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Callas et les autres

Ecrit par Bernard Pechon-Pignero le 20 mai 2011. dans La une, Musique

Callas et les autres

Le vendredi 16 septembre 1977 dans la matinée, alors qu’elle se rend de sa chambre à la salle de bain de son appartement de l’avenue Foch pour se préparer à sortir, Maria Callas tombe inanimée. Le monde de l’art lyrique ne sera plus jamais le même.

Mon cher Matthieu,

Tu me demandes de te parler de la Callas à propos de la parution de mon roman Mélomane (1). Tu m’écris que tu as l’impression d’avoir entendu la divinissima à la Fenice. Nous avons tous cette impression. Certains happy few, assez âgés, en ont même le souvenir. Callas n’a chanté qu’une saison à la Fenice ; elle y a chanté Isolde puis Turandot le surlendemain. C’était en 1954, donc quelques décennies avant ta naissance. Birgit Nilsson avait également les deux rôles à son répertoire mais elle ne les donnait pas la même saison et encore moins la même semaine. Callas est incontournable, bien sûr, et on ne lui rendra jamais assez hommage pour ce qu’elle a apporté à l’opéra. Je crois avoir tous ses enregistrements officiels et quelques pirates et j’ai lu la plupart des livres qui ont paru après sa mort. Mais ce ne serait pas lui rendre justice que d’oublier ses rivales, celles qui l’ont précédée et celles qui depuis rêvent de l’égaler.

Abdallah Naaman, à Tire d'ailes

Ecrit par Bernard Pechon-Pignero le 22 avril 2011. dans La une, Littérature

Abdallah Naaman, à Tire d'ailes

Il est des bonheurs qu’il faut mériter un peu. On ne les apprécie que davantage. Pour parler franc, je n’ai pas été immédiatement conquis par ce livre. Je croyais y relever des défauts que j’attribuais à la jeunesse de l’auteur ou peut-être à une maîtrise insuffisante du français. Abdallah Naaman est libanais. Ainsi des variations de temps au sein d’un même paragraphe me faisaient penser à ces chefs d’orchestre inspirés qui changent sans cesse de tempo en s’autorisant de l’exemple de Furtwängler. Certaines expressions me paraissaient impropres du moins inhabituelles dans le français littéraire courant, mais ce n’étaient là que des broutilles bien pardonnables à un jeune étranger auquel on devait reconnaître une belle verdeur de langage, voire s’en offusquer dans un premier temps. La jeunesse aime à provoquer. Le plus déroutant était la propension de Naaman à multiplier les passages répétitifs, donnant parfois l’impression de tirer à la ligne et à tout le moins de ne pas craindre de lasser le lecteur par des variations infinies sur des thèmes qui n’en supportaient pas toujours l’accumulation. Cependant, l’intérêt grandissant que j’éprouvais pour ce que je découvrais, de son pays, de sa culture, de ses coutumes et usages était plus fort que mes réserves de lecteur tatillon et protectionniste. D’ailleurs, il ne s’agissait pas que du Liban mais d’un Proche-Orient plus large dont l’actualité nous a rendus enfin curieux.

Héritage des anges

Ecrit par Bernard Pechon-Pignero le 28 mars 2011. dans La une, Arts graphiques

Héritage des anges


Le musée Boucher de Perthes d’Abbeville, comme beaucoup de musées de sous-préfectures de France, contient quelques chefs d’œuvres inestimables. Ici, c’est la très succincte section du XVIème siècle, une vingtaine d’œuvres tout au plus, qui mérite plus que le détour. Plus de la moitié sont des merveilles. Un retable de bois sculpté polychrome est un enchantement qui mérite sans conteste d’avoir été classé à l’inventaire des monuments historiques. Une Marie-Madeleine rivalise de charme naïf avec une sainte Marguerite d’Antioche qui n’en a pas encore fini avec les supplices de son Olybrius de tortionnaire. Toutes deux sont également dues aux gouges et aux ciseaux d’artistes picards anonymes des années 1500.
Mais, pour moi, le summum est atteint par un panneau de bois peint, d’un mètre quarante de haut sur soixante-dix centimètres de large, acquis par le musée grâce à de généreux donateurs institutionnels et privés,  représentant la résurrection et l’assomption de la Vierge. La partie basse et principale du tableau est consacrée à la résurrection. La mère du Christ est invitée à sortir du tombeau par son fils entouré de saints et d’anges.

