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Le chemin de croix du candidat Fillon

Ecrit par Gilles Legroux le 04 février 2017. dans France, La une, Politique, Actualité

Le chemin de croix du candidat Fillon

Décidément, cette campagne présidentielle ne ressemble à aucune autre ! Depuis novembre, elle n’a cessé de nous réserver son lot de surprises, par la victoire aux primaires de la droite et de la gauche de deux candidats que l’on n’attendait pas, et auparavant, en décembre, par l’allocution du Président de la République annonçant qu’il renonçait à briguer un nouveau mandat. Et voici que le « penelopegate » déclenché par l’article du Canard enchaîné du 25 janvier 2017 rebat à nouveau les cartes ! Voici que le navire de la droite dont l’amiral Fillon tenait solidement la barre, convaincu de l’amener à bon port sur une mer tranquille, voici que, d’un simple coup de bec dans sa coque, le navire, pris dans la tempête politico-médiatique, prend l’eau, se met à tanguer et devient tout à coup incontrôlable. Je vais analyser ci-dessous pourquoi cette affaire choque des millions de français et quelles peuvent en être les conséquences sur la campagne du candidat Fillon, et donc le destin de la France pour les années à venir.

Les faits étant connus de tous, il est inutile de les rappeler. Nous concédons à Madame Fillon le droit à la présomption d’innocence et écartons d’emblée l’hypothèse du délit d’emploi fictif, car c’est à la justice de le dire. Le fait d’employer un membre de sa famille comme assistant(e) parlementaire n’est pas illégal, mais heurte les millions de français à la recherche d’un emploi ou ceux, plus nombreux, qui ont un proche confronté à la réalité du chômage de masse. L’importance des rémunérations révulse quand on sait que beaucoup doivent se contenter de salaires payés au smic ou, pire encore, sont contraints d’accepter des contrats précaires et à temps partiel. La situation de Mme Fillon est perçue comme un privilège, une prébende. Dans un pays qui a fait la Révolution pour les abolir et qui a la passion de l’égalité, à défaut d’être égalitaire, l’effet est désastreux pour le candidat Fillon. Celui-ci crie à la calomnie (pourquoi alors, ne porte-t-il plainte contre le Canard enchaîné pour défendre son honneur ?). Peut-être est-il sincère et pense-t-il que les rémunérations perçues par sa tendre et chère épouse sont « normales ». Cette ligne de défense est dévastatrice – pour lui et pour la démocratie, ce qui est plus grave – car elle contribue à diffuser l’idée qu’à emploi et compétences équivalents, il y aurait des rémunérations « normales » pour « ceux d’en haut » et d’autres, beaucoup plus faibles, dont « ceux d’en bas » devraient juste pouvoir et devoir se contenter…

Le penelopegate aura des conséquences inévitables, mais dont il est impossible de prévoir l’ampleur sur la campagne électorale et par conséquent sur le destin du pays. M. Fillon a construit son succès lors des primaires de novembre en se forgeant, par un travail opiniâtre, une image de candidat de l’ordre moral. J’entends par là, outre les valeurs familiales traditionnelles, la défense des vertus du travail, de l’effort, du sacrifice, de l’économie. C’est cette image qui lui a permis de fédérer les diverses familles qui composent la droite française et de l’emporter sur ses concurrents*. Un seul article de presse aura suffi à détruire cette image patiemment construite : l’homme des valeurs apparaît tout à coup comme ce qu’il est, un châtelain de la Sarthe… Les ténors de la « Fillonie » tentent tant bien que mal, et plutôt maladroitement, d’éteindre l’incendie. En rappelant que la pratique dénoncée est courante, aussi bien chez les parlementaires de droite que de gauche. Mais les fautes morales des uns n’absolvent pas celles des autres, surtout lorsqu’on s’est présenté comme une sorte de « Monsieur Propre »… ! Quel impact cette affaire aura-t-elle sur les électeurs qui soutenaient le candidat Fillon ? Il est trop tôt pour le dire. Celle-ci, pour de nombreux électeurs de droite, s’apparente à une « crise de foi »… Sans doute « ceux qui ont la foi du charbonnier » continueront à soutenir leur champion. D’autres, chez qui le doute s’est insinué, seront indulgents envers « ce pauvre pêcheur » ; d’autres encore – combien ? – cesseront de fréquenter la « chapelle » pour aller voir ailleurs…

