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Eclats d’humeur (13) Faisons un rêve…

Ecrit par Emmanuelle Ménard le 13 septembre 2014. dans La une, Ecrits

Eclats d’humeur (13) Faisons un rêve…

Nous marcherions dans l’haleine froide des rues

sans vêtements ni chapeaux

pour sentir mieux la vie !

la gueule remplie de verres et de vin dans les yeux

l’amour aux doigts des bras pour toucher

l’indigent

lui donner de ce monde qui fait tourner nos cœurs

l’habiller de paroles s’il tremble de silence.

 

Nous marcherions, oui, toujours plus loin !

jusqu’au bout des semaines

au bord des caniveaux

bravant l’indifférence

de ceux qui restent au chaud

à pas crissant et durs pour rythmer la colère

de nos rêves endormis ou trop vite mis à terre.

Eclats d’humeur (12) Dimanche comme un village

Ecrit par Emmanuelle Ménard le 30 août 2014. dans La une, Ecrits

Eclats d’humeur (12) Dimanche comme un village

Dimanche comme un village

le plus joli du coin

sans décors ni flonflons

pour déguiser les rues

 

Dimanche arque bouté

sur l’eau de son passé

pensif entre les phrases

d’un livre toujours ouvert

 

Dimanche  qui rêve encore

à un vide plein d’atomes

avec dans ses poches

les bosses de la semaine

 

Dimanche renégat

putain ou ivre à souhait

de souvenirs cassés

par l’enfant trop gâté

 

Dimanche qui se respire

se murmure dans la niche

d’une église au tronc d’or

couronné de poussières

Eclats d’humeur (11) Parole d’homme

Ecrit par Emmanuelle Ménard le 23 août 2014. dans La une, Ecrits

Eclats d’humeur (11) Parole d’homme

En goutte à goutte

les instants perlent

creusent sous l’écorce

la peau du secret

 

Le tien

le mien

le « Je » univers

qu’on prenait pour un jeu !

 

Farces et attrapes

la vie nous étale

et l’on attend, on attend…

 

La main qui viendra

le sourire de l’esprit

au visage sans pardon

puisqu’il a déjà dit

Eclats d’humeur (10) Ma simiesque voisine…

Ecrit par Emmanuelle Ménard le 16 août 2014. dans La une, Ecrits

Eclats d’humeur (10) Ma simiesque voisine…

Ma simiesque voisine

tes murs torchés au chagrin

ont la pesanteur de l’absurde

qui se noie à l’eau vive

 

Esprit en filigrane

brise-glace dans les villes

tu voudrais faire le clown

pour trouver les regards

 

Mais rien ne bouge vraiment

dans ces yeux comme des trous

qui courent à travers tout

sur des rails bien huilés

 

Ma simiesque voisine

as-tu déjà manqué

au rendez-vous des hommes ?

Toi qui as peint les jours

à coups de crans d’arrêt

et fait rêver l’ennui

sur un bout de trottoir

Eclats d’humeur (9) Enigme

Ecrit par Emmanuelle Ménard le 28 juin 2014. dans La une, Ecrits

Eclats d’humeur (9) Enigme

Je suis la femme aux mille chansons

la tour d’ivresse qui fait sa gueule

en déclamant des vers de terre

 

Je suis la lune ensoleillée

le palais d’or au vieux dentier

un reflet traversé de mers

 

Je suis la note le la le ré

le bercement de tes paupières

quand vague l’ennui dans les salons

 

Je suis le feu feutré de l’œil

le corps du cœur à la pupille

qui parle droit comme un bâton

 

Je suis être et faire à la fois

l’âme qu’on repasse les longs dimanches

devant des soupes d’opéra-douche

 

Je suis le cri dans les coulisses

côté jardin le sang du Christ

dont la parole est vent qui souffle

Eclats d’humeur (8) Dans la rue…

Ecrit par Emmanuelle Ménard le 21 juin 2014. dans La une, Ecrits

Eclats d’humeur (8) Dans la rue…

Dans la rue

des têtes à la Modigliani

et des grumeaux sur le corps

Crasse crasse, partout jusqu’aux oreilles

de gris vêtus

les gens s’embrument à l’infini

 

Dans la rue

des têtes coupées, ficelées

comme le rôti du dimanche

et des trous qui sourient

Presse presse, partout jusqu’à l’encéphale

le bonheur jeté dans l’oubli

et tout ce temps qu’on tranche

 

Dans la rue

des têtes carrées à la Braque

partouze de taches et d’idées noires

Grêle grêle, partout jusque sous la terre

le feu aux fesses

comme la vie qu’on plaque

 

Dans la rue

des têtes à moitié faisandées

et du cinoche pour la mousson

Pissent pissent, partout jusque dans les orifices

les secondes qui s’ennuient

et que l’on suit comme des moutons

Eclats d’humeur (7) Pas le droit d’ouvrir…

Ecrit par Emmanuelle Ménard le 14 juin 2014. dans La une, Ecrits

Eclats d’humeur (7) Pas le droit d’ouvrir…

Pas le droit d’ouvrir…

« Quoi, dit la veine, pas le droit d’ouvrir quoi ? »

La blessure a rougi

comme dans un crime parfait

où les yeux sont intacts

et pourtant dépouillés

 

Pas le droit d’ouvrir…

« Quoi dit la main, pas le droit d’ouvrir quoi ? »

Les doigts comme des barreaux

ont repoussé les voix

Juifs errants dans les gorges

aux pieds faits comme des rats

 

Pas le droit d’ouvrir…

« Quoi dit le cœur, pas le droit d’ouvrir quoi ? »

Les secrets ont jauni

au soleil de l’acier

la peau comme un passé

parcheminé de cris

Eclats d’humeur (6) Rêve éveillé

Ecrit par Emmanuelle Ménard le 07 juin 2014. dans La une, Ecrits

Eclats d’humeur (6) Rêve éveillé

Des champs d’oiseau dans le corps

une chaise qui rit au soleil

des coussins péteurs, des mariés dans un nuage blanc

une piscine d’étoiles dans la bouche des égouts

des caries gorgées d’or et de turquoises

de la salive qui décrasse les mots

le feuillage des idées

un baiser dans les plumes

de la soif, de la soif !

