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L’offense de notre mère, la terre

Ecrit par Jean-François Joubert, Claire Morin le 12 mai 2018. dans La une, Ecrits

L’offense de notre mère, la terre

Mes 30 ans ont sonné. Eh oui le temps passe et s’écoule entre nos doigts, en sable parfois fin, parfois grossier. Pourtant, nous sommes d’éternels enfants aux yeux scintillants des milles merveilles qui nous entourent, l’émerveillement à fleur de peau ; et à chaque fois heurtés brutalement, un trente tonnes qui nous rentre dedans, comme la première fois, quand survient la Mort, physique ou celle de nos émois.

C’est une mécanique bien rodée qui peut facilement tout broyer dans ses rouages. Elle nous rend parfois clowns tristes, voire pathétiques, avec l’humour et l’autodérision pour seules armes afin de contrer le sérieux autoritaire de ces gens cyniques qui éradiquent leurs semblables sans remords à grands renforts d’arsenic. Il me semble évident que Charlie, humain plein de bon sens, a trouvé la parade idéale pour dénoncer ces grotesques mascarades et les actes odieux de ces pantins sans âmes. Son remède est intemporel, thérapie par le rire.

En ces temps modernes dont tu parles et qui te posent question ; bien sûr que tu as, que nous avons le droit, surtout le devoir d’être heureux. Nous n’avons pas à passer notre temps à pleurer toutes les larmes de notre corps sur le passé ainsi que sur toutes les misères du monde, ce poids est bien trop lourd à porter seul(e). Ce n’est pas un élan égoïste loin de là, mais il faut aussi savoir se préserver un minimum, avoir conscience que dans cette vie parfois si dure, un grain de bonheur est bénéfique pour tous quand il se propage en traînée de poudre. Alors oui, je veux te voir sourire sans te retenir et qui plus est, en être fier.

En ces temps modernes où l’industrialisation, l’urbanisation, la condamnation, la digression ont la part belle, remplacent l’émotion pure ; nous restons authentiques, fidèles aux valeurs antiques ; et retournons à la nature. Ecole cynique, école buissonnière qui nous apprend à nous défaire des conventions sociales, de l’opinion publique ; au mépris des pseudos « bien pensants » dont nous faisons fi.

Nous progressons les yeux grands ouverts, peu soucieux de passer pour des cancres utopiques tant que nous apprenons les bonnes leçons, suivant nos instincts sauvages mais assagis par les meilleurs aspects de la nature humaine.

Là, quelques bouteilles jetées à la mer, pas de frontières, tout juste quelques balises rouge passion et vert espoir. Faut-il tourner à gauche ? A droite ? Je me sais parfois gauche, cependant je m’escrime à être de plus en plus adroite au fil des courants, des alizés.

Monde parallèle

Ecrit par Jean-François Joubert, Claire Morin le 28 avril 2018. dans La une, Ecrits

Le duo claire Morin / Jean François Joubert Illustration David Briot

Monde parallèle

Les cicatrices rouge vif font partie de notre histoire et nous avons appris à vivre avec. Tels des shamans jouant, jonglant, avec des charbons ardents. Et puis qui n’en a pas au final ? Gravées dans la chair et inscrites dans nos mémoires, elles nous apprennent à être plus attentifs à tout et à ne pas reproduire nos erreurs. Partagées, nos démangeaisons s’en trouvent soulagées.

Le partage, celui qui empêche d’être otage de soi-même. Un moment d’accalmie au milieu d’un tumultueux orage. Il suffit qu’on ose pour qu’un sourire se dessine, c’en est fini d’être morose. En somme un créateur d’osmose, un baume sur nos ecchymoses.

C’est la promesse d’un esprit plus sain, une prouesse parfois car il est aisé de sombrer dans la folie ordinaire… De ne plus être carré quand plus rien ne tourne rond, que tout semble ne plus avoir ni queue ni tête, des Picasso sots qui piquent la curiosité des foules hiver comme été ; des têtards que l’on a mis dans un bocal. Normal que l’on soit bancals et qu’il finisse par nous en manquer, des cases, lorsque l’on nous met dedans de force et que l’on nous prive ensuite des moyens permettant de grandir correctement.

Il est difficile de s’épanouir quand l’insouciance vient à s’évanouir. Je pense que nous sommes tous atteints, voire touchés, par le syndrome de Peter Pan, et pan ! Voilà le remède permettant de s’évader de ce monde terriblement triste et malade incurable. Un univers imaginaire qui nous sied à merveille, à l’aise comme Alice dans son pays.

