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Stonic new year

Ecrit par Bénédicte Fichten le 31 janvier 2015. dans La une, Ecrits

Stonic new year

Ça commençait comme ça : des bouquets de neige jaune s’ouvrent dans les collines du sud quand des horizons du nord, immobiles, s’échappent les panaches d’une chaude fumée : une nouvelle année commence aux volets clos des chambrées dont la studieuse alternance balaie les lendemains de fête, croquants et enflammés. Les guirlandes s’éteignent, les bains de mer ont effrayé quelques-uns, pelotonnés dans leurs couettes. La Saint Sylvestre fait penser à Disney : le mimosa du Midi a la couleur de Titi qui chahute avec un gros matou sur les rebords des fenêtres ; la petite « galipette » a déménagé, ses rayures de zèbre châtaignes voltigeront longtemps dans les herbes des jardins blancs qui crissent, en pleine lune.

Ça se poursuivait comme ça : j’ai toujours des tas de désirs mais ce que je crois vouloir le plus n’a pas toujours été mis à la « Une » : on est rarement maître de comment on se fait connaître, comment on transparaît ; ainsi le fait que je sois « naturiste ». Clairement, je mentirai en disant que la nudité ne fut pas mon premier vêtement ; c’est ainsi que je nageais dans le ventre de ma mère… 2014 m’a rendue gaie ; l’art a pris sa place : tandis que mon amitié pour Cléo-mannequin/photographe s’affinait, dessinant, je traçais mon autoportrait. Conjointement au sport, la sculpture a aussi joué son rôle : j’ai croisé, d’horizons divers, plusieurs professionnels, dont un lillois qui a modelé sa propre « Danae ».

Ça continuait comme ça : si je pose comme « modèle vivant », c’est seulement parce qu’un ami me dit : « C’est toi l’œuvre de création » ; on est parfois si peu de choses… Ça bifurquait comme ça : le Président affirme que « La France est une espérance ». Quel qu’il soit, l’acte créatif ne naît jamais d’une solitude, toujours des influences. À mes « latins-lovers » et aux autres, de par le monde, je suis ravie des danses irlandaises ou celtiques, des rythmes d’Orient, d’Afrique ou des Antilles ; cependant, si j’étais une danse, nouvelle esquisse, familiale évidence ! c’est au flamenco que je donnerais cadence et vie ; mains, pieds et corps entier !

Ça s’achevait, enfin, comme ça : lendemains d’Épiphanie, mes Rois Mages pourraient être femmes, venir d’Asie ou d’Australie : je les accueillerai comme « Les lettres persanes » : un brin de philosophie, quelques notes de musique, douceurs frangipane. Le monde se porte-t-il mal ? Si tant d’artistes évoquent guerres et conflits, c’est pour exorciser nos peurs. Blonde virginale, de Venise ou d’ailleurs, « La Belle Hélène » vécut il y a très longtemps : si elle ressuscitait, je la nommerais Karen comme la baronne Blixen. L’épistolaire se traduit en sms ; le monde d’aujourd’hui avance, forcément. Merci à tous pour vos sourires, votre présence, votre fidélité : que 2015 soit une « année-lumière pour la Paix ».

Douce France

Ecrit par Bénédicte Fichten le 05 juillet 2014. dans France, La une, Politique, Littérature

Douce France

J’ai demandé à mon ami Charly s’il voulait vraiment que je critique son ultime pamphlet : la dernière fois que j’ai écrit pour un webmag, ça a été un « bins » pas possible. Sous peine de poursuites, il a fallu retirer l’article : le responsable lui-même dût s’en mêler. Bref. Charly a répondu : « oh que oui ! » ; alors, j’y vais. Car ça y est, il a encore frappé ! La plume d’oncle Charly a encore virevolté, tentant de toucher ses cibles.

Rappel-Extrait de cet « Écrire libre », en mai dernier, relatif aux propos de ce jour : « Que François Hollande ait remanié les choses, choisi Manuel Valls, accepté Ségolène Royal, donné Bercy à Arnaud Montebourg, et conservé la très attaquée Christiane Taubira est pour moi un véritable coup de maître et une preuve de haute intelligence ». Voilà pour le cadre.

