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Les maladies de l’islam et de l’Europe : nihilisme violent contre nihilisme doux

Ecrit par Bernard Bourdin le 23 janvier 2016. dans La une, Religions, Société

Les maladies de l’islam et de l’Europe : nihilisme violent contre nihilisme doux

Les événements dramatiques du vendredi 13 novembre ont suscité une émotion légitime dans notre pays d’autant plus qu’ils font suite à ceux du 7 janvier. Mais au-delà de l’émotion collective, la réflexion doit conserver tous ses droits. Je fais ici le choix de filer la métaphore médicale en défendant la thèse de deux maladies : celle de l’islam et celle de l’Europe (et plus largement celle de l’Occident).

La première est la plus simple à repérer, et elle est au fond très commode. Nous la connaissons, c’est celle du rapport problématiquede l’islam à la raison depuis de nombreux siècles. Le salafisme en est certainement l’expression la plus achevée. Rapport problématique qui n’a fait que se radicaliser avec l’essor de la raison critique moderne en Occident, l’expansion de la démocratie qui l’accompagne et l’aspiration des populations arabo-musulmanes à ce régime politique. En d’autres termes, le monde de l’autonomie séculière est incompatible avec celui de l’hétéronomie religieuse.

Mais le problème de l’islam avec la « raison » ne saurait exonérer l’Europe et les « valeurs occidentales » de toute maladie. Installé depuis plusieurs décennies dans nos pays, l’islam est devenu le révélateur tragique d’une Europe qui s’est oubliée.Notre continents’est tourné, depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, la dé-légitimation du marxisme après 1968 et la chute du communisme en 1989, du côté de l’invocation des droits de l’homme comme seule ressource de conviction. Les droits de l’homme ? C’est-à-dire ceux de l’individu, autrement dit le contraire de la possibilité de concevoir à nouveaux frais un monde commun.

A la faveur de cet individualisme radical, s’est ainsi répandue l’apologie de la diversité, celle d’une Europe « ouverte » sans frontières (confondue avec des murs) et d’un multiculturalisme normatif. L’Europe a donc fait le choix de la fragmentation du lien social, de la politique des identités… tout en stigmatisant les revendications identitaires. C’est par ces choix qu’elle a succombé au déni de son histoire. En renonçant à assumer son identité historique (sous prétexte que les nations mèneraient fatalement à la guerre), elle ne peut que se réduire à l’impuissance, impuissance notamment à se projeter dans le futur et dans le cadre d’un espace clairement défini. Cette double projection est l’enjeu, une fois encore, de la constitution nouvelle d’un monde commun. En fait d’humanisme, le credo des droits de l’homme, coupé du « citoyen » (voire la Déclaration de 1789) appartient plus à un post-humanisme générateur d’un nihilisme doux, qui à tout moment peut se transformer en nihilisme violent. C’est ce à quoi la France vient d’assister au travers de l’islamisme radical. Cet extrémisme religieux (comme l’exprime autrement la montée en puissance des populismes) est le miroir inversé de ce que l’Europe est devenue. Autrement dit, nihilisme violent contre nihilisme doux, sont le symétrique l’un de l’autre. Ils révèlent aussi deux défis pour la France, l’Europe et plus largement l’Occident. D’une part, la redécouverte de la figure de l’ennemi comme révélateur de nous-mêmes (ou de ce que nous avons renoncé à être). Ce premier défi ne doit pas justifier le bellicisme mais il doit aussi nous détourner de l’angélisme dans lequel l’Europe a vécu. D’autre part, le vide spirituel radical qui traverse nos sociétés, et que ni les droits de l’homme comme idéologie, ni la laïcité fermée ou ouverte ne sauraient solutionner.

S’il appartient aux musulmans d’établir un rapport positif avec la raison, il appartient aux Européens de recomposer un humanisme du monde commun. Nous ne pourrons y parvenir sans un minimum d’introspection sur notre histoire concrète et intellectuelle, et sur les ressources spirituelles qui ont fait notre civilisation.

La fraternité, la version chrétienne du sacré

Ecrit par Bernard Bourdin le 07 mars 2011. dans La une, Religions, Société

La fraternité, la version chrétienne du sacré


1) L’Eglise : une institution subversive de la fraternité

Il convient tout d’abord de faire observer que le mot de fraternité n’existe pas dans le Nouveau Testament. On y trouve en revanche le mot philadelphia (amitié ou amour fraternel, transposé de la famille à une relation élective, différent de la charité. Il dérive du mot adelphos, frère, présent dans le Nouveau Testament. Précisons aussi que ce terme ne se confond pas, bien sûr, avec celui de « communauté », qui est l’ekklesia (Eglise) ou encore koinonia (communion, c’est-à-dire communion fraternelle). Sa signification est liée pour le christianisme, à une relation fondée dans la foi au Christ, grâce à laquelle se développe un « accord », une « amitié » ou encore le souci de l’autre (par exemple, le partage des biens). De plus, ce mot, qui n’est pas dans son origine spécifiquement chrétien, vient de la civitas (cité) pour désigner le lien entre les hommes appartenant à une unique famille humaine. Mais si le mot « fraternité » ne fait pas partie de la langue du Nouveau Testament et se distingue du mot « communauté » (ekklesia), il n’est pas pour autant séparable de celle-ci.