Articles taggés avec: Jean-François Vincent

Y-a-t-il une nature propre à la femme (et à l'homme) ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 15 décembre 2012. dans Philosophie, La une, Société

La théorie du genre contre l’essentialisme catholique

Y-a-t-il une nature propre à la femme (et à l'homme) ?

Depuis qu’en 1949, Simone de Beauvoir proclamait : « on ne naît pas femme, on le devient », l’idée selon laquelle l’identité sexuelle n’est que le fruit d’une construction sociale a fait son chemin. Dans les années 90, Judith Butler a été une des pionnières des « Gender studies » ; son livre, Gender trouble, paru en 1990, est devenu une sorte de Bible. Pour elle, l’« identité » mâle ou femelle résulte non de l’expérience empirique, vécue, mais d’un « idéal normatif ». Cet idéal, c’est le couple hétérosexuel. La société fait donc violence aux individus par « une hétérosexualisation du désir qui requiert, institue et produit des oppositions asymétriques entre le masculin et le féminin, lesquelles sont perçues comme les attributs de ce qui est “mâle” ou “femelle” ». Il s’agit donc d’une « compulsory heterosexuality », d’une hétérosexualité obligatoire/compulsive. D’où une « oppression » dira même Charlotte Witt, auteure d’une « métaphysique du genre » (The metaphysics of gender), qui définit un véritable féminisme révolutionnaire visant à « reconfigurer » la société : « l’objet du féminisme, selon moi, est de retravailler et reconfigurer les structures sociales, de telle sorte qu’elles n’oppressent ni n’exploitent les femmes ».

La grâce, la loi et le peuple : quels fondements pour la légitimité d'un leader en démocratie ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 01 décembre 2012. dans La une, France, Politique, Culture, Histoire

A propos du livre de Jean-Claude Monod, Qu’est-ce qu’un chef en démocratie ? Politiques du charisme, Paris, Seuil, 2012.

La grâce, la loi et le peuple : quels fondements pour la légitimité d'un leader en démocratie ?

Un mot est revenu à la mode : le charisme. On l’entend, on l’emploie comme argument électoral, sans trop savoir d’où il vient. Ainsi on opposa, lors de la présidentielle, le « charismatique » Sarkozy à Hollande et sa normalité. Certes, la République a le culte des « grands hommes », qu’elle « panthéonise » en guise de reconnaissance, « idée neuve du charisme, nous dit Monod, déliant celui-ci de son mode héroïque ou monarchique ». Retour aux sources : c’est Max Weber qui a réintroduit la notion, à l’époque contemporaine, dans un ouvrage très général, Wirtschaft und Gesellschaft, économie et société, paru, à titre posthume, dans les années 20. Weber décrit, en effet, « une certaine qualité d’une personnalité individuelle, en vertu de laquelle elle est revêtue d’une aura extraordinaire et douée de pouvoirs surnaturels ou surhumains ». Pour qu’un chef de cette nature apparaisse, il faut, selon Weber, une « ungewöhnliche Situation », une situation extraordinaire, qui suscite chez lui une « vocation » (Berufung), à l’origine d’une « mission » (Sendung), dont l’objet est une « annonce » (Verkundigung). Weber distingue, par conséquent, un tel chef aux « Berufspolitiker ohne Beruf », les politiciens professionnels sans vocation véritable : jeu de mots à partir de l’allemand « Beruf », signifiant aussi bien le métier que ce à quoi on est « appelé », du verbe « rufen ».

Une pathologie de la droite : le culte du moi

Ecrit par Jean-François Vincent le 24 novembre 2012. dans France, La une, Politique, Actualité

Une pathologie de la droite : le culte du moi

On avait cru qu’il y avait entre Fillon et Copé des différences d’ordre idéologique : centrisme ici, virage droitier là. Ce n’était pas faux. On avait cru que, suite à ces différences, pourrait un jour se dessiner une recomposition du paysage politique de l’opposition, avec, d’un côté, un pôle modéré, et, de l’autre un pôle radical fédérant les membres lepénisant de L’UMP et un nouveau FN « relooké » par Marine le Pen. Ce sera peut-être le cas. Mais l’essentiel n’est pas là.

L’actuelle descente aux enfers de l’ex parti gaulliste démontre – hélas – que la réalité est encore plus simple : il s’agit exclusivement d’une bataille d’égos et d’appétit de puissance. Certes, tout ceci existe aussi à gauche : on a vu, par le passé, le crêpage de chignons entre Ségolène Royal et Martine Aubry. Mais, calcul ou sens du bien commun, l’une et l’autre ont su mettre un frein à leurs passions narcissiques. Aubry fut « reconnue » par les « royalistes ».

