Corruption, corruption, et alors ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 07 avril 2018. dans Ecrits, La une, Politique

Corruption, corruption, et alors ?

Sarkozy mis en examen pour corruption passive, financement illicite de sa campagne électorale et détournements de fonds publics libyens (les 5 millions d’euros remis en espèces, dans des valises, par le sulfureux Ziad Takieddine) ; Chirac – un autre ex-président – condamné à deux ans de prison avec sursis, en 2011, là encore pour détournement de fonds publics et abus de confiance ; et je ne cite là que les actuels ou futurs repris de justice présidentiels… quid de tant d’autres, connus ou moins connus ?!

La corruption, dont on découvre seulement depuis quelques années l’ampleur et la diffusion, demeure un vice qui infecte l’ensemble du corps social, les puissants comme les humbles, la droite comme la gauche ; l’opinion outrée (ou faisant semblant de l’être) en appelant alors, et de façon répétée, à un improbable chevalier blanc dont l’incorruptibilité à toute épreuve serait censée laver enfin la société de l’opprobre pesant sur chacun – ou presque ! – de ses membres…

Nemo auditur quam suam propriam turpitudinem allegans dit l’adage romain : personne n’écoute celui qui invoque sa propre turpitude. C’est pourtant ce que beaucoup – pour ne pas dire tous – pourraient invoquer. Oh, certes ! A des niveaux mesquins, voire minables. Deux exemples proches de moi. Un ami de mon grand-père paternel, vénérable chanoine, traducteur des lettres de Saint Basile aux Belles-Lettres, désirait ardemment la Légion d’Honneur pour ce fait d’armes philologique. Il le fit savoir à mon père, son ophtalmologiste, qui lui-même en parla à ma mère, magistrat et protégée du premier président de la Cour de Cassation de l’époque (années 60), qui lui-même avait ses entrées dans les milieux gouvernementaux gaullistes. Le révérend père obtint finalement la distinction tant désirée. Péché véniel, dira-t-on ? Cela ne lèse, ni ne dérange personne ? Bien sûr ! Mais le paradigme corrupteur avait opéré ici aussi, comme toujours souterrain et quasi omniprésent.

Autre cas : moi-même. Lauréat du bac en 77, j’avais pris pour option facultative à l’oral le corse, histoire de glaner quelques points supplémentaires (manœuvre bien inutile : j’eus la mention Très Bien y compris sans cet apport). Bref, mon grand-père m’avait rédigé un petit texte en corse. Le jour de l’oral, ma mère alla trouver l’examinateur en pleine salle d’examen. Serrement de mains, « pace e salute, va bene ? ». Vint « l’épreuve » proprement dite. Je lis le topo grand-paternel. L’homme, professeur d’italien (comme beaucoup de Corses officiant dans  l’Education Nationale) me posa une question en corse. Rien compris ! Est-ce l’émotion ? Je répondis d’une petite voix : « yes ! ». « Ne vous en faites pas, continua l’examinateur, cette fois-ci en français, l’Angleterre est également une île, vous savez. Entre insulaires, on se comprend. Je vous mets 16 ».

Eh oui ! Au grand dam des moralistes et au mépris de l’éthique, l’intention corruptrice partout se manifeste. Tirer la couverture à soi, « gratter » le maximum de ce qui peut l’être, tout ceci constitue – hélas ! – un authentique sport national et pas seulement national… En dehors de l’équipe de Mediapart – ceux qu’on a surnommé les « croisés » – et de quelques autres puritains, tout le monde, à sa place, fut-ce à une échelle très modeste, pratique cet exercice vénéneux. Ce n’est donc point la passion du bien qui suscite l’indignation, mais l’envie…

Au sein d’un peuple de filous, quel chevalier blanc pourrait-il y avoir, sinon un Filou-en-chef ?

A propos de l'auteur

Jean-François Vincent

Jean-François Vincent

Directeur de publication

Membre du Comité de Rédaction et rédacteur

Traducteur au Conseil de l'Europe

Ancien professeur certifié d'anglais

Ancien diacre à la cathédrale russe saint-Alexandre Nevski de Paris

Maîtrise d’anglais

Licence de philosophie

Licence de droit

Diplômé de l’institut de théologie orthodoxe Saint-Serge

Commentaires (5)

