HULOT, LE SYMPTÔME

Ecrit par Martine L. Petauton le 10 février 2018. dans La une, Média/Web, Actualité, Société

HULOT, LE SYMPTÔME

Citoyennement détestable, ce qui se passe pour Nicolas Hulot, devenu cible du hachoir – vraiment bien aiguisé – de la houle « balance ton... », ses porte-voix, sa résonance, pouvant – aussi – tourner à la foire techno.

 L'affaire – visiblement,  flotte sur un fond réel quasi inexistant, reflet, écho, leurre. Une plainte qui n'a pas abouti il y a x années, avec  une plaignante qui ne poursuit pas,  et une erreur de transcription d'une autre affaire, liée, elle, aux alentours de la – vraie – histoire Denis Baupin. Bref, du probablement faux et du – on dit que... ainsi qu' un vague «  on ne prête qu'aux riches » (l' homme passe pour séducteur et vous conviendrez avec moi, qu'on s'en fout), et une rumeur qui prend le vent, tous les vents, au pays du tam-tam médiatique et des redoutables réseaux sociaux. Parce qu'enfin, tout ce temps long à attendre les pointilleux cas par cas de la Justice, alors qu'il est si facile, si vite fait, et, j'ose dire, tellement jouissif, de souffler un bon coup dans Face Book, à l'abri d'un bon pseudo, bien sûr.

J'aime beaucoup Nicolas Hulot, de mon lointain fauteuil TV – ses émissions «  Ushuaïa » et «  Okavango » ont été l'honneur de la télévision, ont brassé du pédagogique, du beau, du vrai regard à la fois admiratif et inquiet, sensible et vivant, pour des générations, y compris de jeunes en demande de repères. J'aurais payé spécifiquement pour ces images,  ces odeurs, ces gens, qu'on croisait bien autant que les animaux menacés ; pour moi ( j'ai voyagé aussi grâce à Hulot) et surtout pour mes petits collégiens. Une chronique entière ne suffirait pas à dire tout le bien que je pense de ses émissions, et de lui à la barre...  Mais, il y a aussi  - en même temps, comme il faut à présent dire, l'  écologiste politique – la seule écologie qui vaille à mon sens, et c'est la citoyenne qui, là, apprécie, fait confiance à  celui qui se penche sur la fleur désertée par l'abeille et, relevant la tête  voit, en expert, loin, le monde tel qu'il va mal et pourrait devenir pire, à moins que sauvé par une humanité en progrès de conscience. Visionnaire, pas seulement gestionnaire, un ministre d' un genre particulier, un idéal de ministre et de politique,  au fond, que cet Hulot, toujours à part, mais, paraît-il, très écouté en Macronie, et c'est une excellente chose...  Vous me direz, différencions le privé de l'homme , du métier, du talent, et de la fonction, des contenus des accusations de la rumeur. Évidence, que même un tribunal des plus obtus, refuserait pour autant de transformer en tranches de saucissons, car on peut espérer vouloir parler à l' ensemble d'un individu, construit justement de ses différences.

L'homme, nous dit-on, est «  fragile », son itinéraire ne peut que nous le rendre sympathique, et pour tout dire, précieux. Son visage était  un cœur ouvert impressionnant, lorsqu'il a pris le risque, l'autre matin,  de devancer le flot attendu de la rumeur, en évoquant et en dénonçant point par point sa composition. On verra si la vitesse de dégonflement submerge l'étendue des boues, car voilà maintenant le curieux théorème auquel est affrontée toute personne publique  à partir d'un certain niveau de rayonnement.

Car – JF Vincent le disait dans une chronique récente et le contenu des commentaires  l'étayait – au pays de l'affaire Weinstein et des «  balance ton porc », la vie prend de bien curieuses couleurs. Sous couvert – ô combien légitime, de la consolidation des femmes,  des drames et autres crimes sexuels, se coulent des eaux glauques et sombres : la dénonciation anonyme ou sous pseudo, les plaintes ressorties après des lunes de prescriptions des faits, les anecdotes répandues sur la toile - stigmatisations automatiques et privées de tout droit de réponse - plutôt que dans les enceintes dédiées, police, justice, avec, certes, les  énormes insuffisances qui leur traînent aux basques.

