Articles taggés avec: Gilles Josse

Le Strapontin (IX & X)

le 28 janvier 2011. dans La une, Ecrits

Le Strapontin (IX & X)


IX - Les Vallées, la nuit

Lorsque j’ai regagné le quai, j’ai remarqué que toutes les lumières étaient éteintes. J’ai avisé un interphone, bien en évidence au milieu d’un mur recouvert de faïence blanche et j’ai appuyé sur le bouton. J’ai bien reconnu la voix de l’accordéoniste qui m’a répondu :

— Poste de contrôle j’écoute…

— Y a-t-il moyen de prendre une rame ce soir ?

— Désolé Monsieur, la circulation est interrompue jusqu’à demain matin neuf heures.

— Ah bon !?

Le Strapontin (VII & VIII)

le 14 janvier 2011. dans La une, Ecrits

Le Strapontin (VII & VIII)

 

VII - La sieste

 

Calé sur mon strapontin, les jambes bien allongées devant moi, je me suis laissé bercer par le roulis de la rame et je n’ai pas tardé à m’assoupir, emporté par les effets de mon repas bien arrosé.

J’ai rêvé.

J’étais dans une cage d’acier de quatre mètres carrés, assis à une petite table devant une machine à écrire. La cage était suspendue par un long câble au plafond, éloignée d’un grand corridor où se trouvaient d’autres cages, toutes semblables, si bien que chacun de mes mouvements la faisait osciller. J’entendais des gémissements d’acier et les claquements d’autres machines à écrire.

Le Strapontin (V & VI)

le 07 janvier 2011. dans La une, Ecrits

Le Strapontin (V & VI)


V - Midi tapante


J’ai dû passer une quinzaine de stations à rêvasser d’une nouvelle vie dans les étoiles, sur une planète inconnue. J’avais retrouvé mon strapontin. Par acquis de conscience, j’ai vérifié que j’avais bien pris avec moi ma carte de crédit universelle. Je me suis rappelé le montant de mes économies. Quinze années de travail en vue d’acquérir à l’âge de la retraite un logement avec un jardinet dans une banlieue. Est-ce que ça valait vraiment la peine de tout envoyer promener pour quelques jours, voire quelques heures seulement, de bureau buissonnier, un bonheur qui se révèlerait peut-être à tout prendre aussi fugace qu’artificiel ?

Le Strapontin (IV)

le 24 décembre 2010. dans La une, Ecrits

Le Strapontin (IV)


IV - Les hommes en gris


Les stations désertes se sont succédées jusqu’à un quai bondé, cette fois. Des hommes en gris se pressaient en foule, avec leur cravate et leur petite serviette de cuir, silencieux comme des moines. Il en est monté jusqu’à plus soif dans mon wagon et dans les autres aussi. J’ai dû me lever de mon strapontin.

L’atmosphère s’est chargée d’un bouquet d’eaux de toilette coûteuses. Certains des hommes en gris, assis sur les sièges, ont sorti de petits ordinateurs portables et se sont mis à pianoter, l’air très concentré, d’autres à consulter des papiers et d’autres encore à envoyer des messages avec des téléphones. Les derniers, debout, droits comme des I, regardaient les stations défiler à travers les vitres, le regard bien à l’horizontale, comme quand on regarde vers les collines.

Le Strapontin (Chap. 1, 2 et 3)

le 17 décembre 2010. dans La une, Ecrits

Le Strapontin (Chap. 1, 2 et 3)


I - La ligne X

J’allais au travail, métro, bureau, casse-croûte, bureau, métro et puis enfin dodo. Tous les jours. Ma ligne, c’était la ligne A. Parfois il pleuvait et parfois c’était la chaleur insupportable sous la tôle, cul contre cul, la main accrochée à une barre poisseuse.

Mais l’autre jour, j’ai pris la ligne X et je ne sais pas vraiment pourquoi. Mal payé ou mal réveillé peut-être. C’était jour de grève et le quai de la ligne A était bondé. J’ai cherché un endroit où il y aurait un peu moins de monde et j’ai remonté le quai jusqu’à cet élévator que je ne connaissais pas, tout au bout. Ça tournait en ronflant doucement.

Monsieur 33 (première page)

le 10 novembre 2010. dans La une, Ecrits

Monsieur 33 (première page)

« Reflets du Temps » a le plaisir d’annoncer à ses lecteurs la prochaine parution (janvier 2011) du livre de Gilles JOSSE « Monsieur 33 » aux éditions Romy LOPSS

http://www.editions-romy-lopss.com/index.php

Gilles Josse nous offre une première « fenêtre » sur son roman !

 

I - le réveil

 

C’est drôle, j’ai l’impression d’avoir une grosse escalope sur chaque œil. Je n’ai pourtant pas le souvenir de m’être battu. D’ailleurs, ce sont mes paupières elles-mêmes qui sont aussi lourdes et molles que des escalopes.

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