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LES DURIN, LA SAGA 8 et Fin

Ecrit par Patrick Petauton le 17 mars 2018. dans La une, Souvenirs, Histoire

LES DURIN, LA SAGA 8 et Fin

Une progression sociale figée

 

Un jeune couple qui s’installe dans une exploitation agricole est toujours soumis à un choix un peu délicat : fermage ou métayage ?

La première alternative, qui peut sembler plus intéressante, car elle permet en fonction des aléas de la récolte de produire des bénéfices plus importants et laisse aussi une plus grande part de liberté, n’est, à vrai dire, pas dénuée de risques importants, car elle nécessite un investissement de départ en argent. Il faut donc très souvent emprunter sur une durée réduite ; mais pourra-t-on rembourser ?

Aussi beaucoup, prudents, optent pour un métayage basé sur le partage des produits récoltés et des bénéfices réalisés, solution qui peut sembler idéale pour qui ne roule pas sur l’or.

Qui dit partage, sous-entend honnêteté, ce qui très souvent n’est pas la vertu principale des propriétaires. Petits bourgeois aisés et sans scrupules, ils exploitent facilement leurs métayers qui presque toujours analphabètes, et ne sachant guère compter, sont des proies faciles. De plus le contrat toujours profitable au bailleur, qui peut refuser son renouvellement, voire l’annuler sans préavis, impose au locataire un certain nombre de travaux corvéables : fourniture et transport de bois de chauffage, entretien du jardin du propriétaire, réfection de certains bâtiments…

Pourtant fils de fermier, Jean Durin enfant se devait d’occuper, dans l’église du bourg, la chaise capitonnée de sa riche patronne, les dimanches où elle n’assistait pas à l’office. Devoir qu’un jour il oublia, préférant aller musarder à quelques jeux de son âge. La Dame rapidement informée convoqua les parents et les menaça de renvoi. Encore au tout début du XXe siècle les propriétaires ne plaisantaient pas.

Métayers durant quatre générations, les Durin devront attendre Jean-Baptiste et Marie Bourgeon, parents de Jean Durin, pour devenir fermiers, accédant ainsi à une relative ascension sociale.

En 1919, et bientôt suivis de leur fils Jean, vivant, mais blessé et brisé par une guerre inutile et cruelle, ils quitteront définitivement La Garde pour devenir propriétaires d’une exploitation à Teillet-Argenty, réalisant ainsi le rêve récurrent et toujours inassouvi de leurs ancêtres. Tombé sous les balles ennemies quelque part en Macédoine, Antoine,le second fils, ne partagera pas cette accession tant méritée à la propriété. Quant à Marie-Louise, la sœur, elle épousera un paysan de Lavault-Sainte-Anne, en surplomb du cher…

Cette stagnation de la progression sociale fut surtout liée à l’absence quasi totale d’instruction chez les gens de la terre, et à l’impossibilité de l’obtenir ; nulle école dans nos campagnes. Qui sait lire, écrire et compter, à part quelques bourgeois devenus châtelains qui règnent en maîtres et méprisent les paysans.

Le retour, de Harold Pinter au Théâtre de l’Opprimé à Paris

Ecrit par Valérie Debieux le 17 mars 2018. dans La une, Arts graphiques

du 21 au 25 mars 2018 pour 5 représentations

Le retour, de Harold Pinter au Théâtre de l’Opprimé à Paris

Beaucoup de choses ont été écrites à propos de Harold Pinter : on dit souvent que ses pièces sont métaphoriques, particulières, difficiles et aliénantes, mais elles sont surtout très réalistes, et le « réalisme théâtral ne peut s’obtenir que par le sacrifice de la réalité ». Pinter a toujours compris que l’humanité était un profond mystère et que son travail, en tant que dramaturge, n’était pas de fournir des réponses, mais de dépouiller toute chose, jusqu’à ce que, de façon inattendue, quelque chose soit révélé… Pinter était un grand poète, il était capable de regarder la réalité et de la distiller avec ses mots de façon âpre et percutante. Plutôt que de raconter des histoires, il aimait surtout rendre compte de ce qui pouvait se passer sur le moment présent, dans un lieu précis, et surtout dans une pièce… Dans son écriture, ses mots peuvent résonner en même temps de façon hilarante et horrifiante. Pour Pinter, les personnages ne peuvent jamais être égaux et il est toujours question d’une lutte de pouvoir entre eux, et dans sa pièce de théâtre Le Retour, il n’y a rien en dehors des murs de la pièce où se déroule l’action et les gens disparaissent quand ils quittent la scène… Il y a un vide étrange et le spectateur est dans ce vide qui le rend inconfortable. Harold Pinter aime le silence… et les non-dits, car « c’est dans le silence que les personnages acquièrent pour lui le plus d’importance ». « Pour Pinter, l’espace de vie est de ces mots qui riment avec le ventre utérin et peut-être aussi la mort : “the room is the vomb is the tomb“ ». Toute la problématique de sa dramaturgie consiste à mettre en scène la place que l’Homme occupe dans l’Univers. « L’homme forge son propre destin en devenant son propre bourreau » et ce, toujours dans une forme de huis clos où les mouvements de dissidence règnent en maître.

