Articles taggés avec: Gilles Josse

Qu'est-ce que que ? (3) Coïto ergo sum

le 30 mai 2011. dans Ecrits, La une, Humour

Qu'est-ce que que ? (3) Coïto ergo sum


Pour Descartes, c’est l’activité réflexive qui crée l’identité purement humaine, et nous distingue par là des animaux. Cela semble assez indiscutable, et pourtant, on peut lui faire un reproche, de taille. Pour ma part, je connais « être heureux », « être amoureux », « être rassasié », etc. « Être », tout court, ça n’a guère de sens, si ce n’est d’être conscient, le minimum que l’on exige de l’être humain pour le reconnaître vivant.

J’irai même plus loin en affirmant qu’être conscient, en soi, c’est un minimum qui n’est pas très satisfaisant, si l’on n’est en mesure que de dire par exemple « je suis seul, affamé, pauvre, perdu… ». Bien sûr, je conserve ma dignité d’être humain, mais cette existence n’a en soi que peu d’intérêt, puisque n’étant guère enviable.


Qu'est-ce que que ? (2) Le perroquet est-il un oiseau ?

le 13 mai 2011. dans La une, Ecrits

Qu'est-ce que que ? (2) Le perroquet est-il un oiseau ?

La question a de quoi surprendre, et pourtant ! Pourtant, elle renvoie à l’arbitraire du signifiant et aux limites de la taxinomie, deux questions qui interpellent ma curiosité, pour des raisons différentes.

Pour des langues et des sociétés aussi proches que l’anglais et le français, nul doute que « parrot » et « perroquet » ne recouvrent des choses identiques. Pour des indiens d’Amazonie, en revanche, il n’y a rien d’évident à ce que le terme correspondant existe, et même si c’est le cas, on doit pouvoir trouver des exemples de mots qui n’ont pas d’équivalent chez nous, car ils désignent des réalités qui nous sont totalement étrangères.

Ainsi les mots saucissonnent-ils notre réalité d’une manière totalement arbitraire, et qui nous échappe la plupart du temps. Par exemple, nous avons bien dans notre vocabulaire « parricide » et « infanticide », pour distinguer deux catégories particulières d’assassins, mais pas de terme pour ceux qui tuent leur conjoint, ce qui nous indique immédiatement que la chose semble a priori moins grave. Car, c’est la réalité et surtout la façon dont nous l’appréhendons qui semble forcer la naissance du mot, et non l’inverse.

Qu'est-ce que que ? (1)

le 06 mai 2011. dans La une, Ecrits

Qu'est-ce que que ? (1)

« Reflets du Temps » commence aujourd’hui la publication d’une série de « mini-chroniques » sur thèmes libres de notre ami Gilles JOSSE.


Introduction versus intromission


Comme le dit à propos le titre de cette courte introduction, l’objet des textes qui suivent n’est pas de vous séduire, pour mieux vous posséder, mais plutôt de vous amener à des considérations particulières, qui me viennent de mes lectures et de mes réflexions personnelles, mais aussi de mon expérience de la vie.

Et toute la vie de l’homme, quelle est-elle, si ce n’est un voyage entre raison et sentiment, du berceau à la tombe, où nous sommes pris dans l’océan des mots ? En fin de compte, l’existence de l’homme, à côté de la nourriture, de l’usine et du lit, c’est celle du langage, il ne faut pas l’oublier.

Le Strapontin (XXII & FIN)

le 17 mars 2011. dans La une, Ecrits

Le Strapontin (XXII & FIN)

XXII - Le ministère des clandestins


Le ministère des clandestins ressemblait trait pour trait à la capitainerie où nous étions allés chercher nos faux-papiers, sur terre. Même bâtiment aux allures staliniennes au bout d’une large esplanade, mêmes pigeons avides de miettes de pain. Il était simplement encore plus grand.

Jan ne m’a pas accompagné jusqu’aux portes cette fois.

— Da cameras partout ! m’a-t-il expliqué.

Il m’a pris dans ses bras avant de me quitter et m’a embrassé sur les deux joues en me souhaitant bon courage. Il avait les larmes aux yeux, ce qui n’était pas pour me rassurer. Il m’a encore laissé un numéro de téléphone griffonné sur un papier.

— Pour quand tu sortiras !

Le Strapontin (XX & XXI)

le 11 mars 2011. dans La une, Ecrits

Le Strapontin (XX & XXI)


XX - Une vie de cirque


La vie au cirque Drobolsky ne s’est pas avérée trop difficile. Rachel et moi avions élu domicile dans la roulotte de Zulnik et Bregovna. Jan, lui, s’était installé avec la grand-mère, dans une roulotte qui abritait aussi Mareva, la petite équilibriste. Tous les trois ou quatre jours, nous démontions le chapiteau pour aller l’installer quelques kilomètres plus loin, dans l’immense banlieue.

