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L’Ecume des jours, film de Michel Gondry

Ecrit par Jean Le Mosellan le 18 mai 2013. dans La une, Cinéma

L’Ecume des jours, film de Michel Gondry

Boris Vian fait vendre, on le sait. L’écume des jours dit toujours quelque chose aux jeunes, quoique la jeunesse contemporaine de sa parution, largement contaminée par l’existentialisme, ne l’ait pas apprécié. Mais Boris Vian finit par s’imposer et triompher d’édition en édition, la dernière avec notes préparatoires et croquis, à l’occasion du tournage du film éponyme par Michel Gondry, affichant un prix ahurissant, en cuvée spéciale c’est vrai, à 139 €  l’exemplaire !

Prix en harmonie avec le budget colossal du film : 20.000.000 € ! Parfaitement justifié du reste avec un carré de stars dans la distribution : Romain Duris dans le rôle principal (Colin, assez riche pour vivre sans travailler), Audrey Tautou, (Chloé, sa dulcinée, dont le destin tragique est d’aimer puis de mourir rapidement à cause de l’éclosion dans ses poumons d’un nénuphar, métaphore poétique d’une tuberculose, fréquente dans l’après-guerre), Gad Elmaleh (Chick, l’ami intime de Colin qui ne jure que par Jean Sol Partre, célèbre maître à penser de l’époque, mais polluant gravement sa vie sentimentale), Omar Sy (le cuisinier à tout faire, de Colin). A côté de cette constellation, on remarque la présence d’Alain Chabat, en gourou culinaire, dont l’aura populaire était censée autoriser un ratissage large en matière d’audience. Néanmoins, pour être tout à fait sûr du retour sur investissement, c’est le producteur, Luc Bossi, qui s’est chargé lui-même du scénario, au nom du principe qu’on n’est jamais aussi bien servi que par soi-même. Mais cette intention hasardeuse débouche dans le Do it yourself des magasins de bricolage.

L’intérêt dramatique, supposé né de la croissance du nénuphar, est rapidement enterré dans l’accumulation des effets spéciaux, présentés sous forme de clips ininterrompus, rompant, à tout va, le fil de la narration, en guise d’actes superbement gratuits (réminiscence de l’enseignement de Jean Sol Partre, mêlée à des prouesses à la Tex Avery, voire à la Richard Fleischer du film Soleil vert, dont les camions-poubelles ramassent les manifestants comme des détritus, une fois morts).

Effets secondaires, film de Steven Soderbergh

Ecrit par Jean Le Mosellan le 27 avril 2013. dans Auteurs, Cinéma

Effets secondaires, film de Steven Soderbergh

En médecine l’expression effets secondaires désigne par euphémisme des effets indésirables, parfois incontrôlables, allant de l’inconfort au décès, comme on en a vu rapporter de nombreux cas ces temps-ci par les journaux, mettant en cause l’autorisation de mise sur le marché de certaines molécules par l’industrie pharmaceutique. Les procès intentés par les victimes deviennent inquiétants par leur nombre. Le terme side effects, titre original, utilisé en pays anglophones, quoique pas moins effrayant en soi, ne prétend pas que ces effets soient ipso facto, en impact mesurable, secondaires, leur reconnaissant peut-être dans cet usage une dimension parfois majeure, supérieure aux effets thérapeutiques escomptés, ravalés pour l’occasion au statut d’effets secondaires.

Quand on va voir le film de Soderbergh, on s’attend à assister un thriller fonctionnant sur ce thème. Eh bien, pendant la moitié du film, sinon les trois quarts, c’est bien le cas, avec les victimes désignées, des psychiatres dépassés, et un laboratoire pharmaceutique en action. Dans le quart restant, la fiction prend une autre direction. En fait, rétrospectivement, tout le film est dans cette direction, dès le début. Le spectateur s’en rend bien compte, plus ou moins vite, comme dans The Informant, autre film de Soderbergh, que les apparences sont trompeuses.

