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Souffles - Culture de deuil, culture de liesse

Ecrit par Amin Zaoui le 23 juin 2012. dans Monde, La une, Politique, Culture, Société

Souffles - Culture de deuil, culture de liesse

 

Je vous parle de la mort ! Pour vous dire, d’abord, que tout cimetière est à l’image de la société des vivants. La ville des morts, dans son organisation, son aménagement, sa propreté, son silence, n’est en fin de compte que le reflet de celle des vivants. J’ai visité des cimetières musulmans dans plusieurs pays arabo-musulmans et j’ai constaté que le coefficient commun qui existe entre tous ces espaces réservés aux morts : c’est le désordre. Signe d’une société chaotique, celle des vivants ou des survivants.

Et j’ai visité des cimetières chrétiens, dont j’ai remarqué l’ordre dans l’aménagement de l’espace. Signe d’une société qui respecte le mort. Et cultive le respect aux valeurs de la culture de la mort.

Chez nous, on a perdu totalement ou presque toutes les valeurs de la culture du deuil. La sagesse et la méditation aux moments de l’épreuve ou de l’affliction nous les avons oubliées, égarées.

Dans la vie de l’être humain, l’allégresse n’a pas de sens philosophique si cette dernière n’est pas traversée par le sens de la peine ! L’une couvre et découvre l’autre, tout en lui soufflant de son âme et un peu de son feu ! De nos jours, la mort, dans sa dimension spirituelle, n’a plus de magie ni de secret. Plus de frisson !

Bonjour Tunis : Messaâdi, Merzouki, Ghenouchi et Dieu

Ecrit par Amin Zaoui le 23 décembre 2011. dans Monde, La une, Politique

Bonjour Tunis : Messaâdi, Merzouki, Ghenouchi et Dieu

 

… La Tunisie nouvelle se réveille, ce matin, sur un autre président. Sans cravate et un visage mouillé de larmes. Les larmes d’un syndicaliste sont rares. Et je pense : il était une fois Lech Walesa ! Solidarnosc ! Un beau soleil brille sur les têtes des Tunisiens et une énorme question s’installe dans les têtes. Mais les Tunisiennes se demandent sur la couleur de leur demain, de leur lendemain ??? Une crainte et un sourire.

Perplexe. Brouillard ! L’hôtel où je suis hébergé : Karthago Le Palace, me paraît très froid. Sans âme. Le marbre artisanal ressemble aux pierres tombales sur les caveaux des rois oubliés après des guerres d’héritage et d’héritiers. Silence ! Le grand hall, devant la réception, est presque déserté. Cimetière ! Pas d’étranger.

Neuf heures du soir, un duo, deux jeunes hommes, joue une musique hésitante qui timidement se répand, comme sur des dos-d’âne mal faits, dans cet espace sourd. Le bar est orphelin. Accablé. Quelques hommes sombres attablés devant leurs tasses de café froid. Café du deuil. La crainte. Les espaces sont déféminisés ou presque. Pas de femmes ! Tout est masculin ! Les gens ne parlent pas. Ou peu. Murmurent pour ne rien dire. Pas par peur mais par désorientation !

Nous ne sommes pas le peuple élu d'Allah !

Ecrit par Amin Zaoui le 18 novembre 2011. dans Monde, La une, Politique

Nous ne sommes pas le peuple élu d'Allah !

In "Souffles" ...

 

Nous ne sommes pas un peuple élu de Dieu !

Arrêtez, SVP, de raconter à nos enfants que nous possédons le meilleur pays du monde. Plutôt, il faut leur dire que nous avons un pays comme tous les autres pays du monde.

Arrêtez, SVP, de dire à nos enfants qu’ils sont chanceux et privilégiés de vivre sur cette terre, plus belle que toutes les autres terres de la planète qui, petit à petit, trépasse sous la folie du réchauffement. Plutôt, il faut leur dire que nous avons un pays qui, à l’image de tous les autres pays, renferme de magnifiques choses mais aussi des choses moches, même très moches. Et c’est normal !

Arrêtez de continuer à faire écouter et réécouter ce vieux disque trente trois tours rayé et éraflé qui, depuis un demi-siècle, pivote sur ce phonographe muséologique, aux nouvelles générations : vous vivez sous le ciel, et sur la terre d’un pays le plus propre du monde ! On ne peut pas cacher la saleté dans les rues, les hôtels sinistrés et les routes crevées !

La mémoire d'âne

Ecrit par Amin Zaoui le 02 septembre 2011. dans Monde, La une, Histoire

La mémoire d'âne

Les dictateurs arabes n’ont pas de mémoire. Elle leur fait défaut ! Tare ! Mais leurs têtes retiennent, avec exactitude, les chiffres de leurs comptes bancaires et le nombre croissant de leurs victimes. Les sangsues ! En ce jour de l’Aïd Assaghir, j’ai une grande pensée envers ceux qui, par leur sang noble, ont tracé le cheminement du printemps arabe. Je pense aux intellectuels qui ont défié toutes les barbaries islamistes ou libérales, civiles ou militaires, en barbe longue ou en visage bien rasé, dans un costume alpaga ou dans un qamis afghan.

