La une

Recueil de poèmes courts

Ecrit par Emmanuelle Ménard le 31 mars 2018. dans Ecrits, La une

Recueil de poèmes courts

Mots d’amour et d’hiver (14) : «  à marée lasse traîne l’écume…

 

A marée lasse

traîne l’écume

des moutons noirs

comme une plume

 

A marée basse

qui déshabille

vole aux moissons

le blé qui brille

 

L’antre

du désespoir

qui aspire et rejette

tel un enfant gâté

que rien ne satisfait

Marine Le Pen : le dilemme

Ecrit par Jean-François Vincent le 24 mars 2018. dans La une, France, Politique

Marine Le Pen : le dilemme

C’est un dilemme, en effet, qu’a posé à Marine le Pen le congrès du Front National  des 10 et 11 mars, à Lille. Ce qu’on appelle en anglais un « double bind », un « ou bien, ou bien » : ou bien continuer la « dédiabolisation », ou bien retourner aux fondamentaux du parti…

L’objectif pour l’héritière demeure ce qu’il a toujours été, parvenir – enfin ! – au pouvoir. « A l’origine, avait-elle déclaré au micro de BFM le 25 février dernier – et elle l’a répété une fois encore le 11 mars, à Lille – nous étions un parti de protestation, mais nous sommes devenus un parti d’opposition ; il faut qu’aux yeux de tous, il ne fasse plus de doute que nous sommes désormais un parti de gouvernement ». Elle devait, à cette fin, d’abord tuer le père, vulgaire et bavard impénitent avec ses jeux de mots douteux et ses calembours antisémites. Chose faite ! Papa s’est vu exclus, interdit de congrès et il perd même son titre de président d’honneur, puisque le poste va être supprimé. La vengeance de papa se concentra, en réponse, dans cette petite phrase, au détour d’un paragraphe de ses Mémoires, tout juste publiées et qui font un tabac en librairie : « Marine me fait pitié ». Qu’importe, rétorque fifille : « pour moi, politiquement, la page est tournée… ».

Reste le nom, on troque « Front » pour « Rassemblement ». Pourquoi ? « Nous devons, explique Yvan Chichery, responsable FN dans le Morbihan, trouver des alliances et convaincre les médias que nous ne sommes pas des affreux ». Seulement voilà ! Outre que le nouveau sigle rappelle fâcheusement le Rassemblement National Populaire de Marcel Déat, il demeure flanqué – Marine Le Pen a lourdement insisté sur ce point – de la fameuse flamme tricolore, symbole d’espoir et de renouveau… or ce symbole reprend celui du Movimento Sociale Italiano fondé en 1946 par Giorgio Almirante, fasciste notoire et journaliste bien en cour auprès du Duce dans les années 30. Ce fut Almirante lui-même qui conseilla à Jean-Marie Le Pen d’adopter sa flamme pour la nouvelle formation d’extrême droite, en 1972.

Alors retourner aux sources ? Se ressourcer aux fondamentaux de l’extrémisme ? La tentation existe. Pour preuve la présence, en invité vedette, de Steve Bannon, pilier de l’« Alt Right » (Alternative Right), la droite américaine des suprématistes blancs. Nommé stratège-en-chef de son cabinet par Trump, il fut limogé à cause des révélations sulfureuses qu’il avait faites à Michael Wolff, l’auteur de la célèbre – et incendiaire ! – biographie, Fire and Fury. Bannon éructa, pendant le congrès : « let them call you racist ! Let them call you xenophobe ! Wear it as a badge of honor ! », Laissez-les vous traiter de raciste ! Laissez-les vous traiter de xénophobe ! Portez ça comme un badge honorifique ! Et Bannon de continuer : « en Italie, les deux tiers de la population ont émis un vote anti establishment. En Italie, le M5S et la Ligue se joignent pour voter contre la classe dirigeante de Rome et de Bruxelles. Vous faites partie d’un grand mouvement. En France, en Italie, en Pologne, en Hongrie. L’Histoire est de notre côté ! ».

