations, à l’initiative du futur Club des Jacobins, dans une ambiance de surenchère à la fois fraternelle et liée à la peur face à ce que l’on pouvait savoir du phénomène dit de la « Grande Peur » ; cette dernière fut un mouvement de jacqueries et de révoltes engendrées par une peur collective, qui se produisit essentiellement du 20 juillet 1789 au 6 août 1789, tout en se prolongeant au-delà de cette dernière date.

Beaucoup moins connu, il y eut, toujours pendant la Révolution, l’épisode du « baiser Lamourette ». Adrien Lamourette était un prêtre lazariste, favorable à la Révolution. Rallié à l’Église constitutionnelle, il devint le premier évêque constitutionnel de France. Elu député, il fut le célèbre instigateur du fraternel « baiser Lamourette », qui réconcilia temporairement les partis, lors de leurs premières grandes divisions. Le 7 juillet 1792, à l’Assemblée législative, en plein débat, âpre, sur la « patrie en danger », il proposa en effet à ses collègues élus de s’embrasser en signe de réconciliation, et provoqua ainsi un court moment de réconciliation entre les partis, avec des embrassades. Cet épisode très ponctuel rappelle évidemment l’ambiance et les embrassades de la nuit du 4 août 1789. On peut considérer Lamourette comme un ancêtre de la future démocratie chrétienne, ou du progressisme chrétien en général. Demandons-nous au passage si tout ce qui fut lié à la « patrie en danger » ne représenta pas également un moment relatif de cohésion nationale, mais bien sûr uniquement pour les partisans de la Révolution, en raison du comportement hostile de Louis XVI envers celle-ci (dès sa tentative de fuite à Varennes en juin 1791), et des nobles qui avaient commencé à émigrer ; en tout cas, il y eut le célèbre discours de Danton à l’Assemblée nationale le 2 septembre 1792 : « Il nous faut de l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace, et la France est sauvée… ».

Raz de marée

Ecrit par Jean-François Joubert, Claire Morin le 07 avril 2018. dans Ecrits, La une

Raz de marée

Je sais ce que c’est que d’avoir les yeux secs d’avoir trop pleuré, de devoir serpenter sur des sentiers escarpés avec un lourd bagage sur le dos ; à quel point il est difficile d’être obligé d’avancer en y voyant flou, les yeux noyés de larmes, face aux violentes rafales de la vie et de n’avoir pour phare qu’un vague espoir. Quand un épais brouillard trouble l’esprit, désoriente le cœur. Ce que c’est que de perdre la boussole, notamment lorsque la personne que l’on aime, notre repère, est parti.

Mais j’ai conscience également qu’il est essentiel, voire vital, de savoir s’arrêter ; prendre le temps d’affronter les tempêtes en créant le calme en soi pour apprendre à les chasser, déposer son fardeau sur le bord de la route et l’y laisser puis reprendre son chemin vers des horizons dont on a balayé les nuages.

Je suis moi aussi familière du pays du Léon. J’y ai passé une bonne partie de mon enfance. C’est la source de mes bons souvenirs et de mes premières fois. C’est un pays qui a forgé mon caractère, m’a sculptée. Avec son authenticité, la culture de la terre, ses paysages sauvages, ses traditions… Aujourd’hui encore, mon âme vogue toutes voiles dehors sur sa mer grise/turquoise et capricieuse. Comme les marins, je récolte tous les jours ses trésors.

Mon voyage m’a menée à faire escale à Brest il y a quelques années. Poussée par un irrésistible besoin d’indépendance, de concrétiser mes attentes de femme. J’y ai jeté l’ancre, c’est devenu mon port d’attache.

J’ai sûrement choisi cette ville car elle est pleine d’Histoire, ouverte sur le monde et que c’est ici que se trouvent mes racines. Née à Brest, petite fille d’une relecquoise, fille d’une brestoise et d’un père militaire d’origine ch’ti qui y a posé ses valises il y a des décennies.

Ville qui a été détruite par la guerre, souvenirs de ma mère et de la sienne, dur héritage. Heureusement elle n’a tué personne de notre famille. Cependant, pour en avoir souvent entendu parler depuis petite et avoir vécu quelque temps dans un bâtiment d’avant-guerre, je dois dire qu’elle m’a aussi marquée.

