Articles taggés avec: Christian Massé

La montée des eaux

Ecrit par Christian Massé le 29 septembre 2012. dans Monde, La une, Politique, Culture, Littérature

récit de Charles C. Mann, traduit de l’anglais par Martin Pigeon, éditions Allia, 2009, 63 pages, 3 €

La montée des eaux

Changzhou : une ville du sud de la Chine. Avant le Grand Bond en avant, des flancs de montagnes furent déboisés par des troupes de paysans pour alimenter des fourneaux primitifs destinés à produire de l’acier. Les champs furent empoisonnés. Lors de la Révolution culturelle, des usines de textile proliférèrent, rejetant de grandes quantités de teintures, encres, agents blanchissants et détergents dans les eaux des canaux de Changzhou. On creusa des puits. Les nappes phréatiques baissèrent considérablement. La ville décide de confier la gestion de son eau devenue toute noire, à Veolia.

Brésil, terre d'amitié, Georges Bernanos

Ecrit par Christian Massé le 09 juin 2012. dans La une, Littérature

Brésil, terre d'amitié, Georges Bernanos

Je ne me sens plus ici un exilé (1).Bernanos est arrivé au Brésil avec femme et enfants en août 1938 et y reste jusqu’en juin 1945. L’auteur du Chemin de la Croix-des-Âmes n’a pas quitté la France pour fuir le désastre inévitable, mais pour rester libre et pouvoir continuer à dire et écrire la vérité. Une parole libre est celle qui s’efforce de donner aux mots leur vrai sens, qui ne leur permet pas de mentir. La liberté veut être sauvée, exige son salut ! Bernanos n’est pas venu dans l’Etat de Rio ni de Barbacena  pour cuver sa honte, mais pour retrouver sa fierté. Ce ne sont pas les intellectuels qui lui ont fait comprendre les paysans brésiliens : ce sont vos paysans qui m’ont fait comprendre vos intellectuels ! Il s’en prend aux imposteurs qui croient que les paysans brésiliens passent leur temps, entre les carnavals, à se dorloter au soleil. Ils ne les ont jamais vus, sous les rafales d’eau tantôt brûlante tantôt glacée, travailler jusqu’au soir… marchant à la conquête de leur terre.

Lorsque je reviens seul, le soir, à cheval, la forêt m’est comme un refuge. Ce n’est pas une forêt de fantômes d’arbres. Elle donne des chimères au faux exilé. L’homme qui s’appelait Hitler n’est plus. D’ailleurs, a-t-il jamais porté ce nom-là ? C’était sans doute un clochard, marcheur infatigable, agile et rusé. Un soir, croquant sur un banc son quignon de pain, il méditait d’écrire un livre, « Mon combat », c’est-à-dire « Ma faim ». On lui demande : « Ça va toujours, vous ? Ça marche, ça marche ! ». Une nuit, toute la ville s’est mise à marcher. Lui, il a glissé de son banc jusqu’au trottoir et a fini la nuit à la morgue.

Passe vite, Danny Lebrun

Ecrit par Christian Massé le 23 mars 2012. dans La une, Littérature

Passe vite, Danny Lebrun


Roman, Présence Graphique, 2 rue de la Pinsonnière 37260 Monts, 309 pages


Passe Vite est le nom d’une forêt de la Gâtine tourangelle. Ou plutôt d’un espace où les arbres sont faits pour s’entendre avec l’humanité tout entière. Ils sont vivants. Dans la forêt empreinte de recueillement et de silence, de sifflements et de craquements, il y a les fées, les lutins, les sorciers, les magiciens et les elfes. Quelquefois, raconte Alyssia, j’ai l’impression que les arbres me voient… Les arbres, ils voudraient bien parler avec nous… Mais ils ont peur… Et si c’était des bûcherons avec leurs haches et leurs tronçonneuses ? Et puis, de leur parler mal, ça leur écorcherait l’oreille, aux arbres. La forêt porte toujours un nom, comme une personne. Comme Alyssia, Isabelle, Martha, Martin et la Grande.

