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Mots d’amour et d’hiver (1)

Ecrit par Emmanuelle Ménard le 20 septembre 2017. dans La une, Ecrits

Notre amie et rédactrice Emmanuelle Ménard nous a confié un ensemble de poèmes courts que chacun saura goûter, soyons-en sûrs.

Mots d’amour et d’hiver (1)

Déshabiller l’hiver

et regarder

au fond

au clair de la blancheur

qui tombe

comme flocons

 

Souvenir

comme des braises

au feu

triste

de l’hiver

 

L’hiver a ses humeurs

de neige et de verglas

 

Ses mots

comme des flocons

ont blanchi

ma mémoire

Victoire ou la vie comme elle va… (2)

Ecrit par Emmanuelle Ménard le 13 septembre 2017. dans La une, Ecrits

Victoire ou la vie comme elle va… (2)

Parfois, Victoire se demande si les hommes n’auraient pas dû s’abstenir… S’abstenir d’inventer le nombre, la règle et l’équerre, le boulier, les lignes aussi, qui servent plus à délimiter et à enfermer qu’à montrer la voie de l’arc. Espérons que les enfants mettront tout dans le même sac et mélangeront bien les billes, pour faire sortir du neuf ! Enfin du neuf qui donnerait l’envie d’aller fourrer son nez dans d’autres coins de la vie, là où la poésie n’a pas encore été « levée ». Les enfants ne sont-ils pas des bandits de grand chemin ? Des détrousseurs de vérités, lesquelles s’entassent, s’entassent jusqu’à ce que « Paf ! », tout s’écroule, et c’est reparti pour un tour. La terre tourne, les vérités aussi… Rien de plus logique après tout. Tournez manège, allez, tous à la floche !

Pfft, toutes les cinq minutes, Victoire doit s’éponger le front ; c’est qu’elle pense, beaucoup trop selon les médecins. La floche, la flotte, allez, hop, tous à la flotte et qu’on n’en parle plus ! C’est pour cette raison aussi qu’on lui a prescrit le soleil. Enfin soyons honnête, c’est avant tout elle le grand manitou des médecins, elle et elle seule qui trouve ce qu’il y a de meilleur pour se soigner. Le « Connais-toi toi-même » n’a pas encore fait son temps ; sans doute immortel, celui-là, ou du moins de l’âge de l’homme.

La chaleur est très efficace : elle ramollit, tout en asséchant des parties. Victoire ainsi se sent partagée, entre des énergies nouvelles et une tête où le vide fait son nid. Oui, c’est exactement cela ! Elle a maintenant des oiseaux dans la tête, et elle ne serait pas étonnée de s’entendre gazouiller la prochaine fois qu’elle ouvrira la bouche. Un peu comme de l’eau sur le feu, le froid des calanques a ravivé son sang, qui ne fait plus qu’un tour, gicle sur le rocher telles des marques de reconnaissance. Vive le vent, vive le vent, vive le vent d’été…

Cet après-midi, Victoire a plongé nue sous le regard des mouettes ; des rieuses, celles-là, et qui s’entendraient bien avec son cœur, heureuses et tristes à la fois… Dans l’eau, Victoire ne sait plus si elle est en haut ou en bas et si la vie vaut la peine d’être vécue ou pas. Non, elle ne se pose plus toutes ces questions puisque dans l’eau, elle est réduite à soi, une goutte parmi les autres…

La mer est sa cathédrale, la chute délicieuse où elle boit le Tout, l’extase qui l’ouvre à l’hypocentre. La mer est, Victoire est… Il n’y a plus ni naissance ni mort, ni terre ni ciel, comme si tous les mots tombaient les uns après les autres, toutes les choses aussi… L’instant est sacré, et elle saute dedans.

A trop réfléchir, elle pourrait prendre peur, hésiter, faire la moue, faire la bête. Caprice bien humain ou coquetterie déguisée… Un doigt dans la bouche pour faire la petite fille qui se fait désirer ; un doigt pour s’étrangler et rater encore l’occasion de la rencontre. C’est bien connu, le moi tire sur la corde tant qu’il peut ; il n’a pas envie de perdre au change et de disparaître, disparaître pour de bon !

Ouf, plongeon divin et puis rentrer dans sa peau… Victoire s’étend sur la roche calcaire, creuse un peu plus dans le massif pour s’y déposer. Question de confiance tout simplement ; le mot clef de voûte qui a perdu sa pierre, parce que les hommes ont oublié…

Victoire ou la vie comme elle va… (1)

Ecrit par Emmanuelle Ménard le 06 septembre 2017. dans La une, Ecrits

Victoire ou la vie comme elle va… (1)

Comment commencer ? Par « Il était une fois une rêveuse trop rêveuse… » ou par « Elle enfourche son vélo, regarde l’horizon, et fonce, pédale dans le vide tellement elle va vite ! »

Victoire, c’est le prénom qu’elle a choisi… Et qui court après les échecs pour apprivoiser le chemin. Mais un chemin, c’est quoi au juste ? Eh bien des routes, un entrelacs de routes et qui, le plus souvent, partent dans toutes les directions.