Le pamphlet, maintenant : on fera aisément le lien entre « Le coup du Père sang-froid » et « Les larmes de Marianne » également chroniqué ici-même, qui soulignent tous deux, par le biais de couvertures très parlantes, le destin d’une République décidément bien peu chanceuse : après les pleurs, en effet, coule désormais le sang de cette Belle aux cheveux d’or, victime encore (p.199, Charly écrit : « il devient beaucoup plus intéressant de tirer sur la République, plutôt que de braquer une banque »). Il est vrai : nous autres français devons tous avoir honte du « score du FN pour notre république lors des dernières européennes » (p.10), c’est une véritable leçon à tirer pour la France. Je l’ai déjà souligné : François Hollande aurait dû, en premier lieu, s’attaquer au problème de l’emploi (« L’emploi est la seule priorité qui vaille », p.47), mais pour tout le reste ?

J’aurais, au départ, voulu voir quelqu’un d’autre à la Présidence ; à présent, je le soutiens. Si j’avais une tendresse pour Valérie Trierweiler dont le parcours est intéressant, il m’est toujours paru évident que le chef de l’État devait prendre garde à l’esprit compétitif de Ségolène Royal. Je crois, très sincèrement, que ce dernier écoute les Français et reste véritablement honnête dans ses choix. Sans doute, découvrant les réalités du pouvoir, a-t-il perdu un peu sa verve au profit du professionnalisme, mais il est digne, en tout cas. Il a commencé par une erreur ; son « mea culpa » a vite suivi : mieux valait, sans doute, définitivement, pour le toujours « couple parental » mettre les différends de côté et faire avec les descendants (également engagés). Bien entendu, la vie politique restera un jeu – dangereux – où tous les coups sont parfois permis (exemple : « Juppé (…) a été condamné à 14 mois  de prison avec sursis et un an d’inéligibilité pour prise illégale d’intérêts dans l’affaire des emplois fictifs du RPR », p.37), mais je ne m’inquiète pas pour l’ancienne compagne du Président, qui avait, à mon avis, bien trop de caractère pour s’installer à l’Élysée simplement pour faire des galas de charité, chanter la Marseillaise ou se faire tirer les traits. Elle a ce qu’elle souhaite, rester journaliste (par ailleurs, elle s’est, en plus, à l’heure des « au revoir », offert le plaisir de partir en voyage avec une actrice : quand je disais que tous les coups étaient permis et que les femmes n’envient rien aux hommes ! J’en suis à peu près sûre…). Voilà pour repositionner les choses. No comment ensuite alors sur : « Il semble que le normal se retrouve entre deux chaises après avoir couru deux levrettes en même temps » (p.87), qui fait sourire mais semble bien mal placé eu égard à la situation évoquée plus haut…

Jamie Mc Cartney : la puissance créatrice

Ecrit par Bénédicte Fichten le 14 septembre 2013. dans La une, Arts graphiques

Jamie Mc Cartney : la puissance créatrice

S’agit-il vraiment d’un « reflet du temps », de nos temps mouvementés, dédiés aux corps et à ses apparences, à ses déclinaisons, à ses reflets ? S’agit-il d’un miroir de notre société, héritière des libérations sexuelles, rimant bien avec sexe ? S’agit-il de ces provocations éclatantes réveillant sensations et consciences ? A en croire son auteur au nom prédestiné, la technique du « body casting », révélatrice de ses talents, ne mêle en rien l’érotisme à l’art, l’amour à ses tableaux, la sexualité à ses innombrables images… Difficile de ne pas aimer Jamie Mc Cartney, homme et sculpteur. Son travail est controversé ; il questionne, mais l’humain et son tempérament, ses excès ?! Cela s’est passé cet été, au cœur de l’été 2013, quand le soleil du sud et ses vents contraires nous régalent de leurs tiédeurs.