C’est aussi le symbole de ma guerre personnelle. L’endroit où j’ai rencontré la mort, où je me suis battue pour garder la vie. Je suis devenue un point d’interrogation, seule à pouvoir trouver les réponses ; une virgule fragile attendant la suite de la phrase. Il a fallu beaucoup de temps et de courage pour reformuler mes vœux, repartir au front et savoir que j’étais suffisamment armée pour affronter demain.

1144 livres, Jean Berthier

Ecrit par Didier Bazy le 07 avril 2018. dans La une, Littérature

Robert Laffont, coll. Les passe-murailles, janvier 2018, 167 pages, 12 €

1144 livres, Jean Berthier

Jean Berthier est sans conteste un grand lecteur. Le narrateur de son récit (classé « roman » par l’éditeur) est bibliothécaire. Emploi commode pour raconter en un mode impersonnel les éclairs de pensée de X, né sous X, qui reçoit un beau jour un courrier de notaire. X hérite de sa mère biologique 1144 livres. Ira-t-il chercher ce legs ? Voilà tout à la fois l’intrigue, le sujet, la question, l’hésitation, l’éveil.

Ici la mère inconnue, autre X, se livre à son fils inconnu dans des cartons de 1144 livres. Le chiffre a-t-il un sens cabalistique ? Quand le sens est caché, les sens scrutent tous les possibles.

Inévitable : « Qui était-elle ? J’aurais voulu à cet instant qu’il répondît à mes questions muettes… ».

Inéluctable : « Je remarquais avec quelle facilité les titres de ces ouvrages s’étaient gravés en moi, bien au-delà de mes capacités de mémoire habituelle… ».

Factuel : « Vous voulez récupérer les livres, me dit-il sur un ton qui laissait mal deviner si une part d’exclamation mécontente se mêlait ou non à l’interrogation ».

Si ce genre d’histoire n’arrive pas qu’aux seuls bibliothécaires c’est peut-être parce que 1144 livresde Jean Berthier apprend à ses lecteurs ce que peut être un lecteur. Quelques livres sont évoqués mais comme caressés. Ni effleurés, ni annotés. C’est là un tour de force : parler d’une douzaine de livres en leur livrant leur vie propre. Aucun ne sort du lot et chacun offre sa dot.

La Joie de Bernanos mise à part – et encore – Berthier n’attire pas le chaland à grand seau avec des grands classiques ni avec des auteurs de soi-disant avant-garde ou des ouvrages bien connotés au marteau codé voire maudits comme on dit. Rien de tout ça. Mais un choix sans voie, aléatoire et nécessaire, comme toute vie que doit d’exprimer et de véhiculer tout rapport au livre.

Les livres ne sont que des rapports, mais ils sont des rapports purs. Tous oscillent entre trous noirs et galaxies, vide et plein, chaos et surgissement vital, pour le meilleur et le pire.

« Divin génie de l’enfance qui se rit de la page et du signe ! Il fuit une bibliothèque. Laissons-lui le temps de passer de l’insouciance à l’étonnement d’être né… »

ou encore :

« La trace littéraire, sous la forme d’un livre que plus personne ne lit ou qui n’éveille aucun souvenir même chez les lecteurs les mieux informés, donne la juste mesure de l’engloutissement dans le temps. On ne peut espérer de meilleur rappel ».

Comme au théâtre ou au cinéma, l’art consiste a minima à ennuyer le moins possible. Sans réception, toute œuvre est un vase vide.

Décidément, si on veut savoir ce qu’est un livre, il faut lire ce livre. Au moins pour continuer à douter. Douter avec des pauses. Un rapport de moins.

 

 

 

Jean Berthier, après des études de philosophie, et de cinema. Il écrit pour des revues littéraires et réalise des films de fiction et documentaire. 1144 livresest son premier roman.

Mouvement social ; quel fouet pour la mayonnaise ?

Ecrit par Martine L. Petauton le 31 mars 2018. dans France, La une, Politique, Actualité, Société

Mouvement social ; quel fouet pour la mayonnaise ?

Ça n’a pas encore pris, ça ne prend toujours pas, voilà les titres des journaux, passée la fameuse journée du 22 (qui plus est, de mars !), dont on attendait, bizarre régression pythienne, qu’elle siffle enfin le départ du « mouvement social ». Après, à l’évidence, pas mal de départs avortés ou carrément passés à la trappe, notamment lors de l’adoption par les Ordonnances autoritaires, de presque tout le corpus des Lois-travail, mais pas moins, au moment de l’insupportable dispositif sur l’ISF, sans compter en début d’année le matraquage CSG. On dirait, me disait quelqu’un, que le corps social est pris dans la glace, ou bonnement parti visiter une bien lointaine planète.

