La une

Côte de bœuf en sa croûte sur son lit de jadis...

Ecrit par Lilou le 03 mars 2018. dans La une, Ecrits, Gastronomie

Un « tout bon des reflets qui vaut littérature... » La rédaction

Côte de bœuf en sa croûte sur son lit de jadis...

Quelques mots pour raconter une histoire où l’unique objet du désir sera juste de cuire au four une côte de bœuf avec un gratin dauphinois… Mais bon, aussi et surtout quelques mots pour décrire le plaisir habillé des intérêts d’un printemps que l’on fait venir plus vite en ouvrant grand le four sur une farandole aussi savoureuse que facile à composer.

 

D’abord la viande… Passons rapidement sur la nécessité d’aller chez son boucher à qui l’on claque la bise et auquel on demande des nouvelles du rejeton qui a du mal à s’en sortir avec la maîtresse du CM2 et ses foutus problèmes de robinets qui fuient. Cependant, disons quand même que la côte de bœuf doit avoir l’œil vif, un rien ravageur avec ses mensurations de première de la classe (les femelles qui naviguent à 750 kg se font draguoter par des mâles tutoyant la tonne). Rien qu’à voir sur son étal ces carrés droits comme des acteurs de la comédie française qu’on prépare à jouer du Molière, on commence déjà à voir les paysages reposés du Limousin comme on souffre avec les Parthenaises des grosses chaleurs du Poitou. A y penser sur ces gammes de notre Géographie, on pourrait même se prendre pour une Aubrac regardant délicieusement le train de Millau se tortiller vers Marvejols. C’est dans la conversation que naissent les images. La viande et le boucher doivent être bavards, sinon à quoi ça servirait que d’y rire du temps qu’il fait. Au creux d’un problème de math ou de la rudesse du métier d’éleveur, vous demanderez quand même une côte d’un gros kilogramme et de 5/6 cm de découpe. Plus large pénaliserait trop la suivante, et plus lourd ferait un peu trop pour deux personnes…

Ensuite les pommes de terre qui donneront au « lit de jadis » les mêmes émois que procure pour un séminariste sa rencontre prochaine avec l’évêque. Il existe autant de variétés de pommes de terre que d’Émeraudes sur la couronne de la princesse Eugénie. Mais bon, toutes non plus ne facilitent pas la conversation quand il s’agit de concevoir un gratin dauphinois ! Il faut par exemple oublier l’Amandine et l’Agata, pourtant bonnes à tout faire mais qui en matière de gratin n’offrent guère d’ambition, plus préoccupées par devenir de vraies servantes pour des purées ou des mets construits à partir de la vapeur. Non, pour le gratin, il faut penser à Louis XV et à la Pompadour, que de femmes ont la cervelle en leur poitrine. On peut aussi appeler l’archange de la patate de compétition, la Mona Lisa à moins que l’on ne préfère les promesses d’une nuit sans sommeil avec la Charlotte arrivée sur les marchés des papilles en même temps que François Mitterrand prit possession de l’Elysée. Leurs caractéristiques principales à servir le lit de Jadis doivent de se présenter au paddock « ferme au toucher » et « sensible à la caresse ». Faut pas déconner avec la patate de gratin, elle doit être aussi prometteuse qu’un regard de louve pris dans ces 3 moments d’histoire. Et rien d’autre !

Des aveux un peu décevants

Ecrit par Jean-François Vincent le 03 mars 2018. dans La une, Littérature

Recension du livre de Michel Foucault, Les aveux de la chair, Gallimard, 2018

Des aveux un peu décevants

Le dernier volume de ce qu’il faut bien appeler désormais une trilogie était très attendu. Les deux premiers ouvrages étudiaient la notion de plaisir dans l’antiquité païenne – l’époque classique, L’usage des plaisirs, puis le début de l’empire romain, Le souci de soi – cet ultime tome, reconstitué à partir des notes que Foucault avaient rédigées jusqu’à très peu de temps avant sa mort, en 1984, évoque la réappropriation du concept par le Christianisme, à la fois héritier de la pensée gréco-latine et en rupture avec elle.