Les années Astérix

Ecrit par Martine L. Petauton le 24 mars 2018. dans La une, Souvenirs, Littérature

Les années Astérix

Annie Ernaux, la grande, nous a offert un jour Les Années, sobre et somptueuse somme d’une vie traversée au quotidien par les grandes vagues de l’actu, parfumées de ces choses minuscules du temps, qui marquent la mémoire.

Cela passe forcément dans l’esprit, quand au cœur de l’hiver 2018, on ouvre comme moi, le xème album (La Transitalique) de ce cher monde d’Astérix, mesurant le bout de chemin fait, 38 albums après le premier – Astérix le gaulois, paru en Octobre 1961, prépublié dans le Pilote du 29 Octobre 1959 ; j’avais 10 ans –  BD découverte, un peu plus tard, un été camarguais ; je devais être en 4ème. Je me souviens que dans le même élan, on me fit entrer dans le monde de San Antonio, et celui des saga de Troyat ; c’était donc une année d’exception.

Des modes vestimentaires, des coiffures, émaillant le chemin – mes années-chaussures, ou chapeaux, mes années-sauce gribiche, pourquoi pas ! des chansons, des musiques évidemment (voir nos émotions autour de Johnny), et des lectures. Rituels, qu’affectionnent particulièrement les mémoires affectives ; gens, lieux, Astérix pour moi, Tintin le grand, pour toi…

Alors comme les cailloux de Poucet, les années Astérix ; une vie ou pas loin. Je n’ai pas vérifié mais il me semble qu’Uderzo et Goscinny nous donnaient leur cadeau quasi tous les 1 an et demi ; pas forcément Noël.

Tellement réussis, coïncidant à la bulle près, avec nos attentes, « les » Astérix. Un patrimoine, qu’au début je partageais avec mon frère (ma mère alternait l’achat pour l’un, puis l’autre) ; un jour de guerre, j’avais même tenté de déchirer le sien… je crois qu’il m’en veut encore. Ayant eu le bon goût d’épouser ensuite un Astérixphile, les deux héritages ont rejoint la communauté et reconstitué la collection. Dois-je avouer que notre fils, élevé lui aussi dans le petit gaulois vindicatif, a emprunté puis remis dans la bibliothèque familiale les albums lus, sans jamais les prêter ailleurs – interdiction colérique et maniaque des parents !

Au bout de ma vie, ils sont tous là, dans mon bureau ; je range le 38ème en libérant de la place pour ceux qui ne manqueront pas de suivre. C’est moi qui ai la garde de ce trésor quasi toutankhamonien, et j’en perçois la conscience (aiguë) du sacré dans ce rôle de conservatrice. Nous ne sommes pour autant pas collectionneurs et ne partons pas dans les foires aux livres, chercher la perle rare, parue en… non, nous les aimons, nous les lisons, et relisons, nous en prenons soin, nous nous régalons. C’est tout. Chaque grippe hivernale voyait notre gamin – et moi, itou – ramper jusqu’aux Asté pour passer ces heures qui s’étirent entre mouchoirs et langueur tiède.

Le texte du rêve

Ecrit par Didier Ayres le 24 mars 2018. dans La une, Littérature

À propos de La Foule divinatoire des rêves, de Catherine Gil Alcala, éd. La Maison brûlée, 2018, 15 €

Le texte du rêve

L’originalité de ce recueil de poèmes réside à la fois dans le propos et dans la forme ; dans le propos parce que cela nous donne accès à un monde intérieur foisonnant, profus, divers ; et dans la forme car ces poèmes sont accompagnés par des dessins de l’auteure, dessins qui côtoient la statuaire africaine par exemple, ou ailleurs, l’art brut. Du reste, ces textes sont présentés soit alignés à gauche, soit à droite, sans que cela soit aléatoire, mais propres à penser la schize de tout auteur, rendue visible par cette disposition des pages.