50 ans après le grand Mai, peut-on du reste encore parler de mouvement social au singulier (en gros, celui articulé autour de la gauche autoritaire, CGT/PC, et celui de la deuxième gauche toute neuve, l’autre, la Socialiste libertaire). C’est bien clair qu’on n’en est plus là, après l’effondrement communiste mangé largement par les Socialistes au pouvoir, triomphants ou défaits dans l’œuf, et la progressive dévalidation d’une CGT croupionnisée.

C’est de « mouvements sociaux », un émiettement infini, une myriade inefficace, qu’il faut maintenant parler, simplement même de paroles sociétales, sans escompter la plupart du temps ni défilés communs, ni parole convergente aux tables de négociations ou ce qu’il en reste, et, ce, malgré les louables efforts passés d’un Hollande pour donner vie au dialogue social – formule devenue lunaire pour tant de gens…

 Or, hier, qui a battu le pavé des villes ? Aucun cortège convergent, des pancartes d’associations de « moi, moi, moi » ; telle corporation aux abois, telle autre légitimement inquiète ; cet assemblage fait-il un mouvement social ? « mes » revendications, rien d’une voix collective ; des défilés décousus, type ces engeances défendant le petit commerce à la fin du siècle précédent. D’usage militant et de gauche, qui dit mouvement social, dit, certes, défiler pour ses propres intérêts, menacés ou supposés l’être, mais (en même temps !) porter la parole de tous et des autres, être en bref, dans le collectif. Cela suppose, certes, une parfaite connaissance des enjeux et une capacité à trier, hiérarchiser ceux-ci, être dans le « d’abord, ensuite, enfin » qu’aucune pancarte ne mentionnait le 22. Hier, où était le grand cri défendant le sens même du service public, bien au-delà des intérêts spécifiques des cheminots ? muette était la rue, et ce silence fait froid dans le dos, car on peut penser qu’un danger doit être parfaitement identifié pour être efficacement combattu.

Encore, direz-vous, faudrait-il de solides porteurs de banderoles. Or, la CGT, ce qu’il reste de son ombre aux mains dures et butées d’un Martinez, Sud, et notamment l’intraitable Sud Rail et ce qu’on sait qu’ils sont, seront-ils vraiment en capacité de conduire la lutte SNCF, mais bien plus d’élargir demain à l’ensemble des services publics, puis enfin de convaincre une large population de l’urgence des causes à défendre. Sans remonter à Mai 68, 1995 et les grandes grèves, face aux « bottes » de Juppé et ses retraites, sont loin ; autre temps, autres mœurs sociales, syndicales. Peut-être, toutefois, ferions-nous bien de réviser vite fait ces pages d’histoire là… réviser ne voulant pas dire refaire le film, mais plutôt en tirer des leçons. Car, il semblerait qu’aucune avancée sociale d’importance (on peut aussi dire, à présent, aucune sauvegarde) n’ait jamais vraiment abouti hors de solides cortèges marchant du même pas, et voilà bien un credo qui résonne d’échec en réussite depuis la nuit des temps.

Un attentat de trop ou le retour de l’héroïque sacrifice…

Ecrit par Jean-François Vincent le 31 mars 2018. dans La une, France, Politique, Société

Un attentat de trop ou le retour de l’héroïque sacrifice…

Le mouvement « dextrogyre », ce décalage des idées vers la droite, tel que décrit par l’universitaire québécois Guillaume Bernard, a-t-il franchi un nouveau palier ? L’éloge funèbre d’Emmanuel Macron, dans la cour des Invalides, devant la dépouille de d’Arnaud Beltrame est révélateur. En phase avec la vague – légitime – d’admiration qui submerge l’opinion, il n’hésita pas à déclarer : « votre sacrifice, Arnaud Beltrame, nous oblige, il nous élève (…) accepter de mourir pour que vivent des innocents, tel est le cœur de l’engagement du soldat, telle est la transcendance qui le porte ». Mort, transcendance, sacrifice, constellation insolite dans notre société individualiste, consumériste et post-soixantuitarde…

Rien que le mot sacri-fice en dit long : sacer-facere, ce qui « rend » sacré, ce qui fait passer de l’ici-bas à l’au-delà, du côté des dieux ; ou plus exactement ce qui fait rentrer dans l’espace du temple, le fanum : le sacrifié ayant cessé d’être un pro-fane (litt. qui se tient devant le sanctuaire sans pouvoir y pénétrer) pour accéder à un statut divin. Le sacrificium passe par le sang versé. La victime se transformant en héros, ces demi-dieux – hemi-theoi – auxquels l’on rend un culte sur leurs tombeaux dans l’espoir d’un bienfait ou d’une guérison.