Gains de temps

Ecrit par Bernard Pechon-Pignero le 04 mars 2011. dans La une, Société

Gains de temps


L’usage des sigles, abréviations et autres acronymes est de plus en plus répandu. Dans les quatre pages du C.R. du C.A. (pardon, du compte rendu du conseil d’administration) du collège de mon fils, j’en relève dix-sept dont certains sont courants ou trouvent leur explication dans le contexte mais dont plusieurs restent obscurs pour les non-initiés.

CPE – P.V. – FSE – SEGPA - H/E – EPS – SVT – CA – DGH – PDMF – CDI – ONISEP – CESC – ICCAR -  PSC1 – CUI – DBM.

Une revue juridique ne parle plus que de la CEDH (cour européenne des droits de l’homme) ou de la récente QPC (question préalable de constitutionnalité) et de la DDHC (?) sans compter les abréviations habituelles telles que CGI (code général des impôts) ou CPP (code de procédure civile).

L'Inexorable imprévu

Ecrit par Bernard Pechon-Pignero le 25 février 2011. dans Monde, La une, Société

L'Inexorable imprévu


Ce qui se passe au Maghreb et, au-delà, au Proche-Orient confirme ce que nous devrions savoir depuis des siècles et qui nous étonne pourtant chaque fois : l’histoire du monde avance par à-coups imprévus. Plus précisément, c’est le moment où doivent éclater les révolutions qui est strictement imprévisible. Quant aux conditions qui les rendent possibles puis inéluctables, il y a toujours une petite minorité de théoriciens qui les ont analysées et qui ont donc pu annoncer l’imminence des bouleversements attendus avec une marge d’erreur proportionnelle à leur science ou à leur intuition. Mais pour le commun des mortels, c’est-à-dire l’immense majorité des gens y compris les dirigeants supposés bien informés et réputés perspicaces, il s’agit seulement de dire a posteriori que ça devait arriver. Les historiens se mettent alors au travail et commencent à expliquer, avec une pertinence qui, elle, sera proportionnelle au recul dont ils disposeront par apport aux évènements, que non seulement ils étaient prévisibles et inéluctables mais que tout concourrait à ce qu’ils se produisissent à ce moment-là plutôt qu’à un autre.

Des titres et sous-titres

Ecrit par Bernard Pechon-Pignero le 18 février 2011. dans La une, Musique

Des titres et sous-titres

Debussy avait bien conscience du risque qu’il faisait courir à ses préludes en leur donnant un titre et donc un programme implicite. Il voulait n’y voir qu’une suggestion qu’il ne fallait inscrire qu’au bas de la partition. Elles en sont devenues les titres et il est constant que l’on juge l’interprétation d’un pianiste à sa capacité de restituer l’atmosphère poétique que ces titres sont censés contenir. Si le génie de Debussy résiste à l’image maniériste et compassée qu’ils ont imprimée sur une œuvre dont la mobilité chromatique n’avait pas vraiment besoin, c’est qu’elle avait d’autres qualités que ce prétendu pouvoir évocateur. Pour un mélomane peu porté sur les raffinements évanescents et sur les modulations capricieuses de cette musique, je parle en mon nom, un titre comme La fille aux cheveux de lin reste éminemment réducteur en ce que le lin évoque pour moi la filasse plus que les charmes capillaires de quelque Claudia Schiffer de la belle époque. Quant à La cathédrale engloutie, elle me fait penser irrémédiablement au destin de l’église et du village de Savines, sacrifiés à la construction du barrage de Serre-Ponçon dans la retenue duquel ils sont noyés et, par analogie, au curetage décennal du lac de Villefort, spectacle qui ne manque pas d’intérêt mais qui ne trouve que peu d’échos dans la musique de notre grand musicien national.