Le retour est une pièce au verbe violent et cruel. Tout se trame autour de Ruth. Les hommes se battent tous pour elle, mais c’est elle qui définit les termes de son propre avenir et qui décide comment elle veut que ça se passe. Toutes portes closes, le fil de la trame se déroule à l’intérieur d’une maison sise au nord de Londres, en conciliabule familial, où « la parole, les rapports entre les êtres de cette même famille qui “forment un tout” sont âpres et tranchants, scellés de gouffre et de silences ; autant de troubles affectifs liés à l’expression des sentiments, propres à chacun, selon une histoire souvent bien commune ».

« Mes personnages possèdent une force d’impulsion qui leur est propre. Je ne dois pas forcer un personnage à parler là où il pouvait se taire, à le faire parler d’une manière dont il ne parlerait pas, de quelque chose dont il ne parlerait jamais (…) c’est de ces caractéristiques que naît un langage. Un langage, je le répète, où autre chose est dit sous ce qui est dit » (Harold Pinter).

Mystère de feu, notre galère

Ecrit par Jean-François Joubert le 17 mars 2018. dans Ecrits, La une

Mystère de feu, notre galère

Allo, qui est là, sur Terre. Toi, assis sur le cul de l’univers tu te crois supérieur aux autres mammifères, seulement, voilà, tu es misère taille de guêpe, face au cosmos, alors on va écrire une histoire, pas mon histoire, notre histoire, deux êtres humains face à face, deux pays, sans gêne, nous partageons une passion, l’art, pas le dollar, ni le dos large, face à face, pile ou farce, kig ha farz, là je déconne mais entrons simplement dans la zone de décombre de notre monde, trop de monde y respire, et je suis fou de le dire. Un conte de fée commence toujours par il était une fois l’évolution, moi, qui suis-je au fond ? Une urne vide, je sais que je ne sais pas grand-chose, un peu d’un autre millénaire, né une année exotique, tic, tac la montre avance, j’aime écrire, toi tu livres tes toiles sur l’écran de ma mémoire. Elles sont là, je regarde, je voyage, vers un autre monde, l’art pictural, l’art rupestre, l’art majeur de l’Humanité, l’art que je ne peux imaginer, alors prenons le train en marche, pas le président de la république, ce que je sais c’est qu’on avance vers l’extinction et l’éviction du monde, celui de mes vingt ans, ah tu n’es pas d’accord ! Tu voles de miles en miles dans un oiseau de feu, nom de dieu ne te casse pas la pipe, nous fumons, car un être un jour de notre race commune a gravi un sommet, trouvé le feu, et nous, tranquilles maintenant sans gravir de montagne, paf une allumette, un bric-à-brac de sobriquet et nous allumons notre tabac, mais j’ai les yeux lumière de la mer qui entoure les côtes de mon village de naissance Brest, où je reste bloqué depuis des lustres.

