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Que sais-je ?

Ecrit par Jean-François Vernay le 28 avril 2018. dans La une, Littérature

Les Mirages de la certitude, Essai sur la problématique corps/esprit, Siri Hustvedt, Actes Sud, mars 2018, 414 pages, 23,50 €

Que sais-je ?

Sur le plateau de la Grande Librairie en janvier 2018, Siri Hustvedt a présenté Les Mirages de la certitude, Essai sur la problématique corps/esprit comme le prolongement intellectuel et conceptuel de son roman intitulé Un Monde flamboyant (Actes Sud, 2014). Mais Les Mirages de la certitude constitue également la suite logique d’une démarche entamée avec son livre documentaire précédent : Vivre, Penser, Regarder (Actes Sud, 2013). Il semble y avoir chez cette femme-écrivain universitaire un va-et-vient constant entre la théorie et la pratique, et inversement.

Il faut avouer que les sciences cognitives et la littérature ne font pas l’unanimité et se trouvent parfois en butte à des diatribes passionnées (1). L’efflorescence des travaux en la matière agacent à telle enseigne que d’aucuns fustigent « le nouvel impérialisme neuronal » (2) accusé de réduire toutes les problématiques des sciences sociales et humaines à la mécanique cérébrale. Et pourtant, cette interdisciplinarité féconde ouvre de nouvelles perspectives et donne un nouveau souffle aux études interdisciplinaires qui s’intéressent de très près au fait littéraire. C’est sans doute la raison pour laquelle Siri Hustvedt se passionne pour les disciplines qui touchent à l’esprit (les neurosciences, la psychanalyse, la psychiatrie, et les sciences cognitives) qui renseignent à la fois son corpus de livres de fiction et de documentaire.

La division raison/émotion, sinon esprit/corps, semble être une invention de la philosophie occidentale née sous la plume de ses figures de proue comme Platon et Descartes qui affectionnent tout particulièrement les dyades antinomiques pour présenter et développer leurs idées de manière analogique ou contrastive. Au contraste, Siri Hustvedt préfère la nuance ; à la séparation, le lien entre les choses. Les Mirages de la certitude est donc un essai sur la relation parfois énigmatique qui sous-tend un certain de nombre de dyades : corps/esprit, esprit/cerveau, inné/acquis ou nature/culture, rigidité/malléabilité du cerveau, rationalité/ imagination, âme/ esprit, pour ne citer qu’elles.

Enigmatique, dis-je, car Siri Hustvedt la rend telle quelle en reprenant à son compte la démarche de Montaigne mâtinée de scepticisme, celle incarnée dans sa formule « Que sais-je ? ». Grâce à cet essai qui fourmille de remises en question, l’auteure instille le doute chez ses lecteurs en même temps qu’elle fait ressortir les faiblesses d’une démarche scientifique qui serait suspecte : « Le présent essai interroge la certitude et prône le doute et l’ambiguïté […] » (28). Le soupçon porterait sur les connaissances scientifiques à tout le moins lacunaires, les résultats parfois datés au regard des techniques modernes et de l’évolution du savoir, l’emploi d’une terminologie erronée qui fausse la perception de la vérité (« […] comme le dit le mantra scientifique : corrélation n’est pas cause », 103), et des hypothèses trop durables qui deviendraient vérités et échapperaient à tout examen (pour reprendre le mot de Goethe cité page 46). A cela s’ajoutent un réductionnisme au moyen de « fragments commodes » ou de « demi-vérités comme si c’en étaient d’entières » (77), des taxonomies et thèses concurrentes qui font de la recherche une véritable tour de Babel où chacun crée son propre langage et façonne sa propre vision des choses, sans parler des interprétations orientées par « l’influence inconsciente exercée sur nos perceptions » (86). Et Siri Hustvedt de citer Peggy Seriès et Aaron Seitz : « Nos perceptions sont fortement configurées par nos attentes. En cas de situations ambiguës, la connaissance de notre monde guide nos interprétations de l’information sensorielle et nous aide à reconnaître aussi rapidement qu’exactement individus et objets, bien qu’elle soit parfois source d’illusions » (86).

L’école de la lâcheté ?

Ecrit par Jean-François Vernay le 20 janvier 2018. dans La une, Education, Littérature

Un petit fonctionnaire, Augustin d’Humières, Grasset, avril 2017, 144 pages, 15 €

L’école de la lâcheté ?