En ce jour de  l’Aïd El Fitr 2011, je pense à l’auteur de la trilogie Lagoual, lajouad et litham, à Abdelkader Alloula, lion d’Oran, icône du théâtre algérien et universel, tombé sous les balles islamistes aveugles le vingt-septième jour du Ramadhan, nuit sacrée. Ce fut le 10 mars 1994. Tout son art théâtral est conçu pour condamner la barbarie. Pour dire non à l’injustice sociale, non à l’humiliation. En ce jour de l’Aïd El Fitr, je pense à une autre étoile de la planche, à Azeddine Medjoubi apprécié du public algérien pour avoir joué avec génie dans la pièce Hafila tassir. Il fut assassiné le 13 février 1995, à l’entrée de l’Opéra d’Alger. Je pense à Tahar Djaout l’auteur de Les chercheurs d’os et L’invention du désert, intellectuel courageux dans et par le verbe et le mot. Il fut assassiné le 26 juin 1993.

L'instit'

Ecrit par Amin Zaoui le 25 juillet 2011. dans Ecrits, La une, Education

L'instit'

Même s'il était de petite taille, à nos yeux notre instit était grand. Le plus grand de tous les hommes du village et de tous ceux qui habitent les hameaux avoisinants. L'instit est toujours grand, capable de toucher le ciel. Cueillir les étoiles les plus lointaines sans monter sur une échelle. Le nœud simple et bien fait d'une cravate fine avec une chemise classique blanche. Toujours propre. Une paire de chaussures noire bien cirée, toujours hautement cirée. Ainsi fut notre instit. Le vôtre aussi. Il nous faisait peur. Ce n'était pas une peur mais une sorte de sentiment profond et incompréhensible. Entre amour, fascination et respect. La première fois que j'ai vu une paire de lunettes posée sur un nez, c'était sur celui de mon instit. Et depuis, toute image de lunette est liée à celle de l'instit. Dans le village, il ne passait pas inaperçu. Il était écouté et respecté. De temps en temps, je fréquentais le petit café du village, mais je n'avais jamais aperçu mon instit dans cet espace bruyant. Je faisais toutes les acrobaties possibles afin qu'il ne me voie pas attablé dans ce lieu réservé aux adultes. Dès que je le croise sur mon chemin, la tête baissée, je change de trottoir. Il avait une démarche spéciale et unique. Une démarche à lui seul. J'ai toujours imaginé notre instit comme l'homme le plus riche de la terre. Il n'avait pas besoin d'argent. Tout ce qu'il demandait, tout ce qu'il voulait était exaucé.

Le corps et l'amour dans la littérature algérienne : l'ange ou le démon (1)

Ecrit par Amin Zaoui le 17 juin 2011. dans Monde, La une, Société, Littérature

Le corps et l'amour dans la littérature algérienne : l'ange ou le démon (1)


Tantôt, de gauche à droite, j’écris. Et ma mère me dit : c’est le chemin des roumis. Tantôt, de droite à gauche, j’écris. Et ma mère me dit : c’est le chemin des musulmans, le chemin droit. Il en va de même pour la lecture. Pour moi, cette valse n’est qu’une malédiction de Sisyphe. Cycle absurde où je me recherche, dans une lumière obscure. Chute de Sisyphe, je tâtonne le vide noir et j’écris : « je » en français ou « ana » en arabe, peu importe ! Ecrire le « je » ou le « ana » dans tous ses états, tous ses éclats et dans toutes ses brumes est un « jeu » draconien. Supporter, transporter la pierre de Sisyphe jusqu’au sommet du paradis, ensuite descendre jusqu’au fond de l’enfer de Dante : écrire le « je » ou le « ana ». Fixer le miroir, collé devant soi, afin de détailler les traits les plus délicats et compter toutes les rides discrètes et les vagues successives des soupirs parvenant d’un fond feu est un exercice sévère : écrire le « je » ou le « ana », qu’importe. Amertume ou allégresse ? Par ce chemin sauvage, incertain et rocailleux, passent la genèse et le défi du texte littéraire. Je ne suis pas sûr ! Incertain. Certain. L’écrivain appartenant à ce monde obscurci et complexe appelé « arabo-musulman », est conçu, depuis son enfance, dans l’hégémonie d’une culture dominante celle de « l’hypocrisie ».

Il neige sur l'Enfer !

Ecrit par Amin Zaoui le 30 mai 2011. dans Monde, La une, Politique, Littérature

Il neige sur l'Enfer !

Un autre jour pour Narcisse ! Peut-être le dernier. Le mythe ancestral nous raconte que Narcisse fut un excellent chasseur. Il était beau. Séducteur et séduisant ! Et dissimulait une jalousie incurable. Narcisse de ce mythe grec me rappelle le dictateur arabe contemporain. Mais, en fait, le dictateur arabe est plus narcissique que Narcisse lui-même. Plus jaloux que Narcisse. Une jalousie qui tue. Ne Touchez pas à ma couronne. Le dictateur arabe, lui aussi est un chasseur. N'oubliez pas que Le Prophète nous a dit : “Apprenez à vos enfants l'équitation, la natation et le tir à l'arc.” Le dictateur arabe excelle dans l'art de l'équitation ! Mais monter une femme ou le dos d'un cheval ? Nuance ! Les femmes ne sont pas des pur-sang arabes. Il brille dans la natation. La natation dans l'eau trouble, bouillante ou boueuse. Il luit dans l'art du tir à revolver. Il préfère tirer dans le dos de ses amis. Il se voit beau, magnifique mais dans un seul et unique miroir, c'est celui de ses sujets. Les eunuques !