Victoire n’a pas dit sa dernière route : elle hume l’air du jour et puis se laisse emporter ! Sa chair est légère et prend l’eau de la pluie, la chaleur du soleil, la blancheur de la lune… Entre les bornes, elle lève la tête, traverse des yeux le ciel… L’azur est son moteur, l’ami qui lui veut du bien. Marseille, allons-y pour la mer, se faire pêcher par le poisson ! Car n’est pas sujet qui croit et les rênes tiennent les mains… Au port il y a les barques et les bateaux ; d’autres rêves qui flottent sur l’eau… Et puis aussi les cris, les regards tristes et sales, qui se lavent au soleil, à la lumière du temps. Derrière le port, une auberge où elle entasse ses fatigues. La chambre, sombre, l’accueille et lui donne de l’espace. Elle se retrouve enfin, posée entre quatre murs, regarde du balcon le bal des hommes sans femmes, les couples qui se ressemblent, ou le jeu d’un ballon. Victoire adore être en haut et regarder en bas… Les scènes de vie, des saynètes qui tournent, se répètent, traînent les mêmes couleurs. Enfin, pas toujours ! Victoire a plusieurs lunettes, celles qui glissent sur le nez, celles qui lui chatouillent la peau, et celles qu’elle voudrait garder tellement c’est beau !

A l’auberge, dans la cuisine plus exactement, les hommes sont mélangés. C’est ce qu’elle aime, Victoire, le mélange. On appelle cela l’espèce humaine mais elle y voit un grand manteau, et qui tient chaud, très chaud, surtout quand, sous le cœur, on sent ce courant d’air qui n’arrête pas de faire baisser la température… Les mots font du bruit, certes, et l’on ne s’entend plus rêver mais… Des yeux tournés vers vous, ça fait tellement du bien ! Bruit de casseroles aussi, et de corps qui chahutent, font la danse de la nuit, quand les entrailles s’enflamment…

Marseille a sa chanson, celle du ciel qui tombe dans la mer et prend la voile, oh moussaillon. Marseille a ses rideaux, rouges comme au théâtre, pour faire brûler les jours/heures sur les planches… Victoire entend le port, le reflet des étoiles, et court jusqu’à son lit pour l’imaginer encore plus près, ce port.

Demain elle ira aux calanques ou suivra le soleil… A moins qu’un bus ne passe et qu’elle saute à sa vitre, à moins qu’un homme la prenne comme on prend les secondes. Sait-on jamais, demain est l’aventure, et l’aventure un pas vers une route, d’autres routes… Ou peut-être se contentera-t-elle de suivre son corps qui, elle le sait, ira jusqu’à la mer, pour oublier la gravité, les marques du savoir et des années passées. L’eau comme un gant qu’elle passera sur sa vie, l’eau qui nettoiera ses désirs et fera des éclaboussures tel le bouchon qui saute !

Et si le lit se fait lourd et qu’elle ne veut pas du jour, eh bien elle s’enterrera sous les draps et jouera avec ses pensées, ou ses idées. Victoire adore jouer mais sans règles du jeu, comme ça, comme un navire qui se perd, au fil blanc du brouillard, dans l’écume des nuages, les embruns d’une mélancolie…

Quoi de plus chic que de décider ? Sortir ou ne pas sortir du lit, sauter dans la lumière ou se cacher dans le noir… Victoire n’a qu’un seul compte en banque, celui des émotions. Elle l’appelle son compte V ; V comme son prénom, V comme Victoire, V comme Vie, V comme les ailes d’un oiseau en plein vol. Pas besoin de se déplacer au guichet ou d’aller chercher l’argent dans les murs. Victoire se nourrit de ses intérieurs, sortis tout droit du ventre de la rue, là où il y a les sourires, les yeux qui fuient ou s’accrochent, les autres. Victoire a d’ailleurs un don : elle traverse les gens, passe avec les passants, court avec les coureurs, s’arrête avec les rêveurs. Un don de transparence ? Peut-être… Ou peut-être pas… Elle s’engouffre dans l’autre, prend de l’épaisseur, monte jusqu’à ses hauteurs, ou descend dans ses peurs. Larmes et joie, yeux qui brillent de tristesse ou d’espoir, Victoire est de toutes les couleurs et ne ferme que de fausses portes.