Le quotient intellectuel est en baisse dans les pays occidentaux et les fautifs seraient des perturbateurs endocriniens. De très sérieuses études ont en fait un secret de polichinelle depuis plus d’une décennie. Dès lors, peut-on compter sur l’École publique pour stimuler les capacités cognitives des apprenants et renverser la tendance ? Pas si sûr, à la lecture du dernier ouvrage en date d’un professeur de lettres classiques qui se passionne pour son métier.

Malaise dans l’Education Nationale

En guise de préambule, pour se soustraire au devoir de réserve auquel sont contraints les fonctionnaires, l’auteur situe son récit en 2043 dans un futur hypothétique, une captatio benevolentiae habile qui permet de porter un regard sans complaisance sur l’Education Nationale et son fonctionnement. L’amorce est limpide : un certain Edward Paxton – chercheur et auteur d’une thèse sur l’effondrement du système éducatif français qui portait en germe les mécanismes de son propre déclin (1) – souhaite s’entretenir avec Augustin d’Humières, alors retraité de l’Education Nationale depuis fort longtemps. L’échange prend une tournure inattendue.

Professeur dans un lycée de Seine-et-Marne, Augustin d’Humières s’inspire de son expérience personnelle de pédagogue afin, tel un effet maïeutique appuyé par une rhétorique subtile et un esprit plein de finesse, d’amener le lecteur à circonscrire le malaise qui sourd au sein du corps professoral. Nous sommes tout ouïe. En règle générale, le jeune auditoire des professeurs de l’Education Nationale l’est moins, parfois nettement moins. Les enseignants, ceux qui n’ont pas l’insigne privilège d’enseigner en classes préparatoires ou dans des établissements de prestige comme le Lycée Henri IV, doivent parfois aussi composer avec des élèves blasés, apathiques, voire antipathiques, aux connaissances limitées, quand ils n’ont pas affaire à de petits délinquants en puissance. Au fil des ans, force est de constater que le goût de l’effort et de la rigueur ne sont plus des qualités jugées prioritaires et qu’un certain nombre de réformes (portant sur l’évaluation et les procédures disciplinaires) ont vu le jour afin d’assouplir les exigences d’antan. Cette école de la lâcheté – pour reprendre le titre d’un autre professeur auteur d’un pamphlet sur l’Education Nationale (2) – pourrait, selon Augustin d’Humières, même être tenue responsable de la montée de l’intégrisme, du radicalisme et de l’insécurité qui gangrènent la France et dont les tragiques conséquences sont visibles depuis les attentats contre Charlie Hebdo qui ont eu lieu le 7 janvier 2015 : « Nous savons que nous avons construit une école qui fait sortir de son sein des élèves chez lesquels nous n’avons rien fait retentir, sinon la colère sourde et diffuse d’avoir été victimes d’un système qui, sous couvert d’égalité des chances et de formation à la citoyenneté, ne fait qu’amplifier les inégalités et vise à n’apprendre strictement rien de clair et de précis à un élève. Nous savions, et nous n’avons rien dit. Nous avons fait comme si de rien n’était. Faire comme si la vie continuait. Faire comme si tout était normal » (pp.50-1).

Les derniers jours d'Hitler

Ecrit par Jean-François Vernay le 06 juin 2015. dans La une, Histoire, Littérature

« les 100 derniers jours d'Hitler » Jean Lopez / ed Perrin

Les  derniers jours d'Hitler

En refermant Écrire, à l’heure du tout-message de Jean-Claude Monod, je décidais d’un même élan de mettre un terme à ma vie hyper-connectée en pratiquant l’abstinence numérique et technologique. J’arrivais certes un peu après la guerre, puisque la journée nationale des déconnexionnistes (National Day of Unplugging) était en mars dernier mais, comme on dit, mieux vaut tard que jamais !