« Les vieux de la vieille » des primaires de la gauche

Ecrit par Gilles Legroux le 21 janvier 2017. dans La une, Politique, Humour

« Les vieux de la vieille » des primaires de la gauche

Parce qu’il y a des moments où rire un peu est une soupape – démocratique ! Allez-donc chercher de tels textes dans des régimes autoritaires ! Le rire comme étant le propre du citoyen, donc…

La rédaction

 

Ah, mais, moi, de toute façon, c’est décidé ! Aux primaires de la gauche de janvier, j’vote Guy Mollet. J’ai pas peur de l’dire ! Depuis le début, je vote SFIO et je vot’rai SFIO jusqu’au bout ! Avec Suzanne, on s’engueule à cause de ça. Elle, elle va voter Defferre. J’sais pas c’qu’elle lui trouve au Gaston. Enfin, tout ça, c’est les femmes… Faut pas trop chercher à comprendre… Hein ?? Non, non, on n’est pas atteints d’la maladie d’Alzheimer. Dieu merci ! C’est une sale maladie, ce truc là… Mon copain Robert, il l’a. Souvent avec Suzanne, on va le visiter l’après-midi. Bon Dieu qu’c’est triste. Il est là dans son lit comme un mort. Et puis, hop, y a des moments qu’y se lève, il enlève sa couverture et il se met à crier à tue-tête : « Françoise – Françoise, c’est sa femme – regonfle les pneus du tandem, j’t’emmène voir la mer !! ». Y se croit revenu à l’été 36. Nous, ça nous fait de la peine… Bon, des fois, on peut pas s’empêcher de rigoler… Pas pour se moquer, hein ! C’est nerveux…

Pour revenir aux primaires, le maire nous a dit qu’y aurait un bureau dans le bourg. J’demande à voir… Quand il était jeune, il était coco, et puis une fois d’venu maire, il a retourné sa veste. Tout le monde sait bien qu’il roule pour Lecanuet, même s’il le dit pas. Faut pas nous prendre pour des imbéciles… On a quelques heures de vol au compteur, quand même ! Enfin, tout ça, c’est pour faire son devoir de citoyen. Parce qu’à nos âges… Ah… ! C’est triste de vieillir… Oui, c’est triste… Enfin, j’me plains pas, parce que à l’âge que j’ai, j’ai toute ma tête !

De Gaulle et Fillon : l’original et la pâle copie

Ecrit par Gilles Legroux le 14 janvier 2017. dans France, La une, Politique

De Gaulle et Fillon : l’original et la pâle copie

Pendant les vacances de la Toussaint 2015, moment de l’année propice au recueillement et au devoir de mémoire, j’ai visité le musée de Péronne, puis Douaumont, pour enfin redescendre sur Colombey-les-Deux-Eglises. C’est dans ce petit village de la Haute-Marne que le général de Gaulle, en 1934, a élu domicile pour y vivre, y écrire et y mourir. Et c’est dans le minuscule cimetière jouxtant l’église qu’il repose avec son épouse et sa fille. Sa demeure, La Boisserie, est une maison cossue, mais sans luxe ostentatoire. Il semble que le Général de Gaulle n’avait pas encore été gagné par la passion immodérée de nombre de nos hommes politiques contemporains pour la « vie de château » et la restauration des vieilles pierres. Le parc arboré est vaste et paisible. Ici, la petite Anne pourrait y vivre à son aise sa différence…

Nous eûmes de la chance avec ma compagne. Le temps était idéal. Un ciel gris de nuages filant lentement vers l’est, une pluie fine et têtue nimbait de brume ce morceau de France recru d’invasions et de guerres. Un paysage gaullien en somme. Oui. Un temps idéal ! Car il y a deux catégories de français qui ne comprendront jamais rien au gaullisme, ceux qui refusent de vibrer à l’écoute de l’Appel du 18 juin ; ceux qui regardent sans émotion la croix de Lorraine en plein été ! (Pardon Marc Bloch, pour ce détournement…).