Eclats d’humeur Un samedi à Bruxelles

Ecrit par Emmanuelle Ménard le 10 septembre 2016. dans La une, Ecrits

Eclats d’humeur  Un samedi à Bruxelles

J’ai vu

des vieux mariés

s’évader en calèche

l’amour sur un écran

Tintin dans les churros

le kit du rêve parfait

pour parfait con blasé

des pâtes agrémentées

d’un rayon de soleil

les souvenirs duty free

pour le temps qui voyage

l’univers au rabais

petit comme un monarque

l’humanité en transe

devant bouteilles et bières

le bio qui fait son fier

et les vieilles mamas frites

l’accent du pavé gris

qui rebondit au ciel

le wallon dans un sens

croisé par le flamand

Eclats d’humeur La tête dans les chaussures

Ecrit par Emmanuelle Ménard le 03 septembre 2016. dans La une, Ecrits

Eclats d’humeur  La tête dans les chaussures

La tête dans les chaussures

elle marche

ignorante du monde

 

Comment s’appelle-t-elle déjà ?

Tristesse

Solitude

Poésie ?

J’ai oublié son nom

peut-être un peu des trois

peut-être un nom de rue.

 

Elle compte à peine ses pas

et raye ses pensées

à coups de longs cris sourds

qui se perdent dans l’ombre

 

Elle néglige sa bouche

son corps ses articulations

pantin dans l’horizon

qui rampe au creux d’un rêve.

Eclats d’humeur Pierre

Ecrit par Emmanuelle Ménard le 27 août 2016. dans La une, Ecrits

Eclats d’humeur  Pierre

Sur la pierre lisse

 

glissent les secrets

l’écho des voix

qu’on n’entend pas

le corps frileux

d’un cri sauvage

les chemins tristes

qui nous racontent

le grand soleil

au trône en feu

le vent ligneux

qui s’écartèle

le roulis criant

des enfants

l’art d’être heureux

dans le sommeil

Eclats d’humeur En prison

Ecrit par Emmanuelle Ménard le 25 juin 2016. dans La une, Ecrits

Eclats d’humeur  En prison

Les pieds enroulés au temps
dans la force du mouvement

Les pieds enchaînés qui parlent
de la bouche de l’esclave

Lèvres à demi sanguines
par le maître qui fouette

Les pieds enroulés au temps
s’empêtrent dans le vent

Suspension en avant
les pieds ne touchent plus sol

Sur les jours qui se brûlent
un cri
la vie recule

Maintenant
c’était hier

Eclats d’humeur A l’encre de la ville

Ecrit par Emmanuelle Ménard le 18 juin 2016. dans La une, Ecrits

Eclats d’humeur  A l’encre de la ville

Puiser

dans son sang noir et son air nourricier

ses décombres et ses fosses à trésors

ses âmes lourdes et ses cheveux au vent

ses perles de poussière et ses bruits de lumière

ses arbres sans sève et ses branches surpeuplées

ses boites préfabriquées et ses trous sombres comme l’enfer

ses membres dépecés et ses artères au goût fétide

ses foules en marche et ses bancs solitaires

ses modes clinquantes et ses articles obsolètes

son ventre méchant et ses yeux de CIA

ses signaux de détresse et ses gestes saccadés

ses jambes privées de tête et ses mains mutilées

ses regards balafrés et ses rêves oubliés

son béton armé et ses armures dans les garde-robes

ses brumes romantiques et ses airs sales

ses hasards et ses nécessités

ses fenêtres qui s’ouvrent sur d’autres fenêtres

ses murs tristes et raides comme un mort

ses spectacles sans entracte et ses musées du temps

ses soupirs et ses lentes lassitudes

ses volutes qui décorent les cafés

ses paroles qui s’envolent sur les toits

ses désirs qui se privent de durer

ses naufrages où il n’y a plus d’île

ses fortunes qui engrossent les banques

ses papiers qui font d’autres papiers

ses carnets où elle avoue son âme

ses histoires qui s’emmêlent comme des cheveux

ses journaux où elle hurle ses crimes

Eclats d’humeur Il y a…

Ecrit par Emmanuelle Ménard le 04 juin 2016. dans La une, Ecrits

Eclats d’humeur  Il y a…

Il y a les femmes volages

les papillons les oiseaux lyre

les belles idées toutes faites

à la courbe parfaite

les casseurs de cailloux

ceux qui se cassent la tête

 

Il y a les mots pour rire

la femme à barbe les jeux du cirque

les illusions perdues

tombées dans la gouttière

et les faiseurs de rêves

chez qui le cœur s’entête

 

Il y a l’appel du large

la vague à l’âme

l’homme à tout dire

le ciel qui perd le nord

quand Paris pleure ses brumes

le rebond du ballon

qui joue sur le bitume

Eclats d’humeur Déclaration de paix

Ecrit par Emmanuelle Ménard le 28 mai 2016. dans La une, Ecrits

Eclats d’humeur  Déclaration de paix

J’ai haï la vie

comme un dimanche

blanc, pavé, plat

infesté de certitudes

 

J’ai haï, oui j’ai haï

comme un lion qui rugit

sur des déserts de chair

 

Il faut tuer ces gens qui passent

en assassinant tranquillement le jour

Il faut pleurer dans ces impasses

pour y noyer les âmes bien faites

 

J’ai haï

parce qu’il y avait l’amour

cet horizon qui nous attend

aux quatre coins du temps qui fuit

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