La nouvelle évangélisation : une Reconquista catholique ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 17 novembre 2012. dans La une, Religions, Vie spirituelle

La nouvelle évangélisation : une Reconquista catholique ?

La Reconquista (reconquête) catholique de l’Espagne musulmane s’étendit sur quatre siècles (du XIème au XIVème siècle) sous l’égide de saint Jacques le Majeur (Santiago Matamoros = Jacques le tueur de maures, sic !). Elle fut sanglante et intolérante : les musulmans « reconquis » n’avaient d’autre choix que la conversion ou l’exil…

L’actuelle tentative d’évangélisation est plus pacifique : elle n’est dirigée contre personne en particulier, il s’agit plutôt de faire reculer non l’athéisme mais l’indifférence et l’inculture religieuse de notre temps. Le message final du synode des évêques consacré à ce sujet, publié le 26 octobre 2012 propose plusieurs pistes :

– ré-évangéliser les pratiquants

– inciter les familles à évangéliser les enfants

– favoriser le « dialogue » avec la société sécularisée et les autres religions.

USA vs Europe : deux visions antagonistes de l'économie

Ecrit par Jean-François Vincent le 10 novembre 2012. dans Monde, La une, Politique, Actualité

USA vs Europe : deux visions antagonistes de l'économie

La réélection d’Obama souligne le fossé qui est en train de se creuser de part et d’autre de l’Atlantique, en matière de politique économique : d’un côté relance par la demande, de l’autre – encore et toujours – obsession monétariste – et déflationniste ! – d’une offre toujours meilleur marché.

La comparaison des mesures prises par Obama avec celles déjà entérinées ou proposées (cf. le plan Gallois) par les politiques ou experts européens est emblématique : réduction des charges patronales ici, en vue de réduire les coûts de production et de favoriser la compétitivité ; réduction des charges salariales là-bas (payroll tax cut), pour alimenter la consommation des ménages : environ 1500$ supplémentaires en moyenne à dépenser pour chaque foyer fiscal !

Les résultats comparés de ces deux démarches opposées sont cruels : alors que l’Europe s’enfonce dans la récession, les Etats-Unis affichent une croissance de 2% en 2012. Les zélateurs américains de la pensée unique de l’économie de l’offre n’en démordent pourtant pas et, Cassandres, prédisent un reflux pour 2013. Toutefois Obama a osé, il a osé prendre le contrepied de la doctrine dominante, il a osé les mesures anticycliques indispensables ; sans doute avait-il, au préalable, fait une juste estimation prospective : la crise est loin d’être terminée, l’inflation ne menace pas, la déflation, par contre, est bien là.

Le mariage pour tous ou les palinodies des deux pouvoirs, temporel et spirituel

Ecrit par Jean-François Vincent le 03 novembre 2012. dans La une, Actualité, Société

Le mariage pour tous ou les palinodies des deux pouvoirs, temporel et spirituel

Le mariage civil est un décalque du mariage religieux. Avant la révolution, le seul et unique mariage existant était le mariage religieux : il n’y en avait aucun autre ; de même que le seul « état civil » était constitué par les registres paroissiaux de baptême… L’instauration du mariage civil par la loi du 20 septembre 1792 fut un acte politique, visant à faire pièce à l’Eglise par la mise en place d’une institution séculière concurrente (il y eut même un « baptême civil », inscrit dans le Code Civil, mais, depuis longtemps tombé en désuétude !). Tout civil, qu’il se prétend être, le mariage à la mairie a beaucoup de mal à se dégager de son modèle religieux. D’abord dans les principes : « Nous nous sommes convaincus, dit Portalis, l’architecte du Code Civil, que le mariage, qui existait avant l’établissement du christianisme, qui a précédé toute loi positive, et qui dérive de la constitution même de notre être, n’est ni un acte civil ni un acte religieux, mais un acte naturel qui a fixé l’attention des législateurs et que la religion a sanctifié ».

Un enseignement alternatif : les écoles Steiner Waldorf

Ecrit par Jean-François Vincent le 27 octobre 2012. dans La une, Education, Culture, Société

Un enseignement alternatif : les écoles Steiner Waldorf

Mon fils est scolarisé dans une école Steiner. Ce fut le choix de ma femme, et je ne m’y suis pas opposé, malgré certaines réticences initiales.

Rudolf Steiner était, en effet, un mystique, membre de la société théosophique – fondée par Blavatsky, la célèbre ésotériste – qu’il quitta pour créer son propre mouvement, plus « chrétien » que celui de Blavatsky : l’anthroposophie. Steiner prétendait avoir accès à des mondes supérieurs, accessibles, disait-il, à tous par la méditation. C’est ainsi qu’il découvrit la lutte entre des êtres de lumières (les anges) avec les forces des ténèbres – les « lucifériens » et les « ahrimaniens » – joyeux mélange de judéo-christianisme et de mazdéisme (Ahriman, en effet, dans la religion mazdéenne, est l’éternel opposant au dieu lumineux, Ahura Mazda). Bref, un syncrétisme qui donna naissance à une « Eglise », nommée la Communauté des Chrétiens.