Revenons un instant au propos. Et à cette idée de transcrire les rêves de l’auteure, avec plus ou moins de certitude quant à leur exactitude, quant à leur véracité, mais qui sont intéressants surtout parce qu’ils reflètent la personnalité et le travail de l’écriture au sein de l’esprit de l’écrivaine. Nous allons donc de rêverie en rêverie, au milieu de figures et de symboles, qui sont peut-être à rapprocher des éléments chers à Gaston Bachelard, c’est-à-dire l’eau, le feu, la terre et l’air, particulièrement peut-être de l’élément liquide. Et que l’on soit proche d’Unica Zürn, par exemple, ou du Méphisto de Sokourov, c’est surtout cet univers polymorphe qui est prenant, ou bien celui des Surréalistes avec les Poupées de Bellmer (cités dans le texte). Tout est animé de vie, égayé, coloré, fantasque et un peu fou, baroque. Et cela avec les textes du rêve, le texte du rêve.

Au rituel du rêve s’associe le rituel du poème. À la vérité du rêve se distingue le rêve de la vérité. À la poésie s’ajoute une vision d’un sujet double, à la fois rêve et récit du rêve.

 

Rêve 12

 

Exhortation d’un fantôme

sur le panorama ensommeillé…

 

Une femme décapitée

porte sa tête entre ses mains.

 

Les ailes de l’angoisse transportent

la fièvre d’une âme pathétique.

 

On frappe à ma porte, je m’éveille.

C’est ma voisine, elle dit :

« Je perds la tête ».

Duisbourg ma jolie ville en barque sur le Rhin… (partie 2)

Ecrit par Sabine Aussenac le 24 mars 2018. dans Ecrits, La une

Duisbourg ma jolie ville en barque sur le Rhin… (partie 2)

Mais Duisbourg explose et expose aussi à l’air libre, au gré de l’imaginaire de l’architecte britannique Lord Norman Foster, qui a entièrement redessiné le port intérieur. Et c’est ici que Duisbourg la confluente réunit à la perfection son histoire et son avenir, lumineuse passerelle entre les échanges portuaires séculaires et cette nouvelle agora ouverte sur les liens de proximité et sur la culture. Les anciens bâtiments des docks, les silos, les moulins à céréales et les vestiges industriels ont ainsi été reconvertis en bureaux, en logements, en établissements de culture et de gastronomie jalonnant le bassin portuaire.

C’est là, dans ce nouveau quartier à proximité du centre-ville, que se croisent en chiasmes audacieux des habitants ravis et des « bobos » et autres hipsters décrivant cet endroit comme ayant ce que les Allemands nomment du « Flair », ce qui s’apparenterait à du « chien »… Certains vont jusqu’à évoquer une « Sylt-Atmo », en référence à l’atmosphère isloise faisant les beaux jours de la fameuse île de la mer du Nord, entre les cliquetis des mats des bateaux de plaisance, les docks de bois menant à des établissements trendy et les événements culturels transformant ces quais historiques en un mélange de Beaubourg et de l’île de Ré.

Suivons-les, ces quais, et allons jusqu’au Schwabentor, la « Porte des cygnes », pour embarquer enfin sur sa Majesté le Rhin. Nous voilà aux portes du monde, à portée de navire de Rotterdam, Anvers, Hambourg, mais prêts aussi à entendre les échos des chants de la Lorelei et à déguster l’un de ces gouleyants vins rhénans… Duisbourg se fait carrefour des terres et des mers, et l’Histoire ne s’y est pas trompée y arrimant tous ces échanges commerciaux, puis en permettant à l’industrie lourde de s’exporter facilement. Bien sûr ce n’est pas la Seine, dirait notre Barbara, mais quand l’immensité de la géographie maritime et fluviale croise ainsi les rumeurs du passé tout en se conjuguant à de nouvelles architectures futuristes, on a un plaisir infini à se sentir un maillon de cette chaîne en revenant au port après la promenade…

Les habitants de Duisbourg, eux, vont plus loin. Ils ont appris à ne plus voir les restes des carcasses rouillées qui parfois encore abîment le paysage et ne se souviennent plus vraiment de cette époque où l’on devait chaque matin balayer devant sa porte pour effacer les scories s’y étant déposées durant la nuit. Car ce qui frappe avant tout, lorsque l’on discute avec les Duisbourgeois, c’est leur fierté culturelle devant le superbe Parc paysager de Duisbourg-Nord : lorsqu’il a été question de remodeler l’ancienne friche industrielle, autrefois cœur en fusion de la cité, on a su intégrer et relier des signes existants de la fonction industrielle pour attribuer à l’ensemble une nouvelle syntaxe dans laquelle s’enchevêtrent îlots de végétation, voies ferroviaires, vestiges et land art. Cette ancienne cathédrale industrielle est ainsi devenue l’une des attractions majeures de la Rhénanie du Nord-Westphalie.