Lorsqu’ici tout est trop souvent étriqué et normalisé, nos aspirations grandioses paraissent disproportionnées. C’est pourquoi nous prenons le large, complètement barges, en compagnie de nos semblables ; tels des albatros que leurs ailes de géants empêchent de marcher. La terre ferme n’est décidemment pas pour nous, terre hostile où l’on chasse les rêveurs et où on laisse libres les tueurs de pensées, d’âmes, d’amour et les dictateurs.

Nos mains et nos cœurs débordent de trésors lorsqu’on laisse la parole à l’autre, sans lui imposer de codes ou de limites, comme un papillon voltigeant de fleurs en fleurs satinées d’amitié, plus sage et téméraire à chaque nouvel envol. Et l’écoute n’est-elle pas le plus beau cadeau que nous puissions offrir à notre prochain au sein du brouhaha informe ambiant ?

Raz de marée

Ecrit par Jean-François Joubert, Claire Morin le 07 avril 2018. dans La une, Ecrits

Raz de marée

Je sais ce que c’est que d’avoir les yeux secs d’avoir trop pleuré, de devoir serpenter sur des sentiers escarpés avec un lourd bagage sur le dos ; à quel point il est difficile d’être obligé d’avancer en y voyant flou, les yeux noyés de larmes, face aux violentes rafales de la vie et de n’avoir pour phare qu’un vague espoir. Quand un épais brouillard trouble l’esprit, désoriente le cœur. Ce que c’est que de perdre la boussole, notamment lorsque la personne que l’on aime, notre repère, est parti.

Mais j’ai conscience également qu’il est essentiel, voire vital, de savoir s’arrêter ; prendre le temps d’affronter les tempêtes en créant le calme en soi pour apprendre à les chasser, déposer son fardeau sur le bord de la route et l’y laisser puis reprendre son chemin vers des horizons dont on a balayé les nuages.

Je suis moi aussi familière du pays du Léon. J’y ai passé une bonne partie de mon enfance. C’est la source de mes bons souvenirs et de mes premières fois. C’est un pays qui a forgé mon caractère, m’a sculptée. Avec son authenticité, la culture de la terre, ses paysages sauvages, ses traditions… Aujourd’hui encore, mon âme vogue toutes voiles dehors sur sa mer grise/turquoise et capricieuse. Comme les marins, je récolte tous les jours ses trésors.

Mon voyage m’a menée à faire escale à Brest il y a quelques années. Poussée par un irrésistible besoin d’indépendance, de concrétiser mes attentes de femme. J’y ai jeté l’ancre, c’est devenu mon port d’attache.

J’ai sûrement choisi cette ville car elle est pleine d’Histoire, ouverte sur le monde et que c’est ici que se trouvent mes racines. Née à Brest, petite fille d’une relecquoise, fille d’une brestoise et d’un père militaire d’origine ch’ti qui y a posé ses valises il y a des décennies.

Ville qui a été détruite par la guerre, souvenirs de ma mère et de la sienne, dur héritage. Heureusement elle n’a tué personne de notre famille. Cependant, pour en avoir souvent entendu parler depuis petite et avoir vécu quelque temps dans un bâtiment d’avant-guerre, je dois dire qu’elle m’a aussi marquée.

C’est aussi le symbole de ma guerre personnelle. L’endroit où j’ai rencontré la mort, où je me suis battue pour garder la vie. Je suis devenue un point d’interrogation, seule à pouvoir trouver les réponses ; une virgule fragile attendant la suite de la phrase. Il a fallu beaucoup de temps et de courage pour reformuler mes vœux, repartir au front et savoir que j’étais suffisamment armée pour affronter demain.