C’est ce bric à brac spirituel qui fit, un temps, classer l’anthroposophie parmi les sectes. En fait, les doctrines ésotériques de Steiner ne sont pas enseignées aux enfants ; même les enseignants ne les connaissent pas toutes. Aucun endoctrinement ni aucun embrigadement ne retiennent parents ou élèves captifs : chacun est libre de venir et de s’en aller.

Anatomie des gauches

Ecrit par Jean-François Vincent le 20 octobre 2012. dans La une, France, Politique, Culture, Histoire

Les gauches françaises, Jacques Julliard, Paris, Flammarion, 2012

Anatomie des gauches

La parution d’un nouveau livre de Jacques Julliard éveille a priori chez moi la méfiance : j’ai trop en mémoire ses habitudes bistrotières sur la chaine LCI, où il devisait avec son compère, Luc Ferry, sur le mouvement des idées, dans le cadre d’une sorte de café philo de médiocre tenue…

Mais, en l’occurrence, nous sommes en présence d’une véritable somme, de facture universitaire, avec notes de bas de pages, bibliographie détaillée, et – chose rare dans les mœurs intellectuelles françaises ! – index. Chaque chapitre est, en outre, accompagné de portraits croisés de personnalités, dont certains ont le trait fulgurant. Ainsi la description de Mendès France comme « une réincarnation des prophètes d’Israël, avec peut-être une préférence pour Jérémie et un recul instinctif à l’égard des compromissions qu’exige la conservation de ce même pouvoir ».

Indonésie/Trinidad de Ricker Winsor

Ecrit par Jean-François Vincent le 06 octobre 2012. dans La une, Notre monde, Voyages

traduction : Jean François Vincent

Indonésie/Trinidad de Ricker Winsor

Il y a autant de distance entre l’Indonésie et Trinidad qu’il peut y en avoir entre deux points situés sur cette latitude. Elles sont aux antipodes l’une de l’autre, éloignées de quelques 19.000 kilomètres. L’Indonésie est le plus grand pays musulman du monde, un archipel d’environ 17.500 îles. Je me demande si tant est qu’on les ait jamais comptées. Les indonésiens parlent 350 dialectes, mais ils se sont mis d’accord sur une langue commune, le « Bahasa Indonesia », qui signifie simplement la langue indonésienne. L’Indonésie est peuplée depuis la nuit des temps. On a découvert récemment un petit humanoïde nommé Flores Man, le « Hobbit », mesurant à peu près un mètre. Il a survécu jusqu’à il y a environ 12.000 ans, après quelques 80.000 ans de résidence en ces lieux. Nous ne savons pas grand-chose de notre passé sur cette planète. Les hommes ont le cerveau et l’apparence que nous avons depuis 150.000 ans ; mais nous ignorons tout de ce qu’ils faisaient. Je ne pense pas qu’ils se contentaient de taper sur le sol avec un bâton. L’Indonésie a été bouddhiste et hindoue, et le reste dans une certaine mesure ; mais, en fait, comme dans beaucoup d’endroits, l’Islam a pris le relais. Pourquoi cette expansion si rapide ? Et pourquoi le Christianisme semble-t-il disparaitre ?

Qu'est-ce que le blasphème ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 29 septembre 2012. dans Monde, La une, Religions, Actualité, Politique, Vie spirituelle

Qu'est-ce que le blasphème ?

Les évènements récents ont amené médias et simples particuliers à utiliser – sans modération ! – le mot blasphème, prétendument connu, comme s’il avait livré tous ses secrets. Loin de là !

Blasphemein, en grec, signifie simplement : dire du mal de. Dans l’antiquité païenne, la véritable accusation n’est pas celle-ci, mais celle d’asebia, d’impiété : l’impie manque de respect à la divinité qui s’en offusque. C’est, au fond, le sens moderne. Ainsi – un exemple parmi beaucoup d’autres ! – Phidias se représenta lui-même et Périclès sur le bouclier d’Athéna de la frise qui orne le fronton du Parthénon, le temple qui lui est dédié. Outrage qui dépasse le simple orgueil, mais constitue un crime de lèse-déesse ; Phidias fut mis en prison. C’est ce que l’on comprend aujourd’hui, quand on parle de blasphème : une incorrection, une incivilité envers Dieu ou son prophète, donc, indirectement, envers Lui-même.

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