La une

RDT / 68 - Mai 68 : révolution, création, art…

Ecrit par Johann Lefebvre le 12 mai 2018. dans La une, Arts graphiques, Société, Histoire

RDT / 68 - Mai 68 : révolution, création, art…

En mai 68, l’expression artistique comme véhicule de la contestation et, d’une manière plus générale, du désir révolutionnaire, se trouve être à la jointure de deux lignées historiques jusque-là distantes, même si leur histoire sociale prend source, au cours du XIXe siècle, avec d’une part la « critique artiste » du capitalisme et, d’autre part, les différentes déclinaisons théoriques du marxisme. Ces dernières s’intéressent aux deux pôles essentiels qui articulent les modes de production modernes, à savoir l’aliénation et l’exploitation, et sont les plus entendues jusqu’à la fin de la première guerre mondiale et la révolution bolchévique, avec une pointe insurrectionnelle lors de la Commune de Paris. Elles constituent un ensemble complexe et varié, avec ses socialismes à géométrie variable, ses anarchismes à plusieurs branches ou ses syndicalismes catégoriels. Quant à la critique artiste, elle concentre davantage son propos sur les conséquences de l’aliénation et de l’exploitation, en particulier la transformation du décorum social et de la vie quotidienne, transformation générée par la marchandisation totale de toutes les zones de la vie, produisant à la fois falsification et séparation. Cette critique spécifique est d’abord la plus discrète, au sens où elle n’est déployée que par un groupe restreint de théoriciens et praticiens. Son apparition, c’est-à-dire son premier effleurement historique, est contemporain de la monarchie de juillet, elle s’attaque avant tout à un état d’esprit, à une morale, à une ambiance, et annonce déjà les attaques contre l’utilitarisme, la médiocrité des goûts bourgeois, les notions de confort, de réussite sociale, de carriérisme. Dans la pratique, elle invente les formes comme la bohème, le dandysme, avec la création autonome comme cœur de l’existence humaine, préfigurant à cet égard la notion à venir et toute proche d’art pour l’art.

Ces deux approches critiques vont progressivement converger au cours du XXe siècle. D’un coté les formes théoriques et pratiques du marxisme auront surgi réellement, mais dans l’ébauche et dans l’échec, et le processus de désintégration stalinienne (le marqueur étant la Hongrie en 56) va finir de déshabiller Marx sauvagement travesti en même temps que les conduits médiatiques, en plein essor, vont permettre la pleine diffusion des productions culturelles. Par ailleurs, dès la fin de la seconde guerre mondiale, l’intellectualisation de la jeunesse fait un bond en avant, les facultés de sciences humaines et de lettres connaissent un large succès, elles permettent des jonctions inédites, des transversalités entre domaines d’études, car elles contiennent le lectorat des théories naissantes : Benjamin, Adorno, Lefebvre, Marcuse, les situationnistes et autres avant-gardes, permettent un déplacement des lignes, et même si la critique qu’ils ventilent demeure d’inspiration hegelo-marxienne, elle ne peut plus, face aux nouvelles conditions existantes, s’arrêter au simple décorticage, maintes fois resucé, de l’exploitation généralisée, elle progresse sur le terrain de la vie quotidienne où une multitude d’aliénations nouvelles est en train de s’installer.

RDT /68 - 68 et ses affiches

Ecrit par Martine L. Petauton le 12 mai 2018. dans La une, Arts graphiques, Société, Histoire

RDT /68 - 68 et ses affiches

Des milliers d’affiches pour dire le monde et l’Histoire qui se fait… Celles de mai 68, qui ne les a encore au coin de l’œil ? (il paraîtrait qu’on se les arrache à prix d’or, en brocantes).

Je les ai retrouvées, exposées (trop petit nombre et surtout trop peu, voire pas, exploitées) aux archives de Montpellier. On comprend mal du reste ce parti pris de simple illustration, semblant ne mériter rien d’autre qu’un vague coup d’œil. Défraîchies, si fragiles (quand il s’agissait de rares originaux sous verre), le reste reproduit.