Mystère de feu, notre galère

Ecrit par Jean-François Joubert le 17 mars 2018. dans La une, Ecrits

Mystère de feu, notre galère

Allo, qui est là, sur Terre. Toi, assis sur le cul de l’univers tu te crois supérieur aux autres mammifères, seulement, voilà, tu es misère taille de guêpe, face au cosmos, alors on va écrire une histoire, pas mon histoire, notre histoire, deux êtres humains face à face, deux pays, sans gêne, nous partageons une passion, l’art, pas le dollar, ni le dos large, face à face, pile ou farce, kig ha farz, là je déconne mais entrons simplement dans la zone de décombre de notre monde, trop de monde y respire, et je suis fou de le dire. Un conte de fée commence toujours par il était une fois l’évolution, moi, qui suis-je au fond ? Une urne vide, je sais que je ne sais pas grand-chose, un peu d’un autre millénaire, né une année exotique, tic, tac la montre avance, j’aime écrire, toi tu livres tes toiles sur l’écran de ma mémoire. Elles sont là, je regarde, je voyage, vers un autre monde, l’art pictural, l’art rupestre, l’art majeur de l’Humanité, l’art que je ne peux imaginer, alors prenons le train en marche, pas le président de la république, ce que je sais c’est qu’on avance vers l’extinction et l’éviction du monde, celui de mes vingt ans, ah tu n’es pas d’accord ! Tu voles de miles en miles dans un oiseau de feu, nom de dieu ne te casse pas la pipe, nous fumons, car un être un jour de notre race commune a gravi un sommet, trouvé le feu, et nous, tranquilles maintenant sans gravir de montagne, paf une allumette, un bric-à-brac de sobriquet et nous allumons notre tabac, mais j’ai les yeux lumière de la mer qui entoure les côtes de mon village de naissance Brest, où je reste bloqué depuis des lustres.

Digression, mon ami petit, j’ai jeté un regard de traviole, de travers, dans un microscope, pas pour disséquer une grenouille, ça je refuse de le faire en classe, sortez me dit-on, il fait froid dehors, mais je suis fier et chaud dedans, non faut pas faire crever le croque-madame, non je me souviens de ce refus, car je ne suis pas un exterminateur de cette extra-terrestre, de ce petit bonhomme vert, non, la grenouille j’irai pas y deviner l’avenir, je m’en tape une côte de granite ! Attention, tu es chaud Stéphane, maintenant, nous entrons dans le vif du sujet, ce fut mon premier porno, un microscope pour voir la copulation de la plus grande population de notre Terre, le plancton, notre oxygène. Surprise, je naviguais par hasard, à Ifremer, et moi ventre et yeux avides de découvertes du haut de mes quinze ans, je vois un homard dans une cage pleine d’eau, à l’étroit, un aquarium à souvenirs, un vin fin, pas une marée de caviar, sais-tu toi Stéphane, mon ami du pays au ventre froid, connais-tu le parfum d’une marée noire, je n’entre pas en polémique sur l’immigration, dans mes cauchemars récurrents les êtres portent des masques couleurs de l’arc-en-ciel, du vert, du jaune, du rouge, et puis j’oublie toujours les autres noms de couleur, la douleur accompagne ma cervelle, ballade, allez du zinzolin, comme cela je vais paraître zinzin, je me tais. Chut, ça danse dans ma tête, cet artifice, jamais je ne pouvais imaginer que j’allais entrer dans un gros mot au pays qui me récupère, ma mère patrie, deux rapatriements sanitaires au compteur, trois si on compte le véhicule infirmier qui m’a ouvert les portes d’une piste d’aviation versus ministre, comme les deux cents ans qui me séparent de mon arrière-grand-père, tailleur de pierre. Cet être a écrit son nom au Tromeur, un patronyme que je porte anonyme, Joubert, sur une pancarte, en créant une confusion sociale, il a ouvert sa gueule en 1905 et créé un syndicat pour vivre du fruit de son travail, ses mains d’or, moi piètre orpailleur de passage en Guyane, je ne cherchais rien, vu de la Terre, mystère, bref, je stop là, las, non, lasso, tomberas-tu dans mon filet, ma nacre, mon opale, ma Bretagne. Je t’y invite, attention pas de mouette, de chouette-hulotte, seulement des oiseaux de passage, et moi un enfant sage, tu me crois, et taiseux au regard nu. Un sacré culot d’ouvrir ce débat sur notre culture de la révolution, Français par inadvertance, si je t’écris ces mots crus, que je dis ce que je pense sincèrement, c’est que j’ai paumé une confiserie, déposé mon sac de marin à une iode, usé par le manque de savoir, en me disant deux rapatriements sanitaires, et un avion qui attend ma présence, c’est pas mal comme curriculum vitae, j’habite un pays sonore, une insulte communautaire, qui m’isole et m’assomme, comme les anciens abusaient de la drague à coups de gourdin, nom de dieu, j’ai une camisole de force dans les pattes, pas la patate, ami avance, peints, écris, fais-moi vivre, là je suis un crève-cœur, une douleur à sec de toile, ce qui ne fait pas avancer mon tableau, façonne le tien, arrive dans cette lettre sans timbre mais qui sonne espoir, j’ouvre les consonnes, le débat, la balle est chaude, à toi la parole, moi je sors du sujet, mais rebondis car j’adore l’idée de construire ce truc épistolaire, sans pistolet for me. En compagnie d’un fusil je rate un bananier, alors près de nids de pie, j’ai une utopie, une vraie, elle me tient en vie, connaître la paix du citron, je suis cigale et fourmi, un être double. Je te passe le microphone, parle-moi de tes blessures, moi, j’ai juste une fissure, j’aime une femme lointaine, et grande, sinon je serais une morsure de vipère, père l’a eu, il s’est tu, et délivré de son manque de tendresse d’un coup d’adresse, sur l’estran de vase, donné la mort, la morsure du temps, marin d’Etat, sur la grève, la plage qui conduit ma vie d’eau, et d’Océan, devenu une baleine, allez stoppons les balivernes, réponds à ma question, connais-tu la mer qui peuple les nuages de notre Finistère ? Viens mon ami, la route est touristique, son nom le pays du Léon.