Reflets a lu : Correspondance passionnée

le 24 mars 2018. dans La une

Anaïs Nin, Henry Miller (Stock, 2007)

Reflets a lu : Correspondance passionnée

Passionnante cette Correspondance passionnée entre ces deux auteurs majeurs du siècle dernier. Une très belle lecture de « chevet » ce livre que l’on ouvre sans jamais le refermer, que l’on consomme par grandes ou petites touches succulentes. Immense plaisir de lecture pour les insatiables de l’amour et la littérature…

 

Extraits

Introduction :

« Voici, publié pour la première fois, le récit d’une amitié passionnée et d’une histoire d’amour littéraire qui a duré, malgré les obstacles, pendant toute la vie des deux écrivains. Tout avait commencé par un banal déjeuner dans la banlieue de Paris, à la fin de 1931, au cours duquel Anaïs Nin, jeune épouse du banquier Hugh Parker Guiler, toute prête à se lancer dans une aventure intellectuelle et physique, fut présentée à Henry Miller, l’écrivain gangster (comme le surnommait en plaisantant un de ses amis) qui allait fêter le 26 décembre son quarantième anniversaire. En apparence, tout les séparait, mais ils avaient une chose en commun : tous deux étaient des écrivains en herbe, profondément amoureux de la littérature. Après quelques mois d’échanges intellectuels très sérieux – dans les cafés parisiens, dans la maison des Guiler à Louveciennes, et dans un flot de lettres –, leur relation se transforma en une tumultueuse histoire d’amour.

[…] ».

 

Correspondance :

« Anaïs à Henry (Louveciennes, 2 mars 1932)

Henry

La femme restera éternellement assise dans le grand fauteuil noir. Je serai la seule femme que vous n’aurez jamais… Une vie trop intense diminue l’imagination : nous ne vivrons pas, nous ne ferons qu’écrire et parler pour faire gonfler les voiles.

Anaïs »

 

« Henry à Anaïs (le 4 mars 1932)

Anaïs

Trois minutes après votre départ. Non, impossible de le garder pour moi. Je vous dis ce que vous savez déjà – je vous aime. Voilà ce que j’essaie de détruire, encore et toujours. A Dijon, je vous ai écrit de longues lettres passionnées – si vous étiez restée en Suisse, je vous les aurais envoyées – mais comment aurais-je pu les envoyer à Louveciennes ?

Recueil de poèmes courts

Ecrit par Emmanuelle Ménard le 24 mars 2018. dans Ecrits, La une

Recueil de poèmes courts

Mots d’amour et d’hiver (13) : «  l’inventeur…

 

L’inventeur

a tout inventé

 

L’inventeur

a tout essayé

 

L’inventeur

n’a même pas pensé

que chaque heure

est une vie

qui s’invente

 

Chasseur de beauté

juif errant des musées

tes yeux partout

regardent

volent en éclat

pour prendre encore

Bertrand Cantat ; la fatwa ?

Ecrit par Martine L. Petauton le 17 mars 2018. dans La une, Actualité, Société

Bertrand Cantat ; la fatwa ?

Montpellier, un récent lundi de mars ;le Rockstore, scène mythique, affiche complet. Bertrand Cantat est à l’affiche. Dehors, une haie bruyante de manifestants siffle les spectateurs entrant, aux cris de – vous allez applaudir un assassin ; quelques fleurs et des photos de Marie Trintignant…

Drôles d’images mélangées ; retour de mémoire sur – 2003 – la mort de l’actrice sous les coups du chanteur à Vilnius, et 15 ans après - la justice, ayant, comme on dit, passé - ce tumulte de censeurs. Chanter après cette mort-là, comment y penser même ! vivre de sa musique (et donc de son métier), devenu une interdiction absolue. Parfum de fatwa, ou pas loin…