Digression, mon ami petit, j’ai jeté un regard de traviole, de travers, dans un microscope, pas pour disséquer une grenouille, ça je refuse de le faire en classe, sortez me dit-on, il fait froid dehors, mais je suis fier et chaud dedans, non faut pas faire crever le croque-madame, non je me souviens de ce refus, car je ne suis pas un exterminateur de cette extra-terrestre, de ce petit bonhomme vert, non, la grenouille j’irai pas y deviner l’avenir, je m’en tape une côte de granite ! Attention, tu es chaud Stéphane, maintenant, nous entrons dans le vif du sujet, ce fut mon premier porno, un microscope pour voir la copulation de la plus grande population de notre Terre, le plancton, notre oxygène. Surprise, je naviguais par hasard, à Ifremer, et moi ventre et yeux avides de découvertes du haut de mes quinze ans, je vois un homard dans une cage pleine d’eau, à l’étroit, un aquarium à souvenirs, un vin fin, pas une marée de caviar, sais-tu toi Stéphane, mon ami du pays au ventre froid, connais-tu le parfum d’une marée noire, je n’entre pas en polémique sur l’immigration, dans mes cauchemars récurrents les êtres portent des masques couleurs de l’arc-en-ciel, du vert, du jaune, du rouge, et puis j’oublie toujours les autres noms de couleur, la douleur accompagne ma cervelle, ballade, allez du zinzolin, comme cela je vais paraître zinzin, je me tais. Chut, ça danse dans ma tête, cet artifice, jamais je ne pouvais imaginer que j’allais entrer dans un gros mot au pays qui me récupère, ma mère patrie, deux rapatriements sanitaires au compteur, trois si on compte le véhicule infirmier qui m’a ouvert les portes d’une piste d’aviation versus ministre, comme les deux cents ans qui me séparent de mon arrière-grand-père, tailleur de pierre. Cet être a écrit son nom au Tromeur, un patronyme que je porte anonyme, Joubert, sur une pancarte, en créant une confusion sociale, il a ouvert sa gueule en 1905 et créé un syndicat pour vivre du fruit de son travail, ses mains d’or, moi piètre orpailleur de passage en Guyane, je ne cherchais rien, vu de la Terre, mystère, bref, je stop là, las, non, lasso, tomberas-tu dans mon filet, ma nacre, mon opale, ma Bretagne. Je t’y invite, attention pas de mouette, de chouette-hulotte, seulement des oiseaux de passage, et moi un enfant sage, tu me crois, et taiseux au regard nu. Un sacré culot d’ouvrir ce débat sur notre culture de la révolution, Français par inadvertance, si je t’écris ces mots crus, que je dis ce que je pense sincèrement, c’est que j’ai paumé une confiserie, déposé mon sac de marin à une iode, usé par le manque de savoir, en me disant deux rapatriements sanitaires, et un avion qui attend ma présence, c’est pas mal comme curriculum vitae, j’habite un pays sonore, une insulte communautaire, qui m’isole et m’assomme, comme les anciens abusaient de la drague à coups de gourdin, nom de dieu, j’ai une camisole de force dans les pattes, pas la patate, ami avance, peints, écris, fais-moi vivre, là je suis un crève-cœur, une douleur à sec de toile, ce qui ne fait pas avancer mon tableau, façonne le tien, arrive dans cette lettre sans timbre mais qui sonne espoir, j’ouvre les consonnes, le débat, la balle est chaude, à toi la parole, moi je sors du sujet, mais rebondis car j’adore l’idée de construire ce truc épistolaire, sans pistolet for me. En compagnie d’un fusil je rate un bananier, alors près de nids de pie, j’ai une utopie, une vraie, elle me tient en vie, connaître la paix du citron, je suis cigale et fourmi, un être double. Je te passe le microphone, parle-moi de tes blessures, moi, j’ai juste une fissure, j’aime une femme lointaine, et grande, sinon je serais une morsure de vipère, père l’a eu, il s’est tu, et délivré de son manque de tendresse d’un coup d’adresse, sur l’estran de vase, donné la mort, la morsure du temps, marin d’Etat, sur la grève, la plage qui conduit ma vie d’eau, et d’Océan, devenu une baleine, allez stoppons les balivernes, réponds à ma question, connais-tu la mer qui peuple les nuages de notre Finistère ? Viens mon ami, la route est touristique, son nom le pays du Léon.

Et ces mots essaimés au haut des monts

Ecrit par Gérard Leyzieux le 17 mars 2018. dans Ecrits, La une

Et ces mots essaimés au haut des monts

Et ces mots essaimés au haut des monts

Ils s’immobilisent au fil dithyrambique des amours

Jusqu’au mutisme ils défi(l)ent en invocation des sons

Syllabe erre sur terre à la recherche de son partenaire

Forme solitaire émerge du désert. Un appel à plaire

Pendent alors aimés mots de tous ces jours assommés

Cri soudain d’oiseaux sur l’émotion de l’attente

Rien ne se voit sinon l’arrondi du dit si beau

Son œil enregistre la trace de la colline démontée en vallée

Pendant que le geste ex/imprime lettres en guirlandes

Encore une farandole de mots semés de long en large

Ils sont émis informes et gondolent leur apparence sous l’expression de la pensée

Mots essaimés puis malmenés jusqu’au débouché du rejet

Où langues s’emmêlent en une respiration commune à tout échange

Qu’est-ce que la « race » ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 10 mars 2018. dans La une, Société, Littérature

Qu’est-ce que la « race » ?

