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En scène l’artiste ! (Nouvelle, 2ème partie)

Ecrit par Emmanuelle Ménard le 22 février 2014. dans La une, Ecrits

En scène l’artiste ! (Nouvelle, 2ème partie)

Comme vous m’êtes sympathique et que vous avez l’air de comprendre la situation, je vais vous livrer un de mes petits secrets d’artiste (il sort de sa veste une poche en caoutchouc) Voilà ma trousse de secours ! Au cas où je me laisserais déborder par les sentiments, je verse mes larmes là-dedans ! (il l’embrasse et la regarde avec tendresse) Mmh, heureusement qu’elle est là la petite ! Vous devez penser que ce n’est pas très pratique car il faut viser juste. Eh bien à force d’entraînement, croyez-moi on y arrive ! (il reprend de la voix) De toute façon, elle m’est indispensable ! Que voulez-vous je suis un grand sentimental ! J’ai le cœur fragile, moi, une petite musique de nuit et j’entends dans ma poitrine gauche les éclats d’un verre de cristal ! Vous souriez n’est-ce pas ? Un homme bardé de poils et aussi viril qu’une moustache qui se casse dès qu’il écoute du Mozart ! Eh bien souriez à votre aise, au moins cela ne fait ni tache ni bruit ! (il range sa trousse).

O le silence, l’incommensurable silence, qui n’en a pas rêvé ! Le silence… Je voudrais le prendre dans ma main, le palper, en faire ma chose, ma chose à moi, rien qu’à moi ! « Aboli bibelot d’inanité sonore » ! Connaissez-vous ce vers ? C’est du Mallarmé, le poète du silence, d’un autre silence ! Le silence du sens, de toute signification ! Ah, tuer ces bavardages qui ne veulent rien dire… (il prend l’air rêveur) Tiens, je vous propose une minute de silence ! Pour lui rendre hommage, l’entendre une seule fois dans nos cœurs (il s’assoit sur le fauteuil et regarde sa montre ; une minute a passé) Le silence, le voilà mon mot préféré, le préféré des préférés ! Imaginez… La terre auréolée de silence, la terre devenue l’une de ces planètes sans parole et sans bruit. L’âme alors reprendrait son chant, un chant interrompu par l’histoire, la grande Histoire ! Celle du monde en train de se faire et de se défaire, celle d’un monde qui, en enfantant l’homme, enfanta la tragédie ! (il sort sa poche pour y verser quelques larmes).

J’aurais pu vous faire croire que cette poche était celle d’un homme malade qui l’utilise dans sa chambre en guise de cendrier secret ou pour uriner parce qu’il n’a pas le courage de se traîner jusqu’aux toilettes du couloir, mais il n’en est rien.

En scène l’artiste ! (Nouvelle, 1ere partie)

Ecrit par Emmanuelle Ménard le 15 février 2014. dans La une, Ecrits

Dans un décor tout blanc, l’acteur est assis sur l’un des quatres fauteuils en cuir noir, élégamment vêtu avec une veste noire

En scène l’artiste ! (Nouvelle, 1ere partie)

Eh bien me voici assis sur un fauteuil aussi dodu que mes fesses ! On pourrait croire que tous ces fauteuils sont les mêmes mais non. Car, à y jeter un œil de connaisseur ou de maniaque, on peut remarquer que les fauteuils vides ont laissé des plis, plis qui diffèrent selon les gros ou les petits derrières, déposés là un moment. Comme quoi, je ne vous apprends rien, cher public, un regard d’ensemble n’est jamais qu’une vue de l’esprit ! Mais j’imagine, à juste titre d’ailleurs, cette question qui vous ébouillante la cervelle : « Pourquoi Dieu sommes-nous ici ? Est-ce encore un mauvais coup du Diable ? Et puis ces fauteuils, nos fauteuils, excessivement inconfortables, et qui nous forcent à faire du pied, du genou, ou de la jambe à notre voisin ou à notre voisine ! Pourquoi, pourquoi donc cette position de journal plié en deux nous obligeant toutes les trois minutes à soupirer d’aise ou d’impatience, à attendre quelque chose, une parole, un mouvement, bref une phrase de mise en route pour que cette soi-disant scène commence à ressembler à une scène de théâtre ? ».