La khrésis aphrodisia, l’attitude par rapport à la jouissance, a toujours été dominée par l’absolue nécessité d’un ordre, délimitant le permis de l’interdit. « Ces principes, écrit Foucault, auraient en quelque sorte émigré dans la pensée et la pratique chrétiennes, à partir de milieux païens dont il fallait désarmer l’hostilité en montrant des formes de conduites déjà reconnues par eux pour leur haute valeur ». Le stoïcisme – avec sa conception d’un monde gouverné par la divine providence – fournissait aux Pères de l’Eglise une morale très compatible avec la nouvelle religion. Les notions de « convenable » (kathékonta) et de « raison universelle » (katorthômata) furent reprises in extenso par Clément d’Alexandrie : le Logos – la Raison mais également le Verbe, la deuxième personne de la Trinité – donne la mesure, la règle qui doit régir les comportements conjugaux dont il convient de définir « l’objectif » (skopos) et la « finalité » (telos), laquelle n’est autre que la fabrication d’enfants « paidopoiia » ; le Christianisme de l’époque, comme d’ailleurs le Judaïsme condamnant l’émission de sperme à des fins non procréatrices, les « vaines semailles ». L’apport spécifique de la pensée chrétienne a, semble-il, consisté dans l’importance donnée au thème de la lumière : celle-ci, pour les chrétiens « habite en nous et constitue notre conscience, fragment du Logos qui régit le monde et qui dépose en nous un élément de pureté ; la tempérance n’est pas simplement conformité à un ordre universel, mais parcelle pure de cette lumière ».

Michel Foucault passe alors en revue les sacrements chrétiens et leur rapport avec l’éthique. Ce faisant, il manifeste les lacunes de sa formation théologique. Il définit, par exemple, au sujet du baptême, la conversion – ou metanoia, en grec – comme un détournement du mal et un attachement au bien, « destinés à humilier l’âme qui a péché, à l’éprouver maintenant qu’elle a été rénovée, c’est-à-dire donner à soi-même et à Dieu des signes de ce changement ». Alors que metanoia signifie tout bonnement une modification – meta – de la pensée – noesis – autrement dit, un retournement, l’abandon d’un certain mode vie au profit d’un autre, plus exigeant. Beaucoup de convertis attendaient avant de franchir ce pas qu’au fond, ils redoutaient ; Constantin, le premier, différa son baptême jusqu’à l’approche de la mort. Point de contrition donc, mais le désir de prolonger une vie épicurienne le plus longtemps possible.

Bibliothèques

Ecrit par Martine L. Petauton le 03 mars 2018. dans La une, France, Politique, Actualité, Culture

Bibliothèques

On dit assez souvent ici, ce qu’on pense comme n’étant pas acceptable dans les premiers travaux Macron, quelquefois, allant même jusqu’à poser de bien mauvaises notes dans la marge de ses copies. Alors, quand se présente un rapport destiné à l’exécutif, signé d’une plume qui tient la route, celle d’Eric Orsenna, en équipe avec Noël Corbin, inspecteur général des affaires culturelles, et sur le sujet des bibliothèques, on lui prête un œil attentif, et dans l’affaire, bienveillant. Le travail, aboutissement d’un tour de France de 3 mois des lieux de lecture publique, a bâti un solide rapport, étayé, réfléchi, suffisamment rare pour qu’on le souligne.

Rapport – que va lire qui de droit, et sa ministre de la culture, concernée pour le moins par le livre, puisque directrice dans une autre vie de la belle maison Actes Sud.

Rapport, et non bien entendu, loi ni même décret. Simple déclinaison de situation, problèmes, modalités possibles d’améliorations, voire de réparations, et, en l’état du sujet, en gardant la métaphore architecturale, d’un vaste plan de rénovation – avant, après. Rapport, diront certains, donc, la voie la plus sûre pour la poubelle et l’élimination de la chose observée ? Ici, cela ne sera probablement pas ; les méthodes Macron – pour le moment, reconnaissons leur cette qualité – n’enterrent pas ; elles regardent avec attention et pèsent, puis acceptent une partie notable et négocient le reste ; Jupiter, on le suppose sans peine, en même temps que le sujet de la dissertation, ayant fourni les grandes lignes de « son » plan… Le titre apporté par l’enthousiasme et les compétences d’Orsenna est beau : « Voyage au pays des bibliothèques ; lire aujourd’hui, lire demain ».