Alyssia. L’enfant joue à se perdre, sait que sa mère est juste derrière elle et qu’elle ne l’abandonnera jamais. Alyssia se confie à sa poupée Assylia comme à son miroir : elle veut devenir danseuse pour les étoiles

Notre oncle, Arnon Grunberg

Ecrit par Christian Massé le 10 février 2012. dans La une, Histoire, Littérature

Notre oncle, Arnon Grunberg

Je suis le major Anthony. C’est moi qui dirige cette opération. Et toi, tu t’appelles comment ? – Je m’appelle Lina, dit la fillette, Lina Sinani Huanca. Le major est en droit d’adapter le règlement en cas de force majeure : s’il a assassiné ses parents au nom de l’Etat, il a le devoir de protéger l’orpheline. Il en a décidé. Un cadeau tombé du ciel à sa femme à qui il ne peut plus faire d’enfant. Un cadeau, comme la piscine qu’il lui a fait construire. Je ne veux pas d’elle, hurle madame ! Le major panique mais il doit contrôler la situation, comme il est capable de maîtriser un bataillon. Elle n’a plus d’existence officielle, mais je vais lui procurer une nouvelle identité. Je m’occupe de tout. Tout va s’arranger. Il représente l’Etat. Les parents de Lina étaient contre l’Etat. Pour elle, l’essentiel est de rester polie. Plus elle le sera, plus vite ses parents viendront la chercher. C’est un test : être polie devant l’Etat. Ne pas poser de questions, surtout quand on n’existe plus officiellement. Ne pas se demander pourquoi sa nouvelle maman reçoit son amant, le lieutenant-général qui, la guerre finie, viendra la couvrir de spermatozoïdes vivaces. Mais le front est partout, même chez le major Anthony qui a trahi l’Etat en prenant l’enfant avec lui. Enfant de suspects, elle appartient à l’Etat seul. En désobéissant au règlement, ne s’est-il pas transformé en ennemi de l’Etat ? Officiellement, il a signé un papier sur lequel il a écrit que Lina Sinani Huanca a succombé à ses blessures lors de l’opération. Peut-être aurait-il dû la tuer pour ne pas trahir le règlement ?

Maîtresse, Maîtresse ! de Yannick Antigny

Ecrit par Christian Massé le 09 décembre 2011. dans La une, Education, Société

Maîtresse, Maîtresse ! de Yannick Antigny

Roman de Yannick Antigny (Ed. Anthia)

 

Henri porte une blouse grise, non obligatoire mais exigée de ses parents pour qu’il protège ses vêtements. Enfant maladif, solitaire, secret. Studieux, il aime l’école où il est très attaché à sa maîtresse. Le soir, à la sortie, elle lui caresse le crâne et il en a les larmes aux yeux. Il a l’air d’un petit poulbot malheureux, avec sa veste pied-de-poule en boudin et sa casquette. Il faut dire que Melle Dubain alias Melle Nativel est une superbe fille des îles, la Réunion. Henri l’aime, sans savoir en quoi consiste ce sentiment-là, sauf sur un point : Mlle Nativel ne peut que l’aimer ! Elle loge à la Bergerie, une longère tourangelle à l’écart du bourg. A cette époque, seul un paquebot relie l’île à la mère matrice.

L’année suivante, Melle Nativel prend une autre classe, dont le bâtiment est séparé de celui où Henri soigne toujours sa blouse grise. L’enfant passe ses récréations au pied du mur de séparation pour tenter de voir la mulâtresse. Un jour, il apprend qu’elle va partir à Montmagny, au nord de Paris, le village natal de Maurice Utrillo, peintre qui a grandi au pays des poulbots, Montmartre, et qui a observé Renoir, Toulouse-Lautrec… Est-ce cette coïncidence qui a fait de Henri adulte… un artiste-peintre ?

Rapports de séduction écrivains/pouvoir politique

Ecrit par Christian Massé le 07 octobre 2011. dans La une, Politique, Littérature

Rapports de séduction écrivains/pouvoir politique

 

Point de vue sur les rapports de séduction entre les écrivains et le pouvoir politique, par Christian Massé. Article publié dans la revue Intrait d’Union du mois de mai 2002 (bulletin de l’Union des écrivains)


– Il n’y a plus de grand écrivain, me dit mon dentiste penché sur ma prémolaire en souffrance, comme Sartre, Camus, Zola, Balzac… Ah ! Balzac…


Nous sommes tourangeaux. Je ne dis rien (et pour cause !). Je réfléchis. L’écho des paroles de cet homme jovial et nostalgique fonctionne. Sartre a exercé un certain pouvoir politique sur toute une génération, Camus s’est insurgé contre le pouvoir colonialiste et contre l’autre (« entre la justice et ma mère, je choisis ma mère ! »), Zola s’est battu contre le pouvoir politique antisémite. Quant à notre Balzac, il a sollicité le pouvoir, en voulant se présenter aux élections législatives de Chinon, en juin 1832 !

Je t'avais laissé partir ...

