Articles taggés avec: Eric Thuillier

Demandez l'Impossible !

Ecrit par Eric Thuillier le 31 mars 2012. dans La une, Média/Web, Actualité

Demandez l'Impossible !


Demandez l’impossible ! Demandez l’impossible ! Le nom du nouveau journal de Michel Butel était fait pour un temps de crieurs de rues.

Disons-le d’emblée, ce journal est un torchon. A ne pas confondre avec les serviettes qui servent à se tapoter doucement la pensée. Il empoigne les choses, les frotte, les fait briller comme la trayeuse de Yves Berger (page 65, colonne 2, lignes 19 et suivantes), il empoigne les gens, « l’une était encore bébé, l’autre était déjà mélancolique » (Gaëlle Obiégly, page 43, colonne 3, lignes 19 et 20).

Je n’ai pas vu si c’est sur du papier recyclé, en tous cas il n’est pas recyclable, il est au bout du rouleau. Mais c’est du papier et c’est un vrai culot un journal papier – à froisser, à jeter dit Michel Butel dans Libé, et qui va se collectionner quand même, c’est une superbe maquette – sans glaçage, sans les lignes harmonieuses des voitures et des femmes de luxe qui reposent nos yeux dans les journaux courants. Un journal dont les mots ne disparaissent pas dans le noir numérique dès qu’on les a lus. C’est une surprise, pour ce genre de textes, au temps de la lecture sur écran. Je ne récuse pas cette lecture qui augmente considérablement nos sources d’approvisionnement. J’aurais mauvaise grâce, moi qui, sans cela, n’aurais pu faire lire une ligne à qui que ce soit.

60 minutes dans la peau d'un caviste

Ecrit par Eric Thuillier le 02 mars 2012. dans La une, Société

60 minutes dans la peau d'un caviste


A-t-on jamais fini d’apprendre l’humilité ?

La semaine dernière, lors des grands froids, je travaille chez un client-ami caviste au moment où ce dernier doit s’absenter d’urgence pour aller couper l’alimentation en eau de sa maison dont les canalisations ont rompu.

Il ferme le magasin, me laisse à l’intérieur, et appose sur la vitrine un mot d’excuse pour son absence liée à un dégât des eaux.

Grand dépit des clients qui trouvent porte close et grands gestes de la part des plus enhardis, qui, m’apercevant, veulent des explications. Les ayant eu, ils se plaignent de l’embarras de devoir chercher ailleurs la bouteille avec laquelle ils avaient prévu de se rendre chez des amis. Toujours porté à soulager les peines, j’offre à ceux qui savent ce qu’ils veulent et disposent de la monnaie d’emporter ce dont ils ont besoin. Je vends ainsi quelques bouteilles pour la première et, si j’en crois mon expérience des petites étrangetés de la vie, sans doute la dernière fois. Puis survient une dernière visite.

Travaux Pratiques de théologie

Ecrit par Eric Thuillier le 23 décembre 2011. dans La une, Religions, Vie spirituelle

Travaux Pratiques de théologie

 

S’il se trouve encore quelques pauvres Abandonnés, voici pour eux un exercice simple qui leur apportera la preuve de l’existence ou de la non existence de Dieu.

Qu’ils m’attrapent, me pendent par les pieds et m’égorgent, non sans m’avoir assez proprement assommé, car comme vous l’allez voir, il est de première importance que je ne gueule pas comme un cochon.

Il faut être au moins quatre, et très concentrés.

Ces conditions réunies, écoutez bien.

Ecoutez bien.

Ecoutez si, portées sur le filet de mon sang, vous entendez quelques notes de musique.

Ecoutez bien.

Si vous n’entendez rien, rien d’autre que le bruit du sang dans le récipient (les sons formés par la chute des premières gouttes sur le cristal ne compte pas, il faut que ces notes sortent manifestement de l’intérieur de moi) si vous n’entendez rien c’est que Dieu existe.

Tryptique de la Grâce. Panneau de gauche

Ecrit par Eric Thuillier le 21 octobre 2011. dans Vie quotidienne, La une, Psychologie

Tryptique de la Grâce. Panneau de gauche

Je vous fais grâce des explications qui justifient l’emploi de ce mot. Tout s’explique, tout est grâce.