Assez petit format ; nous parlerions d’affichettes, à peine plus conséquentes que de gros flyers, aux couleurs et traits presque enfantins, mais tellement signifiantes entre slogan, banderole et message. Un discours bien autant qu’une image, presque un trait publicitaire parfois. Naïves, penseront certains ; pas du tout, profondément efficaces et inscrites dans l’époque, diront d’autres, presque sérieuses au fond. Fond d’air très soixante-huitard, que ces affiches en noir, rouge et blanc, couleurs hautement symboliques, avides de libertés de tous ordres, mais aussi réfléchissant une période d’abondance, montrant en creux, en la refusant, la société de consommation. Que de bonheur, finalement, dans ce monde si lointain du nôtre… L’affiche et 68 ; « sous les pavés la plage » et sur ses murs, l’image qui veut faire sens. Ne pas perdre de vue l’importance de la Chine de Mao, dans les imaginaires d’alors, ses dazibao – fresque murale portant message – en guise de langue politique.

Il faut souligner que communiquer en 68 – le nerf de la guerre en toute époque – ne pouvait comme maintenant s’offrir le Net et la fabuleuse machine des réseaux sociaux ; un 68 et ses face books ! imaginons juste un peu : le rapport au nombre, au temps, aux messages ; mobiliser en deux clics ! Mais également les risques, notamment en fake news ; cauchemardons aussi de ce côté-là…

J’ai compulsé, proposé parallèlement à l’expo, un livre intéressant sur « les affiches de 68 ». Des pages d’images ; aucun texte accompagnant, ce qu’on peut regretter ; mais quelle somme ! Toutes les stars y sont avec une tonne de pépites inconnues en sus. Toutes chronologiquement classables en ce Mai, une marque de fabrique, pas moins. Qui (au pluriel sans doute) pour dessiner ? imaginer ? façonner le message. Quelqu’un, quelque part, au début, a probablement donné le genre, appuyé à la fois sur les murs chinois ou d’Amérique latine, et sur les affiches proprement syndicales, et tout a suivi, reproduit aussi vite que les rotatives de ce temps, préhistorique face à nos imprimantes et leur vitesse de la lumière.

What I Know about Art (continued)

Ecrit par Ricker Winsor le 12 mai 2018. dans Ecrits, La une

What I Know about Art (continued)

We need skill ; there are technical aspects, but the important part, as I know now, is honesty, sincerity, purity, true feeling, those kinds of qualities. When you know art history from the Venus of Willendorf to the work of Cy Twombly, or Horace Pippin, or Pierre Bonnard, or Joan Mitchell, you will know this is true. Unfortunately, most people don’t know much about art at all and real artists suffer from that, being compared unfavourably to the slick practitioners who fill the commercial galleries all over the world. That’s why most artists give up, fall by the wayside or sell out, even the most talented ones.

At about the time I made my journey to see Ansel and find out about photography as Art, I met Herman Cherry, a first generation New-York School abstract painter and friend of David Smith, the sculptor, Ruben Kadish, the sculptor, Charles Pollock, Jackson’s brother, also a painter, and many more. He was part of the scene from the beginning and knew them all. I was twenty four when I met Cherry and he was fifty nine. We met through a mutual friend, Zena Voynow, a film editor who was the sister in law of Sergei Eisenstein, the legendary Russian film director, someone you study if you study film. We met in East Hampton, the most important place outside of New-York City for artists. Jackson Pollock had a studio there and Willem de Kooning whom I got to know.

My first wife, Melynda, and I were sitting on the veranda of Zena and Andrew’s house and some small crab apples came rolling off the roof and onto the veranda. « That’s Cherry » said Zena, and so it was. We hit it off immediately despite the fact that when he took us over to his house and showed us his new paintings, I said, innocently, « They look like what Frank Stella is doing ». Of course that is one of the worst things you can say to an artist, since artists, as I have mentioned, try like hell to let their own individuality come out, not someone else’s. Zena told me very quickly, pulling me aside, « Don’t ever tell an artist his work looks like someone else’s ». I remembered that.