Cantat et son groupe Noir Désir ont honoré la qualité de la musique-rock, et au-delà, par les mots et leur engagement sociétal et politique, nos vies, dans les années 80/2000 ; ceci, pour situer le « phénomène » Cantat, autrement que par les pages people et les chroniques judiciaires. Ce garçon demeure musicien de métier, et ne sera rien d’autre, comme vous et moi avons des identités professionnelles et – au-delà – passionnelles. Alors, certes, et sans doute pour le restant de sa vie, sa personnalité c’est aussi Vilnius et – semble-t-il – une haute violence intrinsèque, qui concerne probablement ses séances chez son thérapeute… mais certainement pas le passant de la rue de Verdun à Montpellier, sa pancarte sur le dos…

Ce qui m’interpelle si fortement, dans cette actualité là, moi qui serais bien en peine de siffloter le moindre morceau de Noir et de Cantat, qui appartenaient plus à la génération de mon fils qu’à la mienne, ce qui fait mon malaise intense et résonne si désagréablement, ce sont d’autres images, parfois très anciennes, parfois d’hier ou d’aujourd’hui, ailleurs : Calvin tonnant à Genève, et imposant, au milieu des femmes en noir et sans bijoux, l’interdiction des loisirs et de jouer d’aucun instrument le dimanche, et, plus près de nous, les Talibans d’Afghanistan, fustigeant les musiques décadentes, dont bien entendu, le rock démon de l’Occident. Terrible charia qui recouvre Daech et ses califats, passés et à venir, qu’on découvrait, médusés, souvenez-vous, dans le film Timbuktu, décrivant le Mali privé de musique, la veille du jour noir de Charlie. Terrible et constante pulsion de censure, de rejet, de jugement, on va dire, « populaire », de guillotine symbolique, alimentés inextinguiblement par des réseaux sociaux surfant sur l’impunité.

Ce qui m’interroge et me révulse, finalement, c’est – encore ce côté « justice du peuple » – la façon dont on fait bon marché de la Justice, celle de Vilnius, d’abord, qui avait condamné le chanteur, évidemment,  celle de notre pays, en réponse aux différents appels, qui lui a fait purger sa peine, et, au bout de décisions qu’on peut supposer pesées et démocratiquement menées, a considéré qu’il pouvait retrouver la vie de tous les jours. Comment appelez-vous ça, sinon qu’il était libre. Depuis quand, « libre », chez nous, voudrait-il dire, vivre, mais… vivre, sauf, choisir ses activités, sauf, retrouver son métier, fusse-t-il la scène, sauf, chanter et se produire…

Che Bordello !

Ecrit par Jean-François Vincent le 17 mars 2018. dans Monde, La une, Politique

Che Bordello !

Oui, quel bordel (ce fut le gros titre de Il Tempo, sic !) que ces élections italiennes ! Aucune majorité claire ne s’en est dégagée… 229 sièges pour le M5S (Movimento Cinque Stelle), 124 sièges pour la Lega, 104 sièges pour Forza Italia (Berlusconi), 33 sièges pour Fratelli d’Italia et enfin 112 sièges pour la coalition de centre gauche emmenée par le Partito Democratico (parti de Matteo Renzi, avatar de l’aile droite de feu le PCI et de l’aile gauche de feu la Democrazia Cristiana) qui file le mauvais coton – à la Titanic – du PS français.

Quelles sont alors, sur le plan politique, les forces en présence ?

En premier lieu, l’on trouve le grand vainqueur de la consultation, le Cinque Stelle (5 étoiles), créé par le Coluche italien, Peppe Grillo, comique familier des shows télévisés, jadis primé pour une publicité qu’il tourna pour un pot de yaourt… M5S pratique une sorte de « et, et » transalpin ; mais au lieu d’être « et le centre gauche, et le centre droit », comme dans la France macronienne, ce serait plutôt « et les Insoumis, et le Front National ». Même populisme, même « dégagisme », « nous voulons tourner la page » a déclaré son nouveau leader, Luigi di Maio. Côté gauche, un « revenu de citoyenneté » universel de 780 euros par mois, à la Benoit Hamon ; et côté droite, un parti pris anti-migrants, « maintenant il est temps de se protéger, de rapatrier tout de suite les immigrés illégaux » avait écrit, il y a quelques années, Peppe Grillo.