La question, dans le politiquement correct marmoréen qui impose sa chape de plomb à la pensée, est en soi iconoclaste : la « race » étant un non être – offensant, par définition, les chastes oreilles antiracistes – il en devient tabou ; le simple fait de l’utiliser rend suspect…

Certes, la biologie a démontré l’inexistence des « races » ; mais, au-delà de la théorie, quid de la réalité concrète ? De la représentation que s’en font les uns et les autres ? Bref, pour employer un – détestable ! – néologisme, quid de la « racialisation » des mots et des comportements ; autrement dit, le fait de réintroduire le vocable proscrit, d’une quelconque manière, dans le réel ?

Au lieu de bannir la « race », mieux vaut l’interroger, pour mieux en dégager le signifié.

Le livre de Toni Morrison, prix Nobel de littérature 1993, The origin of others (non encore traduit), publié en 2017 aux Harvard University Press, en fournit l’occasion. Pour Morrison, la « racialisation » se résume à un phénomène d’« altérisation » : rendre le « racialisé » autre, différent de la « norme » blanche. Le racisme précède donc la « race » ; il la suscite même à des fins d’autoprotection, « la nécessité de faire de l’esclave une espèce étrangère, écrit Morrison, apparaît comme une tentative désespérée de confirmer sa propre normalité. L’urgence à distinguer entre ceux qui appartiennent à l’espèce humaine et ceux qui sont décidément non-humains, détourne les projecteurs, en les braquant sur non l’objet ainsi déchu, mais bien sur l’auteur de cette déchéance ».

Cette non-humanité de l’« altérisé » s’observe aisément dans le Code Noir, par exemple. Promulgué en 1685 par Louis XIV et préparé par Colbert, ce code, censé régir les rapports entre maîtres et esclaves, définit ces derniers comme des « choses », des biens meubles et non pas des personnes. Des meubles ou des animaux, comme on voudra. Le « nègre », en tout cas, ne saurait être « comme nous ». Ma propre nourrice, qui veilla sur moi pendant ma prime enfance, dans les années 60 – une sainte femme, totalement apolitique – m’apprenait à décliner en français les noms des différents types de bêtes : un lion, une lionne, un lionceau, et, pareillement, un nègre, une négresse, un négrillon…

Toutefois, la « race », n’est-ce que cela ?

L’ethnographe soviétique Julian Vladimirovith Bromlej décrit, dans la revue allemande Gesellschaftwissenschaften (4,1978), ce qu’il nomme « die ethnische Selbstbewusstsein », la conscience de soi ethnique. Il s’agit d’un ensemble de composantes, dont la langue, la communauté de destin (en particulier face aux persécutions), la religion, la nationalité juridique, sans oublier le phénotype. Ce dernier mérite que l’on s’y arrête un instant ; car si le génotype – le patrimoine génétique – ne diffère pas selon les individus ou les groupes, le phénotype – l’apparence, l’expression obvie du génome – (tout aussi héréditaire que le génotype) s’articule, lui, en – au moins – trois entités distinctes : les négroïdes, les « caucasiens » et les mongoloïdes. Catégories non pas biologiques, mais anthropométriques. Remplacer « race » par « phénotype » permet donc de sortir du politiquement incorrect, tout en restant fidèle à la fois à la réalité empirique et au ressenti de chacun.

Psycho-histoire : « L’expérience » de Milgram

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 10 mars 2018. dans La une, Société, Histoire

Psycho-histoire : « L’expérience » de Milgram

Je pense que peu de personnes – jeunes notamment, et n’ayant pas fait d’études de psychologie, de sociologie, ou d’histoire – ont entendu parler de ce qui eut lieu, dans les années 1960-1963, aux États-Unis, et qui fut présenté comme une « expérience » fondée sur des « tests psychologiques », tout ceci sous le couvert d’annonces dans un journal (afin de trouver des volontaires), et en présence de nombreuses « blouses blanches », un peu équivalentes – d’une certaine façon – à celles que l’on pouvait trouver dans un hôpital, ou une clinique. J’ajoute le fait que le très bon film français I… comme Icare, réalisé par Henri Verneuil, avec Yves Montand dans un rôle d’un procureur (un Attorney aux Etats-Unis) – une sortie en salle en 1979 –, reprit les bases de cette « expérience » ; on y trouve notamment une scène célèbre où le « bourreau » potentiel (je m’expliquerai plus loin) finissait par essayer de souffler de bonnes réponses à la « victime » (même chose), tout en lui envoyant des décharges électriques, en raison des réponses non… « valides » du second… Mais, que s’était-il donc passé dans le cadre de « l’expérience » réalisée par Stanley Milgram ?