Il s’agit donc du monde des bibliothèques – le jeune président via sa grand-mère ouvreuse de livres en son enfance, ne peut qu’avoir porté à l’affaire l’œil bleu le plus attentif, si ce n’est tendre. Macron et le livre, une belle évidence politique, que depuis Mitterrand, on avait, disons-le, trop peu fréquentée.

Bibliothèque, en pays de France : une par commune même petite, une par quartier, sensible ou moins, c’est la musique des territoires qu’on entend là.

Salle souvent peu éclairée, rayonnages – qui ose dire, poussiéreux ? silence des pages tournées en salle de lecture d’où ne sortent pas les ouvrages (voyez le règlement), pas de loups en bordure des gondoles dont on extrait celui-ci et – tiens, pourquoi pas celui-là. Chuchotements, préposé encore en blouse grise ou dame se penchant sans miette de mot, sur le listing informatisé depuis si peu. Vous, votre carte écornée par tant d’années d’abonnement, et le jour des scolaires, enfin le bruit, enfin la vie, avec quelquefois, un animateur présentant des contes… On a beau dire ou rire, il y a encore beaucoup de ça dans les maisons des livres actuelles.

Publications racistes sur Facebook en Algérie : contre attaque

Ecrit par Tawfiq Belfadel le 03 mars 2018. dans Racisme, xénophobie, La une, Média/Web

Publications racistes sur Facebook en Algérie : contre attaque

En Algérie, les publications racistes se multiplient au jour le jour sur les réseaux sociaux notamment Facebook. Le 08-01-2018, vers 23 heures, dans  un groupe Facebook de Mostaganem (ville de l’ouest algérien), regroupant plus de 19000 membres, un internaute a publié un post raciste. Il s’agit de trois photos de réfugiés africains, accompagnées de ces phrases en dialecte algérien : « Ô mon ami, ils (les réfugiés africains) nous ont colonisés. Leurs femmes accouchent chaque jour. Combien ils sont nombreux ! Surtout, ils sont arrivés  à Mostaganem ». La première photo montre les abris des réfugiés à la sortie d’Alger ; la deuxième et la troisième montrant des Africains  en colère  porteurs d’armes blanches (épées, haches, couteaux). Ces deux dernières ne  proviennent pas d’Algérie ; chassées sur Google, elles témoignent d’une querelle  dans une région inconnue d’Afrique, et  leur insertion dans le post sert à dire que les réfugiés africains sont dangereux et menacent la stabilité du pays. 

Fortement indigné, j’ai rapidement réagi par commentaire pour condamner la publication et demander  à l’auteur  de la supprimer. Parmi des milliers d’abonnés à ce groupe, nul n’est allé signaler le post. Le silence est une complicité. Pire encore : certains internautes  ont soufflé sur les braises  pour mieux dilater ce post raciste.  On peut lire leurs commentaires, sous le mien,  pris en capture d’écran. Les noms des membres sont occultés, par respect des libertés individuelles de ces racistes qui offensent et traquent   les autres, nos frères Africains, en toute indifférence. Voici la  transcription des commentaires :

Un : « est-ce qu’on a un service de sécurité en Algérie, oui ou non ? »

Deux (écrit en arabe classique): « Qu’attend l’Etat pour les renvoyer à leurs pays, jusqu’à qu’ils forment ici des communautés et exigent un Etat à eux ? »

Trois : « Ces gens-là, dans cinq ans, coloniseront l’Algérie. »

 

Le temps passe, mais le post est encore à sa place. Son auteur est un raciste-récidiviste. C’est  lui qui, dans le même groupe, il y a quelques semaines, a publié un post raciste montrant des réfugiés africains, où l’on peut voir cette phrase : « Bientôt ils vont demander la nationalité algérienne". Bref, cet Algérien agit comme s’il était le propriétaire légal de Mostaganem ou de l’Algérie.  Et ce n’est qu’après minuit que la publication a disparu, mais le membre  n’a pas été bloqué ou expulsé du groupe. Comme si de rien n’était. C’est une mince affaire, voire banale,  pour la plupart. 