Je viens de découvrir à Lille dans un livret dédié à l’art, prévue dans le Marais, une nouvelle expo célébrant David Hamilton, autre de nos artistes Outre-Manche des années 70, cet « hommage (spécial) à la peinture de 1984 » et ses propres inspirations esthétiques tirées de Raphaël, Vermeer ou Degas. Les personnages sont auréolés ou voilés par la douceur d’une transparente poésie qui tire sa beauté de corps diaphanes, discrètes nudités.

Dans mon esprit, et depuis nombre d’années, je suis écrivain avant d’être modèle ; suis-je d’ailleurs vraiment modèle selon mon propre point de vue ? J’ai longtemps nié cet aspect de ma personnalité comme une part superficielle de moi-même incapable de me représenter telle que je souhaitais. En tout cas, disons-le, il semble bien que dans mon histoire personnelle il soit assez difficile de savoir qui, de l’écrivain ou le modèle, naquit en premier (aujourd’hui seulement peut-être, alors que je m’éloigne progressivement du jeune âge, je parviens enfin à accepter d’être appréciée pour ce que je parais)… C’est justement ces années-là, tandis que je me trouvais en famille à Agde, qu’un monsieur à mon sens âgé s’approcha de moi : c’était sur les bords de la piscine qui sert maintenant aux après-midis « Glamour » de ce Cap si controversé, lui aussi.

Marianne, pleure ? Ou La « res-publica » en danger

Ecrit par Bénédicte Fichten le 27 avril 2013. dans La une, France, Ecrits, Politique

Marianne, pleure ? Ou La « res-publica » en danger

Avant de commencer cet article pour rendre hommage au dernier pamphlet de mon ami Charles, qui m’a offert ce volume prêt à sortir dans les bacs, le copiant ainsi lui-même, voici mon préambule. Je lis : « Celles et ceux qui trouveront trois fautes dans cet ouvrage se verront offrir un verre de vin de noix ou une coupe de champagne (…) lors d’un prochain salon du livre ». Comme j’en ai trouvé plus d’une, d’avance je me réjouis donc de partager, avec sa douce et le pseudo-nommé Duchêne, un véritable « Canard » aux « Escales hivernales » de Lille 2013.

En attendant, à regarder la très belle couv, il semble que les « drôles de dames » ne soient pas au rendez-vous de ce nouveau « Charlie chapeau ». Et, sans vouloir parler morse (référence à l’inélégante comparaison animalière qui transforme Laurence Parisot en « otarie contente de ses facéties » (p.173)), aucun « (tango) bravo » non plus – loin s’en faut – n’est décerné à notre actuel Président « François III ».

Il est vrai que le genre pamphlétaire ne survit que dans la critique (encore que je rapprocherais davantage ces textes de la satire) et que ce début de quinquennat avait quelques chances de passer au crible de la lorgnette. Si le titre m’évoque Vanessa Paradis et son « soldat » (Aux, aux armes, je t’aime bien ; aux, aux larmes citoyen), d’après mon bon ami Charles, notre Marianne nationale et la « Respublica » en ce début de printemps ne pleureraient pas de joie : « Le peuple de gauche est déçu et il verse des larmes de colère », nous écrit-il dès la page 10. Je ne sais pas : je suis de gauche et observe. « Il faut laisser du temps au temps » (p.37). Certes, « l’étendard de la lutte des classes, celui de la France qui n’aime pas la réussite et l’argent » est levé, mais « les gouvernements successifs, en particulier le dernier, sont(-ils vraiment) autistes à la colère du peuple » (p.11) ? « L’Europe » serait « la caution des chefs de gouvernement sans audace » : « A quoi sert l’Europe, et à quoi sert l’Euro ? » (p.15), s’interroge-t-il.

Opinion. Mohamed Merah, enfant martyr dans la ville rose ?

Ecrit par Bénédicte Fichten le 23 mars 2012. dans France, La une, Actualité

Opinion. Mohamed Merah, enfant martyr dans la ville rose ?

