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Souvenir d'été

Ecrit par Ariel Gurevitz le 08 septembre 2010. dans La une, Ecrits

Souvenir d'été

La présence militaire des Alliés en Allemagne avait mauvaise presse dans les années soixante dans une population qui, vingt ans après la guerre, la subissait en grognant. J'avais pour moi de pratiquer un peu la langue, ce qui me permettait de flâner en civil lors des permissions sans me faire repérer. Mes compagnons d'infortune, dépaysés, préféraient passer leurs dimanches à la caserne, où ils consacraient l’essentiel de leurs loisirs à ingurgiter des quantités effarantes de bière.

Quand il faisait beau, j'allais à la piscine municipale de W…, superbe installation de plein air située au sein d'un parc verdoyant. Un jour de canicule je vis s’approcher de l’eau une jeune fille à la démarche chaloupée et à la croupe remarquable. N'ayant qu'une poitrine menue, tout se passait comme si la nature avait voulu compenser ce manque par des fesses somptueuses. Elle paradait ainsi à moitié nue, roulant sous le creux de sa cambrure deux robustes globes bronzés, d'un moule parfait, dont l'opulence était encore soulignée par la finesse de la taille et le galbe des cuisses. Le hasard l'emmena près de moi, et je nouai une aimable conversation avec l’adolescente. Je me surpris à être en verve sans savoir pourquoi.

La Planète ou la Vie

Ecrit par Ariel Gurevitz le 03 septembre 2010. dans La une, Environnement

La Planète ou la Vie

Il y a une certaine hypocrisie à vouloir à la fois le progrès et la préservation de l'environnement. L'Homme a commencé par brûler du bois pour produire de l'énergie, ensuite du charbon, ensuite des hydrocarbures. Maintenant il en est au nucléaire, parce qu'il a compris que les autres ressources étaient limitées.

Le piège du progrès humain c'est qu'en plus de ravager la planète, il libère des énergies qui peuvent déboucher sur des catastrophes. Toutes les initiatives écologiques, aussi louables soient-elles, ne font que retarder l'échéance ou déplacer le problème. Il y d'ailleurs quelque chose de comique à constater que l'environnementalisme a lui-même suscité une industrie, une de plus.

Mon Père, ou une vie pour rien

Ecrit par Ariel Gurevitz le 14 juin 2010. dans Ecrits

Longtemps mon père sortait de bonne heure sans que l’on comprît ce qu’il faisait. Il eût fallu être bien perspicace pour deviner que ces sorties n’avaient d’énigmatique que le néant de leur objet. Il passait ses journées à errer en ville, le plus souvent dans les jardins publics. C’est ainsi que sa folie ordinaire ne fut jamais perceptible que par son entourage immédiat. Il eût en effet été difficile d’imaginer que cet homme apparemment normal, cultivé, affable, disposant du sens de l’humour, se levât de son lit le matin sans autre projet que d’attendre le soir pour s’y coucher. En dehors de cela il ne voyait personne, n’avait pas d’ami, pas de distraction, pas de travail, pas de soucis.

Malheureux, mais fermé, mon père cachait son mal de vivre avec soin. Sa vie étant réduite à peu de choses, il accusait ma mère d’avoir la folie des grandeurs dès lors qu’elle bataillait pour améliorer notre quotidien.

Arielle

Ecrit par Ariel Gurevitz le 08 juin 2010. dans Ecrits

J’avais dix-sept ans quand je rencontrai Arielle, et elle  dix-huit. J’étais en quête non pas d’amour mais d’intelligence, alors c’est tout naturellement qu’elle m’éblouit dès les premiers instants. Disposant d’une perspicacité redoutable, elle voyait, comprenait et anticipait tout chez ses interlocuteurs, si bien que ceux-ci ne  pouvaient qu’entériner ce mélange subtil d’intuition et de  raison.

C’était une jolie fille, une brune aux longs cheveux bien avant la mode des brunes aux cheveux longs.  Elle était mince et menue, et avait une manière effacée de  se servir de son corps, qu’elle déplaçait avec une délicatesse qui tenait un peu de la danse. Tout dans son allure, sa voix, sa virtuosité verbale, me charma dès les premiers  instants.

Amos Oz, écrivain et sioniste

Ecrit par Ariel Gurevitz le 07 juin 2010. dans Monde, Littérature

Amos Oz, écrivain et sioniste

En lisant attentivement sa chronique il s’avère qu’Amos Oz suggère une stratégie qui ne contredit en rien les grandes lignes de la politique israélienne d’aujourd’hui ou du passé. La différence avec les responsables politique portent principalement sur les moyens de mettre un terme au conflit, et non sur les concessions qu’il faudrait faire pour y arriver.

