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Igdi, les voies du temps, Idoumou Mohamed Lemine Abass

Ecrit par Intagrist El Ansari le 15 août 2015. dans La une, Littérature

Ed. Langlois Cécile (Paris), avril 2015, 168 Pages, 14 €

Igdi, les voies du temps, Idoumou Mohamed Lemine Abass

Idoumou Mohamed Lemine Abass, professeur de littérature à l’université de Nouakchott signe Igdi, les voies du temps, un roman qui décrit, avec force et nostalgie, le déclin d’un ordre ancien enraciné sous les assauts d’un ordre nouveau qui ne prend pas racine, le tout à travers le regard et les émotions de gens simples.

Igdi, les voies du temps, n’est pas que l’histoire banale d’un drame familial. En effet, en partant d’une tragédie humaine et familiale, l’auteur raconte avec beaucoup d’intelligence et de talent les péripéties d’un monde nomade mauritanien en voie d’extinction. Il fait la lumière sur des traditions séculaires malmenées par les temps modernes.

Déclin d’un monde ancien

Dès les premières pages, Idoumou dresse le tableau. Des règles nouvelles qui supplantent celles qui ont prévalu des siècles durant ; la voix des jeunes qui exclut celle des anciens ; des constructions nouvelles remplacent les vieux édifices ; le mauvais devient enviable face au bon ; le bon sens qui se perd ; l’art de la dissimulation et de la sournoiserie comme religion bien pensante ; etc. En somme c’est l’inversion de toute chose dans cette société menacée par une modernisation rampante. C’est là le sens de la réflexion que l’auteur propose avec son livre, au delà du conte lui même.

C’est dans cette confusion générale que Da Ahmane, principal personnage du roman, héritier de la chefferie tribale, se voit déposséder de sa souveraineté au sein de sa tribu. Il cède le rôle à son demi-frère, qui, lui, défend cette modernité. Leur relation est faite d’animosité depuis le décès de leur père. Da Ahmane se retrouve à errer, bien qu’investi d’une mission pour la restauration de son honneur de père de famille, dans une capitale du pays, décadente par essence et perverse. Bir Lekhcheb, l’anomalie architecturale, jaillit du sable, au grand regret des seigneurs sahariens habitués du grand espace et des règles de vie qui en régulent l’existence des nomades qui habitent dans le désert, dans la courtoisie et dans le respect de l’héritage ancestral. La nouvelle capitale est donc la concentration de tous les vices et de toutes les choses malsaines. En conséquence, sa destruction annoncée sera inévitablement un tumulte, un tsunami dont pratiquement plus personne ne reviendrait…

L’histoire de Da Ahmane Ould Ag Bahim, cet homme intègre et bienveillant mais ébranlé, est parfaitement emblématique de l’action du temps qui marche sur l’ordre ancien pour construire sur ses débris un monde nouveau qui, inéluctablement, implosera à son tour et de l’intérieur. Un monde parfois fait de désolation. Un monde qui ne tient pas compte des valeurs sûres du passé, qu’il asphyxie et qu’il lamine progressivement.