Quelqu’un, dans un débat, hier à la tv, désignait cette atmosphère de peri-puritaine à l'américaine, dans ses aspects les plus détestables, les moins efficaces ; une supposée morale de bas étage, qui nous semblait, en France, à la fois risible et toxique. Peu importerait qui serait à la manœuvre, chaisières de sacristie ou féministes intégristes. Y vient-on ? Avec dans le sillage, une opinion, mi-attentiste, mi-lâche, qui « suit » le flot principal, aux motifs de ce « tout », les femmes, les hommes, les porcs, les séducteurs, les prédateurs... rejoignant, en ce domaine cette généralisation si dangereuse, si facile aussi, qui mine les meilleures démocraties... Tout se mélange, le pas grave pour vous, le très grave pour moi, le délit, le crime ; un viol et le reste... quel temps perdu dans ce fouillis !

 Alors, Hulot, ce jour, demain, à qui le tour ? Urgent, pour le citoyen, d'observer avec la vigilance qui s'impose, le symptôme, pour derrière, débusquer la pandémie mortelle dont il pourrait s'agir. Pour le moment, les  fenêtres sont  grandes ouvertes sur les miasmes délétères ; ce sont des gens qui sont dans le collimateur, et croyez-moi, ça n'a pas fini de galoper.

A propos de l'auteur

Martine L. Petauton

Martine L. Petauton

Rédactrice en chef

 

Professeur d'Histoire-Géographie

Auteure de publications régionales (Corrèze/Limousin)

 

Commentaires (4)

  • Jean-François Vincent

    Jean-François Vincent

    11 février 2018 à 19:58 |
    Entendu aujourd'hui sur RCJ, Alain Finkielkraut sur l'"affaire" Hulot : "Les néo-féministes évoquent irrésistiblement les islamistes, pour qui tous les hommes musulmans sont des frères et les femmes des soeurs. le "fraternisme" et le "sororisme" me font dresser les cheveux sur la tête".

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    • martineL

      martineL

      11 février 2018 à 20:17 |
      A qui profite le crime ?? toutefois, il ne faut pas arrêter le regard suspicieux à des groupes féministes intégristes, mais faire aussi la place ici aux rivalités – fraîches ou congelées depuis la nuit des temps – politiques, et ne pas faire l'impasse sur ce camp écologiste, vaste, divers, incroyablement agressif de petite chapelle en petite chapelle...

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  • Jean-François Vincent

    Jean-François Vincent

    10 février 2018 à 13:05 |
    « La calomnie, Monsieur! Vous ne savez guère ce que vous dédaignez; j'ai vu les plus honnêtes gens près d'en être accablés. Croyez qu'il n'y a pas de plate méchanceté, pas d'horreurs, pas de conte absurde, qu'on ne fasse adopter aux oisifs d'une grande ville en s'y prenant bien: et nous avons ici des gens d'une adresse!... D'abord un bruit léger, rasant le sol comme hirondelle avant l'orage, pianissimo murmure et file, et sème en courant le trait empoisonné. Telle bouche le recueille, et piano, piano, vous le glisse en l'oreille adroitement. Le mal est fait; il germe, il rampe, il chemine, et rinforzando de bouche en bouche il va le diable; puis tout à coup, ne sais comment, vous voyez calomnie se dresser, siffler, s'enfler, grandir à vue d'oeil; elle s'élance, étend son vol, tourbillonne, enveloppe, arrache, entraîne, éclate et tonne, et devient, grâce au Ciel, un cri général, un crescendo public, un chorus universel de haine et de proscription. Qui diable y résisterait ? » Beaumarchais, Le barbier de séville, acte II scène 8. A méditer en ces temps où il y a tant de porcs à balancer ; mais également – et non moins ! – tant de truies prétendument outragées (ou platement délaissées) – cochonnes ou plutôt folcoches – n’ayant de cesse de distiller le venin de leur frustration dans un « délathon » - comme dit fort justement Finkielkraut - des plus répugnants…

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    • martineL

      martineL

      10 février 2018 à 13:22 |
      Bienvenue ce rappel de la «  calomnia » qui fait froid dans le dos ; là, pour ce qui est du sujet de la chronique, - et en marge de ce qui pourra demain entrer dans le champ du judiciaire, y compris bien sûr la diffamation - c'est de la formidable puissance , capacité infinie de nuisance, toxicité de 1er rang des réseaux sociaux dont il s'agit avant tout, sachant à quel point leur venin est mortel, et – en même temps ah ! ah ! quel homme public, quel politique, à fortiori, quel dirigeant oserait se passer de ce vecteur de parole, de sa caisse de résonance ? Un certain perché en haut de la pyramide ne cesse de convoquer comme incontournable, la mondialisation, la machine infernale réseaux sociaux en est un des aspects, parfois magnifiquement libérateur, parfois, tueur.

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