  • Mélisande

    Mélisande

    10 avril 2018 à 15:35 |
    C'est parce que les "Purs", les Cathares étaient effarés de l'avilissement du clergé, fourvoyé dans les ors versaillais, qu'ils se sont démarqués, s'affiliant ainsi directement au Christ, c'est aussi pour cela qu'ils se sont laissés tuer, brûler, comme d'autres, ailleurs, qui vivaient dans leur chair, la relation dominant-dominé et surtout , l'imposture et le mensonge de l'autorité institutionnelle spirituelle et religieuse. . L'autorité est de nature spirituelle et divine, que l'on soit représentant du peuple, parent, propriétaire d'un chien, bref, Dieu nous demande , par là même, d'exercer Son autorité, elle est don de soi, elle est Amour, elle est désintéressement profond, comme Le Christ l'a enseigné: peut être sommes nous pétris depuis la nuit des temps, comme dirait l'autre, d'une éthique profonde, et que le mal, l'ordure, et le mensonge nous révoltent dans des profondeurs insoupçonnées. Ainsi, je souhaite à Sarkozy, qui nous a amené le djihadisme et l'inculture crasse à domicile, de faire de la taule, et pas avec sursis. Il se rendra compte des choses: trahir, mentir, tricher, quand on est représentant d'une nation qui tire son aura des Philosophes des Lumières, une gravité sans nom, bref IL PRENDRA CONSCIENCE.

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  • martineL

    martineL

    08 avril 2018 à 09:09 |
    Si on comprend votre propos – tout le monde il est pas gentil - le problème de la chronique et de son titre, c'est qu'elle s'abrite volontairement et explicitement sous l'affaire Lybienne qui touche Sarkosy et quelques uns des siens, que c'est intentionnellement que l'on y évoque «  ces présidents passés et à venir... » qui tremperaient tous dans de telles turpitudes ( Hollande corrompu ? Macron corrompu ? ) dans une démarche qui au bout frise le populisme. Ce texte, on dirait qu'il est écrit depuis ces pays – républiques bananières et autres Sicile profonde, où justement du plus haut de l'échelle des hors la loi, jusqu'au niveau banalement familial, on est immergé jusqu'au cou dans les pratiques illicites, lesquelles se vaudraient toutes, en un mix curieux de tous les positionnements en dehors de la légalité, des demandes de pistons, en connivences sociales. Or, c'est dévalider les valeurs de notre république et de notre justice, que mélanger tout ça. L'affaire Lybienne est certainement – sans préjuger de la suite – une des plus importantes affaires de la Vème république, si ce n'est depuis plus longtemps.

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  • Lilou

    Lilou

    07 avril 2018 à 19:35 |
    Je m'étonne Jean François Vincent que dans votre plume toujours aiguisée, une très large omission se soit installée, Comme un doute. Vous même et ce chanoine, êtes tombés dans la facilité, je comprends et partage ce glissement, la chair est somme toute fragile... Mais bon, que faites vous des corrompus qui me semblent-il ont une responsabilité beaucoup plus importante, étant en plus dépositaires d'une certaine idée de la république (magistrat, professeur) Ne rien en dire, n'est ce pas finalement se faire complice?

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    • Jean-Francois Vincent

      Jean-Francois Vincent

      08 avril 2018 à 07:46 |
      Bien sûr, en toutes choses, il y a des degrés, y compris dans le mal. Mon propos était seulement de dénoncer cette attitude hypocrite – pharisienne ! – qui consiste à projeter sur les autres ses propres turpitudes afin de pouvoir – facilement, trop facilement - s’en tirer à bon compte (« get away with it », comme on dit en anglais) trouvant de la sorte un bouc émissaire rassurant…tout défaut stygmatisé apparaît, en réalité, comme un indice, presque un symptôme : pourquoi ce défaut – quel qu’il soit – nous dérange-t-il tellement, si ce n’est parce qu’il dit quelque chose de nous-même ? Si nous étions aussi « purs » que nous le croyions, ni la corruption ni tout autre vice, ne nous gênerait.
      L’indignation résonne toujours comme un aveu déguisé.

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  • martineL

    martineL

    07 avril 2018 à 18:54 |
    Filou ? N Sarkosy dans l'affaire Lybienne ? Hors sujet. Pourquoi pas en ce cas, gougnafier – possédant illégitime après petites manœuvres, ou arcandier ? mot bourbonnais situant le petit dysfonctionnant local, plus malin que grave. Ce n'est pas à vous JF qu'on va dire que les mots ont un sens ; l'affaire en question part pour être gravissime, plus à l'évidence que le piston demandé ( corruption, non, car il n'a rien donné contre) par votre chanoine. La corruption, chez un Sarkosy s'apparente à de hautes pratiques mafieuses.

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