Dans mes articles et romans parallèles, j’ai plutôt pour habitude d’emprunter ces insoutenables modes que sont la légèreté de l’être et tous les étés qu’elle nous donne à rêver, ce pour quoi au fond nous devrions être faits, le bonheur. Mais aujourd’hui, les deux ventricules d’un cœur de gauche saignent, l’écrivain et la femme sont touchés. Quelques jours seulement après l’anniversaire des Accords d’Evian et des cinquante ans de l’indépendance algérienne, un drame effroyable : des enfants et des innocents morts, à Toulouse, à Montauban, tout juste devant le portail d’une école qui garde encore les traces d’une lutte dont on ne sait pas bien à qui elle est due. Tout récemment, trois enfants et un homme se sont étendus sur un grand trottoir blanc.

Le coupable est maintenant abattu et défenestré ? Mohamed Merah, vingt-quatre ans, français. D’origine algérienne. Jeune carrossier, aimant la fête, le sport et les balades en scooter… Oui mais voilà, le garçon grandit dans ces cités où la brigade des stups frappe les délinquants, de droit commun et les autres. Où survivre n’est pas si simple, où il faut se battre pour coordonner ses jours et éloigner tous les oiseaux de mauvais augure. S’il a des frères et sœurs et une mère au foyer, l’absence du père semble éveiller les soupçons.

Le portrait de Julien Oeuillet

Ecrit par Bénédicte Fichten le 11 novembre 2011. dans La une, Littérature

Le portrait de Julien Oeuillet


J’ai déjà évoqué dans l’article Les Mouettes d’Ostende cette rencontre avec la Belgique littéraire à la Foire du Livre de Bruxelles l’hiver dernier. C’est un peu ici la suite que j’écris, un autre volet. Les salons sont des espaces d’échanges et de rencontres, je n’ai pas tout raconté, je ne raconterai pas tout mais j’ai bien envie aujourd’hui de vous parler de Julien Oeuillet. Un nom qui dès l’abord sonne bien à cause du fameux « œillet à la boutonnière » – n’oubliez pas ce « u » en plus pour Julien ! –, l’œillet des dandies vintage aux cheveux « un peu » longs et aux pantalons « un peu » pat d’ef seventies sans aller jusqu’au célèbre Wilde prénommé Oscar. « Wild », je ne sais pas, enfin juste ce qu’il faut pour être « un peu » décalé mais pas trop, un peu engagé mais pas trop, en tout cas sans idéologie sclérosée. En gros, un « travailleur intellectuel » qui nous charmerait par ses assertions : « Rien en moi ne sera jamais assez livide pour qu’on me fasse rentrer dans le rang », et comme le sont « David » ou « Max », ses personnages qui se poseraient des questions du style : « Quel avenir pourrais-je espérer s’il n’y a plus de paix, plus de libertés, plus de droits, plus de boulot, plus de pétrole et plus de Belgique » ?

Les mouettes d'Ostende, Patrick Devaux

Ecrit par Bénédicte Fichten le 16 mai 2011. dans La une, Littérature

Les mouettes d'Ostende, Patrick Devaux


Foire du livre de Bruxelles 2011 : du stand de mon éditeur sis à côté de celui de Gallimard centenaire, va-et-vient, effervescence du public, présence d’auteurs plus ou moins connus, gens du show-biz ; sur un coin de table, j’accepte une interview, des photos (dont je n’aurai jamais de « retour ») et dédicace Lettre sans mots, roman fraîchement sorti. J’ai à peine le temps de percevoir un accent belge dans ces quelques mots échangés avec l’un des visiteurs autochtones, qui sourit discrètement en emportant mon livre et ma carte de visite.
Quelques semaines s’écoulent, l’homme me livre ses impressions via le mail. Je suis surprise, cette modestie sur son visage m’avait caché ses talents : il écrit, lui aussi, depuis plus de vingt ans, fidèle aux très poétiques « Carnets du Dessert de Lune » qui crèche rue de Venise, à Bruxelles. Une maison d’édition écolo publiant sur papier recyclé, sorte d’écrin naturel à des textes rêveurs. Patrick Devaux en fait partie.