Rien ne l’annonce. Ou peut être une succession de jours sans trace de pensées sombres, effet d’une sorte de distraction, de légèreté involontaire. Peut-être… C’est vrai pour cette fois, je vérifierai les prochaines, si Dieu veut bien m’accorder des prochaines fois.

Pendant quelques heures un sixième sens est actif. Un drôle d’œil est ouvert dans la tête dont le rayon passe la paroi osseuse et garde juste ce qu’il faut d’énergie pour se glisser sous la peau des visages, la rendre transparente, révéler le sens des êtres.

Pendant quelques heures tous sont beaux. Tous offrent au regard une langue muette et magique qui écrit sur les traits une vérité qui ne se discute pas. Un homme est là, une femme est là, ils sont des évidences lumineuses.

Et mouillées. La source que j’écoule vers eux est humide, faite pour ramollir, pour épouser les formes les plus petites. Cette source est du langage, absolument pur, sans mot, du sens rayonnant, sans explication, des harmoniques jaillies d’un orchestre de paroles et de sensations anciennes.

VENUS d'ailleurs

Ecrit par Eric Thuillier le 17 juin 2011. dans La une, Humour, Société

VENUS d'ailleurs

Tenez, par exemple, ça n’a rien à voir avec mon sujet mais la semaine dernière, ou celle d’avant je ne sais plus bien, le temps qui ne veut pas faire de pause brouille un peu mes repères, j’ai vu une pleine page de pub pour Orange et une proposition commerciale nommée Open. Comme le O, en très gros, entourait une maison mise en joie et en couleurs par un collage d’images grand écran pour toute la famille, c’est le « pen » qui était le signe lisible. Tiens, me suis-je dit, Orange et Le Pen, ça me rappelle quelque chose.

Internet s’ouvre chez moi sur la page d’accueil d’Orange. Elle nous offre les dernières informations déclinées de manière intangible sur trois registres, politique et faits divers, sportif, people. Je n’avais pas pris la peine de cliquer sur ces articles jusqu’au jour où je me suis fait la remarque que la famille Le Pen était souvent à l’honneur. Je clique le jour où la bonne Marine avait évoqué avec la finesse et la retenue qui font qu’elle n’est pas, à ce que j’ai entendu dire, la fille de son père, les prières dans la rue.

Je découvre que l’article, simple copié/collé d’une dépêche d’agence, suscite des milliers de commentaires qui émanent neuf fois sur dix de partisans du FN et sont en matière de finesse et de retenue un peu en retrait de celle qui les suscite.

Trois par trois

Ecrit par Eric Thuillier le 14 février 2011. dans Vie quotidienne, La une, Ecrits

Trois par trois


J’aime que les choses aillent par trois. Une idée ou une œuvre d’art qui n’est pas membre d’un trio ne m’intéresse pas. Pour entrer dans mon cerveau, un objet ou un concept doit s’y présenter en compagnie de deux autres. J’en ai parlé à mon neuropsychiatre qui a fait semblant de s’intéresser au problème mais dont le timbre de la voix, légèrement voilée par l’onde du mensonge, disait clairement qu’il n’avait aucune intention de l’éclaircir. C’est pourtant simple. Je lui avais posé cette question à laquelle j’ai la réponse à seule fin de renouveler le sondage journalier de l’incurie générale auquel je procède matin, midi et soir.

Rechercher la cause d’une obsession n’est pas promesse de guérison mais c’est au moins le baume vaguement consolateur fourni par un digne exercice de la pensée. Je me suis trouvé bien aise lorsqu’un matin de je ne sais plus quelle saison, la soudaine association de trois idées m’a fait découvrir dans mon enfance la source de mon obsession trilogique.

Le 27ème commentaire ...

Ecrit par Eric Thuillier le 19 décembre 2010. dans La une, Média/Web, Société

Le 27ème commentaire ...

… A la chronique « Au risque de la Toile » de L-M. Levy

Je n’ai pas eu le temps lors de sa parution vendredi dernier de commenter le texte de Léon-Marc Levy. Et surtout ce texte m’avait engrossé les méninges d’un commentaire qui méritait quelques jours de gestation, de décantation.