I think Cherry appreciated my innocent honesty even if it hurt. At that time he was stuck as a painter, and not long after that he stopped painting for a number of years and wrote poetry, quite good poetry. He published a few volumes and was respected as a poet. From that point on I saw all of his life since we became good friends. I did some abstract acrylic paintings, small ones, which he liked and he was very appreciative of my photography. I became friends with his friends, Edie and Ed Dugmore were favourites and I still admire « Doug’s » abstract paintings very much.

Ce que je sais sur l’art (suite)

le 12 mai 2018. dans Ecrits, La une

Texte de Ricker Winsor (What I Know about Art), traduit par Jean-François Vincent

Ce que je sais sur l’art (suite)

Le savoir-faire est nécessaire ; il y a des aspects techniques, mais le plus important – maintenant je le sais – c’est l’honnêteté, la sincérité, l’authenticité du sentiment, bref, des qualités de ce genre-là. Quand vous connaîtrez l’histoire de l’art, depuis la Vénus de Willendorf jusqu’à l’œuvre de Cy Twombly ou d’Horace Pippin ou de Pierre Bonnard ou de Joan Mitchell, vous saurez que c’est vrai.

Malheureusement, la plupart des gens ne connaissent pas du tout l’art et les vrais artistes en souffrent ; car on les compare à ces praticiens chatoyants qui remplissent les galeries dans le monde entier. C’est ainsi qu’une majorité d’artistes – même les plus talentueux – abandonnent, rendent leur tablier ou vendent leur fonds.

A peu près à la même époque que mon voyage pour aller voir Ansel et connaître enfin ce qu’est l’art de la photographie, je rencontrais Herman Cherry, un peintre abstrait de la première génération de l’école de New-York et ami de David Smith, le sculpteur, de Ruben Kadish, autre sculpteur, de Charles Pollock (également peintre, le frère de Jackson) et de bien d’autres. Il faisait partie de ce groupe dès le début et les connaissait tous. J’avais vingt-quatre ans au moment de ma rencontre avec Cherry ; il en avait cinquante neuf. Nous nous sommes rencontrés par l’intermédiaire d’une amie commune, Zena Voynow, une monteuse qui était la belle-sœur de Sergueï Eisenstein, le légendaire réalisateur russe, quelqu’un que vous étudiez forcément si vous étudiez le cinéma. Nous nous sommes rencontrés à East Hampton, l’endroit le plus important pour les artistes en dehors de New-York. Jackson Pollock avait là un studio, ainsi que Willem de Kooning dont j’ai fait la connaissance.

Ma première femme, Melynda, et moi, étions assis dans la véranda de maison de Zena et Andrew, quand de petites pommes sauvages dégringolèrent du toit et tombèrent sur la véranda. « C’est Cherry », dit Zena, et, en effet, c’était lui. Entre nous, ça a fait tilt tout de suite, en dépit du fait que, lorsqu’il nous amena chez lui pour nous montrer ses nouveaux tableaux, je dis innocemment : « ça ressemble à ce que fait Frank Stella ». Bien entendu, c’était la pire chose à dire à un artiste, puisque, comme je l’ai dit, les artistes s’évertuent à faire éclore leur individualité, la leur et pas celle de quelqu’un d’autre. Zena me dit très vite, en aparté : « ne dis jamais à un artiste qu’il ressemble à quelqu’un d’autre ». Je m’en suis souvenu.

L’offense de notre mère, la terre

Ecrit par Jean-François Joubert, Claire Morin le 12 mai 2018. dans Ecrits, La une

L’offense de notre mère, la terre

Mes 30 ans ont sonné. Eh oui le temps passe et s’écoule entre nos doigts, en sable parfois fin, parfois grossier. Pourtant, nous sommes d’éternels enfants aux yeux scintillants des milles merveilles qui nous entourent, l’émerveillement à fleur de peau ; et à chaque fois heurtés brutalement, un trente tonnes qui nous rentre dedans, comme la première fois, quand survient la Mort, physique ou celle de nos émois.