Toutefois, ces héros ne sont pas seulement des personnages mythologiques. Sur un mont qui surplombe les Thermopyles, Simonide de Céos a gravé sur une pierre patinée par les siècles un hommage bimillénaire aux quelques 300 spartiates, hoplites de Léonidas, qui offrirent leur vie pour assurer la victoire des Grecs sur les Perses de Xerxès : « passant, va dire à Sparte que nous sommes tous morts ici pour obéir à ses lois ». Ce qui caractérise ainsi le héros/le sacrificiel, c’est ce rapport spécial à la mort : mépris total, mieux, une anticipation du trépas ; il a par avance et de son plein gré quitté le monde des vivants auquel, en retour, il fait don d’une puissance surnaturelle.

Cependant, pareille « théologie » héroïque servit aussi de justification à toutes sortes d’exactions – croisades, guerres – ou d’idéologies mortifères y compris l’idéologie nazie. Les soldats tombés au combat étaient censés avoir péri pour « die Grösse und den Bestand von Volk, Führer und Reich », pour la grandeur et la pérennité du peuple, du Führer et du Reich. D’ailleurs, l’extrême-droite de l’Allemagne actuelle a repris ces thèmes. Le groupe de rock Varg, par exemple – le loup, dans les légendes germaniques – exalte le Heldentod, la mort du héros, dans la strophe suivante :

« Parler, ce n’est pas voir » : retour sur une polémique

Ecrit par Marianne Braux le 31 mars 2018. dans La une, Education

« Parler, ce n’est pas voir » : retour sur une polémique

En dépit du ressentiment qui s’est répandu des deux côtés du ring opposant les partisan.e.s de l’Ecriture Inclusive d’une part, et ses détracteurs d’autre part (derrière lesquels je me range), ce débat aura eu le mérite d’avoir introduit dans les maisons, les bistrots et autres réseaux sociaux, une question fondamentale, de première importance pour tout être parlant. Une question aussi vieille que l’Humanité mais qui, peut-être parce qu’elle est difficile, avait jusqu’ici eu tendance à rester cantonnée à la sphère universitaire. Cette question, à la fois simple et profonde, est : qu’est-ce que la langue ? Un outil de communication, un système de représentation du monde, les deux choses ensemble ? Et qu’est-ce que cela veut dire ? En réalité, il est impossible de répondre de manière définitive à cette question, car il faudrait, pour y arriver, que la langue soit extérieure à nous, que l’on ne baigne pas dedans depuis bien avant notre naissance, que l’on puisse, en un mot, en parler sans parler avec. C’est toute la difficulté, et l’intérêt, des sciences dites « du langage » et soit-dit-en passant, des sciences « humaines » en général, où le sujet et l’objet de la connaissance sont une seule et même chose, à savoir : l’être humain. En d’autres termes, et pour le dire avec un éminent penseur du siècle passé, qu’il est urgent de réécouter : « il n’y a pas de métalangage », tout comme il n’y a pas de connaissances « méta-humaines ».

Ceci étant dit, on peut, à défaut de pouvoir dire ce qu’est la langue, s’interroger sur ce qu’elle n’est pas. Si, et seulement si, tel est notre objectif, on peut espérer dire d’elle quelque chose de raisonnable. Commençons par le début :