Ces racistes algériens qui souillent l’image de notre Algérie,  ignorent qu’il y a des Algériens  de peau noire. Il suffit de quitter ses chaussures pour  découvrir notre vaste pays, marqué  par de nombreuses différences et influences.  Ils ignorent aussi que des harragas algériens s’installent illégalement  ailleurs, mais des ONG, des associations et de simples individus se battent corps et âme pour soutenir leur cause, celle du  droit à l’hospitalité, à la dignité, et à la vie. Alors, pourquoi plaider pour la solidarité, quand c’est l’affaire de nos concitoyens algériens, et construire des murs quand il s’agit de réfugiés africains dans notre pays ? Tout homme a droit à l’hospitalité, qu’il soit Algérien, Africain, ou sans carte d’identité, pour la simple raison qu’il est humain. Par ailleurs, ils ignorent que, pendant la décennie noire des années 1990,  beaucoup d’Algériens ont quitté le pays déchiqueté par le terrorisme pour s’installer ailleurs, en quête de survie et de paix. Ils ignorent en outre que toute terre, pour reprendre une phrase d’un personnage de Maalouf[1], a été peuplée par migrations. Ainsi, à Mostaganem, dans toute l’Algérie, et dans tout le monde, il y a des humains de différentes nationalités et ils ont tout le droit d’y rester, dignes, libres, et protégés, comme le stipule la Déclaration des Droits de l’Homme.

LES DURIN, LA SAGA – 6 -

Ecrit par Patrick Petauton le 03 mars 2018. dans La une, Souvenirs, Histoire

Et pourtant on se distrait...

LES DURIN, LA SAGA – 6 -

Si les journées de travail sont interminables, il demeure cependant un peu de temps pour le repos et les loisirs. Béni par l’Église, le dimanche est le jour de la détente bien méritée. Certes, quelques travaux sont néanmoins indispensables, les animaux ne connaissant pas la trêve dominicale et il faut bien les nourrir, mais du moins on s'abstiendra d'aller travailler dans les champs ce jour là.

       Les plus anciens prendront la direction du bourg pour vider une chopine dans un cabaret , et rencontrer les gens du village. On échangera de nombreuses paroles et les quelques récentes nouvelles de la paroisse : François Chicois serait à l’hôpital, le père Liconnet d'Argenty n'en aurait plus pour longtemps, trois vaches seraient  crevées au domaine des Barchauds et le jeune Antoine Chappy fréquenterait officiellement la Marie Gaume de Saint Genest. ..

        Le cabaret n'est pas le domaine des femmes , qui elles, ne disposeront que de peu de temps à la sortie de la messe pour obtenir les mêmes informations mais ne s'en priveront pas.   

       « Tu veilleras ben a surveiller ta sœur ,coquette comme elle est !dit Gilbert à son fils, et surtout revenez avant la nuit »

         Il faut bien que jeunesse se passe dans ce siècle comme dans un autre, et ce dimanche  de Juillet,  Antoine et Catherine sa sœur cadette partent au bal à Saint Genest. Ils danseront au son de la vielle et de la cabrette, Antoine boira quelques verres avec des connaissances, mais pas trop, car les chemins du retour sont escarpés, pourvu qu'un orage n’éclate pas, car alors franchir le Cher pourrait s’avérer dangereux, voir   impossible.

        Comme de tous temps, les grandes étapes de la vie sont l'occasion de réjouissances et réunissent les membres de la famille ; noces et baptêmes permettront d'oublier un peu le labeur et de rencontrer souvent quelques cousins venus d'autres villages. Selon un usage ancestral, même les funérailles pourtant tragiques  se clôturent par un repas ; il serait impensable et inconvenant  de laisser repartir   un parent ou un ami le ventre vide.

            Chaque année au mois d’Octobre le grand pèlerinage de Saint Marien en Creuse, mais très près de l'Allier offre de nombreuses réjouissances,et rassemble beaucoup de personnes ; on s'y rend à pied pour la journée et plus tard en chemin de fer .