Chronique sur un livre en créole Haïtien

Ecrit par Jean-François Joubert le 13 janvier 2018. dans La une, Littérature

Chronique sur un livre en créole Haïtien

Non, je ne voyage pas ailleurs que sur les ondes terrestres, le créole est pour moi comme l’espéranto, une langue extra-terrestre. Reste les traductions aléatoires du texte de monsieur Selmy Accilien, publié aux Editions Miroir ! D’ailleurs est-ce une langue ? En tous cas elle n’est pas de bois, et son caractère poétique ne fait pas dans la politique, mais dans l’amour des mots, la morsure du poète. Le Salon de Haïti est une invitation au voyage, regardez ce mot d’amour :

 

« Ti koze bò lanmè

Mwen  renmen jan vag yo

Tonbe sou pye w la cheri

Jan dwèt pye ou miyonnen plaj la…

Èske ou konnen konbyen zetwal

K ap desann nan rèv mwen

Jou ou ta di m ou renmen m ?

Èske ou konnen konbyen papiyon

K ap pèdi souf yo

Jou w ta di m ou renmen m ?

Èske ou konnen konbyen fwa m t ap mache

Fè laviwonndede

Si san w ta tounen limyè

Pou klere chimen m ?

Ou mèt kwè m cheri »

Chanson

Ecrit par Jean-François Joubert le 02 décembre 2017. dans La une, Ecrits

1ère chanson de notre ami et rédacteur JF Joubert ; tous à vos casques !!

Chanson

Un petit tour voir Zeus et ses racines, étrange

ce lieu de verdure pas très loin d’une tourelle

rouge, bon sang, où suis-je ? Au paradis, nage

vers ce retour au rocher du crapaud, tourelle

en vue, plus de brume, esprit sain, pas d’oursins

j’aime les filles, ne regarde que mes pieds, paix

libre comme une tourelle les oiseaux volent, convolent

je ne vois rien, d’autre que l’iode de l’eau, laminaire

la mi majeur, l’ami, frère de cœur, tiens une fenêtre

moi qui ne respire plus j’en ai deux, qui rigolent, pas peur.

Oublier un instant de vie, de vide, le cours de ma ruine de pleurs

l’eau est claire, lumière verte éclaire, pas de turquoise ni d’horloge

on navigue sur le court sujet de l’instant, la rencontre

totalement hors connexion, observé par un rude gaillard

l’art et l’artisan s’invite dans nos pensées, sauvages, rage

parfois d’être las, mais bien là, attention, une injure

Heureux, de sortir une nanoseconde en vitesse primaire

sur la route vraie des navigateurs, et des dessinateurs, le trait

Parler d’un tableau qu’on aime…

Ecrit par Jean-François Joubert le 25 novembre 2017. dans Ecrits, La une, Arts graphiques