Ma toute première connaissance personnelle de confrontation au comportement d’êtres humains face à l’obéissance à l’Autorité – puisqu’il s’agissait de cela – eut lieu lors de mes études. Etudiant en Histoire à l’Université des Lettres et Sciences Humaines de Clermont-Ferrand, j’avais eu le privilège d’assister à une conférence de Max Gallo sur le fascisme italien (dont il fut l’un des grands spécialistes), un cours d’une durée d’environ deux heures au cours duquel il nous raconta, notamment en liaison avec le slogan fasciste « Mussolini ha sempre ragione » (Mussolini a toujours raison), face à notre amphi pétrifié, ce qui s’était produit lors de ces fameux « tests » américains du début des années 1960. Je vais y venir, mais je dois vous dire d’abord que mon traumatisme fut si grand que, dès les débuts de mon professorat d’Histoire, j’avais – chaque année, en terminale, puis en première – raconté, et fait réagir mes élèves (stupéfaits, eux aussi…) sur ces éléments extrêmement troublants. Exposons donc rapidement les faits. Il s’agissait de ce que l’on appelle depuis « l’expérience de Milgram », Stanley Milgram (1933-1984) était à l’époque un psychologue américain, qui organisa ces « tests », dans le cadre de l’Université de Yale (à New Haven, Etat du Connecticut). Il voulait mesurer le degré de soumission à l’Autorité, mais pas n’importe quelle autorité… Ces « tests » furent présentés comme une sorte d’expérience d’apprentissage sur la mémorisation. Les volontaires (« bourreaux » potentiels, totalement ignorants qu’ils seraient en réalité les cobayes de l’expérience) étaient rétribués et issus de milieux sociaux et culturels diversifiés. Il n’y avait que des hommes, entre 20 et 50 ans. Les « victimes » et les représentants de « l’Autorité » étaient tous – ce qui est fondamental – des comédiens professionnels. Des questions, sur des listes de mots à retenir, étaient posées aux « victimes » potentielles, attachées à un siège muni d’électrodes, et, en cas de réponses fausses, le « bourreau » devait sanctionner la « victime » par une décharge électrique de plus en plus forte au cours du déroulement de l’expérience ! C’était la « règle »… définie par l’Autorité… 636 « bourreaux » potentiels furent testés. Alors, tenez-vous bien… En effet, si les électrodes avaient été vraiment branchées, plus des 2/3 des « bourreaux » cobayes seraient allés jusqu’à une obéissance maximale – occasionnant ainsi des lésions plus ou moins graves, ou même, dans un certain nombre de cas, le décès, pour les « victimes » !

Duisbourg ma jolie ville en barque sur le Rhin… (partie 1)

Ecrit par Sabine Aussenac le 10 mars 2018. dans Souvenirs, Ecrits, La une

Duisbourg ma jolie ville en barque sur le Rhin… (partie 1)

Elle tourne, la « Nana » de Niki de Saint-Phalle, inlassablement, au-dessus de sa fontaine, au centre de la plus grande rue piétonne de Duisbourg, la Königsstraße, observant de ses rondeurs bariolées la grande échelle dorée du centre commercial « Forum » s’élevant bien loin de ce temple de la consommation, contrastant presque brutalement avec les grisailles du temps rhénan et avec les suies recouvrant encore souvent la brique de cette grande ville industrielle que bien peu de Français connaissent… Le grand oiseau, dénommé Lifesaver est devenu au fil des ans l’attraction majeure d’une « promenade des fontaines » cheminant à travers la ville (Die Brunnenmaile), éclipsant presque de façon emblématique l’aigle du véritable blason de la ville…