Garé sur la place « Radio-Londres », la visite commença par le cimetière tout proche. Devant la tombe, il y avait un couple de retraités qui se recueillait. La femme, qui avait adopté une tête de circonstance – une tête d’enterrement –, soupira, le désespoir dans la voix : « Mon dieu, si le Général voyait ce que la France est devenue… Pauvre France… ! ». Où est cette brave dame aujourd’hui ? A-t-elle voté aux primaires de novembre dernier ? A-t-elle placé son dernier espoir de française en François Fillon que la Providence nous envoie pour sauver notre « pauvre France » ? Serait-il possible que… M. Fillon qui se rattache au gaullisme social, certes mâtiné de séguinisme dans les années 1990 et après une parenthèse sarkozyste dans les années 2000, soit celui qui arrêtera la course folle de la France vers l’abîme ? Dans cette perspective, il nous a semblé utile de comparer les deux personnages. Comparaison n’étant pas raison, je mesure ce qu’il y a d’intellectuellement contestable à mettre ainsi en parallèle deux personnages dont l’un est entré dans l’histoire alors que l’autre aspire à y laisser une trace ; quand l’un a vécu une époque tragique en toile de fond de sa destinée exceptionnelle, alors que l’autre doit se contenter d’une crise lancinante et qui n’en finit plus de nous faire changer de monde. Ainsi, ce qui va suivre est à mi-chemin entre le jeu des 7 erreurs et ce que l’on peut appeler une analyse historique.

François Fillon et l’Histoire

Ecrit par Gilles Legroux le 03 décembre 2016. dans La une, Education, Actualité, Société

François Fillon et l’Histoire

Les contre-vérités proférées par M. Fillon sur les programmes d’histoire et les attaques frontales contre son enseignement suscitent dans la communauté des professeurs d’histoire-géographie de vives réactions. D’autant plus qu’elles ont été clairement exprimées devant des millions de téléspectateurs. Nous sommes nombreux à considérer cela comme des propos offensants qui dénaturent ce qu’est notre métier. Cet aspect constitue la face « culturelle » du programme d’essence réactionnaire de M. Fillon. Le programme économique et social est l’autre face d’un projet politique qui a somme toute une cohérence idéologique forte.

Parcourons les mesures-phares, dont chacun d’entre nous est libre de penser ce qu’il veut : abolition des 35 heures, abolition de l’ISF, hausse de la TVA de 2 points, baisse massive du nombre de fonctionnaires, réduction du droit des chômeurs, simplification du droit du travail, recul de l’âge de la retraite à 65 ans etc… Tout homme politique qui vise les sommets de l’Etat est animé d’un puissant imaginaire. M. Fillon se voit sans doute déjà en nouveau Reagan ou en fils spirituel de Margaret Thatcher, version 2016. Mais M. Fillon n’étant ni américain, ni britannique, son imaginaire a bien dû puiser quelque chose dans notre bonne vieille terre de France. D’autant que dans notre pays, avec l’empreinte du gaullisme, le libéralisme économique « à l’anglo-saxonne » n’a jamais été un courant de pensée dominant à droite. Mes réflexes professionnels et mon (mauvais) esprit historien me poussant à mettre les choses en perspective, je me suis posé la question suivante : qu’y a-t-il derrière le libéralisme « moderne et adapté aux réalités de la mondialisation » de M. Fillon ? Autrement dit, j’ai essayé de voir quelles peuvent être les valeurs culturelles des droites françaises qui constituent le socle de ce programme ?

D’abord l’expression d’un remords qui taraude une bonne partie de la droite depuis l’élection de Jacques Chirac en 1995 puis 2002 : celle de pas avoir « su faire les réformes nécessaires » et surtout de ne pas avoir été capable de crever l’abcès des 35 heures. Dans l’esprit de nombreux électeurs de droite, peut-être, seul un vrai chef ayant le sens de l’Etat, celui de l’Histoire, l’autorité et le courage nécessaires, peut conduire le navire dans la tempête jusqu’au port du « Renouveau » et résister aux lames puissantes de la contestation sociale que ne manquerait pas de déclencher l’application d’un tel programme… C’est l’image que F. Fillon cherche à donner de lui-même. Il y a là de quoi séduire un électorat à la recherche d’un « homme providentiel » et orphelin du lointain (?) général de Gaulle.