KI-C-KI

Ecrit par Gilberte Benayoun le 01 octobre 2016. dans La une, KI-C-KI, Littérature

KI-C-KI

Ce « ki-c-ki » est consacré à un admirable auteur d’Europe centrale, toujours vivant, dont l’œuvre abondante, belle et célèbre, est traduite dans plusieurs langues. Pour le plaisir de lire et « d’entendre » cette éblouissante littérature, voici quelques pépites extraites d’un de ses plus beaux romans, dont l’action se situe en France :

 

Extraits :

« Si Agnès n’est pas allemande, c’est parce que Hitler a perdu la guerre. Pour la première fois dans l’histoire, on n’a laissé au vaincu aucune, aucune gloire : pas même la douloureuse gloire du naufrage. Le vainqueur ne s’est pas contenté de vaincre, il a décidé de juger le vaincu, et il a jugé toute la nation ; c’est pourquoi parler allemand et être allemand n’était guère facile en ce temps-là.

Les grands-parents maternels d’Agnès avaient été propriétaires d’une ferme à la limite des zones francophone et germanophone de la Suisse ; si bien qu’ils parlaient couramment deux langues, tout en relevant administrativement de la Suisse romande. Les grands-parents paternels étaient des Allemands établis en Hongrie. Le père, ancien étudiant à Paris, avait une bonne connaissance du français ; pourtant, lorsqu’il s’était marié, c’est l’allemand qui était devenu tout naturellement la langue du couple. Mais après la guerre, la mère se souvint de la langue officielle de ses parents : Agnès fut envoyée dans un lycée français. Le père, en tant qu’Allemand, ne pouvait alors se permettre qu’un seul plaisir : réciter à sa fille aînée des vers de Goethe dans le texte.

Voici le poème allemand le plus célèbre de tous les temps, celui que tout petit allemand doit apprendre par cœur :

Sur tous les sommets

C’est le silence,

Sur la cime de tous les arbres

Tu sens

A peine un souffle ;

Les petits oiseaux se taisent dans la forêt.

Prends patience, bientôt

Tu te reposeras aussi.

L’idée du poème est toute simple : la forêt s’endort, toi aussi tu t’endormiras. La vocation de la poésie n’est pas de nous éblouir par une idée surprenante, mais de faire qu’un instant de l’être devienne inoubliable et digne d’une insoutenable nostalgie ».

(…)

« Au cours de l’éternel procès intenté à Goethe, on a prononcé contre lui d’innombrables réquisitoires et fourni d’innombrables témoignages sur l’affaire Bettina. Pour ne pas lasser le lecteur avec une énumération d’insignifiances, je ne retiendrai que trois témoignages qui me semblent capitaux.

Premièrement : le témoignage de Rainer Maria Rilke, le plus grand poète allemand après Goethe.

Deuxièmement : le témoignage de Romain Rolland, l’un des romanciers les plus lus entre l’Oural et l’Atlantique dans les années vingt et trente, qui jouissait de surcroît d’une remarquable autorité d’homme de progrès, antifasciste, humaniste, pacifiste et ami de la Révolution.

Troisièmement : le témoignage du poète Paul Eluard, excellent représentant de ce qu’on a appelé l’avant-garde, grand chantre de l’amour ou plutôt, selon sa propre expression, de l’amour-poésie, puisque ces deux notions (comme en témoigne l’un de ses plus beaux recueils, intitulé L’amour la poésie) se confondaient dans son esprit en une seule ».

… … …

 

La réponse au ki-c-ki du samedi 17 septembre : « Guerre et Paix », Léon Tolstoï

A propos de l'auteur

Gilberte Benayoun

Gilberte Benayoun

Rédactrice/Lectrice/Correctrice

Membre du comité de rédaction


née le 1er octobre 1945, en Algérie, à Tlemcen.
Vit en France depuis 1962.

Parcours professionnel en région parisienne : Secrétaire dans différents services administratifs de la Fonction Publique, de 1962 à 2005.

Autodidacte. Pas de formation universitaire.

Activité occasionnelle, pour le plaisir, et à titre bénévole : "tapeuse de manuscrits" pour écrivains
(saisie informatique - traitement de texte - relecture - corrections - mise en forme)

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