Bien sûr, on se souvient du commissaire Schimanski qui avait fait les belles heures de la Cinq, héros récurrent de la célèbre série Tatort ; plus récemment, de cette « Love Parade » de sinistre mémoire, avec ces jeunes vies fauchées par la foule ; et ceux qui ont connu ce temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître avaient sans doute appris que Duisbourg était le plus grand port fluvial d’Europe (devenu aujourd’hui le premier port intérieur mondial)… Mais sans jamais, je suppose, avoir l’idée de partir en vacances ou en week-end pour visiter cette capitale de la sidérurgie plus réputée pour ses hauts-fourneaux que pour ses monuments ou sa gastronomie…

Cependant, gageons que nous ferons mentir les paroles de cette chanson parodique en appréhendant au fil du Rhin l’âme de cette superbe cité… Ja, dat is Duisburg – hier will einfach keiner hin dat is Duisburg – und dat macht auch keinen Sinn, Du musst schon hier geboren sein, um dat zu ertragen, allen Zugezogenen schlägt Duisburg auf'n Magen… (Oui, c’est Duisbourg – personne ne veut y aller, et cela n’a aucun sens… Tu dois être né ici pour pouvoir le supporter… Toutes les personnes qui vont y habiter sont prises de nausées…)

Car Duisbourg l’industrieuse, Duisbourg l’industrielle, Duisbourg, cœur de la mégalopole Rhin-Ruhr, jouxtant presque sa voisine plus policée et bien plus achalandée Düsseldorf, est en passe de devenir un nouveau Berlin, avec ses nouveaux quartiers branchés, ses scènes culturelles innovantes, ses musées à l’incroyable richesse et surtout avec la transition écologique de qualité qu’elle a su proposer, malgré la crise.

Bien sûr, les pisse-vinaigre vous rétorqueront d’un ton grinçant que la qualité de la vie ne fait pas tout, que certains projets architecturaux sont restés en friche, que les écoles peinent à recruter des enseignants, que les rues sont peuplées de personnes issues de la diversité (vous comprendrez que j’édulcore la façon qu’ont les contempteurs de migrants et de personnes des classes sociales défavorisées de dépeindre leurs peurs de l’Autre…) et de détenteurs du fameux Hartz IV, l’aide sociale dispensée d’une main de fer par Angela… Mais les habitants eux-mêmes, soutenus par le fringant club de foot de la ville, s’engagent pour faire mentir les frileux…

Reflets des Arts Pierre Fournel à Montpellier

Ecrit par Martine L. Petauton le 10 mars 2018. dans La une, Arts graphiques

Reflets des Arts Pierre Fournel à Montpellier

« La promenade » à l’ombre des platanes et du jeu des jets d’eau, entre Corum et Comédie. Passage obligé pour tout amateur d’art ; le fabuleux Musée Fabre au bout, et le Pavillon Populaire, faisant de Montpellier une très grande place d’expos photos. Discrète, presque en retrait, une petite salle – l’espace Dominique Bagouet – accueille des moments de rencontre entre artistes – leur œuvre mais aussi leur parole – et public. Nous sommes en Montpellier, et la tradition gratuité joue à plein, et il ne suffira pas de ce billet pour faire entendre l’infinie gratitude que tout citoyen ressent là.

Cette saison, de fin décembre au début avril, le détour, la visite toutes affaires cessantes, s’impose autour des œuvres de Pierre Fournel, un Pierre le Grand, assurément !

Ce très jeune vieux monsieur (né en 1924) est le dernier représentant d’un groupe de peintres « Montpellier-Sète ». Fil rouge entre des œuvres par ailleurs différentes, le Languedoc, le littoral, la garrigue. Originaire de Rodez comme l’immense Soulage, aujourd’hui vivant en Castelnau, aux bords du Lez, « aux pieds des arbres de Bazille », autre géant.

Fournel est pour moi, en ce jour d’hiver – et les lumières du dehors ont toujours leur rôle à jouer sur nos émotions du dedans – un parfait inconnu, et après ma visite – enchantée – devenu un repère artistique ancré dans mémoire et tissu émotionnel. J’ai simplement écrit sur le livre d’or ce « Qu’est-ce que j’ai aimé !! » qui dit tout et le reste.

