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Vacances en voilier à la découverte des îles grecques

Ecrit par Alexandre Naos le 16 janvier 2016. dans La une, Voyages

Vacances en voilier à la découverte des îles grecques

Les îles.

Leucade, le 05 janvier 2016

 

Je suis né sur une île,

appartenant à un petit pays mais vaste par son rayonnement, ses exploits glorieux, ses mythes, ses personnages illustres.

Une de ses plus grandes richesses demeure ses îles. Je ne songe point simplement à ces quelques six mille îles ou îlots, petits et grands, foulés ou non par les pas de l’homme. Non. En Grèce, chaque village écrasé de lumière est une île. Chaque monastère suspendu dans le vide du temps, chaque berger s’adonnant à la sieste millénaire à l’ombre d’un olivier majestueux, chaque vieillard ployant sous le poids des ans et ridé comme délicate carte de parchemin est une île. Chaque Grec natif ayant émigré aux confins du globe, qui en Amérique, qui en Australie, qui en Suisse, et songeant, la larme à l’œil, à son humble village égaré dans la clarté diluvienne, trop longtemps délaissé… est une île.

Ainsi partis-je également, tels ces pauvres hères par milliers, desservis par le sort, qui s’exilaient, comme toujours ils furent et aujourd’hui encore, en de froides latitudes, vers des mégalopoles crépusculaires, surpeuplées et enfouies dans les épaisseurs indéchiffrables de brumes sédentaires où l’on ne voit guère au-delà d’un jet de pierre.

Et bien des années avaient passé déjà sans que je ne m’extirpe de la pénombre humide et algide du long tunnel auquel s’assimilait notre contrée boréale d’accueil, mon long périple impromptu éclairant sous un jour nouveau le douloureux exil de cet infortuné Ulysse dont ma mère ne se privait point à l’occasion de narrer les palpitantes péripéties.

Où se trouve-t-elle, implorais-je, cette terre maudite mais sacrée à mes yeux où je naquis en un plein midi, berceau anonyme mais merveilleux désigné par un index géant et invisible ? S’est-elle évanouie, cette basse tanière hallucinée dans le maquis embrasé, avec ses gigantesques jarres emplies d’huile translucide, pauvre masure offrant sa nudité aux bouquets de fleurs graciles, aux lentisques, au myrte vert, au thym, aux genêts et aux figuiers odorants ? Evaporée la mer, déesse ubiquiste drapée de sa rayonnante toge émeraude qui veillait sur cet espace brut, solaire, démesuré que jamais je n’aurais dû quitter ?