Visite du musée de Nîmes (4)

Ecrit par Bernard Pechon-Pignero le 31 janvier 2011. dans La une, Arts graphiques

Visite du musée de Nîmes (4)


4) Locuste remettant à Narcisse… par Xavier Sigalon ; huile sur toile 1824

L’Uzétien Xavier Sigalon expose une toile étonnante d’un format généreux – les corps y sont presque grandeur nature- dont le sujet est détaillé dans un cartouche : Locuste remettant à Narcisse le poison destiné à Britannicus en fait l’essai sur un jeune esclave. Le jeune esclave est un vigoureux jeune homme à qui sa condition imposait apparemment de se promener entièrement nu et qui agonise sous nos yeux, les siens étant révulsés et sa main agrippant son ventre noué de douleur. De Locuste l’empoisonneuse, on ne voit que la poitrine pendante et de Narcisse sa perplexité. Le bel agonisant est contemplé par un rapace en vol dont on peut supposer qu’il attend d’en faire son repas, au risque de s’intoxiquer.

Visite au musée de Nîmes (3)

Ecrit par Bernard Pechon-Pignero le 24 janvier 2011. dans La une, Arts graphiques

Visite au musée de Nîmes (3)


3) La mort de Dircé attribué à Alessandro Salucci 2ème quart du XVIIème siècle


Je crois que cette grande peinture austère me retient plus que sa jumelle intitulée Ulysse et la magicienne Circé pour une simple raison de perspective fuyante. Mais toutes deux exercent sur moi un étrange pouvoir. Je ne peux prétendre que ce soit le sujet mythologique qui m’interpelle. Il est traité à la loupe sur ces immenses toiles dont l’ambition évidente est de montrer une architecture imaginaire inspirée de l’antique avec une liberté frisant l’insolence. En s’approchant de très près, on peut néanmoins voir des homuncules gesticuler, et se convaincre, puisque le cartouche l’indique, qu’il s’agit de la mise à mort de la reine de Thèbes, Dircé, attachée par les cheveux à un taureau furieux par les soins des fils d’Antiope et de Zeus, Zéthos et Amphion, celui-ci même que l’on voit badiner en musique avec Mercure sous le pinceau du beaucairois Vignaud.

Visite au musée de Nîmes (2)

Ecrit par Bernard Pechon-Pignero le 17 janvier 2011. dans La une, Arts graphiques

Visite au musée de Nîmes (2)


2) Mercure enseignant la lyre à Amphion par  Jean Vignaud, toile datée de 1819

Voici une toile qui appelle plusieurs lectures pour peu que l’on en prenne le temps. La première – est-ce ma faute ? - n’est pas recommandable à toutes les oreilles. En effet, devant cette peinture d’un académisme suspect à force d’être compassé, je ne peux m’empêcher de penser que le dieu n’a pas dû se contenter d’apprendre à l’éphèbe à jouer de la musique. Voyons sur quels indices je fonde cette interprétation scabreuse. Le divin initiateur porte pour tout vêtement une cape pourpre bordée d’or qui, à Nîmes, préfigure celle d’un matador au risque d’un double anachronisme puisque la toile et a fortiori le sujet sont bien antérieurs à la mode taurine, et un petit chapeau ailé assez ridicule mais certainement copié de l’antique.

4 tableaux au musée des Beaux-Arts de Nîmes

Ecrit par Bernard Pechon-Pignero le 10 janvier 2011. dans La une, Arts graphiques

4 tableaux au musée des Beaux-Arts de Nîmes


Cette chronique inaugure une série de 4 consacrée à l’analyse de tableaux exposés au musée des Beaux-Arts de Nîmes.

1) Suzanne et les vieillards par Jacopo Bassano, toile datée de 1585

Le tableau parait de prime abord en assez mauvais état de conservation : les couleurs à dominante bleu de Prusse, pour autant qu’on puisse encore en juger, semblent avoir viré comme sur un vieil ektachrome. C’est un noir sale qui domine. Le second plan est tellement sombre qu’on y distingue à peine le jardin dans lequel la chaste Suzanne est censée s’être promenée par une belle journée d’été d’une douceur si exquise qu’elle a eu envie de se baigner. Mais un commentaire savant, lu sur un livre d’art opportunément mis à la disposition du public à côté du tableau, m’apprend que le peintre a choisi de situer la scène à la tombée de la nuit, contre toute logique, préfigurant ainsi les clair-obscur de Rembrandt.

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