C’est une mécanique bien rodée qui peut facilement tout broyer dans ses rouages. Elle nous rend parfois clowns tristes, voire pathétiques, avec l’humour et l’autodérision pour seules armes afin de contrer le sérieux autoritaire de ces gens cyniques qui éradiquent leurs semblables sans remords à grands renforts d’arsenic. Il me semble évident que Charlie, humain plein de bon sens, a trouvé la parade idéale pour dénoncer ces grotesques mascarades et les actes odieux de ces pantins sans âmes. Son remède est intemporel, thérapie par le rire.

En ces temps modernes dont tu parles et qui te posent question ; bien sûr que tu as, que nous avons le droit, surtout le devoir d’être heureux. Nous n’avons pas à passer notre temps à pleurer toutes les larmes de notre corps sur le passé ainsi que sur toutes les misères du monde, ce poids est bien trop lourd à porter seul(e). Ce n’est pas un élan égoïste loin de là, mais il faut aussi savoir se préserver un minimum, avoir conscience que dans cette vie parfois si dure, un grain de bonheur est bénéfique pour tous quand il se propage en traînée de poudre. Alors oui, je veux te voir sourire sans te retenir et qui plus est, en être fier.

En ces temps modernes où l’industrialisation, l’urbanisation, la condamnation, la digression ont la part belle, remplacent l’émotion pure ; nous restons authentiques, fidèles aux valeurs antiques ; et retournons à la nature. Ecole cynique, école buissonnière qui nous apprend à nous défaire des conventions sociales, de l’opinion publique ; au mépris des pseudos « bien pensants » dont nous faisons fi.

Nous progressons les yeux grands ouverts, peu soucieux de passer pour des cancres utopiques tant que nous apprenons les bonnes leçons, suivant nos instincts sauvages mais assagis par les meilleurs aspects de la nature humaine.

Là, quelques bouteilles jetées à la mer, pas de frontières, tout juste quelques balises rouge passion et vert espoir. Faut-il tourner à gauche ? A droite ? Je me sais parfois gauche, cependant je m’escrime à être de plus en plus adroite au fil des courants, des alizés.

Reflets du Grand Mai

Ecrit par La Rédaction le 05 mai 2018. dans La une

Reflets du Grand Mai

Mai 2018 s’ouvre donc 50 ans après l’autre, et quoi qu’on veuille en dire, partout, l’odeur de cet étrange et unique ancien Mai parfume celui-ci… et ceci, qu’on l’ait connu ou non, qu’on l’ait aimé, respecté, idéalisé, romancé même, ou conspué, voire détesté. Quand l’Histoire sonne à la porte, elle sonne…

C’est vrai – d’aucuns le diront – qu’on manifeste encore dans notre Mai, et que des étudiants arborent des banderoles, c’est juste qu’on récrimine de page de journal en page-web, et qu’on miaule à tout va sur ces réseaux que le grand frère de Mai ignorait – tant mieux, la démocratie est encore vivace, c’est incontestable que 50 ans après, la vraie vie, dans la cité notamment, continue. Mais, ne croyez-vous pas, pour autant, qu’aucun copié-collé ne saurait fonctionner entre ces deux Mai, ou si peu. L’Histoire avance par ricochets, jamais par similitudes absolues, ce qui n’enlève ni les valeurs, ni les leçons, formidable pont entre les deux rives.

Ce fut, dit-on, l’événement français entre tous, le plus photographié, et plus d’un beau livre éclaire en ce moment nos librairies.

« Reflets » – l’âge de la rédaction et les mémoires frétillantes de pas mal de rédacteurs y sont sans doute pour quelque chose – se doit d’y aller de son petit texte d’analyse historique, sociologique ou politique, pourquoi pas de son image inédite, et encore pourquoi pas, de ce qui se chantait en Mai…

Nous souhaiterions pouvoir émailler chaque « une » de Mai d’un de ces billets, voire plusieurs. Mais n’oublions jamais le titre de notre magazine : « Reflets du temps ». Forcément un peu déformés, colorés à part, nos reflets de ce grand Mai, pas seulement des chronologies, des faits, et basta. Autre chose ! Quoi de plus beau qu’un reflet, parfois si près du réel, en fait.

