« Reflets a lu » Un beau ténébreux, de Julien Gracq

Ecrit par Gilberte Benayoun le 14 avril 2018. dans La une, Littérature

« Reflets a lu » Un beau ténébreux, de Julien Gracq

Voici de ce grand roman de Julien Gracq, Un beau ténébreux, quelques gouttes d’or de sa somptueuse prose, au style envoûtant, aux descriptions taillées dans du diamant, comme ces paysages écrits et décrits avec un charme fou. On est donc bien là dans la grande littérature française, celle qui nous offre, pour notre plus grand bonheur, un auteur au style inouï, d’une puissante beauté.

 

Extraits

« Je me suis levé de grand matin pour voir le soleil se lever sur la baie. Le charme de l’hôtel, c’est surtout pour moi, derrière le front de mer dont on ne perd jamais de l’oreille le grondement monotone, son beau jardin, ses tilleuls, son cèdre, ses parterres naïfs. Un coin de toit rose dans la lumière de l’aube était si joliment campagnard par-dessus les masses de verdure que j’avais envie d’applaudir. Le matin était tout vernissé par l’averse – l’asphalte de l’avenue entre les reflets des arbres prenait des tons bleus d’acier d’une douceur infinie. Les coqs apprivoisaient partout les avenues de cette plage de luxe à la gentillesse passagère de dix heures : on soupçonnait enfin de ci de là des boulangeries avec leurs petites voitures à chiens, des chaises dépliées aux terrasses des cafés par des garçons sifflotants, des barrières de villas carillonnantes, une espèce de Montparnasse bon enfant mêlé à la gouaille matinale d’un village ».

(…)

« Le reste de cette soirée, je ne le retrouve plus que par échappées vagues, où quelquefois un geste, une parole s’est figé dans mon souvenir pour toujours. Qu’y avait-il au fond que d’ordinaire dans cette promenade ? Mais je trouve pour me la retracer une mémoire parée des séductions enfantines. Et puis cette nuit était si belle, si hagarde. Des couples tournent, – aussi clos, aussi secrètement harmonisés que les sphères – autour des vieilles courtines du château, comme dans Faust à la scène du jardin. Comme une comète suivie de sa queue brillante, Allan égrène au long de sa course irrespirable des astres moins rapides. Une décantation s’opère – dans le calme de la nuit chacun retrouve sa respiration normale, son souffle tempéré ».

… … …

A propos de l'auteur

Gilberte Benayoun

Gilberte Benayoun

Rédactrice/Lectrice/Correctrice

Membre du comité de rédaction


née le 1er octobre 1945, en Algérie, à Tlemcen.
Vit en France depuis 1962.

Parcours professionnel en région parisienne : Secrétaire dans différents services administratifs de la Fonction Publique, de 1962 à 2005.

Autodidacte. Pas de formation universitaire.

Activité occasionnelle, pour le plaisir, et à titre bénévole : "tapeuse de manuscrits" pour écrivains
(saisie informatique - traitement de texte - relecture - corrections - mise en forme)

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