Visage vive

Ecrit par Jean Le Mosellan le 15 septembre 2012. dans La une, Culture, Littérature

Matthieu Gosztola, Gros Textes, 2011, 7 €

Visage vive

Quand les mots s’affolent, quand ils épuisent leur sens et se mettent à nu, ils ne peuvent plus servir qu’à dire l’indicible, tout ce qui appartient, en l’occurrence, aux choses essentielles comme l’amour. On quitte le domaine traditionnel, et l’on tombe dans le monde de l’instable ou de l’inattendu, le monde musical, par exemple, où le sens des notes n’est défini que par l’usage qu’on en fait. A moins que visage ne signifie douleur, comme dans Mater Dolorosa, on s’interroge sur la juxtaposition ahurissante, dissonante pour ainsi dire, de ces mots Visage vive, servant de titre au recueil de poèmes de Matthieu Gosztola.

Mais visage a pris un autre sens, un sens caché, il s’habille de douleur et devient féminin. « On est près de la douleur qui blesse/Vive/ Visage vive ». Visage est douleur.

Ce recueil parle de la mort d’un enfant, dans un vrai « affolement des mots des mots très caractériels ». Dans le souvenir « tout est déjà dans le visage. Il est ce qui fait toute une histoire ». Et le poète s’adresse très tendrement à l’enfant défunt : « Tu as la nuit dans les yeux/ Plus que ce que tu pourrais/ Imaginer/ Le visage est notre folie ».

Question de tenue

Ecrit par Jean Le Mosellan le 23 juin 2012. dans France, La une, Politique

Question de tenue

La défaite électorale est souvent le moment mal choisi par certaines personnalités politiques pour se montrer sous leur véritable ego, l’occasion de se présenter telles qu’elles sont. On a pu le constater sur les plateaux de télévision au soir du deuxième tour des élections législatives. Quelle comparaison a-t-on pu tirer entre les déclarations de François Bayrou, dignes et mesurées dans la défaite, ou même celles de Claude Guéant acceptant l’alternance, et les tirades échevelées sur le thème de la trahison de Ségolène Royal, interrogée en direct de La Rochelle ? Les premiers se disaient victimes des urnes, la seconde victime d’une machination faite d’indiscipline dans son camp, et de la volonté haineuse de la droite pour l’éliminer. Laurent Fabius et Martine Aubry sur La 2 n’étaient pas très à l’aise. D’autant que les électeurs ont choisi Olivier Falorni, candidat du cru, se réclamant avec insistance de la majorité présidentielle.

Olivier Falorni, premier secrétaire fédéral du PS jusqu’à l’affaire, était un des hommes de l’Université d’été du PS à La Rochelle durant des années. Il était suppléant dans sa circonscription de Patricia Friou, candidate désignée. Au lieu d’être confirmée, Patricia Friou s’est vue, par décision du Secrétariat national du PS aux élections, supplanter par Ségolène Royal parachutée dans cette circonscription bien plus sûre que les Deux-Sèvres, où l’on se souvient encore de ses démêlés aux Prudhommes contre deux de ses collaboratrices, procès qu’elle a traîné en vain jusqu’en Cassation.

La symbolique du 8 mai

Ecrit par Jean Le Mosellan le 12 mai 2012. dans France, La une, Politique

La symbolique du 8 mai

Bien des signaux se cachent derrière la belle image de réconciliation entre les deux Présidents, lors de la cérémonie du 8 Mai à l’Arc de Triomphe. Leur parade amicale, après de durs combats, avait de quoi susciter le désarroi d’un grand nombre de militants, au delà des délices des cameramen dans un déluge de cadrages et de gros plans, parade presque main dans la main de deux adversaires déterminés et implacables 48 heures avant, décidés à se rendre coup pour coup durant la campagne présidentielle, et notamment dans l’enclos du duel télévisé.