Parler d’un tableau qu’on aime…

Dans la toile d’araignée qu’est Facebook, rencontre du phénomène Monsieur Stéphane Marceau, pas sot pour un clou, un sceau, royal, au premier abord ce tableau marque de la douleur, et observez, sa femme aux lèvres tendres, l’Amour enfin trouvé, le grand A qui cesse de meubler le grand vide de son atelier, le regard d’un homme blessé par ses concitoyens qui vole telle une cigogne vers son enfance brisée, admirez le travail, les yeux, le visage, de cet extra-terrestre qui lit dans vos pensées, l’estran sauvage, notre plage à tous, vous savez ce petit « moi », ce « ça », la porte ouverte vers l’inconscient, il y voyage ! Moi aussi. Fêlure blessures riment ses créations comme tout grand artiste. Ah ce regard qui me submerge d’embrun un ouvert sans fissure, l’autre qui se rappelle quoi, ceci : « les arbres sont cendre, la nuit est claire, tiens une comète qui troue un nuage ! que puis-je dire ? rien ! ne rien nier serait me plagier, je me sens sans sens, sans montre et sans aiguille…

Le ciel pleure, les âmes crient, et moi je me ballade en levant le nez, rhum au cœur de la mer de stratus, altostratus, cumulus et autre poussière de ouate, quand on calcule plus les watts de nos jours, je suis un perdu dans le système, un saule pleureur, qui convole vers l’ennui, nué de moineaux, non, des étourneaux, que sais-je, je ne dis rien !

Heureusement, dans un siècle dernier une dame de nage a sauvé mon esprit, comment ? En m’aimant, me bordant comme le lit d’une rivière borde les champs auprès de la mer !

Un aber, au pays du Léon, mes vers s’y reposeront un jour, je recule la date de la traversée de l’espace, tiens mars ! Ou le « pourquoi pas », ce bateau au nom qui me plaît, je pagaie à l’avant, le moteur est derrière, coup de chance, une veine de courant dans Lanildut pour rentrer à bon port : je crève, je rêve plus, ma prison mes lèvres, mes cris qui me désolent, ma nuit est longue et sombre, naufrage en absurdie ! Ce matin, une volute de fumée, je sais que je mangerai pas du goéland à la table de mes ancêtres, mais je donne de la couleur aux couleuvres, une œuvre qui me secoue, j’aime mon regard d’acier sans véhicule, sans permis de conduire sur les restes d’un règne animal, les dinosaures, et mes z’amis sont des oiseaux, pie, pivert, mouette, chouette…

Lui, il colle de la couleur sans masque, fruit de printemps, pas d’automne, cheveux vert prairie, il rigole de ses pairs qui vont un jour tenter d’écrire des maux sur ce regard d’acier qui est tendresse, lettre à sa douce à bâbord toute ! Tout de suite la puissance de l’Homme, pas de l’humain, il est terre, eau, feu follet, mer et ciel à la fois, il déshabille vos habitudes, il ne crie pas comme j’écris ce mot vers mes illusions perdues, il assume ses propos, se gausse car sa mémoire d’homme mûr est ce gosse unique qui porte la tunique du silence et peint, fils de rien, jamais Homme de lettres peut-être, sa vie privée ne regarde que sa lumière, ne voyez-vous pas qu’il possède cette chance d’être innocent, le regard droit tourné vers vous et sonne l’entrée de sa mise en scène, ce portrait gigantesque, ce rouge à lèvres, il aime sa tendre, et vous le rappelle, et dans la comédie, le théâtre de la vie, il dit sans un mot « Merde » ! Osez être vous !