Alors, amis rédacteurs, anciens et nouveaux, amis lecteurs que le sujet emballe tout d’un coup ; à vos souris ! En avant pour – qui ose parler de commémoration ? – ces reflets du Mai passé tellement vivant en nous.

Quand la vérité blesse…

Ecrit par Jean-François Vincent le 05 mai 2018. dans La une, Actualité, Société

Quand la vérité blesse…

Opinion

 

Ilan Halimi, l’assassinat par Merah d’enfants d’une école juive, la tuerie de l’hypercasher, puis Sarah Halimi et Mireille Knoll… non ! Décidément, trop c’est trop ! L’embrasement – que dis-je ! – le déchaînement de l’antisémitisme en France nécessitait une réponse ; en vérité, une riposte. Mais de quel antisémitisme parlons-nous ? L’amalgame serait mensonge. Car il ne s’agit pas de l’antisémitisme en général, du vieil antisémitisme catholico-droitier qui renaît aujourd’hui dans des pays, d’ailleurs, sans Juif (Pologne, Hongrie). Non, l’antisémitisme qui tue actuellement est nouveau, il ne vient pas des mêmes groupes, il ne se réclame pas des mêmes références. Il se réclame du Livre.

La semaine dernière, paraissaient coup sur coup un livre et un manifeste : Le Nouvel antisémitisme en France, préfacé par Elisabeth de Fontenay, et un manifeste sur le sujet, paru dans Le Parisien, rédigé par Philippe Val, ancien patron de Charlie Hebdo et l’un des contributeurs de l’ouvrage susnommé. Le manifeste reçut 250 signatures prestigieuses. « Cette terreur se répand, lance-t-il en guise d’incipit. Les Français juifs ont 25 fois plus de risques d’être agressés que leurs concitoyens musulmans. 10% des citoyens juifs d’Ile-de-France – c’est-à-dire environ 50.000 personnes – ont récemment été contraints de déménager parce qu’ils n’étaient plus en sécurité dans certaines cités et parce que leurs enfants ne pouvaient plus fréquenter l’école de la République. Il s’agit d’une épuration ethnique à bas bruit au pays d’Émile Zola et de Clemenceau. Pourquoi ce silence ? Parce que la radicalisation islamiste – et l’antisémitisme qu’il véhicule – est considérée exclusivement par une partie des élites françaises comme l’expression d’une révolte sociale ». « Epuration ethnique », le mot cingle et choque la bien-pensance de gauche, qui, dans l’affaire, se sent morveuse.

Oui, désormais les Juifs ont peur, les Juifs partent. Laurent Joffrin, peu suspect d’islamophobie ou de dérive identitaire, précise : 60.000 alyoth (retours en Eretz Israël), soit – effectivement – 10% de Juifs franciliens. Oh, certes, il ne s’agit pas de ce qu’ont subi les Albanais du Kosovo, puis, après eux, des Serbes de ce territoire ; la réalité se fait plus sournoise, plus perfide ; ce sont les « sale juif » accumulés qui poussent parents et élèves à fuir les établissements scolaires publics, dans les quartiers dits « sensibles ». Ce sont les agressions, verbales ou physiques, qui vident certaines communes de leurs Juifs. Oui, épuration ethnique il y a bien.

Mai 68 : présentation de quelques représentations

Ecrit par Johann Lefebvre le 05 mai 2018. dans La une, Actualité, Société, Histoire

Mai 68 : présentation de quelques représentations

Le mois de mai 1968 est non seulement un événement, mais c’est aussi un avènement. La preuve en est que très souvent, dans les propos de ceux qui l’ont vécu, de près ou de loin, il est question d’un avant et d’un après. Ce qui peut cependant surprendre encore, malgré l’accumulation des documents, des témoignages et le recul historique, c’est que certaines représentations liées à ce printemps mouvementé sont toujours – car déjà à l’époque – le fruit de falsifications tenaces, d’illusions idéologiques coriaces et d’arrangements avec la réalité pourtant limpide de conditions parfaitement lisibles, puisque vécues, dès les années cinquante.