On dit que la langue « sert à communiquer ». S’il est vrai que la langue est utile, la langue n’est pas pour autant un outil comme les autres, que l’on peut modifier à notre guise comme l’on changerait d’ordinateur, de frigo, ou de voiture. Traiter la langue comme un moyen parmi les autres en se proposant de la modifier pour répondre à (ou créer) une supposée demande sociétale, c’est faire le jeu du capitalisme marchand et, par voie de conséquence (faut-il encore le montrer ?), obstacle au lien social (1). Même si elle peut le devenir, la langue n’est en soi ni un outil, ni un accessoire de mode, pour la simple et bonne raison que « l’Homme, écrit Emile Benveniste (l’être humain, s’entend, voir plus bas), n’a pas fabriqué le langage ». Le langage est le fruit d’une évolution sonologique dont on sait encore peu de choses, si ce n’est que celui qui le porte, l’animal devenu humain, y est pour très peu. Personne ne peut dire d’où vient le langage, cette faculté insensée qui nous distingue du reste de nos demi-frères animaux. C’est pourquoi y toucher de façon arbitraire n’est ni plus ni moins que de se prendre pour Dieu, cette figure sans visage apparue dans l’imagination humaine il y a fort longtemps à cause, précisément, de ce mystère de l’origine du langage, dont les « pouvoirs » dépassent largement notre entendement. Les récits mythiques et religieux sont à prendre au pied de la lettre : dire un mot et « voir » à travers lui la chose relève d’une capacité à proprement parler surnaturelle, au sens où en parlant, on ajoute au monde des choses (la physis, qui se tient devant nous) le monde du discours (le logos, qui se tient dans notre tête et nous vient souvent des tripes). Nul besoin d’être croyant pour comprendre ceci. L’être humain vit dans une réalité double, dont les deux pans ne se rejoignent pas. Ainsi, et pour reprendre l’image d’une chercheuse et journaliste dont je partage certaines vues (2), la langue n’est pas une « baquette magique » que l’on peut façonner selon nos besoins pour faire apparaître le monde tel qu’on voudrait qu’il soit – à moins d’entrer dans le domaine de la Poésie, laquelle, rappelons-le, est cet espace où l’être humain peut à loisir se décharger de son délire/désir de toute-puissance langagière. C’est sa beauté et sa nécessité : la Poésie (la Littérature) nous enseigne à nous méfier de ce qui la constitue, à craindre les beaux discours. Il n’est pas étonnant que les écrivains aient été en général assez réticents à la proposition de l’Ecriture Inclusive, comme ils le seraient sans doute à toute réforme de la langue qui ferait plus qu’entériner des usages déjà passés dans le système linguistique, ainsi que s’y attache, quoique l’on en dise, l’Académie Française (3). L’écrivain est par définition celui qui, pour se rebeller contre la langue, accepte d’abord de s’y soumettre. Ainsi, parler de « novlangue » pour dénoncer l’Ecriture Inclusive n’est ni exagéré ni insensé. La seule difficulté est de saisir ses points communs avec la novlangue d’Orwell qui, contrairement à l’Ecriture Inclusive, passe par une réduction des catégories de la langue pour empêcher la libre pensée de circuler. Celle-là fait apparemment le contraire : on nous enjoint à en dire plus, à faire signe à notre interlocuteur, par l’expression de certaines formes, de notre adhésion à une certaine vision du monde, pour le bien, paraît-il, des plus jeunes dont on ne se soucie même pas de savoir de ce qu’ils voient avec leurs propres yeux. C’est sans doute parce que les Inclusifs ne veulent pas l’entendre ; cela risquerait de les priver de leur « activité » or, les Inclusifs n’aiment guère s’ennuyer. Ils ne veulent pas savoir que pour leurs enfants, l’égalité des sexes est déjà une réalité. Non pas nécessairement au plan quantitatif – ça, c’est la parité, les mots ont ici leur importance – mais au plan juridique et qualitatif. Car oui, sur ce plan-là, la femme est aujourd’hui l’égale de l’homme. Et ceux qui ont été éduqués dans cet esprit n’ont pas eu besoin d’une écriture inclusive pour s’en rendre compte. Ceci me fait penser à une autre incohérence de ce projet, à laquelle je ne vois décidément pas de contre-argument. On dit que la langue française a progressivement « invisibilisé » – je reviendrai sur cette expression – la femme de l’espace public et que, à force de parler de « sénateurs », de « députés » sans « -e » et « d’auteurs » sans « -e » ou sans « -rices », on découragerait les femmes de se lancer dans des carrières traditionnellement réservées à l’autre sexe. Mais enfin, n’est-ce pas tout le contraire qui est arrivé ? La femme n’a-t-elle pas, depuis plus de deux siècles, brillamment arraché certains privilèges à l’homme et progressivement investi l’espace public pour se retrouver aujourd’hui dans de nombreux postes de pouvoir ? Je ne vois pas comment l’on pourrait soutenir le contraire. Et quand bien même les femmes ne seraient pas encore à nombre égal dans certains domaines de l’activité humaine, cela ne signifie pas pour autant que la parité n’aura jamais lieu. Si tel est vraiment le souhait profond de certains, qu’ils laissent donc le temps au temps, cela finira par se produire – à moins que l’on commence à remettre en question cette obsession pour le pouvoir et la vie publique (un véritable féminisme devrait, à mon avis, aller dans ce sens-là). Autrement dit, je ne vois pas comment la langue serait si nécessaire au progrès social puisque, dans l’Histoire, le progrès social s’est mise en place malgré la pratique d’une langue apparemment « sexiste ». A ce propos, petite piqûre de rappel étymologique : « Homme » vient du latin « hominem » signifiant d’abord « être humain » qui a ensuite pris le sens additionnel de « être humain de sexe masculin » en supplantant le mot « vir » (qui a donné « viril ») ; c’est là, éventuellement, que commence le « patriarcat », et c’est cela qu’il faut enseigner aux enfants ! Les locuteurs d’une langue oublient, mais la langue, elle, n’oublie rien, et c’est le devoir de chacun de se rafraîchir la mémoire. D’où l’importance de l’apprentissage des langues dites « mortes » qui continuent, sans que l’on s’en aperçoive, de vivre dans la nôtre et de nous faire dire bien plus que ce que l’on croit. En soutenant le contraire, l’Ecriture Inclusive agit comme toute novlangue : elle empêche l’individu de penser en prétendant que la réalité du discours doit, autant que faire se peut, faire voir la réalité, être à son image (réelle ou fantasmée comme dans 1984). C’est faux, ce n’est pas là son rôle ; l’intrication des vieilles langues, qui étaient confrontées à une autre réalité que la nôtre, dans les plus jeunes le montrent bien. Ce qui m’amène à mon deuxième point :