Puis, en numéro deux, émerge la Lega, ex-Lega del Nord, parti anciennement séparatiste qui voulait une sécession de la Lombardie-Vénétie, le cœur riche et industriel de la péninsule, afin de faire advenir une « Padania libera », une « Padanie » libérée de ce Mezzogiorno, de ce sud pouilleux, si méprisé par le chef actuel de la formation, Matteo Salvini. Celui-ci, il n’y a pas si longtemps, avait lâché à l’endroit des habitants de Naples, en parlant à un compère : « Sens-moi cette puanteur ! Les chiens s’enfuient, c’est que les napolitains arrivent ! ». Désormais, changement de cap : on troque le racisme anti-méridionaux pour un racisme plus classique, anti-arabes et surtout anti-noirs. La nouvelle Lega se veut à présent nationaliste italienne, « Prima gli Italiani ! », Les Italiens d’abord ! Haro donc sur les migrants. « Il faut faire un ménage de masse, rue par rue, quartier par quartier » a vociféré Salvini, pendant la campagne. Le 3 février dernier, un drame a précipité l’ascension de la Lega dans les sondages. A Macerata, sur la côte adriatique, un forcené, Luca Traini, a foncé en voiture sur un groupe de réfugiés du Nigéria et du Mali, en blessant grièvement plusieurs, et ce, en guise de représailles contre Innocent Oseghale, un Nigérien accusé d’avoir assassiné une jeune femme. S’ensuivirent des manifestations monstres, à la fois des pros et des antis Traini. Conclusion de Matteo Salvini : « l’immigration est l’instigatrice de la violence ».

En troisième position, loin derrière, parvient le grand perdant – avec Renzi – du scrutin, la Forza Italia de Silvio Berlusconi, qui n’a pas réussi le retour qu’il espérait ; et tout à fait en queue de la droite, les Fratelli d’Italia (Frères d’Italie), ex-Allianza Nazionale de Gianfranco Fini, qui lui-même avait « défascisé » avec succès (à la différence de Marine Le Pen) le vieux Movimento Soziale Italiano du très mussolinien Giorgio Almirante, conseiller de Jean-Marie Le Pen, lors de la fondation du FN, lequel adopta le sigle du MSI, la fameuse flamme tricolore.

Une poupée dans la Ghouta

Ecrit par Sabine Aussenac le 17 mars 2018. dans Monde, Ecrits, La une, Politique

Une poupée dans la Ghouta

Sur un tas de cendre humaine une poupée est assise

Ou plutôt serrée dans les bras autrefois potelés d’une enfant.

C’est l’unique reliquat de la vie qui autrefois fut normale

Dans l’ancien verger de Damas. Quand l’oasis charnue embaumait

De ses fastes les paisibles villages où seul régnait l’ordre du châwî.

Là où était la beauté se tient, éventré, le désordre.

Là où palpitait l’eau vive, l’addân, les peupliers aux lignes accablées ne boivent plus que

Leur mémoire.

La poupée les a vus :

Les enfants aux yeux fixes tournés vers le ciel impitoyable, leurs petites mains encore

Suppliantes accrochées à leurs gorges de tourterelles suppliciées,

Quand le gaz faisait de leurs rires un enfer.

Les mères portant à bout de bras les bébés émaciés au ventre ouvert

Dépecé empli du déluge de fer de feu d’acier de sang, les mères portant le fruit de leurs

entrailles soudain réduit en charpie, piétas portant leur croix.

La poupée les a entendus :

Les bombes déchiquetant la nuit de leurs hurlements incessants les fracas sans nom

Des Maisons des immeubles des écoles des hôpitaux des fermes éplorées

Quand là où la main de l’homme avait forgé demain, soudain tout redevenait poussière

Du passé.

Les cris des vieillards aux djellabas rougies, les gémissements des mamans aux abayas

soudain empourprées, les pleurs des bébés aux linges vermeils. Puis

Le silence.

La poupée a de la chance car elle est protégée. Protégée par cette enfant

Survivante qui a caché les yeux de son jouet, car ce jouet est l’unique autre survivant dans

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