 

Et des routes pour se désaltérer

du rire et des enfants dans le ciel aux poubelles

des clameurs au réveil pour se moquer du bruit

un renard argenté, des champs jaunes, jaunes à perte de vue !

des toiles d’azur au bord des cœurs en fièvre

cornets vanille-fraise pour les éclats de voix…

Eclats d’humeur (5) Nouveau cycle

Ecrit par Emmanuelle Ménard le 24 mai 2014. dans La une, Ecrits

Eclats d’humeur (5) Nouveau cycle

Jeter tout

l’encre et la plume

l’usage des jours

le sommeil qui endort

le rêve qui fermente

la rosée vieille d’une heure

 

Arracher, dévêtir, déconstruire

comme le vent furieux qui veut recommencer

les peaux, les corps et les maisons

 

murs trop confortables

pour la vie

qui part dans tous les sens

à raz de ciel

à pas de terre

 

la vie qui plie

mais ne rompt pas

et crache sur les belles manières

L’Elu (Nouvelle, 5ème partie, fin)

Ecrit par Emmanuelle Ménard le 17 mai 2014. dans La une, Ecrits

L’Elu (Nouvelle, 5ème partie, fin)

Une fois les premiers secours apportés à la chambre, la mère de Natacha se ruait sur les meubles qu’elle déplaçait dans un branle-bas de combat impressionnant pour se mettre en chasse de tout objet qui traînerait par terre et qui, par conséquent, se révélerait plus que douteux. Cette partie de cache-cache se terminait rituellement par une remise en ordre qui confinait à la maniaquerie puisqu’il s’agissait de fixer chaque chose à sa place, dans le juste alignement, la bonne perspective, voire le droit chemin. Eperdue dans la contemplation de son œuvre, celle-ci pouvait alors s’administrer quelques louanges bien méritées avant de repartir, soulagée, vers d’autres missions ménagères.

Après le passage de cette tornade blanche, la chambre qui, jusqu’alors, avait retenu son souffle, pouvait respirer à nouveau et jouir en quelque sorte du charme retrouvé de l’accalmie. Les meubles, rajeunis par le toilettage et qui sentaient bon la propreté, retombaient dans un profond sommeil. Délivrée de la poussière et de toute sorte d’objet ou de vêtement ayant fait naufrage ici et là, la moquette, légèrement rosée, ressemblait à un désert d’albâtre au crépuscule. De même le lit, tiré à six épingles, avait des allures de pliage géant effectué avec un doigté d’artiste.

Un air de conte de fée embaumait la pièce et les poupées, qui trônaient sur l’étagère, souriaient presque. L’ordre silencieux régnait. La chambre, peignée, manucurée, avec de surcroît un rayon de soleil, faisait penser à ce grand midi, lourd de promesses et de beauté, qui passe dans l’âme comme un galop de lumière ; après la tempête, la tranquillité. C’était à peine si l’on osait franchir ce temple de l’hygiène. Tout se tenait dans une immobilité coite et Nounours, qui regardait la vie par la fenêtre, avait l’impression que le temps était resté prisonnier de ces murs, incapable désormais de bouger, incapable de rattraper cette existence qui, à l’extérieur, continuait à courir avec une belle indifférence.

Néanmoins, ce retour au calme était toujours temporaire. A peine revenue de l’école, Natacha, quand elle constatait la métamorphose, descendait les escaliers comme une furie pour aller demander des comptes à sa mère. On avait dérangé son désordre, fouillé dans ses petits secrets ; on avait osé mettre la main sur ses chers amis, osé changer l’atmosphère, osé la troquer contre du neuf, du toc ! Bref, en croyant mettre de l’ordre on avait semé le désordre ! On n’était plus une mère mais un trouble-fête qui avait la manie de vouloir se mêler de tout, croyant toujours bien faire !

Et commençaient les larmes et redoublaient les cris. Natacha n’était qu’une petite fille gâtée qui ne se rendait pas compte de sa chance et qui mériterait d’être jetée à la rue avec toute sa bande de jouets si on n’avait pas un cœur de mère ! Elle pouvait toujours aller supplier qu’on vienne s’occuper d’elle après ça ! Les mots s’entrechoquaient, tiraient à bout portant, et l’écho des balles remontait jusqu’à la chambre où Nounours attendait impatiemment une trêve. Plus on saignait et plus on se faisait saigner. Et les voix grossissaient, s’amplifiaient à n’en plus finir, jusqu’à ce point de non-retour, en vous happant comme des coups de gueule, les coups de gueule de la vie. Ces turbulences secouaient la maison toute entière, une maison devenue un pauvre navire sans défense sur une mer démontée.

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