Les journaux et les télévisions, persuadés de vivre un temps fort de la République, ont applaudi avec enthousiasme. Ils n’ont de cesse de souligner la continuité de l’Etat, et n’ont soufflé mot sur l’effet de remake d’une autre scène historique, celle jouée par François Mitterrand et Helmut Kohl, scellant à Verdun la réconciliation franco-allemande. Ceux-là ont posé, main dans la main, pour l’Histoire.

La même intention est perceptible chez Nicolas Sarkozy et François Hollande, qui se sont recueillis ensemble, côte à côte, devant le tombeau du Soldat Inconnu, en ce jour de commémoration de la victoire sur le nazisme, archétype caricatural du totalitarisme. Ce faisant, ils auront calmé les esprits dans leur camp respectif, et désigné l’adversaire redoutable qu’ils auront tous deux à combattre lors des Législatives, avec les centaines triangulaires promises par le Front National, boosté par son score obtenu à la Présidentielle.

Sur la piste du Marsupilami, film d'Alain Chabat

Ecrit par Jean Le Mosellan le 06 avril 2012. dans La une, Cinéma

Sur la piste du Marsupilami, film d'Alain Chabat


En net progrès par rapport à ses réalisations désopilantes antérieures, comme Astérix et Obélix : mission Cléopâtre, Alain Chabat a réussi un film emblématique de notre époque, rempli de connivences culturelles, en direction d’un large public, bien moins que pour Tintin cependant, de 6 à 66 ans, représenté par notre salle d’en avant première à Amnéville (Moselle), gloussant à la moindre astuce ou aux calembours plus ou moins bien ficelés, culture de bandes dessinées, et culture télévisuelle n’étant pas superflues pour ne rien laisser passer.

Cela se déroule comme une farce plutôt que comédie musicale, farce à la gauloise sinon à la belge, puisque c’est une coproduction franco-belge. Côté farce, c’est le maximum autorisé pour ne pas déboussoler un public a priori acquis d’avance. Personne n’a quitté la salle, et beaucoup sont restés au générique de la fin, pour voir défiler les acteurs comme dans un bis de concert et apercevoir en prime Céline Dion, dont la musique à tout casser de I’m alive a été utilisée dans un show inénarrable mené par Lambert Wilson, dans le rôle d’un général sud-américain, se disant dictateur de père en fils, et déguisé en Céline Dion.

L'éthique mémorielle

Ecrit par Jean Le Mosellan le 27 janvier 2012. dans La une, Société

L'éthique mémorielle

S’il existe un domaine où s’exprime avec force l’éthique mémorielle, dont on doit reconnaître l’émergence depuis la deuxième guerre mondiale, c’est dans les lois où elle fixe des limites à la liberté d’expression, plus précisément dans la Loi Gayssot, surnommée par les négationnistes Loi Fabius-Gayssot, afin de la présenter comme un résultat de complot judéo-socialo-communiste.

De nos jours, on ne peut plus parler du délit d’opinion, comme si rien ne s’était produit, ou comme si on voulait s’en tenir simplement à la loi de 1881 sur la liberté de la presse, appareil répressif qui a fait son temps, et regarder la Loi Gayssot comme une atteinte infâme à la liberté d’expression. En réalité, ses adversaires les plus virulents voudraient maintenir leur liberté d’oppression, en se donnant, dans un premier temps, la liberté de falsification.

« Fabius est un juif, il est socialiste, mais extrêmement riche » explique le négationniste Robert Faurisson en falsifiant, en préambule de sa critique, ce fait historique que constitue la Loi Gayssot elle-même.

Le Pen, ayant plus d’autorité que lui, dit simplement qu’elle fait partie des lois scélérates, celles qui répriment le racisme et l’antisémitisme, en s’appropriant tout de même en passant l’expression qui désignait sous la IIIe République les lois sur les anarchistes.