Dans les jours qui suivirent ma cure de désintoxication, je recevais en livraison DHL Les cent derniers jours d’Hitler de Jean Lopez, tel un retour au papier qui m’aiderait à me sevrer du tout-numérique et des messages pléthoriques qui envahissent notre quotidien. Ce « beau-livre » (1), le bien nommé en l’occurrence puisqu’il est richement documenté (témoignages, archives, journaux intimes, mémoires, etc.) et illustré avec des images pour la plupart monochromes, revient sur les 106 derniers jours du Kaiser, à savoir la période de son retour à Berlin jusqu’à son auto-extermination le 30 avril. Le soixante-dixième anniversaire de la capitulation de l’Allemagne nazie (en date du 8 mai 1945) est l’occasion pour Jean Lopez, grand passionné d’histoire militaire, de faire la chronique de cette descente crescendo aux enfers si proche et si lointaine à la fois. Pourquoi Les cent derniers jours d’Hitler ? Car les trois derniers mois sont « la période la plus sanglante et la plus destructrice de tout le conflit ; ils sont aussi les plus confus, les moins bien connus » (p.9). En couvrant un grand pan de la documentation sur la Seconde Guerre mondiale publiée en allemand, anglais et français, Lopez joue la carte de l’exhaustivité, abordant ainsi certains aspects méconnus et pour ainsi dire négligés dans l’espace francophone comme la « chorégraphie de l’effondrement ».

Ce n’est pas tant la fascination qu’exerce le mal absolu qu’une tentative de compréhension de la logique du pervers qui poussera le lecteur à compulser ce livre. Comme le rappelle Patrick Vignoles, « Pervertir » vient du latin pervertere qui signifie « renverser ». L’être pervers n’est pas l’être qui ignore la loi mais celui qui veut l’ignorer, ou plutôt qui, sachant très bien (d’un savoir de sentiment ou de raison) quelle est, donc en toute connaissance de cause, accomplit systématiquement le mal au lieu de faire le bien, pose le mal comme un bien pour lui. Le pervers méprise la loi dont il renverse sciemment et […] savamment les Tables (2).

Cherchant à occulter un surplus indigeste de messages dans mon quotidien, je me suis concentré dans un premier temps sur l’iconographie, mais c’était oublier la sagesse de bons vieux proverbes anglais, selon laquelle une image vaut mieux qu’un long discours (Every picture tells a story ; a picture tells a thousand words). Mon regard s’est donc posé avec effroi sur ces corps suppliciés, pendus, suicidés, fusillés, faméliques, rongés par les maladies tel le typhus, ces corps en décomposition dont la monochromie accentuait la tragédie (à l’instar des films d’Alfred Hitchcock) et le caractère insoutenable de la plus sordide invention de l’humanité que l’on doit malheureusement au IIIème Reich – le meurtre à l’échelle industrielle. Cette documentation historique est quelque peu problématique à mon sens. Certes, le droit français ne protège pas la dignité des défunts, notamment lorsqu’ils n’ont aucune renommée, mais il est légitime de poser le débat du respect des morts. Comme le note Emmanuel Pierrat, avocat au barreau de Paris, « l’article 9 du Code civil, sur lequel repose à la fois le droit au respect de la vie privée et le droit à l’image, dispose que “chacun a droit au respect de sa vie privée” », cependant « la loi reste muette sur ce respect après le décès de la personne visée ». A quelques exceptions près : Le 20 décembre 1999, la Cour de cassation s’est prononcée sur la publication de la photographie du cadavre du préfet Claude Erignac. Elle a considéré que : « la photographie publiée représentait distinctement le corps et le visage du préfet assassiné, gisant sur la chaussée d’une rue », cette image étant dès lors « attentatoire à la dignité humaine » (3).

Pour en revenir au livre de Jean Lopez, j’étais ravi de pouvoir découvrir l’excellent ensemble vocal « Cinq de Cœur » au Conservatoire de musique et de danse de la Nouvelle-Calédonie le soir même où j’ai achevé la lecture des Cent derniers jours d’Hitler. Comme il était rassurant de prendre la mesure de la part du bien dont est aussi capable l’humanité et de ses triomphes sur la barbarie !

Ici & maintenant

Ecrit par Jean-François Vernay le 07 décembre 2013. dans La une, Littérature

Paul Auster, John Maxwell Coetzee, traduit de l’anglais (USA) par Céline Curiol et Catherine Lauga du Plessis, Actes Sud, octobre 2013, 320 pages, 23 €

Ici & maintenant

« Le monde ne cesse de produire des surprises. Nous n’en finissons pas d’apprendre » (p.315). C’est sur cette déclaration un brin convenue du prix Nobel de littérature 2003 que s’achève la correspondance entre Paul Auster et J.M. Coetzee, publiée aux éditions Actes Sud sous le titre Ici & maintenant. En témoigne ma rencontre avec le personnage lui-même en septembre 2009, lorsque j’ai eu l’insigne privilège de faire la connaissance de J.M. Coetzee au Salon International du Livre Océanien – manifestation littéraire dont il était l’invité d’honneur à Poindimié (Nouvelle-Calédonie).

