Les hypostases de soi sur un air de Mozart (1ère partie)

Ecrit par Stéphanie Michineau le 06 décembre 2014. dans La une

La Littérature était une petite fille rieuse, François Le Guennec, Mon Petit Editeur (essai)

Les hypostases de soi sur un air de Mozart (1ère partie)

Or la littérature est une petite fille rieuse, jupe courte et canotier ; elle court, elle sort de sa cachette en pouffant au jour où on ne l’attend pas. Ce livre, à l’instar de Fanny Cosi-Fan-tutte (pour Mozart) et selon toute proportion gardée, a fait l’objet d’un pari : Stéphanie Michineau, spécialiste des Ecrits de femmes (de Germaine de Staël à Renée Vivien) passe dans La Littérature était une petite fille rieuse comme dans la vie, de la critique littéraire à la fiction. Vice versa. Et c’est Stéphanie Van Tutte et surtout Fanny Cosi qui font leur entrée en place royale.

REPRISE par mes bons soins – Morceaux du puzzle – livre à reconstituer pour le lecteur. Quelques bribes d’explication, en amont, cependant. Franz, François Le Guennec a bien suivi la leçon et est bien entré dans l’antre de Colette. A la source : l’Autofiction dans l’œuvre de Colette (en mode actualisation).

Page 68 : Un livre se détache dans lequel elle se plaît à multiplier les images de soi, la Retraite sentimentale. Dans un dédoublement fantasmatique, Annie s’entretient avec Claudine (deux figures auctoriales) de ses débuts sur scène avec une actrice dont le nom est une anagramme de Colette Willy puisqu’elle s’appelle Willette Collie. Cette scène s’inspire du mimodrame Le désir, L’amour et la Chimère au théâtre Michel lorsqu’elle écrivait dans les coulisses La Retraite sentimentale.

La Littérature était une petite fille rieuse, au fil des pages épinglées du temps – passant, du livre – libre. Pages cornées :

Préambule sur fonte de propos qui n’engagent que celui qui les dicte à savoir l’auteur du texte :

Page 11 : J’ai survolé les cinquante romans que les Inrocks présentent comme la crème de ce siècle débutant ; très peu d’entre eux témoignent d’une originalité, d’innovation, seulement deux ou trois. Cette vérification faite, j’ai pu sans inquiétude et sans regret me consacrer à mes classiques.

Page 21 : Tu préfères d’ailleurs les créatrices à leurs créations, non ? C’est que chacune de ses créations ajoute à son auteur un peu de densité, un peu d’épaisseur ; tandis qu’elle-même demeure, toute séduisante, tout attachante qu’il l’ait faite, un mince être de papier.

Rentrons dans le vif du sujet :

Page 48 : Plusieurs heures ou même plusieurs jours après ma visite à l’association culturelle, je plonge la main dans ma poche (distraitement) et j’y repêche la carte de visite : Fanny Cosi, journaliste. Je ne sais rien des relations de cette dame ou demoiselle avec Stéphanie van Tutte. Est-ce qu’elles se voyaient beaucoup ? Est-ce qu’elles partageaient des centres d’intérêt ? Il y a toutes sortes de journalistes, certaines étroitement spécialisées, parfois aux antipodes de la littérature. Je m’interroge à peine sur les noms de famille ; tant de facteurs décomposent et recomposent aujourd’hui les familles. Mais le hasard connaît la musique. Fanny Cosi pourrait être la fille adoptive de Stéphanie, ou même sa fille spirituelle. Je me prends à rêver : et si la fille était une création littéraire de van Tutte plutôt qu’un produit biologique ? Une créature de papier ? Je suis tenté d’appeler sur l’heure l’un des numéros indiqués, mais l’heure, justement, est tardive et je ne veux pas être importun à mon premier contact. Heureusement, la carte indique également un courriel – utile invention qui permet de parler aux gens sans troubler leur sommeil.

Page 61 : Cela pour vous dire ma joie en apercevant pour la première fois le nom de Stéphanie Van Tutte. Il sonnait joyeusement comme une petite trompette ou comme une ouverture de Mozart. J’entrepris aussitôt en usant des pages blanches et jaunes et roses et rousses de Twitter (sifflet musical) de Linkedin (acteur celui-là du théâtre de mascarade).

Page 72 : J’en apprendrai davantage, je l’espère, auprès de Fanny Cosi et de la mémoire de sa mère. Outre le mémoire que j’ai entre les mains, celle-ci paraît avoir beaucoup gardé, et beaucoup écrit.

Nous tournons la page, page 73 :

– Le plus simple (résume au téléphone Fanny Cosi) c’est que je vous adresse la mémoire de ma mère.

– Vous voulez dire le mémoire ?

– Oui, le mémoire si vous voulez ; ce qu’elle a écrit, c’était aussi bien ses mémoires, n’est-ce pas ? Ses souvenirs, sa mémoire… Par la suite, si vous avez des questions, je vous promets d’essayer d’y répondre ; je ne peux pas promettre de réussir.

Elle a un rire clair, très gai.

Je commence à dicter mon adresse postale, mais elle m’interrompt :

– Vous le trouverez à la consigne de la gare, casier 158. Comme le 15 aout : 15/8.

Romanesque, ce moyen, et même si j’ose dire, polaroïd – on se croirait dans un roman policier.

– Mais la clé ?

– Vous la demanderez à Marcel, le garçon du bistrot de l’Arrivée et du Départ…

– De l’arrivée et du départ…

– Réunis. De l’Arrivée et du Départ réunis.

– Réunis…

– Marcel est le plus âgé, celui qui a les cheveux en arrière. Pas le rouquin… Vous lui direz que vous venez de la part de Fanny, et il vous donnera la clé. Au revoir.

Page couplée 78-79 : D’ailleurs, elle reconnaît être aussi romancière, à tout le moins trouver plaisir à la fiction, en littérature comme dans la vie quotidienne. Diantre ! puis-je faire confiance à ce qu’elle a écrit ? Si elle allait m’emmener en bateau ? Elle dit n’avoir pas de talent particulier, avoir dû abandonner la faculté pour travailler ; elle a même donné naissance à une jeune personne qu’elle a baptisée Fanny Cosi (cosi, c’est ainsi) ce qui montre son goût à se laisser porter par le destin plutôt qu’à agir sur son avenir.

A propos de l'auteur

Stéphanie Michineau

Stéphanie Michineau

Docteure en littérature française, spécialisée dans les œuvres auto/fiction, elle est spécialiste à deux têtes : C0LETTE & Serge Doubrovsky 

 

(France ~ Amérique ). Jouissant d'être membre scientifique de nombreux colloques en France & internationaux et afin de les promouvoir (avec autres),

 

elle est actuellement auteure C. G. : Classiques Garnier, rue de la Sorbonne, à PARIS.

Commentaires (1)

  • Jean-François Vincent

    Jean-François Vincent

    06 décembre 2014 à 19:27 |
    BHL parte de la "foule innombrable de mes mois". Vous, dans une perspective plus théologique, procédez à une varition sur le thème de la formule trinitaire d'Athanase d'Alexandrie : "mia phusis, treis hypostaseis" : une nature (divine) unique ou trois hypostases (personnes). Ansi vous fomez une sorte de "polynité" = une poly-unité; tutte le Fanni fanno una sola persona : lei naturalmente!

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