Pardonnez-moi cette audace mais vous raisonnez mal cher public ! Et l’espoir alors, l’espoir, qu’en faites-vous ? Vous le « zappez » comme s’amusent à dire toutes ces jolies langues roses de la nouvelle génération ? Hein, dites-moi ! Vous le bombardez à coups d’uranium appauvri, de rayons gamma et bêta, de prion pernicieux, de pesticide pestiféré ? Allons je plaisante bien sûr ! Cependant avouez que le dicton a du bon ! Sans espoir pas d’avenir, sans avenir pas d’espoir !

Oh ne craignez rien… Je ne suis pas un moralisateur ; et encore moins un prédicateur qui irait prêcher avec une patte à la flamand rose sur toutes les girouettes des églises ou s’asseoir jambes croisées en haut d’un minaret pour vous verser quelques gouttes du Coran. Non, simplement en toute bonne foi, je vous trouve prématurément anxieux et impatient. Ah, c’est un gène dont on a bien du mal à se débarrasser, le gène de l’impatience ! Qu’est-ce que notre génome ? Cinquante pour cent de banane, vingt-cinq pour cent de singe et vingt-cinq pour cent d’impatience ! Mais quand même, quand même, qu’est-ce que quelques grains de minutes dans le sablier du temps ? Et puis attendre, n’est-ce pas cela au fond la vie ? Allez, entre nous vous pouvez bien me le dire, tous les jours qui passent sont des jours où l’on attend ! on ne sait pas très bien quoi ou qui mais on s’obstine ! C’est peut-être cela qui nous sauve… J’irais même plus loin, je suis sûr que, du jour où on aurait la réponse, excusez-moi du terme, on se « flinguerait » tout de suite, deux balles dans les deux narines et hop ! bienvenue dans le giron divin ! La vérité, si c’est elle qu’on attend, serait bien trop insupportable, insoutenable pour nos pauvres pupilles, n’est-ce pas monsieur Platon ! (il lève les yeux puis le salue bien bas comme s’il avait un chapeau).

Lola ma muse (3)

Ecrit par Emmanuelle Ménard le 20 octobre 2012. dans Ecrits, La une, Actualité

Lola ma muse (3)

Mon retour au célibat m’avait permis de renouer avec mon enfance, quand je m’enfermais dans ma chambre et me contentais de regarder le plafond en savourant presque ce temps perdu pour rien. Le plaisir de s’écouter rêver et de vagabonder en pensée a un petit goût salé-sucré d’interdit, particulièrement dans une société où il est de bon ton de se montrer gagnant et efficace, et de surcroît consommateur et consommable !

Ainsi Lola était l’île dont je revenais avec un peu de sable, elle me découvrait la voie à suivre, me révélait à un autre moi-même qui ne demandait qu’à éclore et grandir. Muse et mentor à son insu, elle m’aidait à godiller dans les sinuosités de l’existence sans perdre de vue la direction choisie. Avec elle, j’avais l’impression de tenir la lune dans ma main, de caresser les courbes de la vie. Je savais que je ne posséderai jamais son corps et c’était bien comme cela ; je la possédais encore mieux, sans souffrance, sans cette peur qui vous ligote à l’être aimé et vous met martel en tête parce que tout ce que l’on possède est perdu d’avance et voué au passé. Comme aurait probablement dit Robert, on tâche de bien remplir son verre, on le boit, et voilà, il n’y a plus qu’à passer le relais à quelqu’un d’autre.