        D'origine religieuse et très anciennes, les fêtes patronales disparues de nos jours sont très suivies ; on n’hésite pas à faire dix kilométrés à pied pour y participer.

        Je me souviens, pour y être allé à l'age de six ans, de celle de Lignerolles encore bien présente à cette époque. Ce jour de Saint Martin de Novembre, Grand mère très généreuse m'avait donné une petite somme d'argent destinée à la fête dont une grande partie fut vite investie dans l'achat de friandises qui eurent comme conséquence immédiate de me déclencher  une forte soif digne des déserts d'Arizona. Ne désirant pas retourner à la maison, et pourvu d'encore quelques pièces, je  pénétrai droit et fier comme un homme dans le proche débit de boissons et criai d'une voix forte et puissante  « Un canon, Patron ! »

         

        Un tonnerre de rires s’éleva de la salle comble et, généreusement offertes, ce ne fut pas une grenadine mais dix qui me furent servies, chacun, y  compris le mastroquet voulant participer à étancher  ma soif.

        L'anecdote allait faire le tour du village - il promettait le petit fils de Marie Louise !

Unhallowed Beats/Another Look (continued)

Ecrit par Ricker Winsor le 03 mars 2018. dans Souvenirs, Ecrits, La une

Unhallowed Beats/Another Look (continued)

The impulse of humanity is toward freedom. At least that is true in the West where we are brought up on a diet of independence and rugged individualism. When the beats came of age, society post WWII was conformist and materialistic, affluent but boring and facing serious problems such as nuclear destruction, civil rights, and, a bit later, a very destructive and confusing war in Vietnam.

In my own case I felt stifled and constricted, unable to breathe in the middle of a comfortable suburban existence. The movie, Rebel Without a Cause, has to be seen as an important moment in the culture. Starring James Dean, Nathalie Wood, and Sal Mineo, it expressed what a whole generation was feeling to some extent or another : alienation, ennui, and angst, in what should have been a perfect world. It is hard to explain that rebellion other than by some need of the human spirit that is not met by the values of Main Street. Are peace and freedom incompatible ?

Jack Kerouac, so important to it all, was the closest to normal of the group, if normal can be accepted as a condition. He was Catholic, a fine athlete from the lower middle class, able to go to an Ivy League school, Columbia. And yet he became unglued from that and proclaimed the value of excess, spontaneity, and instability. He was an alcoholic and died an alcoholic. Despite his contribution, he was, for me, the most confused of people, a mystery even to himself.

The wild chances the beats took with their lives in terms of sex, drugs, alcohol, and relationships were what they wanted to do and needed to do in order to create some side streets off Main Street. Paul Verlaine and Arthur Rimbaud were precursors. The idea was that it was ok to be wild ; in fact, it was necessary.

Following that path, a lot of my generation got washed up on the shore, addicted, disillusioned. The ones, like myself, who didn’t see the beat model as fruitful long-term, turned to nature, a simple life close to the land. A percentage of a whole generation turned their backs on the bright lights of the city and settled in the country, grew gardens, and tried to live the good life as exemplified by Helen and Scott Nearing. Many succeeded and are still there. One of them was the poet David Budbill, RIP, who lived in the Northeast Kingdom of Vermont, and David Kherdian, still writing, now in his eighties.

Les Beatniks impies/un autre regard (suite)

Ecrit par Jean-François Vincent le 03 mars 2018. dans Ecrits, La une

Texte de Ricker Winsor, traduit de l’anglais par Jean-François Vincent

Les Beatniks impies/un autre regard (suite)

L’humanité aspire naturellement à la liberté. C’est le cas, tout au moins en occident, où nous avons été biberonnés à l’indépendance et à l’individualisme forcené. Quand les Beatniks arrivèrent à l’âge adulte, la société de l’après-guerre était conformiste et matérialiste, prospère mais ennuyeuse et confrontée à de graves problèmes, tels que la destruction nucléaire, les droits civiques, et, un peu plus tard, une – très destructrice et confondante – guerre au Vietnam.