Beaucoup ont prétendu, et prétendent encore, sans peur du ridicule, que Mai 68 était imprévisible et inattendu, d’autant que c’est arrivé, disent-ils, à l’apogée d’une séquence socio-économique, appelée plus tard « les trente glorieuses », quand l’économie était en pleine possession de ses moyens, avec un chômage réduit, une production et une circulation optimales. Ce sont précisément ces conditions matérielles, dont la mise en place remonte au XIXe siècle, qui n’avaient pas pour autant altéré mais, bien au contraire, consolidé la société de classes, tout en maintenant les luttes révolutionnaires dans l’échec, qui vont produire dialectiquement leur critique et maintenir le motif révolutionnaire en tant que possibilité historique. Certains théoriciens, et particulièrement ceux qui tentaient de vérifier les éléments de critique sociale dans la pratique, avaient très tôt compris que les conditions étaient réunies pour qu’un tel mouvement, contestataire, insurrectionnel puis révolutionnaire, puisse surgir réellement, dans la vie quotidienne, et morceler l’ensemble des truquages du vieux monde. « L’histoire présente peu d’exemples d’un mouvement social de la profondeur de celui qui a éclaté en France au printemps de 1968 ; elle n’en présente aucun où tant de commentateurs se sont accordés pour dire que c’était imprévisible. Cette explosion a été une des moins imprévisibles de toutes. Il se trouve, tout simplement, que jamais la connaissance et la conscience historique d’une société n’avaient été si mystifiées » (1).

Les conditions matérielles, évoquées plus haut, avaient progressivement, depuis le sortir de la seconde guerre mondiale, évolué selon les modalités de la séparation, théorisée dès la fin des années 50 entre autres par les situationnistes et envisagée quelque temps avant par l’École de Francfort. Quant à Henri Lefebvre, référence notoire chez les étudiants de l’époque, connu par eux pour sa critique de la vie quotidienne et plus particulièrement pour son ouvrage La Proclamation de la Commune, il n’avait fait que reprendre bon nombre de thèses parues dans la revue Internationale Situationniste, ce qu’il reconnaîtra assez vite d’ailleurs.

Deutsch

Ecrit par Sabine Aussenac le 05 mai 2018. dans La une, Education

Deutsch

21 mesures pour réconcilier les élèves français avec l’apprentissage de l’allemand – petit texte écrit d’après les 21 mesures de Cédric Villani autour des mathématiques

1. Il conviendrait avant tout de mettre en place la liberté d’enseignement des langues vivantes dès l’école maternelle, réellement, pas simplement sur le papier (et ne pas favoriser les langues régionales et/ou les langues maternelles des enfants issus de l’immigration au détriment de l’enseignement de l’allemand, de l’italien, du russe…) : toutes les langues devraient être mises sur un pied d’égalité, chaque enfant devrait pouvoir apprendre l’arabe, l’italien, l’allemand, le bulgare, l’occitan… Dans chaque ville et village de France, chaque école se devrait d’accueillir les enfants au son des langues du monde. Sus à l’hégémonie de l’anglais, à la frilosité culturelle, et vive l’Europe !

2. Il faudrait ensuite permettre un continuum d’apprentissages de l’allemand dans le même sens, et permettre ainsi à l’élève ayant commencé une initiation à l’allemand en maternelle de continuer l’apprentissage de cette langue au primaire, puis au collège. Un élève changeant de région devrait pouvoir continuer à apprendre la et les langues choisies.

3. Enfin, il faudrait remiser le système des « bilangues » aux oubliettes et par extension ce fameux « primat de l’anglais », avec une LV1 anglais obligatoire et permettre un large choix de langues dès la sixième, comme c’était le cas il y a une vingtaine d’années encore.