Carte postale

Ecrit par Jean-François Joubert le 03 octobre 2017. dans La une, Ecrits

Carte postale

Première pensée. Bébé. Rien. Je ne devais pas être précoce, rien aucune accroche, je suis une chair molle sans âme, sans fil de connexion. Rien. Cherche ! Quatre ans, j’ai les mains dans la vase ou le sable, mon maillot me colle à la peau, je cherche l’horizon, non, je cherche rien, je m’amuse à découvrir la côte bretonne, le lieu où je suis né. Donc me voici sous un ciel bleu, un soleil arrogant, sans gants, je cherche le fond des choses, je m’expose, et j’ose m’aventurer loin de mes gardiens, déjà seul, je pose une main, puis deux, au fond. La marée monte, ma croissance est tardive, je n’ai plus pied, du moins je ne pense pas à les poser, la tasse, aversion définitive pour le sel, l’iode de l’huître, je ne croise pas les doigts, je ne cherche pas mon salut dans un flot de paroles, j’apprends la nage petit chien, et un aller-retour, et le pire ça marche. J’aime l’eau. Pourquoi fouiller dans sa mémoire, juste pour exister, se prouver qu’à quarante ans l’on a des choses à dire, écrire, des mots, de l’émotion, une vie. Je suis né un cinq août mille neuf cent soixante neuf, année exotique selon moi, n’ayez crainte je ne me souviens de rien ! Souvent, je me tais. Je regarde. J’écoute. Je doute. Première désillusion, j’aime les mots, or je suis un petit garçon effacé, presque pas de carte mémoire, alors parler de ma vie, trouver les situations sera un exercice difficile, oui, je me souviens, je veux lire en classe, je lève la main, pas la voix, la classe se moque de moi, ses rires hantent les couloirs de ma pensée, je ne parlerais plus, ou presque plus devant la foule, je ne serais jamais harangueur de foule, je serais celui qui parle en silence par la lance des mots, des touches, et qui tente de trouver un sens une raison d’être à ce texte. Pourquoi écrire sur des images, la raison se trouve là, absence de tout, de la figure de proue du père, de la mère volubile, et des grands-parents, fils de vieux, enfin, eux ne m’ont pas connu ou presque ? Aussi, vient l’Amour des cartes postes, celle épistolaire, celle amoureuse, celle familiale, et ses divers accents… et puis le père de papa qui en a fait une série, douze, une énigme pour ma pomme, comment, pour qui, pour quoi ? Pour toi qui lis ces lignes et t’enfonces dans mes veines, pas le Fromveur, ce courant de mer d’Iroise que je croise du regard, mais un aber, ni Wrac’h, ni Benoît, celle du puissant Saint, Ildut, le plus petit, à une demi-heure de Brest et la tête Ouest de Ouessant en pointe de mire. Je nage dans l’incertitude, me perds dans les couloirs de la vie, et je me souviens d’un livre sur l’image, l’auteur disait ceci en substance, que le temps devient signifiant, et la photographie rend la moindre trace du présent, or, dans un futur proche. Alors, je pars « être » ne prêche, rien, suivez-moi, accompagnez ce regard, sur ma tombe, le manque de mémoire et une camisole chimique qui ne la guérit pas. Oui, je suis malade, et partons nous promener en balade sur l’estran de ma mémoire, seul face à l’image, carte postale.

Fils du vent !

Ecrit par Jean-François Joubert le 06 septembre 2017. dans La une, Ecrits

Fils du vent !

Fils du vent et du lièvre, tu es l’enfance et masques ta souffrance à coups de danse dans la savane bretonne ce qui étonne les chiens loups…

Il pourrait bien neiger !

Gueule d’ange, tu respires le sans sens de l’esprit de ce siècle où tout est vitesse du ski, à Dakar, oubliés les drakkars. Une vague de misère s’installe sur la table de nos nausées…

Rions, chantons, et pas de mauvaise case pour damer le pion. La vie n’est pas une source d’eau vive, la vie c’est de l’envie, des rêves et des cauchemars…

Un canular dans la mare aux canards, ceux qui t’abreuvent de nouvelles, de croissance, de prix forts, ceux qui prient pour ton avenir pensent à eux et, aux leurres, ils perdent foi en leur propre enfance tant le chemin qui chemine vers le monde dit : « Adulte » est une route sinueuse, un arbre hêtre sans véritable racine, sans savoir d’où provient le nombre d’or !

Dors, et rêve, fais-nous entrer dans ton monde, toi qui l’arpentes du haut de tes six ans, fais-nous croire en nos paroles, fais-nous vibrer en regardant un malabar, fais-nous danser en écoutons un juron, fais-nous oublier que le monde est un jupon, fais-nous rire, tant ta cervelle est d’illusion, ne nous fais pas mentir, car je ne pourrais que vomir, fais-nous gémir de plaisir en étant juste toi, avec ou sans toit d’étoile, au matelas épais, ou sans un fil, défie le ciel, et sa toile rose, deviens une aurore boréale, une sculpture d’ange, un tableau de Miro, un dessin, et un essaim d’abeilles, si nécessaire à la tomme de Savoie, à l’atome de nos voix. Voyage dans ta conscience, enfant des sept lunes dis-nous tout, et nous serons capables d’être quoi : d’être heureux !

Je t’observe et tu regardes une fleur, un camélia orange sanguine, une fourmi et trois musaraignes, reines de ta gourmandise. Tu aimes voir, ton réveil est sourire, une balade la main de ta mère l’enserre, elle te traîne, te porte, et tu avances vers une musique, une ballade de baladin, un va nu pied t’invite à digresser vers une dune au terrain vague, et des murs voguent vers un futur où se lève le phaéton à l’ouest, le grand, et se couche au bord d’un précipice. Comme moi, tu penses que les gens de Chine ont des ancres pour tenir debout, comme moi tu découvres l’amer des confitures des grandes personnes et dis beurk !