Les commentaires ont porté sur les relations d’Internet avec le savoir et la citoyenneté. C’est tout à fait intéressant, pas autant peut-être que l’amour courtois mais de la même époque, celle de la culture. Or Internet ferme la parenthèse de la culture, les choses rentrent dans l’ordre, la nature reprend ses droits. Cette hypothèse est formulée pour rire comme dit Emile Eymard. Mais on ne sait jamais ce qui peut s’immiscer entre les hoquets du rire. Un jour j’ai formulé pour rire, pour faire bisquer un voisin athée jusqu’au bout des cheveux, que Dieu n’était pas si mort qu’il en avait l’air et depuis il ne cesse de me tirer par les pieds. Dieu, pas mon voisin, qui sait depuis belle lurette ce qu’il en est.

En roue libre

Ecrit par Eric Thuillier le 12 novembre 2010. dans La une, Société

En roue libre

 

La semaine dernière, ou celle d'avant je ne sais plus bien, le temps qui ne veut pas faire de pause brouille un peu mes repères, j'ai travaillé deux jours sur le toit d'un supermarché. C'est amusant on croise un tas de gens de connaissance qui ne vous voient pas alors qu'on est à quelques mètres d'eux. C’est qu’ils ne sont pas nombreux à circuler le  nez en l'air. Ils sont, j'en ai fait l'observation grâce à ma position panoramique, au moins un sur deux occupés à consulter leurs téléphones portables. En règle générale, ils viennent de faire un parcours en auto, par exemple de leur lieu de travail jusque là, qui les a empêché pendant dix minutes ou même une demi heure de vérifier l’état de leurs affaires et de leurs amours, lesquelles demandent à être suivies en temps réel si l’on veut être le trader de sa propre aventure.

Les six faces du même dé...

Ecrit par Eric Thuillier le 29 octobre 2010. dans La une, Ecrits

Les six faces du même dé...

Une expression courante se plait à lier deux choses d’apparence contradictoires comme faces de la même médaille.  Il faut un couple de sujets bien étroits ou une étroite façon de les percevoir pour qu’ils puissent n’occuper que deux faces d’une médaille. Combien plus intéressants sont ceux, réunis par demi douzaine, dont on peut dire qu’ils sont comme les six faces du même dé. Dans les deux faces d’une médaille, une est d’un coté, l’autre de l’autre sans qu’il soit possible de dire laquelle alors que dans un dé la face opposée à une autre s’y trouve reliée par quatre autres, elles même opposées deux à deux. En nos temps de complexité il est urgent de remplacer le manichéisme de l’expression les deux faces de la même médaille par les six du même dé car il est de notoriété publique que les choses ne sont pas toutes noires ou toutes blanches. Un dé c’est autre chose, il offre une progressivité de bon aloi, on ne se retrouve pas bêtement d’un autre coté tout déboussolé par un paysage sans rapport, on choisi un chemin pour s’y rendre.

Le plus simple est de donner un exemple. Soit les six faces du même dé occupées par les mots suivants :

"Vieux Papiers" : Louise Michel et "le Voleur"

Ecrit par Eric Thuillier le 08 octobre 2010. dans La une, Média/Web, Histoire

Au temps des décharges sauvages en bord de route, dont le contenu s’offrait au regard de cyclistes dans mon genre qui ne martyrisent pas trop les pédales, j’ai fait parfois des haltes pour ramasser quelques vieux pots, quelques vieux livres. Ma plus belle trouvaille, cela ne s’invente pas c’est pourquoi j’en fais part dans la série «Vieux papiers», a été celle d’une poignée de journaux publiés dans les années 1880 dont le numéro visible faisait sa une de la nomination du préfet Poubelle dans le département de la Seine.

Ce journal,  «LE VOLEUR», à 130 ans de distance, a quelques parentés avec le nôtre, il déclare en incipit : je compile. Dans son numéro du 29 juin 1883, il rend compte du procès de Louise Michel. Il marque assez nettement, mais sans effet de manche, son opinion négative face aux idées révolutionnaires mais prend la peine de citer très largement des propos qu’il condamne. C’est une leçon pour les journalistes de notre époque qui semblent essentiellement occupés à écouter aux portes, à décocher courageusement des coups de pieds aux gens qui sont à terre, à s’esbaudir (comme dans le Monde la semaine dernière à propos du procès Chirac) de leur merveilleuse audace, bien plus qu’à jouer un rôle de transmetteurs, de médiateurs, de révélateurs.

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