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Requiem (8 & fin))

Ecrit par Jean-François Chénin le 30 septembre 2011. dans La une, Ecrits

Requiem (8 & fin))


Donne-moi une vie, un abri, même provisoire, qui serait ma naissance et ma fin, ordonne ton plaisir à mon regard droit, ne dit rien, mais crie dans les cris de la nuit, ne bouge pas mais vole en éclat dans les éclats du ciel, disperse-toi et rassemble-moi, ordonne ma vie à la tienne – en sursaut, en détour – ne cache rien de ce que tu sais, de tout ce qui vient de toi, de bon et de mauvais et ne dis rien quand il faut seulement pleurer. Les talus ont repris leur forme d’autrefois mais ils ne sont plus les mêmes. Laisse-moi prendre tes mains et les poser sur mon visage en larmes chaudes devant le corps gisant de nos années disparues. Il en reste un coin de soleil au-delà des murs, des herbes rehaussées à perte de vue, une ligne traçante en bout d’horizon. Ordonne-moi à ta vie, dans l’à-pic de nos peurs à nous démettre l’un de l’autre. Ne dis rien mais crie à perdre le sens du cri, ne te rétracte pas, dilate-toi, mets en péril cette main qui pointe en toi, jusqu’à mon rêve de voyage que j’entreprends dans le couchant des allées croisées de Winwood. Partage-moi, donne-nous à regretter et si nous manquons à nos allégeances, fais en sorte de les abriter encore à cœur obligeant. Donne-moi une vie, un abri, même provisoire.


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Requiem (7)

Ecrit par Jean-François Chénin le 23 septembre 2011. dans La une, Ecrits

Requiem (7)

Les suites avancées du silence, ce silence qui l’emporte, qui lui donne souffle, en revenant sur son assentiment à renoncer à la logique grammairienne, qui l’entraîne à dire plus fort, quand le nœud du silence et des mots devient inextricable – ENTRE LES LETTRES – entre les blancs qui lui donnent raison de taire, de souder entre eux les sentiments et leurs attaches, leur fièvre. Je suis tombé, martelé et ivre, grandi sous la lumière de ces blancs instantanés. Je suis tombé, j’éructe abruptement à l’à-pic des mots qui ne disent pas, qui ne se prononcent pas tant ils portent en eux le poids de toutes ces années silencieuses, qui n’affleuraient pas, qui ne sortaient pas. Je tombe à la renverse des mots, de ces traces de phrases accumulées mais qui n’étaient pas écrites, qui ne pouvaient être écrites, je plie sur mon ventre qui déborde du silence d’entre les mots – les suites sont ainsi, closes et inachevées, fermées et infranchies, dégorgées par tous les bouts qu’on les prenne. Mais il lui manque le souffle, l’espace nécessaire pour passer, même se faufiler, même s’immiscer jusqu’à devenir la paroi qui l’empêcherait d’avancer ou d’organiser le monde à sa main, je veux dire les suites de ce Requiem, un chant qui serait impossible ou inacceptable, incompréhensible. De quoi dépend un point de vue ? Qui dira le comment taire ?

Requiem (6)

Ecrit par Jean-François Chénin le 09 septembre 2011. dans La une, Ecrits

Requiem (6)

A contre-courant des sentiments distendus, pour ne faire qu’un, à contre-courant sur le fil de l’eau coupée en deux, à la croisée de tous les rêves ;

A contre-courant des fausses certitudes qui embarrassent le cœur, de l’idée fixe, du martel en tête, de cette pointe de doute fichée en travers de la pensée ;

A contre-courant, dans le flot du feu qui ronge, dans le flux des sentiments détournés, mais rien, mais qui mouraient, à contre-courant du ressentiment, en part doublée ;

A contre-courant des rencontres attendues au carrefour des rues encombrées, à rebours de la foule et il n’est jamais assez tard pour attendre encore, chercher en vain sa revanche ;