Ecrit par Christian Massé le 30 septembre 2011. dans La une, Littérature

Je t'avais laissé partir ...

 

Je t’avais laissé partir… mais je ne t’avais pas encore quitté, premier roman de Catherine Wagnon-Favoreel, éd. Baudelaire, 2010, 400 p., 20,50 euros


D’emblée, je me suis heurté à un style d’écriture auquel je suis hostile : des phrases qui ne sont pas explicitement achevées, sauf, souvent, par des points de suspension, et qui reviennent très souvent à la ligne, comme à une ligne de départ pour prendre un nouvel envol. Des phrases auxquelles Catherine Wagnon-Favoreel a tordu le cou.

Mais mon humeur a basculé à la page soixante avec cette phrase : L’inconscient de chacun est dépositaire de l’Histoire des générations qui l’ont précédé. Je me suis laissé bousculer par le style et j’ai dévoré le livre comme s’il était une suite de missives posthumes adressées à l’homme aimé qui s’est pendu sans lettre explicative.

Tournez manège !

Ecrit par Christian Massé le 11 juillet 2011. dans La une, Linguistique

Tournez manège !


Des mots de la langue française sont en péril. Deux exemples : mâtin et matois. Le premier revêt trois sens. Il désigne un gros chien qui sert à garder une cour ou suivre des chevaux. C’est un terme d’injure populaire qui assimile quelqu’un à un mâtin. C’est aussi une interjection qui exprime la surprise, l’admiration. Le second est un terme familier de celui qui possède, comme le renard, la ruse, la hardiesse.

Des mots sont acceptés. Deux exemples : désescalade et lice. Le premier est une technique de descente consistant à prendre appui sur la paroi avec les pieds et les mains. Le second est une enceinte à ciel ouvert aménagée pour le patinage à roulettes. Source : le Journal officiel du 21 avril 2011.

Je ne pense pas que le commun des usagers de la langue française sait qu’au contraire, des mots anciens sont ré-intégrés dans le Dictionnaire de l’Académie française, gardienne de la langue. Exemples : priant et proême. Par opposition à gisant, le priant désigne une sculpture représentant sur un tombeau, le défunt en prière, à genoux et les mains jointes (ce mot date du XIIIème siècle). Le proême est le prélude d’un chant, l’exorde d’un discours (date du XVIIème siècle). Ce vocabulaire a été intégré dans la 9ème édition du Dictionnaire de l’Académie française le 25 mai 2011.

Dédicace

Ecrit par Christian Massé le 20 juin 2011. dans La une, Littérature

Dédicace


Samedi 2 juillet 2011, de 10h à midi

à la Maison de la Presse de Saint-Pierre-des-Corps

Christian Massé dédicacera


Le Drôle-au-Diable, éd. Le Temps des Cerises, 2007

...Le marchandise de 18h40 arrive. En tête, capot à l'avant, capot à l'arrière, la 2D2...

En ce temps-là, même un train de marchandises était à l'heure ! Un vrai métronome qui régulait la vie du passage-à-niveau !

Le Curé de Soweto de Jean Cormier

Ecrit par Christian Massé le 14 juin 2011. dans Monde, La une, Littérature

Le Curé de Soweto de Jean Cormier


Premier contact avec l’Afrique. Superbe, envoûtant de voir la souplesse des Africains, l’osmose entre la danse et le chant. Ce contact avec l’Afrique m’a été très incitateur. Ainsi s’exprime Emmanuel Lafont, aumônier sur le croiseur La Jeanne d’Arc, au Sénégal, en 1966. Il ne résiste pas d’aller visiter l’île de Gorée – d’où partaient les esclaves pour les Amériques. De là, il passe par Ker Moussa, monastère bénédictin fondé par des moines de Solesmes-sur-Sarthe. Plus tard, sur la Jeanne, Emmanuel reçoit l’encyclique Populurum  progressio de Paul VI : je voyais là un pape s’engager résolument à la suite du Concile pour le développement, rappelant, avec force, les devoirs des pays riches par rapport aux pays sous-développés Le mois de mai 68 le met dans la mouvance des JOC qui vont se ressourcer à Rome où il est ordonné prêtre deux ans plus tard. 16 juin 1976, Soweto connaît sa première grande révolte anti-apartheid. Plus de 600 tués et des milliers de jeunes contraints à l’exil. En France, une campagne dénonce le régime sud-africain. Le film La Dernière Tombe de Dimbosa transfigure le père Lafont. Il décide de quitter la France pour vivre l’expérience des prêtres Fidel donum, en Afrique du Sud.

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