Chaque enfant sur une planète est deux, une planète en soi, en soie, si fragile, un cocon qui concocte du baryton, et du bar en papillote, petite grève de la fin, et une colombe avide de liberté que l’on arrête par la voix. Voyage petit sur le murmure de ton imagination, sois un serin, pas un meringue, un mur dingue, sois fou mais doux comme un coquillage mauve guimauve, et phosphore, ne sois pas fort, ne sois pas faible, ne laisse pas la mode t’envahir, regarde, un nid, une cabane, une indienne, zone et arme son arc-en-ciel, jaune, bleu, vert, les couleurs complémentaires en sus.

Sois daltonien, et n’aie pas peur de tes pleurs, pauvre petit sans l’abri du sein, tu es perdu, alors tes yeux s’ouvrent, ton regard perle Agathe ou rubis. La mer est grise souvent incomprise, calme miroir narcisse en flamme, elle ressent de la douleur que le sable ne s’émeut pas devant sa couleur vache de lait, noir et blanche et va piano-piano muette, elle gronde quand le roi se lève, toi l’enfant fils du vent et du lièvre parle océan, laisse-nous reprendre le sens du courant, oublions l’alternatif, mais soyons droits, écoutons le bruit de ce petit, sa logorrhée en rythme, petit homme parle-nous, nous sommes tout ouïe !

Entretien avec Fethi Sassi, poète

Ecrit par Jean-François Joubert le 10 juin 2017. dans La une, Littérature

Vous vous dites poète du monde, qu’est-ce pour vous ?

Entretien avec Fethi Sassi, poète

Je considère personnellement que tous les poètes, depuis la longue histoire de l’humanité sur terre, éparpillés dans les lieux et les histoires, n’ont jamais cessé de s’unir, juste pour écrire ensemble un seul poème qui est évidement le poème qui traduit par un message vers l’humanité, malgré les langues qui sont diverses. Cependant cette écriture n’a jamais cessé d’évoluer dans tous les sens et les buts pour essayer d’octroyer l’humain en nous, en découvrant la différence qui sera acceptée. C’est pour cela que les poètes n’appartiennent pas à l’histoire ni à la géographie mais plus loin que ça ; à une éternité et à l’univers. Tous ce qui s’écrit sur le blanc n’est en fait que l’inspiration d’un ange ou d’un démon pour convertir dans un sens le rôle de ces prophètes acharnés vers le poème exclusivement. Et voilà nous les poètes du monde.

 

Quelles sont vos origines dans ce vaste lieu qu’est notre petite Terre ?

 

Je suis né dans un vieux quartier de la ville arabe de Sousse (Bled Elaarbi), un nom qui creuse ma mémoire depuis les nuits les plus lointaines ; sur cette petite terre et dans ce vaste univers perdu entre les enfants de Bab Djedid, entre les grands temples carthaginois et phéniciens, ce milieu m’a appris comment s’unifier avec le temps et le lieu pour être une créature qui porte l’odeur de l’histoire, là-bas j’ai dessiné sur les murs les mots qui m’ont étranglé pour déchiffrer le secret de mon existence.

 

Votre édition est en trois langues, quels sont les retours sur ce fait ?

 

Pour écrire il faut toujours essayer et sans cesse d’être différent et entamer l’exception dans tous les sens pour en fait chercher et sélectionner entre ces bons milliers d’écriture dans le monde entier. Avec cette démarche, choisir des traducteurs sera le souci primordial pour garnir ce monde d’écriture et créer une multitude de langues dans le texte pour qu’il soit lu avec amour.

 

Vos textes sont de format libre et court, la chute surprenante est-ce votre marque de fabrique ?

 

Pas forcément, je suis bien intéressé à écrire le poème de vers, et en parallèle je travaille souvent sur le court poème qui cherche une place dans la littérature arabe. Mais en remarque, dans cette écriture, une distribution visuelle qui tombe avec la modalité de lecture vu que ce genre de poème est destiné à être lu plus qu’à être entendu, comme s’il s’agissait d’une chute mais plus que ça évidement.

 

Cherchez-vous un écho en pays francophone ? La France aime la poésie, avez-vous un éditeur Français ?

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