La technique est sûre, professionnelle à l’appui d’études à l’école des beaux arts de Paris, puis d’une trajectoire d’enseignant à Montpellier. Mais celle utilisée dans cette expo Errances et Itinérances, interpelle puisqu’il s’agit de panneaux de bois habillés de sable et de résine. On aimerait savoir, et bien plus, voir comment « ça marche » cet alliage, son bâti, son temps (on suppose sans être savant que le temps est de premier plan dans l’affaire), mais comme dans toute haute cuisine gastronomique, on nous laisse seulement une sorte de goûté, le voir, le humer presque, hélas, on nous interdit ce toucher qui pourtant nous titille. Mais… le miracle de l’alchimie.

La tonalité – sa note première, comme on dit en parfum, est dégradés de beiges, blancs cassés, marrons peut-être Sienne, chaleureux et prenants ; quelques touches de différents bleus se nommant évidemment Languedoc. Un cercle « chemins sauniers » de 1975, prend d’entrée l’œil, certes, mais bien autant notre rapport au sol, somptueux paysage de mer, de ciel, de terre. Le « site cathare » bien plus sombre, élancé dans sa géographie spirituelle, dit tout de ce pays entre Aude et Ariège, sa sauvagerie, ses signaux historiques. Quant à ce « Jérusalem » 1987 que le Conseil départemental de l’Hérault conserve jalousement, on y contemple l’Orient, mais aussi l’Arabie et notoirement le Yémen. Alors, le sable, ses grains et leurs palettes infinies, leur relief, leur architecture pour ainsi dire, le sable là, est une évidence.

LES DURIN, LA SAGA 7

Ecrit par Patrick Petauton le 10 mars 2018. dans La une, Souvenirs, Histoire

Le Cher, un allié dont il faut se méfier

LES DURIN, LA SAGA 7

L’actuel randonneur qui chemine sur les chemins escarpés des Gorges du Cher, pourrait penser que la rivière que n’enjambait aucun pont fut une barrière presque infranchissable entre les villages des deux rives, et limita fortement les contacts entre leurs habitants. Cela serait une grossière erreur, comme le prouvent les mariages assez fréquents par le passé entre les Lignerollais et les habitants de Saint-Genest ou de Sainte-Thérence qui n’eurent jamais peur de se mouiller les pieds…

Ainsi Jean Petauton, mon lointain ancêtre, venu de Saint-Genest un peu après la Révolution, franchit la rivière pour épouser Elisabeth Chicoix et s’installer à Lignerolles comme vigneron.

Semblablement, les ravins du Cher qui nous semblent de nos jours sauvages et déserts représentaient autrefois des lieux d’activité et de passage importants et fréquentés. Chaque parcelle était cultivée et de nombreux chemins serpentaient dans les côtes et longeaient le cours d’eau.

Indispensable, cette rivière, car les hommes de la terre devaient passer par elle pour transformer les céréales en farine dans les moulins hydrauliques installés sur ses berges, et la profession de meunier souvent héréditaire et très ancienne fut longtemps présente à Lignerolles comme l’atteste son blason représentant trois roues à aube.

L’ancien cadastre de 1814 mentionne sept moulins sur la commune de Lignerolles. Tous disparaîtront, concurrencés par les grandes minoteries électriques du début du XXe siècle.

Si les premiers Durin confient le grain au proche moulin de Labique pourtant situé à Sainte-Thérence sur la rive opposée, mais dont un batelier assure le transport de la marchandise vers l’autre berge ; leurs descendants doivent se rendre au moulin de Prat un peu plus en amont, car le meunier de Labique a réduit sa pratique à la seule commune de Sainte-Thérence.

Emportant tout dans leur colère, soudaines et parfois imprévisibles, elles font trembler les riverains, ces crues du Haut Cher, tant elles peuvent être terribles. Malheur aux bestiaux trop près du cours d’eau, ils seront emportés par le courant. Une passerelle construite dans le méandre de Labique se révéla très pratique mais n’eut qu’une durée très éphémère, la première crue la détruisit sans merci, ne laissant que quelques traces encore visibles de nos jours.

Recueil de poèmes courts

Ecrit par Emmanuelle Ménard le 10 mars 2018. dans La une

Recueil de poèmes courts

Mots d’amour et d’hiver : «  Seigneur…

 

Seigneur

pardonnez-nous notre ignorance

comme vous pardonnez à ceux

qui nous ont ignorés

et délivrez-nous

de la connaissance

qui a péché

contre la nature

 

Partir sur des remous

des éreintements de cœur

S’inviter aux sueurs

des voyages et des peurs

 

Partir pour revenir

à la terre essentielle

que les bruits ont brûlée

 

Et cet étirement de l’être

et l’hiver qui ne vient pas

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