Pour ma part, j’étouffais, je me sentais oppressé, incapable de respirer au milieu d’une confortable existence suburbaine. Le film La fureur de vivre apparut alors comme un événement culturel décisif. Avec sa distribution comprenant James Dean, Nathalie Wood et Sal Mineo, il exprimait ce que toute une génération ressentait d’une manière ou d’une autre : l’aliénation, l’ennui et l’angoisse, à l’intérieur de ce qui aurait dû être un monde parfait. Il est difficile d’expliquer cette révolte autrement que par quelque besoin de l’esprit humain, inassouvi par les valeurs du plus grand nombre. La paix est-elle compatible avec la liberté ?

Jack Kerouac, dont l’importance dans tout cela fut déterminante, était celui qui, dans le groupe, se rapprochait le plus de la norme, si tant est que la « norme » puisse s’assimiler à un état de santé. C’était un catholique, un athlète accompli issu de la petite bourgeoisie, capable d’intégrer la Ivy League School, à Columbia. Et pourtant, il ne resta pas englué dans tout cela, proclamant la valeur de l’excès, de la spontanéité et de l’instabilité. C’était un alcoolique et il mourut alcoolique. En dépit de son apport, il demeura pour moi le plus confus des hommes et un mystère, y compris pour lui-même.

Les risques démesurés que les Beatniks prirent pour leurs vies en termes de sexe, de drogue, d’alcool, de partenaires, correspondaient à ce qu’ils voulaient faire pour assouvir leur besoin de se singulariser du plus grand nombre. Paul Verlaine et Arthur Rimbaud furent leurs précurseurs. La démesure – tel était leur mot d’ordre – leur convenait parfaitement ; en fait, elle leur était nécessaire.

Dans leur sillage, une bonne partie de ma génération fut lessivée, droguée, désenchantée. Des gens comme moi, qui ne voyaient pas dans le modèle des Beatniks quelque chose de fécond à long terme, se tournèrent vers la nature, vers une vie simple proche de la terre. Un pourcentage non négligeable de toute une génération tourna le dos aux lumières brillantes de la ville et s’installa à la campagne, cultivant des jardins, en essayant de vivre la belle vie, dont Helen et Scott Nearing fournissaient des exemples. Nombreux furent ceux qui y réussirent et sont toujours là. Le poète David Budbill – paix à son âme ! – qui vivait au nord-est du royaume du Vermont, était l’un d’entre eux, de même que David Kherdian, octogénaire qui écrit toujours.

Ki-c-ki

Ecrit par Gilberte Benayoun le 03 mars 2018. dans La une, KI-C-KI

Ki-c-ki

Un court florilège d’un célèbre roman, pour mettre encore et toujours la lumière sur une œuvre sans pareille, d’un auteur qui fut à juste titre maintes fois récompensé en tant que romancier, et à bien d’autres titres. Son passage à la postérité, bien mérité pour toute son œuvre, nous rappelle toujours et encore la beauté de son style et la grandeur de la littérature française. Auteur prolifique de la seconde partie du 20ème siècle, une grande partie de son œuvre fut magnifiquement adaptée au cinéma.

 

Extraits :

« La tendresse maternelle dont j’étais entouré eut à cette époque une conséquence inattendue et extrêmement heureuse.

Lorsque les affaires allaient bien et que la vente de quelque « bijou de famille » permettait à ma mère d’envisager un mois de relative sécurité matérielle, son premier soin était d’aller chez le coiffeur ; elle allait ensuite écouter l’orchestre tzigane à la terrasse de l’Hôtel Royal et engageait une femme de ménage, chargée d’exécuter dans l’appartement divers travaux de propreté – ma mère a toujours eu horreur de laver le plancher et lorsqu’une fois, en son absence, j’essayai de nettoyer le parquet moi-même, et qu’elle me surprit à quatre pattes, un torchon à la main, ses lèvres se mirent à grimacer, les larmes coulèrent sur ses joues, et je dus passer une heure à la consoler et à lui expliquer que, dans un pays démocratique, ces petits travaux ménagers étaient considérés comme parfaitement honorables et qu’on pouvait s’y livrer sans déchoir ».

(…)

« J’avais déjà près de neuf ans lorsque je tombai amoureux pour la première fois. Je fus tout entier aspiré par une passion violente, totale, qui m’empoisonna complètement l’existence et faillit même me coûter la vie.