Globalement, la vision d’Amos Oz correspond à ce à quoi une majorité d’israéliens aspirent, pour autant ils aient la sécurité en contrepartie. Il n’y a pas grand- monde en Israël qui objecterait à une paix véritable en échange de territoires. Les quelques irréductibles qui s’y opposeraient ne viendraient pas à bout de la démocratie israélienne.

Comprendre Gaza

Ecrit par Ariel Gurevitz le 05 juin 2010. dans Monde

Comprendre Gaza

L’arraisonnement du « Marmara » constitue un échec pour Israël. Ce pourrait être le résultat d’une erreur d’appréciation, où Tsahal aurait peut-être pu procéder à un arraisonnement en évitant à ses soldats de se retrouver acculés à la légitime défense. Ce qui s’est passé sur le « Marmara » est comparable à ce qui se passe quand un policier se fait agresser du seul fait qu’il représente l’ordre et se sert de son arme pour sauver sa peau. On peut penser que le policier en question dégaine trop vite, mais sur le fond de l’affaire, parmi les nations qui condamnent Israël, je pense qu’il n’y en pas une seule qui aurait laissé passer le « Marmara » sans en vérifier la cargaison.

C’est l’occasion de rappeler l’histoire récente de Gaza.

"A un ami israélien" de Régis Debray à Barnavi

Ecrit par Ariel Gurevitz le 05 juin 2010. dans Monde

L’écrivain et essayiste Régis Debray a récemment écrit un ouvrage intitulé « A un ami israélien », où il s’exprime sur le conflit israélo-arabe en s’adressant à Elie Barnavi, historien et ex-ambassadeur d’Israël à Paris. Je suis pour ma part en désaccord avec Barnavi, mais de la manière dont on peut l’être avec un Israélien à fibre juive dont on partage fondamentalement les aspirations. Tout ce que je peux en dire, c’est qu’à mon avis la solution qu’il préconise n’est pas la bonne. Pour la résumer de manière succincte, elle consiste à imposer une solution de l’extérieur.

Quant à Régis Debray, et en dépit de sa très belle plume, je pense que son point de vue sur Israël à travers ses écrits est détestable. Il se sert de poncifs anti-israéliens (pêché originel, colonisation, religion, apartheid, etc.. ) qui relèvent d’un antisionisme primaire. Il a en revanche un penchant affectif pro-palestinien marqué, ce qui est son droit, mais ce qui ne lui donne pas celui de falsifier l’Histoire. Le péché originel n’est pas du côté d’Israël comme il le prétend : il est du côté arabe qui a refusé  le partage de la Palestine en 1948.

Le monothéisme est un rationalisme

Ecrit par Ariel Gurevitz le 22 mai 2010. dans Religions

Le monothéisme est un rationalisme

Il faut un grand effort pour conceptualiser une abstraction aussi intégrale que celle du monothéisme juif. C’est pour cette raison que le judaïsme de terrain est pragmatique, et tolère que l’on puisse se représenter Dieu comme une espèce de Roi du monde, une superpuissance à l’échelle de l’Univers. C’est le chemin que parcourt l’enfant quand il croit au Père Noël et qu’une fois adulte il comprend que c’est un concept  et non pas une personne véritable. Ce principe s’applique à la compréhension du monothéisme juif, qui n’est pas un dogme mais une quête.

L’étude approfondie de la Thora ne met pas en scène un Roi du Monde, même s’il est vrai que le style métaphorique du texte biblique peut prêter à confusion. La vérité est que le Dieu de la Thora n’a rien d’anthropomorphique. Il y a de nombreux penseurs juifs qui admettent même – quoique dans des cercles restreints – qu’ils n’ont pas la foi,  mais qui sont convaincus que le judaïsme est un mode de vie tellement remarquable que la question de Dieu en devient secondaire. En même temps ils estiment qu’il est préférable de ne pas exhiber ce point de vue de manière trop ostentatoire afin d’éviter  de semer le trouble.

Tribune libre

Ecrit par Ariel Gurevitz le 15 mai 2010. dans Monde

Tribune libre

Israël est prêt à mettre fin au conflit et à payer le prix fort pour la paix

Il y a, en particulier dans l’opinion publique européenne, une confusion entre les effets de l’occupation israélienne et ses causes. Dans l’esprit de beaucoup d’observateurs il suffirait qu’Israël évacue la Cisjordanie pour que le conflit soit réglé. Or le conflit existait avant cette occupation. Ce qu’on oppose généralement à cela c’est que la guerre de 1948 a produit un exode qui a transformé des centaines de milliers de palestiniens en réfugiés. Mais en réalité cet exode ne fut jamais que la conséquence tragique du refus arabe d’accepter le plan de partage de l’Onu en deux états souverains après le départ de l’occupant britannique. Sans ce refus il n’y aurait eu ni exode ni refugiés palestiniens. Sans ce refus il y aurait peut-être aujourd’hui à côté d’Israël une Palestine moderne, laïque et prospère.