En Guyane, l’Education Nationale à la traîne

Ecrit par Métropolitain le 31 mars 2018. dans France, La une, Education, Politique

En Guyane, l’Education Nationale à la traîne

Alors que les vacances de Pâques arrivent à grand pas, le collège Gran Man Difou, situé dans la paisible bourgade de Maripasoula, aux fins fonds de l’Amazonie, en Guyane, se révèle emblématique de l’impasse dans laquelle se trouve une des académies les plus sinistrées de France.

Près d’un mois sans cours

Dans ce collège classé REP (réseau d’éducation prioritaire), la plupart des enseignants sont contractuels, le suivi des élèves est peu rigoureux, l’absentéisme est légion, une partie du budget destiné aux équipements disparaît mystérieusement chaque année. Depuis un mois, l’établissement est en train de se tailler une renommée dans toute la Guyane grâce à la presse du département, suite à une loufoque histoire de puces et de chiques – minuscules bestioles amazoniennes pouvant faire de sérieux dégâts aux pieds – disséminées dans le collège suite à la présence de chiens errants. Depuis le 27 février dernier en effet, le personnel et les élèves ont régulièrement été renvoyés à la maison pour être priés de revenir le jour suivant ou un autre jour, et apprendre ce jour-ci qu’il fallait encore attendre car le collège n’avait pu se débarrasser des petites bêtes.

Un vrai manque de transparence

Traitement des puces avec du produit anti-moustique ou avec du savon, les rumeurs sur cet échec de l’homme face à mère nature sont allées bon train. Le personnel et les parents d’élèves se demandent d’ailleurs pourquoi ce problème de bestioles n’a pas été traité pendant les vacances de février, sachant qu’il avait été signalé près de deux mois avant ces dernières. Mais après un mois de lutte, et de quelques heures de cours miraculeusement dispensées çà et là, les enseignants et les élèves ont été priés de revenir, pour de bon cette fois : le mardi 20 mars, c’était officiel, l’homme avait enfin gagné : six chiens errants – maudites bêtes – avaient été attrapés à bras le corps pour être expulsés du collège. Et selon les dires du principal du collège lors d’une réunion dans la salle des professeurs, « il ne restait, après vérification, plus aucune puce dans l’établissement ». Grâce à quel produit ? La direction, bien qu’elle « n’ait rien à cacher » selon ses dires, a rechigné à répondre à la simple question d’une enseignante lors de la même réunion : « quel produit a-t-il été utilisé ? ». Ce qu’on savait, c’est que ce n’était pas du bon vieux Baygon, ce dernier étant prohibé dans un collège de la République.

