Le nouveau paysage de la droite « classique »

Ecrit par Jean-François Vincent le 13 septembre 2017. dans France, La une, Politique

Le nouveau paysage de la droite « classique »

Le séisme « macronien » a certes fait exploser en vol le PS, mais la droite non – encore ! – lepéniste s’est éparpillée « façon puzzle »…

Il y a d’abord les ralliés, qui s’intitulent eux-mêmes, de manière euphémique, les « constructifs », et que d’aucuns appellent les « destructifs ». 35 députés, emmenés par Thierry Solère, ancien porte-parole de François Fillon, qui laissa tomber celui-ci quand il maintint sa candidature alors qu’il avait pourtant juré ses grands dieux qu’il jetterait l’éponge en cas de mise en examen. 12 d’entre eux ont voté la confiance à Edouard Philippe, les autres s’abstenant.

Leur credo ? « Nous, élus de la droite et du centre, avons décidé de travailler de façon constructive, libre et responsable avec le gouvernement. Ensemble nous voulons que la France réussisse sa modernisation pour ne plus perdre de temps et adapter enfin notre pays à un monde en perpétuelle mutation. Nous espérons transcender durablement les vieux clivages politiques, moderniser l’action publique et retisser le lien de confiance indispensable entre le citoyen et l’élu, tant nous sommes persuadés qu’il est crucial de régénérer notre vie démocratique ». Il faut dire que l’action centro-libérale du nouveau gouvernement les y aide. Mais, dans ce cas, pourquoi, tout bonnement, ne pas intégrer, avec armes et bagages, la République En Marche ?

Il y a surtout Laurent Wauquiez, candidat quasi investi – et seul en lice – à la présidence de LR, lors de son prochain congrès qui se tiendra en décembre. Son orientation ? A droite toute ! « Etre de droite n’est pas une maladie honteuse », avait-il affirmé dans une interview au Monde le 13 juillet dernier. On le soupçonne d’être un sous-marin de Sarkozy dont il revendique l’héritage, « pour moi, c’est le modèle », avait-il proclamé. Il effarouche les plus modérés, tel Xavier Bertrand, qui constata, dans un entretien au JDD : « il court après l’extrême droite ».

Alors Wauquiez, un « bébé Buisson » ? Il a rompu avec un long compagnonnage très « buissonnier » lors de l’affaire des écoutes des conversations élyséennes. Il a, à cette occasion, dit de Buisson, sur BFM-TV : « c’était quelqu’un qui était dans les équipes de 2007, qui a trahi Nicolas Sarkozy. Dans ce livre (N.B. La cause du peuple), c’est la haine qui l’a emporté sur la vérité ».

Mais il a pris pour conseiller l’un des fils spirituels de Buisson, Guillaume Peltier, créateur du courant La France Forte. « La droite de Peltier, écrit Renaud Dély, dans son livre La Droite brune, UMP-FN, c’est celle des hussards, celle qui prend des risques pour s’affirmer. D’ailleurs, en élève consciencieux de la droite « buissonnière », Peltier n’en finit pas de réciter les leçons de son gourou. Un gourou même après la défaite. Si Nicolas Sarkozy n’avait pas mené une telle campagne, il en est sûr, Marine Le Pen aurait atteint 25% des voix au premier tour et le chef de l’état ne se serait pas qualifié pour le second ». Avec Wauquiez à la manœuvre, le rêve de Buisson a des chances de se réaliser : bâtir une union des droites, à l’instar de ce qui avait uni socialistes et communistes à l’époque du programme commun…

Enfin il y a la nouvelle venue hors des décombres de LR : Valérie Pécresse. Intelligente, dynamique, elle tente de faire un coup à la Macron. Le 10 septembre, elle inaugurera un « mouvement », destiné, le cas échéant, à devenir un parti : Libres ! (Le point d’exclamation apparaissant désormais comme un must, cf. En Marche !). Son programme ? « Je crois à la permanence de nos valeurs et je suis fière de les porter : la liberté plus que l’égalitarisme, l’autorité et la responsabilité individuelle plus que la culture de l’excuse, le travail et le mérite plus que l’assistanat, l’indivisibilité de la Nation et non le communautarisme. Le souhait d’une France forte qui s’ancrerait dans une Europe forte. L’humanisme et le refus des injustices ». Bref une « macronne » conservatrice. La différence avec Wauquiez se situant sur le plan sociétal : elle est plus « libertaire », mais tout aussi libérale.

La droite « classique » se voit donc confrontée à un dilemme, un « double bind », comme on dit en anglais : ou bien se rallier à Macron et disparaître politiquement, ou bien se droitiser encore et se confondre avec le FN. La stratégie de Wauquiez peut très bien réussir, mais voilà ! il croit être un nouveau Mitterrand, qui a mangé tout cru le PC…

Hélas pour lui, il pourrait n’être qu’un Marchais.

A propos de l'auteur

Jean-François Vincent

Jean-François Vincent

Directeur de publication

Membre du Comité de Rédaction et rédacteur

Traducteur au Conseil de l'Europe

Ancien professeur certifié d'anglais

Ancien diacre à la cathédrale russe saint-Alexandre Nevski de Paris

Maîtrise d’anglais

Licence de philosophie

Licence de droit

Diplômé de l’institut de théologie orthodoxe Saint-Serge

Commentaires (1)

  • Martine L

    Martine L

    15 septembre 2017 à 12:30 |
    Ah, qu'il est difficile – et doux en même temps, de glapir en tant qu'opposants. Un rôle pas évident pour des gens si longtemps au pouvoir ; on l'a vu, entendu, pesé tout le quinquennat précédent. A présent, c'est amer car on avait dans ce camp, escompté – et franchement à bon droit, qu'on serait l'alternance en gloire...
    Mais c'est compliqué d'être une opposition – une vraie, une efficace, quand on est morcelé, qu'on bataille les uns contre les autres, et que la défaite, celle qu'on nomme « cuisante », révèle comme dans tout échec humain, ce qui quelque part a dysfonctionné en vous... Croyez qu'on est quelques uns à gauche à pouvoir compatir.
    Clair que dans l'état des choses, c'est Mélenchon et « ses » ( ! lui aussi ) troupes qui tiennent le 1er rôle, dans la rue ( partagée toutefois), à l'Assemblée. Alors, ce que dit le – petit - menton d'un Wauquier ! Qui, de plus, se voilait la face devant « le scandale des assistés sociaux » et baigne apparemment jusqu'au cou dans les arcanes de ses fonctions aux allures de prébendes... Misère !! souhaitons-leur à ces petits camarades de la Droite encore démocratique, des jours meilleurs, «  à droite, à droite... »

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