Lola ma muse (2)

Ecrit par Emmanuelle Ménard le 13 octobre 2012. dans Ecrits, La une, Actualité

Lola ma muse (2)

A entendre cette petite sœur de Jésus, certains s’ennuyaient tellement qu’ils s’inventaient une fin du monde. C’était plus ou moins le cas d’Aziz, un jeune marocain, convaincu de la chute prochaine d’un astéroïde géant. Surnommé le « Sirocco » par les filles, il jubilait à l’idée qu’on en avait enfin fini avec notre planète et qu’on allait devoir émigrer sous d’autres cieux. Objectif Mars, Mars avec ses volcans qui valaient bien le mont Atlas ! Il avait épluché toutes les revues scientifiques… Pour cela il faudrait exporter le modèle de l’écosphère terrestre, entre autres reproduire une forêt pluviale, un marécage, une savane, un désert, un récif corallien et un océan ; sans oublier les animaux et les végétaux ! Il fallait penser à tout, même aux matières fécales, qu’on pouvait reconvertir en aliments protéinés, et aux systèmes de filtrage biologiques pour purifier les eaux usées. L’idéal, selon lui, aurait été de construire des villages sous-marins afin de mieux se préparer à cette nouvelle vie, mais on manquait de temps. J’imaginais facilement Aziz en charmeur de serpents et de femmes, qu’allait-il faire dans ce drôle d’Eden, y trouvait-il son oasis ? Avoir un ciel à côté de chez soi, un ciel avec un lopin de terre pour y cultiver son petit paradis, n’était-ce pas là le rêve de chacun ? « Technicien de surface », ces mots pompeux et sans véritable signification trouvaient grâce à ses yeux et sa famille, restée au pays, était fière de lui. Son ambition devait être à la mesure de ses vues sur l’avenir, je le voyais déjà lancé dans une vaste entreprise de nettoyage sur Mars ; super équipé tel un super bibendum parti à l’affût de la moindre poussière, susceptible de boucher un cratère ou d’altérer la teinte rougeâtre d’une surface rocailleuse et désertique.

Lola ma muse (1)

Ecrit par Emmanuelle Ménard le 06 octobre 2012. dans Ecrits, La une, Actualité

Lola ma muse (1)

Paris, neuvième arrondissement, la vie file à la vitesse des voitures, la vie fait du bruit, des coups de klaxon essentiellement. Normal, dans un quartier où les théâtres font concurrence aux bars à putes, aux boites de nuit et aux salles de concert. D’habitude les gens migrent vers la campagne, c’est même « très tendance » dit-on, moi j’ai fait le contraire, j’étais au vert et je me suis mis au gris, quittant ainsi le lit de ma douce Dordogne pour les vents impétueux de la capitale. Moi c’est un homme ordinaire, un homme de tous les jours, quarante ans, divorcé, deux enfants, écrivain quand la pleine lune vient l’inspirer. Voici un an que je vis entre ces murs et, à ma grande surprise, la ville, du moins le quartier, m’a vite apprivoisé.

Que suis-je venu chercher ici au juste ? Plus de solitude ? Une rencontre ? Un nouveau chapitre dans mon existence ? Un nouveau livre ?

L’instinct m’a guidé, je me fie à lui… Il a mené mes pas jusqu’à la rue Pigalle, au numéro trois, septième étage, avec vue sur les toits. Un deux pièces presque dans le ciel, quoi rêver de mieux ? Il me suffit de coller le nez à ma fenêtre pour voler un peu, partir sur un nuage, m’oublier. Là-haut c’est le mystère, je l’interroge sans attendre de réponse et je me dis que c’est cela qui donne du prix à la vie, cette interrogation permanente. On cherche à droite à gauche le bonheur alors qu’il est là, devant soi, telle une évidence qu’on ne voit pas, comme la plupart des évidences. J’en profite aussi pour observer les pigeons ; à les regarder se blottir dans un rayon de soleil, j’ai envie de prendre exemple sur eux, jouir de ce présent qui ne s’offre qu’une fois. Evidemment les bêtes n’ont guère de mérite, après tout elles n’ont ni souvenirs ni projets.

Histoire à nager debout ...

Ecrit par Emmanuelle Ménard le 09 mars 2012. dans La une, Ecrits

Histoire à nager debout ...

