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Putréfaction Algérienne

Ecrit par Ahmed Slama le 26 avril 2014. dans Monde, La une, Politique, Actualité

Putréfaction Algérienne

C’est un sentiment étrange ; croiser une femme que l’on a aimée, avec qui l’on a vécu vingt ans, dont on a ressassé les souvenirs des années durant, on se remémore ses gestes, pas toujours tendres envers vous, son caractère lunatique… Jamais on n’a osé renouer les liens avec cette femme, trop douloureux, trop compliqué, on veut se reposer, et puis… Bam ! La claque ! La voilà, elle ! au coin de la rue, la voilà, elle ! qui vous salue !…

En gros, c’est ce sentiment qui me prend en ces jours d’élections algériennes, moi, l’exilé (volontaire et estudiantin) de l’autre côté de la Méditerranée. Je me sens merdeux de ne jamais avoir rappelé ! De ne jamais avoir demandé de nouvelles !

Torturé par la culpabilité, je me rue sur les journaux (en ligne et en papier) histoire de me renseigner sur sa vie, comment a-t-elle a évolué ! Ce qu’elle fait aujourd’hui… ça me laisse un goût amer dans la bouche, déception quand tu nous tiens ! Une déception mâtinée de mauvais souvenirs, l’ennui, la stagnation, l’air nauséabond. Je n’ai pas mal à mon Algérie, non ! J’ai mal aux Algériens ! Mes amis ; mes ennemis et ma famille. Tous ceux que j’ai abandonnés. Jamais je ne leur ai écrit. Trop honteux d’être ici ; eux, là-bas. Je jette un œil au réseau social à la barre bleue, un parasite, je me glisse entre leur vie et le compte rendu virtuel qu’ils en font, ainsi, je tente de saisir leur ressenti… Mes larmes roulent alors au rythme de la barre de défilement, rien, ou presque n’a changé, leurs publications coulent d’ennuis…

Ce sont devenus des enseignants, des chômeurs, des ingénieurs, des femmes au foyer… Je n’ai rien avoir là-dedans, mais j’en suis fier ! Pourtant leurs phrases, leurs mots ont, à mes yeux, toujours cette résonance métallique, celle de l’ennui, du désespoir, un ciel, bas, désespérément voilé de gris ! Un son que je connais, je l’ai pratiqué avec eux dans la cour du lycée, sur les bancs de la faculté ! Oui, rien n’a changé ! Les rêves de sexe, d’amour, d’alcool, d’oubli se succèdent…

J’ai fait mon bonhomme de chemin depuis l’Algérie, je ne les ai pas oubliés, pire, je les ai abandonnés, trop honteux, moi le fuyard, d’être ici ; eux là-bas !