L'étincelle de Tahar Ben Jelloun

Ecrit par Jean Le Mosellan le 13 janvier 2012. dans La une, Politique, Littérature

L'étincelle de Tahar Ben Jelloun

 

Les soulèvements populaires dans les pays arabes contre les dictatures ont donné lieu à de nombreuses analyses, parmi lesquelles il nous a paru instructif de nous intéresser à celle de Tahar Ben Jelloun, qui nous en donne une belle perception d’écrivain.

Le sous-titre Révoltes dans les pays arabes nous ramène à une dimension assez objective de la réalité, alors que les excès abondent chez nos politologues avec l’inflation du mot Révolution puis celui de Renaissance, comme une manière de tempérer l’ardeur initiale. Révolution et Renaissance au singulier comme au pluriel.

Toutefois Tahar Ben Jelloun admet que : Si aujourd’hui ces révoltes peuvent être qualifiées de « révolutions » c’est parce qu’elles sont d’abord et avant tout portées par des revendications d’ordre éthique et moral.

Dans le monde arabe tout a été fait pour que l’émergence de l’individu en tant qu’entité singulière et unique soit empêchée. On n’y reconnaît que le clan, la tribu, la famille. Situation que nous rencontrons dans ses œuvres, notamment L’Enfant de sable.

La Grande Région au théâtre

Ecrit par Jean Le Mosellan le 09 décembre 2011. dans La une, Culture, Théâtre

La Grande Région au théâtre

 

J’étais depuis un moment surpris que France 3 Nancy traite dans son journal de la Sarre, comme si la Lorraine préparait en catimini les esprits à son annexion. L’intention de France 3 paraît plus désintéressée, quoique ambitieuse, après la représentation théâtrale donnée mardi dernier à Metz par les Théâtres Universitaires de la Grande Région dans l’Espace Bernard Marie Koltès. Nom prestigieux s’il en est du théâtre contemporain, en outre enfant de Metz. En vérité la Grande Région n’est pas une idée très nouvelle, puisque son territoire c’est un peu celui de la Lotharingie ou de l’Austrasie, dont Metz était la capitale. La pièce avait comme titre A table ! Titre évocateur qui suggérait que la représentation serait festive.

En fait elle l’était, dans un heureux crescendo, grâce à la réalisation d’une œuvre en 4 actes, chacun par une troupe différente. Œuvre dont le thème imposé, à la manière de la figure imposée en patinage artistique, était une grande table au milieu de la scène. A part la consigne de se mettre à table ou autour d’une table, les modules ont été conçus librement pour un spectacle de 80 minutes au total.

Des Protocoles de Sion au cavalier sans monture

Ecrit par Jean Le Mosellan le 18 novembre 2011. dans Racisme, xénophobie, La une, Histoire

Des Protocoles de Sion au cavalier sans monture


Si vous étiez au Moyen-Orient, au cours du mois de Ramadan, 2001 et 2002, vous auriez pu voir à la télévision un feuilleton sensé passionner les foules « Le Cavalier sans monture », tourné par la télévision égyptienne en 41 épisodes, dont la trame de l’intrigue exploite les Protocoles des sages de Sion, connus sous le IIIe Reich à travers les publications du journal du parti nazi Wölkisher Beobacter, sous le titre de Die Protokolle der Wiesen von Zion, complété de la mention und die jüdische Weltpolitik (et de la politique mondiale juive).

De la première édition, 1905, en Russie tsariste moribonde, aux dernières éditions florissantes du Moyen Orient*, les Protocoles font un tabac éditorial, servant de référence tout à la fois aux manuels politiques, voire scolaires anti israéliens, et de source d’inspiration aux productions culturelles, notamment à la télévision.

Il s’agit pourtant d’un faux grossier, qui n’a pu se répandre qu’à la faveur d’une véritable idolâtrie du mensonge. Encore qu’elle ait été définitivement démasquée dans les suites de la chute du mur de Berlin. N’empêche que les Protocoles continuent leur progression éditoriale dans les pays du Croissant fertile et au-delà, Iran, Pakistan jusqu’en Malaisie.

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