Si le roman latino-américain, dans un style fantastique et sans pair, a extraordinairement narré le personnage du dictateur du continent longtemps martyrisé. La réalité du dictateur arabe palpable, direct mais extravagante dépasse de loin toute cette énergie imaginative et créative de la littérature latino-américaine relatant le portrait du dictateur de leur bled.

Pour ces raisons, je n'aime pas El Moutanabi

Ecrit par Amin Zaoui le 16 mai 2011. dans La une, Littérature

Pour ces raisons, je n'aime pas El Moutanabi


J'adore la poésie arabe. Et je n'aime pas Al Moutanabi ! Dans toute leur histoire culturelle, les Arabes ont toujours cru qu'ils étaient, et par excellence, la nation de poésie. La umma de Achiâr ! C'est ainsi que le calife Al-Ma'mûn (786-833), celui qui a fondé Beyt Al Hikma (la maison de la sagesse) et qui a demandé de traduire la science des Grecs, a négligé la traduction de la poésie. Une autosatisfaction poétique !

Quoique les Arabes aient placé sur le même pied d'égalité Al Moutanabi (915-965) et les prophètes, je n'aime pas ce poète ! Même si les Arabes ont mis le destin de leur langue entre les mains de Al Moutanabi, ce dernier ne réveille pas en moi la passion de la poésie.

J'aime lire et relire les poètes à l'image de : Al Maâri, Abou Nouas, Ibn Al Faridh, Al Hallaj, Al Bastami, Bashar ibn Burd, Rimbaud, Baudelaire, Edgard Alan Poe, et Homère et je n'apprécie pas Al Moutanabi.

Ecrire avec les deux mains

Ecrit par Amin Zaoui le 09 mai 2011. dans La une, Littérature, Linguistique

Ecrire avec les deux mains

Article publié dans "La Cause Littéraire"


Ecrire de gauche à droite ou de droite à gauche, cela est un jeu extraordinaire. Mais écrire de droite à gauche et de gauche à droite cela est un plaisir. Ecrire avec les deux mains ! Ecrire avec deux langues, plutôt dans deux langues, c’est voler, en toute liberté et en toute énergie et détermination, avec deux grandes ailes dans un vaste ciel qui ne ressemble qu’à lui-même. La première est étendue sur l’orient et l’autre sur l’occident. Ecrire avec deux mains et un cœur comblé de rêves et d’illumination est un jeu d’ombres et de lumières. Ecrire avec deux mains, c’est agiter deux imaginaires, deux mers de folies. Voyages ouverts à toutes les géographies et les musiques. Le génie le plus génial que l’homme a créé, dans toute l’histoire humaine, fut le jeu. Et la littérature est un jeu fabuleux. Lorsqu’une nouvelle langue est née sur le bout de notre plume, les choses prennent la forme d’une danse.
Toutes les choses ! Dès qu’une nouvelle langue pointe sur le bout de notre langue les mots deviennent un chant de liberté, ou un champ de blé. Et la liberté gagne de la géographie, gagne de la lumière.

A Tlemcen, Mohamed Arkoun est le grand absent

Ecrit par Amin Zaoui le 29 avril 2011. dans Monde, La une, Culture, Littérature

A Tlemcen, Mohamed Arkoun est le grand absent

"Souffles"

Le 11 avril dernier, en présence de Mme Irina Bokova, directrice générale de l'Unesco, et en marge de la remise du prix Unesco-Sharjah pour la culture arabe, l'islamologue Mohamed Arkoun, décédé le 14 septembre 2010, fut présent à travers un colloque scientifique qui lui a été consacré. Le 16 avril, en présence de monsieur le Président de la République, le coup d'envoi des “festivités” de “Tlemcen, capitale de la culture islamique” a été donné dans l'absence totale et le silence absolu sur notre grand Mohamed Arkoun. L'homme des questions. Le messager. Le passeur. Beaucoup de baroud et de chevaux ont marqué le jour J de cette ville capitale de la culture islamique. Certes, aucun musulman moderne n'est contre le baroud ou contre la fête. Mais aucun musulman moderne ne peut tolérer l'absence de Mohamed Arkoun dans le programme de cette année, et notamment dans la journée symbolique de l'ouverture. L'Algérie moderne et grande est universellement présente et connue grâce à la pensée moderne du grand islamologue Mohammed Arkoun. Si célébration est faite pour parler des dialogues des religions ou des cultures, Mohamed Arkoun, par excellence, doit être au centre de ce débat. Au centre de toute réflexion autour de l'humanisme islamique. Faiseur de paix et de dialogue.

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