Il était une fois Anna, une littéraire femme d’affaires vivant au fond des mers. Les livres étaient des poissons ou les poissons des livres, qu’elle dégustait à la « Table des merveilles », nom qu’elle avait donné à son restaurant préféré, en vérité son unique restaurant, l’océan…

Livres-poissons ou poissons-livres nageaient gaiement autour d’Anna et se laissaient attraper et manger par celle-ci parce qu’ils se sentaient flattés par cette belle sirène qui, trouvaient-ils, « avait bon goût ». Et puis il y avait une autre raison : c’était si reposant de pouvoir enfin dormir dans le ventre de cette belle sirène plutôt que de vagabonder ça et là, de bulle d’eau en bulle d’eau sans savoir vraiment pourquoi… Et puis et puis et puis… A bien y réfléchir, Anna leur offrait là une cachette idéale pour se défendre du dentier de Max, ce vieux requin blanc qui ne pensait qu’à s’empiffrer de tout ce qu’il pouvait trouver dans la mer et n’hésitait pas à dévorer des boites de conserve, des sacs plastique, des bijoux de famille ou même des hommes quand il n’avait rien à se mettre sous ses fausses dents ! Et puis et puis et puis… Anna avait un don ! Non seulement elle mastiquait avec grâce la chair des mots ou les mots de la chair mais aussi, de son appétit magicien, elle les changeait en rimes.

La machine à...

Ecrit par Emmanuelle Ménard le 02 mars 2012. dans La une, Ecrits

La machine à...

 

Il était une fois une machine très gourmande qui n’aimait que les… Sous. « Les sous, disait-elle, valent toutes les sucreries du monde, que dis-je, les meilleurs chocolats, les meilleurs traiteurs de Paris ! Les sous, seulement les sous ! Pas les billets,  ils sentent mauvais ! Ils sentent le papier, le papier et l’arbre de la forêt par-dessus le marché ! ». Cependant, en ces jours de disette, la machine se sentait extrêmement malheureuse… Rien à se mettre sous la dent, ou plutôt sous la fente. Misère de misère, dans quel monde vivait-on !

Plus les jours passaient, plus la machine virait au blanc… Forcément, l’anémie ! On aurait dit une machine à laver, pire même, une machine à vaisselle ! Une machine à vaisselle… Tomber si bas ! Quelle honte, quel déshonneur ! Elle n’osait même pas se regarder dans la glace. Elle, si belle, si rayonnante, si courtisane en somme. Misère de misère, cela devait arriver… Un consommateur en mal de consommer et un peu distrait jeta son œil de consommateur sur elle et, ni une ni deux, l’acheta dans l’amoureuse intention de faire un joli cadeau à sa femme, usée des mains et des pieds pour avoir fréquenté le lavoir pendant une semaine.

Petit bout d'âme (2)

Ecrit par Emmanuelle Ménard le 20 janvier 2012. dans La une, Ecrits

Petit bout d'âme (2)

Elle vécut ainsi quelques temps chez Milady, toit aux formes et au cœur généreux qui invitait les hommes esseulés et les naufragés de l’amour à s’asseoir dans ces fauteuils où l’on s’installait profondément comme dans un rêve. D’emblée petit bout d’âme s’était sentie utile dans cet espace de chair qui « ne couchait pas » mais caressait les blessures d’autrui de sa voix suave et mélodieuse. Tous ces hommes en détresse offraient à Milady, servie dans un verre, une raison de vivre, d’aimer son métier et d’en faire un sacerdoce. Le verre, c’était là toute sa philosophie… Le verre vide devant soi, cette vie qu’on transformait en existence si on voulait bien le remplir, ce verre ! Elle s’évertuait ainsi à remplir le sien en versant un peu dans chaque verre et, tous les soirs, partait à la conquête de ces territoires désolés comme les nouveaux colons avaient conquis l’Ouest mais sans bain de sang. Elle s’évertuait ainsi… Attelée à sa noble mission, jusqu’au jour où elle, la cover-girl bretonne à la grâce auréolée, la petite sœur de jésus et grande prêtresse de l’amour, l’oiseau nocturne à l’envergure d’un cœur sans pareil, avait fait plouf dans un verre en y laissant ses plumes. Petit bout d’âme n’avait jamais compris… Son toit s’était écroulé du jour où un magnat de l’industrie avait passé la porte. Beau gars lustré sous toutes les coutures et dont l’embonpoint du portefeuille forçait le respect, ce dernier n’avait considéré cette dernière que comme un coup de balai dans le grenier qu’était son mariage.