J’allais régulièrement avec Jan en fourgon chez un grossiste pour faire l’approvisionnement en vodka et bananes séchées. Rachel s’était parfaitement habituée à son rôle d’assistante de montreur d’ours et à sa tenue légère. Il faut dire toutefois que le chapiteau était équipé de deux gros chauffages soufflants qui tempéraient la piste et permettaient au public de ne pas geler sur place.


Le Strapontin (XIX)

le 04 mars 2011. dans La une, Ecrits

Le Strapontin (XIX)


XIX -

Le très grand cirque Drobolsky

Le très grand cirque Drobolsky était en fait tout petit. La ménagerie comptait en tout et pour tout un âne, un chameau aux bosses fatiguées, un grand cheval noir et un poney couleur feu, une paire de biquettes et l’ours brun qui allait être le partenaire de Jan. J’ai fait leur connaissance au matin dans la pénombre, lorsque, réveillé par les ronflements de Jan et Zulnik, j’ai quitté la roulotte sans faire de bruit pour faire un tour du campement. L’ours, dans sa cage, dormait encore. Les deux biquettes, elles, étaient déjà occupées à brouter de la paille, attachées à un piquet.


Le Strapontin (XVII & XVIII)

le 25 février 2011. dans La une, Ecrits

Le Strapontin (XVII & XVIII)

XVII - Préparatifs d’embarquement

Les pigeons nous ont suivis un moment, alors que nous nous dirigions vers le large escalier de marbre de l’entrée. Des portes tournantes défendaient l’édifice contre le froid et nous nous sommes retrouvés dans un hall grand comme une église et pratiquement désert. Seuls quelques fonctionnaires passaient, de ci de là, un dossier sous le bras. Jan nous a conduits jusqu’à un escalier de service étriqué et très raide qui prenait son départ tout au fond du hall, à main gauche, à côté d’une pile de caisses en bois qui attendaient la pesée près d’une antique bascule.

Les marches de bois poussiéreuses craquaient sous nos pas pendant que nous montions les six étages nous amenant jusqu’à un couloir obscur. Nous l’avons suivi jusqu’à l’entrée vitrée d’un petit bureau avec une sonnette, un paillasson et une pancarte nous invitant à nous essuyer les pieds avant d’entrer. Une autre pancarte au-dessus de la porte indiquait « bureau des faux papiers ». Les mains sur les hanches, nous avons repris notre souffle avant d’entrer.

Le Strapontin (XV & XVI)

le 18 février 2011. dans La une, Ecrits

Le Strapontin (XV & XVI)


XV - La base spatiale


Nous avons roulé pendant près de quatre heures. Progressivement, la rame s’est remplie de toute une population chamarrée, principalement des hommes et principalement des barbus avec de grands sacs à dos et des anoraks fourrés. Ça parlait haut. Ça parlait schmurz.

J’ai interrogé Rachel :

— Tu parles schmurz, toi ?

— Drobolsky !

Le Strapontin (XIII & XIV)

le 11 février 2011. dans La une, Ecrits

Le Strapontin (XIII & XIV)


XIII - La décision


Le lendemain matin, nous nous sommes réveillés dans les bras l’un de l’autre. Quand elle a retrouvé ses esprits, elle s’est éloignée de moi, l’air un peu gênée. Un groom est passé nous rapporter notre linge, que nous avions donné à laver la veille. Nous nous sommes habillés chacun dans un coin de la chambre et j’ai bien vu que, comme moi, elle me jetait des regards hésitants du coin de l’œil. Nous nous sommes retrouvés face à face, le grand lit défait entre nous, silencieux.

J’ai brisé ce silence un peu pesant.

— Alors, tu fais quoi maintenant ?

Le Strapontin (XI & XII)

le 04 février 2011. dans La une, Ecrits

Le Strapontin (XI & XII)


— Et si on allait manger dans un restaurant schmurtz ?

— Pourquoi pas.

Je n’avais jamais goûté à la cuisine schmurtz. Le quartier des femmes était bâti sur le même modèle que Les Vallées, la station des casinos. Partout des escalators et des lumières, et des femmes derrière des vitrines, à demi nues. Des hommes aussi. Rachel n’avait pas menti.

Nous nous sommes renseignés dans un sex-shop.

— Nous schmurtz. Nous vouloir manger schmurtz.

<<  1 2 3 [45  >>