Elle avait huit ans et elle s’appelait Valentine. Je pourrais la décrire longuement et à perte de souffle, et si j’avais une voix, je ne cesserais de chanter sa beauté et sa douceur. C’était une brune aux yeux clairs, admirablement faite, vêtue d’une robe blanche et elle tenait une balle à la main. Je l’ai vue apparaître devant moi dans le dépôt de bois, à l’endroit où commençaient les orties, qui couvraient le sol jusqu’au mur du verger voisin. Je ne puis décrire l’émoi qui s’empara de moi : tout ce que je sais, c’est que mes jambes devinrent molles et que mon cœur se mit à sauter avec une telle violence que ma vue se troubla. Absolument résolu à la séduire immédiatement et pour toujours, de façon qu’il n’y eût plus jamais de place pour un autre homme dans sa vie, je fis comme ma mère me l’avait dit et, m’appuyant négligemment contres les bûches, je levais les yeux vers la lumière pour la subjuguer ».

De la puissance paternelle à l'autorité parentale : vers un nouveau matriarcat ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 23 février 2018. dans La une, Société

De la puissance paternelle à l'autorité parentale : vers un nouveau matriarcat ?

La loi du 4 juin 1970 a aboli l’article 373 du Code Civil dans sa version napoléonienne, qui disposait : « le père seul exerce l’autorité dans le mariage ». Ainsi était mis fin à cette « puissance paternelle », directement issue de la patria potestasdu droit romain.

Mais qu’était-ce, au juste, que cette si stupéfiante notion ? Outre un arbitraire disciplinaire – correction manuelle, possibilité d’arrêter et de mettre en détention le fils sans consultation de la mère – il existait un – incompréhensible pour une conscience moderne ! – ius vitae necisque, un droit de vie et de mort. Comme l’écrit Dion de Pruse, rhéteur de la seconde sophistique du premier siècle de notre ère : « il est permis au père de mettre à mort les fils, sans jugement et sans aucun chef d’accusation ». Cette disposition – extravagante – était réservée aux fils ; les filles, quant à elles, n’étant, aux termes la lex Julia de adulteris, passibles de la peine capitale qu’en cas d’adultère et… de consommation de vin !…

Il faut dire que, dans l’antiquité romaine, il existait une sorte d’osmose entre le père et le fils – pater et filius eadem persona, dit le Code Justinien : en clair, ils forment la même personne. Même osmose entre le père et l’Etat. L’historien Tite Live parle ainsi d’un pater imperiosus, littéralement un père « impérieux ». Mais il s’agit, en réalité, de l’imperium, ce pouvoir de commandement d’origine jupitérienne. « Munus deorum dandi auferendi vitam » écrit Sénèque, dans le De Clementia : la fonction des dieux est de donner et de reprendre la vie. Cette fonction fut d’abord celle des rois de l’époque archaïque, puis celle des consuls de la République, toujours escortés de licteurs dont les faisceaux étaient surmontés d’une hache servant aux exécutions capitales. De fait, le consul Brutus fit décapiter son fils en 509 avant notre ère. La paterfigure, par conséquent, une espèce de consul à l’échelle de la famille : « unpater familias, note l’historien du droit Yan Thomas, n’est pas seulement chef de la domus, il est aussi investi d’un pouvoir d’Etat ».

D’où le caractère sacrilège du parricide : un scelus incredibile, un crime incroyable ! Rien toutefois de spécifique à Rome, l’anthropologue sinisant Maurice Godelier raconte que « en Chine, en tuant son père, le meurtrier portait atteinte à l’empereur, qui avait reçu mandat du ciel pour apporter aux populations de son immense empire la prospérité, la justice et la paix ». Le parricide constitue donc un régicide. Et inversement ! Balzac, dans Mémoires de deux jeunes mariées, fait dire à Mademoiselle de Chaulieu écrivant à Madame de l’Estorade : « en coupant la tête à Louis XVI, la révolution a coupé la tête à tous les pères de famille. Il n’y a plus de famille aujourd’hui, il n’y a que des individus ».

Il semblerait, de la sorte, qu’il fallut attendre un peu plus de deux siècles pour que cette décapitation symbolique s’inscrivit dans la législation.

