KI-C-KI

Ecrit par Gilberte Benayoun le 17 septembre 2016. dans La une, KI-C-KI, Histoire

KI-C-KI

Qui n’a pas eu dans sa bibliothèque d’adolescent(e) – Bibliothèque Verte ?… – ce beau et mémorable roman historique ? Ces morceaux choisis, ici, sont extraits d’un des plus beaux romans historiques, chef-d’œuvre d’un immense auteur européen du tout début du 20ème siècle, qui nous enchanta, dès nos premières grandes lectures, de son œuvre gigantesque ; il fut, et reste, un monument de la littérature, mondialement connu, incontournable pour les amoureux de la littérature, et si facile à deviner…

 

Extraits :

« Natacha, avec ses yeux noirs et sa bouche trop grande, semblait plutôt laide que jolie, mais, en revanche, elle était d’une vivacité sans pareille ; le mouvement de ses épaules, qui s’agitaient encore dans son corsage décolleté, attestait qu’elle venait de courir ; ses cheveux noirs, bouclés, et tout ébouriffés, retombaient en arrière ; ses bras nus étaient minces et grêles ; elle portait encore un pantalon garni de dentelle. En un mot, elle était dans cet âge plein d’espérances où la petite fille n’est plus une enfant, mais où l’enfant n’est pas encore une jeune fille. Echappant à son père, elle se jeta sur sa mère, sans prêter la moindre attention à sa réprimande, et, cachant sa figure en feu dans le fouillis de dentelle qui couvrait le mantelet de la comtesse, elle éclata de rire et se mis à conter à bâtons rompus une histoire sur sa poupée, qu’elle tira aussitôt de son jupon.

– Vous voyez bien, c’est ma poupée, c’est Mimi, vous voyez !… »

[…]

« Natacha se calma lorsqu’on lui eut annoncé une glace à l’ananas. Un instant après, on versa le champagne ; la musique se remit à jouer ; le comte et sa femme s’embrassèrent, les convives se levèrent pour féliciter la comtesse et trinquer avec leurs hôtes, leurs vis-à-vis, leurs voisins et les enfants. Enfin les laquais retirèrent vivement les chaises et tous les convives, dont le vin et le dîner avaient légèrement coloré le visage, se remirent en file comme en entrant, et passèrent dans le même ordre de la salle à manger dans la salle de bal ».

[…]

« Depuis le jour où Pierre avait emporté l’impression du regard reconnaissant de Natacha, depuis le jour où il avait contemplé la comète brillant dans l’espace, un horizon nouveau s’était entrouvert devant lui : le problème du néant et de la sottise humaine, qui le tourmentait toujours, cessa de le préoccuper. Les terribles énigmes qui à tout moment surgissaient menaçantes dans son esprit s’effacèrent comme par enchantement devant son image. Causait-il ou écoutait-il les propos les plus indifférents, entendait-il citer une action lâche ou une absurdité monstrueuse, il ne s’en effrayait plus comme jadis : il ne se demandait plus pourquoi les hommes s’agitaient ainsi, lorsque à la vie déjà si courte succédait l’inconnu. Mais il se la représentait, elle, telle qu’il venait de la voir, et ses doutes s’envolaient ; son souvenir l’élevait et le transportait dans un monde idéal et pur, où il ne trouvait plus ni pécheurs ni justes, mais où régnaient la beauté et l’amour, ces deux seules raisons d’être de l’existence. Quelque grandes que fussent les misères morales qu’il venait de découvrir, il se disait : – Que m’importe, après tout, que celui qui a volé l’Etat et l’empereur soit comblé d’honneurs, puisqu’elle m’a souri hier, qu’elle m’a prié de retourner chez eux aujourd’hui que je l’aime, et que personne n’en saura jamais rien ! »

… … …

A propos de l'auteur

Gilberte Benayoun

Gilberte Benayoun

Rédactrice/Lectrice/Correctrice

Membre du comité de rédaction


née le 1er octobre 1945, en Algérie, à Tlemcen.
Vit en France depuis 1962.

Parcours professionnel en région parisienne : Secrétaire dans différents services administratifs de la Fonction Publique, de 1962 à 2005.

Autodidacte. Pas de formation universitaire.

Activité occasionnelle, pour le plaisir, et à titre bénévole : "tapeuse de manuscrits" pour écrivains
(saisie informatique - traitement de texte - relecture - corrections - mise en forme)

Commentaires (1)

  • bernard péchon pignero

    bernard péchon pignero

    17 septembre 2016 à 20:44 |
    Forcément avec Pierre et Natacha on pense à Guerre et Paix, mais ça ne colle pas avec la bibliothèque verte et si Tolstoï est bien un immense romancier à la rigueur européen puisque russe on ne peut pas le cataloguer comme auteur du début du vingtième siècle. Je donne ma langue au chat ou plutôt à Natacha.

    Répondre

Poster un commentaire

Vous êtes identifié en tant qu'invité.