A contre-courant sur le point tranchant des sensations si le ciel fait merveille dans son incendie ébranlé jusqu’à la stupeur ;

A contre-courant des revers du cœur qui s’effile dans le corps, sous la peau, à toutes les terminaisons sensibles, qui feint de se calmer, qui double ses nœuds, libère ses pointes acides, qui regarderait ainsi, qui se déterminerait à rendre les armes, blessé ;

Requiem (5)

Ecrit par Jean-François Chénin le 02 septembre 2011. dans La une, Ecrits

Requiem (5)

 

Précision

Délaisser le chant de l’alouette, lui préférer l’immobilité d’Uzès. Il y a des silences qui tombent d’un coup, qui nous tombent sur la tête et nous n’y pouvons rien. Nous acceptons ce désert tant que le ciel reste à sa place dans sa rigueur résignée et que nous pouvons lever les yeux pour, un instant, s’y perdre aussi, et l’alouette se tait, en cœur libre.

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Le fil de Requiem est dans ce passage de Pascal Quignard : Ceux qui écrivent ne savent pas ce qu’ils font. Comment le sauraient-ils puisque par définition ce à quoi ils œuvrent n’est pas encore ? C’est à peine s’ils savent s’ils donneront au jour ce à quoi ils tâchent en secret. Comment auraient-ils l’idée des conséquences éventuelles de ce qui a encore ni forme ni existence ? Les os, la chair, poils et peau, membres et corps, tout pullule autour d’eux. Ce sont les mots, les phrases, les figures, les émotions, les scènes, les souvenirs des livres, ce qu’on est et ceux qu’on a connus.

Requiem (4)

Ecrit par Jean-François Chénin le 26 août 2011. dans La une, Ecrits

Requiem (4)

Requiem est un corps séparé. La folie, c’est se scinder en deux. Deux parties irréconciliables l’une à l’autre, deux mondes que deux mains écartent et séparent, un horizon comme une brèche béante de long en large de la pensée qui tente de se réunir. Ne faire qu’un est un rêve de fou. La folie est dans ce sentiment d’unité qui éclate. Douter un instant que cela fut vrai. J’imagine que la matière génère sa propre folie, sa propre scission, sa déchirure inéluctable.


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Requiem de la vie, requiem du désir, requiem du soulèvement contre le désarroi et la violence de la désillusion, requiem du silence contre le bruit, requiem du mot à mot pour défaire le mensonge et l’unisson, ne pas dire c’est dire, se détourner c’est encore parler avec les mots de la résignation. Requiem de la vie nomade en lieu et place du ressentiment. Requiem des matins encore étoilés et de l’horizon à ses pieds, requiem en forme d’allégeance mais au souffle et au vent dans les élancements majestueux de la lumière au bord des travées sombre d’un reste de nuit, requiem du rêve contre la mort, requiem du cœur contre le corps, du corps contre la pensée.

Requiem (3)

Ecrit par Jean-François Chénin le 22 août 2011. dans La une, Ecrits

Requiem (3)

Le silence a-t-il un envers, un endroit, des à-côtés, des marges, une raison, une respiration, un autre silence, une façon de faire, une porte encore ouverte sur un silence plus grand ?


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Les trouées les plus brèves, les silences les plus longs, la lointaine litanie des commencements, au seuil de ce qui est encore une esquisse, en liseré de l’origine, quand le cœur descend, quand le corps est en prélude de son abandon, tout vient du corps à corps réveillant, sur le fil de l’ombre glissant dans le regard, les yeux ouverts nous regardant, mais cette simplicité et cette passion quand, dans les plis de la peau, il y a cet aveu d’une possession étincelée et d’un enchantement retrouvé.