La loi de 1970, en effet, stipule qu’il ne saurait y avoir un « chef de famille » ; elle instaure une stricte égalité entre le père et la mère : la coparentalité. Depuis une autre loi, de 1978, l’on ne parle plus, en cas de divorce, de « garde » de l’enfant mais d’« exercice de l’autorité parentale » ; et une troisième loi, datant de 2002, dispose que cet exercice de l’autorité – et par les deux géniteurs – devient permanent, hors séparation, et, qui plus est, peut associer le mineur à la prise de décision : « les parents associent l’enfant aux décisions qui le concernent, selon son âge et son degré de maturité » (art. 371-1 du Code Civil).

Servir…

Ecrit par Martine L. Petauton le 23 février 2018. dans France, La une, Politique, Actualité, Société

Servir…

… Mot qu’il avait utilisé – j’avais bien aimé – sous les lumières du Louvre de son sacre, le Président. Mot que j’apprécie particulièrement, par ce qu’il contient de prise en compte, de conscience des autres, tous les autres, par ce binôme qu’il construit forcément avec « société » et pas loin, avec « tous ensemble ». « Croyez-vous que vous serez capable de faire une société ? » disait, ce matin, en radio, un intervenant au rapporteur LREM de la future loi « asile », ce qui est un autre sujet, quoique…

Car ces temps-ci, frissonne – comme parfum d’ambiance diffusé – un tissu social détricoté, troué, menacé. C’est du Service Public dont il s’agit, du nôtre, ce modèle français qui valut exemple jusqu’en un temps pas si éloigné. Aujourd’hui, pile dans le viseur des jeunes réformateurs trentenaires qui parlent haut, et « on n’y revient pas, svp ; avançons ! », sans un regard sur le peuple qui passe, car ce sont des sachant et qu’on se le tienne pour dit…

Service public, puissance publique, un refrain, qui en France, fait sens depuis si loin dans l’Histoire ; Front Populaire, Libération, grandes lois cadres du Gaullisme triomphant… jamais vraiment remis en question, ce service public, 50 ans après 68. Il était un pays où la fonction publique, on était persuadé qu’elle était bien utile, et du coup, plutôt fiers, de part et d’autre de l’échiquier politique : l’instituteur, l’infirmier de l’hôpital, celui de la mairie, ceux, l’hiver des routes enneigées, le gendarme bien au-delà de Saint-Trop, vissé à son rapport, partageant avec vous un verre carton de café innommable, enfin, enfin ! celui des trains entrant en gare au son du jingle de la SNCF. En vrac, d’autres flashs : la terrible tempête de l’an 2000 et les France Télécom à pied d’œuvre, à pas d’heure, dans les bois de Corrèze. Celui – vous en connaissez tous – qui vous a dépanné, réconforté, sorti votre gamin de la panade, pris le temps si précieux de l’écoute, de l’empathie, vieux mot passé mode… un homme, un service, un fonctionnaire (faisant son métier), un triptyque, une logique française. Un type, recruté honnêtement, dans la transparence républicaine, par des concours aussi divers et nombreux que fleurs des champs – celles du sous-préfet du vieux Daudet ? Le bonhomme que je vois, duquel je me plains s’il y a lieu, qui signe la réponse à ma lettre, bref, que j’identifie comme mon interlocuteur.

Vous me direz, votre film a quelque chose des Pagnol en noir et blanc d’avant-guerre ; c’était avant. Avant les glissements, un peu de soulagement des budgets par des ventes de la main à la main, silencieuses, de pans entiers de la Fonction Publique. Prenez les France-Télécom et leur mariage avec Orange, la carpe et le lapin, et de sacrés coups de chiens : j’emménage ces temps-ci chez le fruit monopolistique des connexions ; on m’annonce le passage d’« un France-Télécom », mais en fait, c’est une entreprise de sous-traitance, privée, qui ne sait pas, ne connaît pas les autres, ne peut donc pas dire si, quand… vague bout de tissu en haute mer. On en sort, amer, perplexe, fatigué… Qui est qui, qui fait quoi, qui, même, existe-t-il ??

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