Sa réputation d’homme peu loquace le précédait. On pourrait même dire de lui en anglais : « He’s a man of very few words » – une caractéristique dont il ne se cache pas. Au retour du Festival littéraire de Jaipur, il fait part de son embarras : « J’étais bien décidé à ne pas me soumettre à ces bordées de questions du public qui sont devenues la norme dans les festivals d’aujourd’hui. L’interrogation n’est pas le mode où je suis le plus à mon aise. Mes réponses sont trop brèves, et la brièveté (la sécheresse de ton) est trop facilement perçue comme un signe d’irritation ou de colère » (p.272).

« Le monde ne cesse de produire des surprises », en effet. Lui qui n’a jamais été enclin à accorder des entretiens, ni à se livrer facilement en bonne société ou dans l’intimité, j’ai été profondément touché lorsque Coetzee et moi-même avions pu échanger de longues conversations à table et plus tard lors d’un long trajet de quatre heures en voiture pour rejoindre la capitale, Nouméa. A cette même époque (si l’on en juge au vu des dates de ces échanges épistolaires), ce projet de correspondance sur quatre ans était entamé d’un bon tiers dans le plus grand secret. Nul ne pouvait se douter à Poindimié que notre auguste hôte s’épanchait à intervalles réguliers auprès de son nouvel ami américain, Paul Auster. En effet, des liens d’amitié nourris de la plus haute estime l’un pour l’autre se sont tissés au fil des mois suite à leur rencontre au Festival d’Adélaïde en juillet 2008. « Nous perdons toujours l’amitié de ceux qui perdent notre estime » (p.16), dira Joubert dans ses Carnets (1809) que Paul Auster cite copieusement.

La vie critique, Arnaud Viviant

Ecrit par Jean-François Vernay le 05 octobre 2013. dans La une, Littérature

, Editions Belfond, août 2013, 192 pages, 17,50 € Jean-François Vernay

La vie critique, Arnaud Viviant

« Faire de ma vie un roman plus ou moins agréable et varié » (1). Tel est le projet ambitieux du critique littéraire Arnaud Viviant qui nous raconte sous la forme d’un récit enlevé et dans un style très moderne, incisif, pop, voire presque rock n’roll, les tribulations d’un lecteur professionnel qui était amené « à se retrouver parfois le visage enfoui entre des pages pas toujours très propres, qu’il tentait d’aimer, maints paragraphes auxquels il essayait de se river sans se boucher le nez » (p.8). Dans le tout Paris des passionnés de littérature, il y a d’abord Michèle, ma belle, des mots qui vont très bien ensemble, très bien ensemble… Michèle et le narrateur qui symbolisent le clivage des deux façons de lire : « l’une, naïve et innocente, “au premier degré” comme on dit parfois ; l’autre, critique et vicieuse » (2).

« Michèle dévorait les bouquins avec une foi proche de la sainteté, tandis que lui opérait scientifiquement. Elle se laissait enrober par le sens quand il disséquait. En littérature, il s’intéressait surtout aux structures, à la construction de l’histoire, à l’enchâssement des chapitres » (p.11).

Mais le narrateur passe à autre chose et la belle devient un « regret éternel » (p.13). Le récit égrène des considérations sur l’acte de lecture – « moins un vice impuni, suivant la vieille formule, qu’un vice aujourd’hui passible de mort lente » (p.20) – tandis que le narrateur enchaîne les genres littéraires et absorbe ses « cocktails littéraires, ingurgitant deux ou trois livres en même temps » (p.21) – le lot quotidien de nombreux bibliophages. Tempus fugit : Stendhal a certes connu ses heures de gloire mais les temps changent : « Le roman était désormais un miroir que l’on promenait le long des autoroutes de l’information » (p.25). On se familiarise avec l’objet livre, on engrange, on dévore, mais sans passage à l’acte, car « pour l’adolescent qui rêve encore à sa vie future, écrivain c’est pire que la solitude, c’est être berger sans troupeau, le comble de l’isolement » (p.43). L’écriture viendra plus tard. Dans l’intervalle, on finit par crouler sous les exemplaires presses et consulter un psychanalyste pour soulager sa peine. Voici en quelques lignes le portrait sans concession et cynique de cet individu clivé qu’incarne le narrateur, dans la digne lignée des Edgar Allan Poe, Virginia Woolf et Martin Amis, tantôt scripteur (écrivain), tantôt prescripteur (critique) :