4. Élargir par extension cet apprentissage à toutes les régions et à tous les niveaux coulerait de source, car c’est justement AUSSI dans les filières professionnelles que les élèves auraient intérêt à apprendre l’allemand, au vu de toutes les possibilités de stages et/ou d’emplois offertes non seulement outre-Rhin, mais aussi en Suisse…

5. Afin de favoriser ces apprentissages, il conviendrait de permettre dans toutes les académies l’enseignement de l’allemand en maternelle et en primaire par les enseignants du second degré, et ne pas réduire cette fonction à la pratique des professeurs des écoles qui, de façon pyramidale, n’ont eux-mêmes souvent pas bénéficié de l’apprentissage de l’allemand et ne sont donc pas aptes à l’enseigner. Ce n’est que par ce biais qu’une telle réforme pourrait progressivement gagner l’ensemble des écoles, collèges et lycées de la République ; c’est déjà le cas dans certaines académies dans lesquelles, justement l’allemand se porte mieux d’ailleurs…

What I Know about Art

Ecrit par Ricker Winsor le 05 mai 2018. dans Ecrits, La une

What I Know about Art

What are we doing here in this life anyway ? For a lot of people, a six pack of beer and a football game answer that question very nicely. For others it’s family, grandchildren, and community. To be an artist is to not be satisfied by those happy ways. To be an artist is to be an outsider looking in, like Thomas Mann’s « Tonio Kröger », a character to whom I related strongly as a teenager. All those material and social comforts are not for us.

An artist has to find his own way, driven to respond to his experience of life in the best way he can. As my teacher and friend Harry Callahan put it, to share « what I feel and have always known ». That is the motivation, to do something, say something, make something that is a deep expression of who you are and how you feel about this mysterious life. On the most basic level, the artist is someone who produces something, but to be called Art the thing produced must have special qualities attached to it. Skill coming from talent is appreciated by everyone, easily appreciated. Skill is important but, to my mind, other values are more important.

In the best work there is a sense of passionate intention, the desire to capture a feeling in whatever medium. I started as a photographer and the great photographers were able to do that. My heroes were Cartier Bresson, Danny Lyon, and Harry Callahan. I knew them all. But for me, the simple, direct approach of a reed pen drawing in india ink on paper and oil paint on canvas provided a more satisfying experience. So that is what I have been doing now for over forty years.

How did this all happen ? Why did it happen ? The oracle of Apollo in Delphi said in Greek, « Gnothi Seauton, Know Thyself ». It is a hard directive, easier said than done. For whatever reasons, this idea attracted me strongly from a young age. When young Holden Caulfield of « Catcher in the Rye », smack dab in the middle of teenage angst and confusion, went on a quest « to find himself » I related.

The affluent world I was in after WWII was not satisfying to me. And I noticed that it didn’t seem to make the adults I knew very happy either. It certainly didn’t solve the problems of our family, something I wrote about extensively in my book, « The Painting of My Life ».

What did make sense was my father’s clever and skilful cartoons, his writing, my mother’s excellent painting, the painting of my sister Mary, and the good reproductions of Van Gogh paintings on the walls of our house, La Berceuse and Boats at Saintes-Maries-de-la-Mer, as well as my father’s black and white photographs. Our neighbour Rowl Scherman was a teen idol with the guitar and later a fine photographer working for Life Magazine. A book and a film about him came out in 2016 : Eye on the Sixties : The Iconic Photography of Rowland Scherman. His brother Tom was exceptionally talented in drawing and went on to work at Disney. Down the street, a woman twenty years my senior, Lee Schoenburg, was the editorial director at Magnum Photos. We became lifelong friends. My godfather, Paul Rhymer, wrote over three thousand episodes of Ma Perkins, one of the most popular shows on radio before television took over. He is considered one of the great American humourists of the twentieth century, in a class with Will Rogers. That is a whole lot of background, something I haven’t mentioned before.

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