Petit bout d'âme (1)

Ecrit par Emmanuelle Ménard le 13 janvier 2012. dans La une, Ecrits

Petit bout d'âme (1)

 

Le soleil du matin allait bientôt installer la ville dans une brillance légère, mais petit bout d’âme frissonnait de froid, de fatigue et de solitude. Combien de temps avait-elle erré ainsi dans le creux des campagnes et des cités ? Un jour, un an, un siècle ? Elle ne savait même plus, elle se rappelait seulement qu’elle avait réuni toutes ses forces et son courage et avait quitté leur tête et leur corps, définitivement ! Petit bout d’âme ne regrettait pas cet acte de bravoure. Certes, la liberté avait un goût de pomme défendue et qui en aurait effrayé plus d’un mais trop c’en était trop ! Ballotée le temps d’une existence, d’un soi-disant toit à un autre, elle avait fini par avoir le tournis d’un derviche tourbillonnant comme un débutant ! Et puis ces toits, qui ressemblaient davantage à des murs friables, lépreux, n’avaient rien de rassurant. Loin de lui apporter la sécurité et un confort cinq étoiles, de la protéger des rudes hivers et des étés torrides, ces derniers, aux fissures et aux trouées parfois invisibles, laissaient pénétrer le vent des caprices et les humeurs orageuses. Dans ces moments tempétueux, elle avait le choix entre se coucher à raz d’un corps et patienter jusqu’au retour à une accalmie ou, saisie par un zèle héroïque, se tenir droite  tel un bâton de sagesse et affronter l’ennemi de face au risque de tomber et de se rompre le cou !

A la chasse aux mots (2)

Ecrit par Emmanuelle Ménard le 06 janvier 2012. dans La une, Ecrits

A la chasse aux mots (2)

Une dame était accoudée là, qui l’observait avec un regard hésitant entre la méfiance et la curiosité. Dans son malaise, il ne l’avait pas vue et fut donc tout interloqué quand il entendit une voix féminine mais rauque l’interpeller : « Ça ne va pas, vous vous sentez mal ? ». Ce dernier, qui n’avait pas parlé à une femme depuis des lunes et des lunes, fut tout intimidé. « Ce n’est rien » s’entendit-il dire, « la chaleur simplement ; on dirait que ce Diable de soleil m’a pris en grippe ! ». Entre deux âges, les paupières tombantes, l’œil torve, les cheveux plus sel que poivre, celle-ci n’inspirait ni le grand amour ni la sympathie. Néanmoins, elle était pour le moment son seul salut, son mirage devenu réalité.

La concierge, car c’en était une, lui adressa un sourire en biais puis s’empressa de le faire rentrer. Elle vivait dans une pièce exigüe, particulièrement sombre, où un tas d’affaires en tout genre s’amoncelait et se trouvait à portée de main. Dans ce capharnéaum impressionnant, chaque objet semblait avoir été relâché de sa cage comme une bête sauvage à qui on aurait rendu la liberté. A la fois ébloui et effrayé, Max savourait secrètement ce spectacle unique, oubliant presque sa soif. Cette pièce était l’empire des choses, un univers purement matériel où l’homme n’avait pas sa place. Ici, même les objets les plus insignifiants faisaient figure de monarques sévères qu’il aurait été sacrilège de renverser. Qui, en outre, aurait pu avoir l’audace de le faire ?

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