Terra Australis

Ecrit par Jean-François Vernay le 21 septembre 2013. dans La une, Littérature

Éditions Glénat, 2013, 512 pages, 45 €

Terra Australis

L’histoire de l’Australie est marquée par les voyages maritimes. Le naufrage du Batavia au 17e siècle inspira de nombreux romans dont The Bellarmine Jug (1984) de Nicholas Hasluck ou The Company : The Story of a Murderer (2000) de Arabella Edge. Puis il y eut la venue du Capitaine Cook en 1770 et l’arrivée de la Première Flotte du Capitaine Arthur Phillip en 1788, date officielle de la colonisation.

La naissance du roman en Australie n’aura pas lieu avant que le 19e siècle ne soit bien entamé, mais depuis l’arrivée de la Première Flotte, événement que retrace Terra Australis (2013) de Laurent-Frédéric Bollée et Philippe Nicloux, de nombreux écrits tentaient de rendre compte de l’expérience australienne pour réjouir un lectorat principalement britannique. Ces descriptions journalières, fussent-elles fictives ou vécues, alimentaient ou confrontaient la fantasmatique du centre impérial autour de l’implantation de la colonie et de la conquête d’un nouveau monde. Les récits relataient les spécificités de la faune et la flore endogènes, le cadre exotique du bush australien, les conditions de vie des forçats, etc. Le lecteur retrouvera dans Terra Australis toute la genèse de l’Australie, de la périlleuse traversée maritime (à savoir le convoi des premiers forçats britanniques sous le commandement du capitaine Arthur Phillip) jusqu’à l’implantation de la colonie sur des terres hostiles.

Depuis les années 1980 notamment, grâce aux débats menés en 1988 lors du bicentenaire de l’arrivée de la Première Flotte, des écrivains australiens comme Peter Carey, Kate Grenville, Colin Johnson, Christopher Koch, Richard Flanagan, David Malouf ou Roger McDonald s’approprièrent ces épisodes de la colonisation selon leurs sensibilités respectives, donnant ainsi une impulsion à la publication d’un grand nombre de romans à caractère historique (1).

Petite écologie des études littéraires. Pourquoi et comment étudier la littérature ?, Jean-Marie Schaeffer

Ecrit par Jean-François Vernay le 08 juin 2013. dans La une, Education, Littérature

Thierry Marchaisse éditeur, 2011, 130 pages, 15 €

Petite écologie des études littéraires. Pourquoi et comment étudier la littérature ?, Jean-Marie Schaeffer

Scindé en sept chapitres teintés d’optimisme, Petite écologie des études littéraires. Pourquoi et comment étudier la littérature ? s’inscrit dans une mobilisation générale de ces grands noms de la communauté littéraire française qui cherchent à faire débat et à analyser l’étrange désaffection qui frappe le fait littéraire depuis quelques décennies. Avant l’ouvrage de ce philosophe, les lecteurs auront, avec autant d’intérêt, pu prendre connaissance de ceux de Dominique Maingueneau, Contre Saint-Proust. La fin de la Littérature (Belin, 2006), de Tzvetan Todorov, La Littérature en péril (Flammarion, 2007), d’Antoine Compagnon, La littérature pour quoi faire ? (Fayard/Collège de France, 2007), d’Yves Citton, L’avenir des humanités. Economie de la connaissance ou cultures de l’interprétation ? (La Découverte, 2010), et de Vincent Jouve, Pourquoi étudier la littérature ? (Armand Colin, 2010).

L’hypothèse de base de Jean-Marie Schaeffer tient à ce que « la supposée crise de la littérature cache une crise bien réelle, celle de notre représentation savante de “La Littérature” » (p.6). En clair, si crise il y a, « c’est d’abord celle des études et non celle des pratiques littéraires » (p.14) incarnées par leur tripolarisation : leur capacité (voire incapacité) à transmettre des valeurs littéraires, à étudier sur un plan cognitif les faits littéraires et à former les jeunes apprenants en littérature.