Des élèves qui se plaignent de ne pouvoir aller en cours

De toute façon, ce mardi 20 mars, les joies du collège pouvaient enfin recommencer : les professeurs allaient reprendre une vie normale (et pour certains, cesser de noyer leur ennui au bistrot), les 700 élèves – dont certains, fussent-ils peu studieux, avaient été jusqu’à déclarer devant le portail : « c’est encore fermé, j’en ai marre » – allaient pouvoir retourner chahuter leurs professeurs avec leurs camarades. Plus sérieusement, tout le monde semblait ravi : les professeurs allaient enfin cesser de se faire traiter de fainéants par leurs concitoyens, et les élèves allaient cesser de s’ennuyer à la maison. Seulement voilà que le jour-même, des élèves sont pris de maux de têtes, d’irritations, de rougeurs aux bras, de douleurs oculaires, de vomissements. Et l’on apprend alors officiellement que les salles furent traitées avec de la deltaméthrine, puissant poison aux normes de l’Union Européenne mais généralement utilisé… pour l’agriculture. Pour la sûreté des bambins, le collège a donc dû à nouveau fermer.

Le 8 mars : la femme et l’après-fête

Ecrit par Tawfiq Belfadel le 31 mars 2018. dans Monde, La une, Politique

Le 8 mars : la femme et l’après-fête

On fait couler beaucoup d’encre et de salive à propos du 8 mars. Les jours qui précèdent ou suivent n’ont pas d’importance. La femme n’intéresse l’humanité qu’un jour dans l’année.

Dès le 7 mars, les réseaux sociaux sont pollués de posts pour souhaiter bonne fête aux femmes. L’internaute qui ne suit pas cette tradition est pris pour misogyne. Demain, dans la rue, au travail, partout dans le pays, on répète la même phrase : « Bonne fête ». Dans les établissements, une petite fête est organisée. Pâtisseries bariolées. Boissons. Et surtout des fleurs en plastique et des ustensiles de cuisine en verre recyclé. L’ambiance est embellie par des sourires hypocrites. Fin de la fête.

Le 9 mars, une autre fête recommence. Une fête éternelle en Algérie qui prend des pauses pour mieux dominer : l’hypocrisie. L’homme qui souhaitait hier la bonne fête et offrait des cadeaux à la femme, colle à nouveau son masque misogyne.

En se maquillant le matin, la femme affronte le regard agressif de son frère. Lui qui, après un scan minutieux, valide ou rejette la tenue de sa sœur. Allant au travail, les Don Juan sauvages lui demandent son numéro sans dire bonjour. Ils lui lancent des onomatopées érotiques en scrutant la taille et la tenue. Toute catégorie de femmes passe dans le crible : célibataire, divorcée, mariée, veuve, en minijupe, en hijab, ou en haïk… La misère sexuelle en Algérie est si aveugle que même les statues des femmes en béton sont objets de désir. Le policier à côté, indifférent, caresse sa moustache et n’ose pas la défendre. Des passants applaudissent plutôt les Don Juan : c’est la femme qui provoque. C’est sa faute. La femme prend le transport en commun. Tellement de gens qu’on étouffe. Les « caleurs » (appellation de Fellag) se collent à elle. Ils lui bloquent toute issue. Elle est colonisée. C’est sa faute. Elle a de belles courbes et sent un parfum séduisant. Le reste des hommes observent. Il vaut mieux ne pas se mêler.

Au travail. Elle est emprisonnée dans son poste pendant des heures comme le dicte le code du travail. Le mâle peut sortir prendre l’air, fumer dans le couloir, sortir en ville puis revenir… Il est chez lui. La femme doit travailler et baisser la tête. Là aussi la drague sauvage la traque. Juste la forme qui change. Un supérieur lui exige des rendez-vous glamour sous des menaces administratives. Lui dresser des bras de fer permanents pour l’attirer aux rets.

Retour à la maison. Rencontrer les « caleurs » du transport. Affronter les Don Juan adossés au mur. Puis passer au scanner du frère. Il vérifie si elle a fumé, fait la bise à un homme, ou contourné l’itinéraire, tracé par les ancêtres, qui mène du foyer au travail… Après le dîner, les barbus de la télé la menacent de leurs fatwas wahhabites. La nuit, des fantômes masculins la taraudent pour l’empêcher de réparer sa journée par des rêves.

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