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Requiem (2)

Ecrit par Jean-François Chénin le 19 août 2011. dans La une, Ecrits

Requiem (2)


Au détour d’un rêve qui ne tient plus, qui ne vient plus à la surface, au détour de ce qui n’est plus un jeu - était-ce un jeu cette dérive en soi jusqu’à croire à l’extase ? - au détour des réverbérations du désir dans un désir plus profond, inaccessible, dans cet instant en soi que le jour a perdu - la lumière n’est pas bonne conseillère, tout juste à faire semblant de lever les obstacles, tout juste en rémission - dans cet instant en soi qui valait une éternité, décidément perdu, au détour de ce rêve maintenant trop enfoui, gravement, mais pour une leçon dérisoire - les mots ne rassurent plus, on tombe dessus - une leçon de trop et ce détour en soi qui n’en finit pas.

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Requiem (1)

Ecrit par Jean-François Chénin le 12 août 2011. dans La une, Ecrits

Requiem (1)

Requiem est paru en 2011 chez TheBookEdition.com, illustré de collages réunis ici : http://jfchenin.blogs.com/photos/requiem/index.html

Des époques différentes affleurent dans Requiem. Je tiens le fil de ma détermination à retrouver les instants ressentis de mes détours et de mes disparitions. Fuite ou éloignement ? Je sais comment s’écrivent les textes. J’en connais les ramifications, l’origine, la fin, les alentours. De Uzès à Albuquerque, dans Winwood la nuit, il y a des leurres magnifiques, mais une vérité toujours bonne à écrire, sur le fil en trompe-l’œil de la vie. Je suis un différent où chaque miroir me renvoie,  en sépia ou en noir et blanc,  les instants agacés, mais réels, des ombres qui furtivent encore en moi.

Des époques mais aussi des lieux devenus la résultante des passages qui ramènent aux mots et aux textes, à ces suites incessantes qui enchevêtrent des voyages et des destinations, des frontières approchées, des détours et des fuites, qui donnent à réécrire par-dessus ce qui a été écrit dans un amoncellement de traces déjouées, qu’il fallait relever pour en comprendre les raisons et admettre que d’une ville à l’autre, d’une frontière à l’autre - parfois traversées - les textes sont toujours des prétextes à retrouver les enchantements qu’elles ont fait naître mêlés à la peur de les perdre.

Alep

Ecrit par Jean-François Chénin le 02 mai 2011. dans La une, Ecrits

Alep

 

Pour parvenir à Alep, il faut être roi.

Alep commence dans l'enclave d'un jardin, une solution entre la terre et le ciel, encombrée d'arbres mais qui plient sur leurs ombres, un gigantesque ventre bouleversé, érudé.

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Alep commence comme une femme, à l’orée d’un pli dans la courbure du ciel, commence en dansant dans la lumière finissante du jour. Elle naît de peu, d’une voix ou d’un pas, d’un semblant d’agitation, d’un froissement de l’air au passage des portes, d’un murmure qui prolonge l’ombre des murs dans le dessous des voûtes, s’aventure à la nuit tombée dans les volées d’escaliers bleus de son enfermement, prudente à l’excès, installée dans le mouvement qui naît d’elle, résolue à être.

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Les royaumes à demi (3)

Ecrit par Jean-François Chénin le 18 avril 2011. dans La une, Ecrits

Les royaumes à demi (3)

Uzès, point de rupture

Sur les bas-côtés de la route d'Uzès, les herbes et les buissons mélangent leurs couleurs en tressant des festons et des torsades agitées sous le vent. Ranchi n'est pas loin, où la poussière élevée sur le ciel, jaune et noire, dessinait les lisières éphémères du pourtour du ciel.

A ce souvenir, joindre la carte du rendez-vous pliée en quatre.


Réverbération

Marquer le pas, ralentir. De gros nuages bouleversent les arrangements mentaux d’un ciel plein et fini. Ralentir, respirer lentement. Au détour du chemin, trouver une meilleure place pour apercevoir le début du monde qui s’ouvre à profusion. Ce serait un orage. Respirer lentement, s’arrêter. Saisir cette exubérance intime du ciel qui tourne sur lui-même jusque dans notre chair. S’arrêter, reprendre souffle, trouver la vie, aller droit vers le creux du ciel en soi.

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