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Sulfureuses Lumières : du féminisme islamophobe au nouveau complot mondial

Ecrit par Jean-François Vincent le 19 mai 2012. dans La une, Actualité, Société

Sulfureuses Lumières : du féminisme islamophobe au nouveau complot mondial

L’extrême droite a changé : elle a abandonné la haine à visage découvert, l’antihumanisme avoué, la négation des droits de la personne ; elle a embrassé – du moins feint-elle de se présenter ainsi – les valeurs de progrès et de liberté pour lesquelles s’étaient battus les philosophes des Lumières…

Oui, mais dans quel but ? Les exemples hollandais, belges et français le montrent : il s’agit de mieux distiller la xénophobie.

Au Pays-Bas, le politicien Geert Wilders est à l’avant-garde du féminisme islamophobe. Son discours a les apparences de la pondération, puis, au cours d’une phrase, dérape dans l’excès. Ainsi déclarait-il sur le site Infonu.nl :

Islam-apologeten spiegelen niet-moslims vaak het beeld voor dat de vrouw in de islam heel veel rechten heeft en op gelijke voet staat met de man. Als we echter een blik werpen in de koran en de Hadith, dan rijst een heel ander beeld op. De vrouw in de islam is allesbehalve gelijkwaardig aan de man, alle propagandistische verhalen van islamverdedigers ten spijt. « Les thuriféraires de l’Islam renvoient souvent aux non-musulmans l’image d’une femme qui aurait des quantités de droits et serait sur un pied d’égalité avec l’homme.

Le PS ne peut-il gagner une élection que par rejet de l'autre ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 12 mai 2012. dans France, La une, Politique

Le PS ne peut-il gagner une élection que par rejet de l'autre ?

 

François Hollande est donc le deuxième président socialiste de la Vème république. Seulement le deuxième en 54 ans ! Paradoxe. Il y eut des poussées – suivies de reflux ! – de la gauche aux législatives tout au long des années 60-70, des victoires retentissantes aux municipales, et ce dès 1977 ! Mais aux présidentielles, pour qu’un socialiste puisse gagner, il semble que deux conditions soient nécessaires : il faut d’abord qu’il y ait un président sortant qui se représente (1981, 1988, 2012), en dehors de ce cas de figure, peu ou pas d’espoir (1969, 1974, 1995, 2007). Il faut ensuite – 1988 étant à part puisque c’était un socialiste qui sollicitait un second mandat – que ce président sortant soit l’objet d’un rejet à caractère personnel.

L’homme Giscard finit par être honni, suite à toute une série d’affaires (les diamants de Bokassa en particulier), mais surtout du fait d’une attitude hautaine et méprisante qui blessa beaucoup de monde, à commencer par son premier ministre, Chirac. Mépris. Serait-ce là l’origine du rejet ? Il est frappant de remarquer l’usage du mot par les deux hommes, Giscard et Sarkozy. Le 27 novembre 1979, à une question d’Alain Duhamel sur les diamants, Giscard répond par ces mots : « Enfin, à la question que vous m’avez posée sur la valeur de ce que j’aurais reçu comme ministre des finances, j’oppose un démenti catégorique et, j’ajoute, méprisant ».

La droite aux abois

Ecrit par Jean-François Vincent le 05 mai 2012. dans France, La une, Politique

La droite aux abois

Les quelques six millions et demi de voix hurlant « TROP ! » (d’immigrés, d’étrangers, etc…) ont fini par faire sauter les derniers verrous de réserve, d’embarras, de gêne qui dissuadaient encore la droite dite républicaine de s’allier avec l’extrême-droite. Et il ne s’agit même plus d’afficionados acquis par avance à la cause (la « Droite populaire »), mais de caciques, de vieux routiers, certes renouant avec leur jeunesse, mais quand même : un respectable ministre de la défense ex-giscardien, ex-néolibéral, s’exprimant dans Minute – tout un symbole ! – pour dire tranquillement que Marine Le Pen n’ayant jamais – à la différence de son père – été condamnée pour propos racistes ou diffamatoires, il n’y avait aucune raison de ne pas discuter même de « sujets difficiles » avec elle…

Le chef, lui-même, dans ses ultima verba, n’a-t-il pas dit que le FN était désormais « compatible » avec la République ? La messe est dite ; sitôt le chef enterré, on se pressera pour faire partie de la nouvelle coalition (extrême) droitière, le Rassemblement Bleu Marine : parfum de vacances, sable chaud, fascisme BCBG, très rive gauche, à l’image de ce grand magasin chic, dont ce pourrait être le nom de la nouvelle collection d’été… Oui, incroyable mais vrai, le « TROP ! » s’est imposé naturellement, comme allant de soi, la révolution culturelle de la droite s’est accomplie en quarante-huit heures.

Politique-fiction : et si Marine Le Pen devenait un jour la Viktor Orbàn française ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 27 avril 2012. dans France, La une, Politique

Politique-fiction : et si Marine Le Pen devenait un jour la Viktor Orbàn française ?

Malgré toute l’énergie du désespoir avec laquelle il va se battre jusqu’au bout, le sort de notre président-candidat est très vraisemblablement scellé ; et avec lui celui du parti de circonstance, créé par Chirac pour le servir et repris par Sarkozy dans le même but : l’UMP.

Grande alors sera la tentation de la Droite Libre, parti lepénisant à l’intérieur du parti, de s’allier avec la nouvelle formation (on parle d’un changement de nom) animée par Marine le Pen. La relative proximité de son score avec celui de son père en 2002 – 17,97% contre 16,86% – ne doit pas faire illusion : en voix, la progression, du fait de la faible abstention, est considérable ; 4.804.713 suffrages pour le FN il y a 10 ans, 6.248.515 aujourd’hui, soit une augmentation de 30% !

Face à une grande coalition de droite radicale essaieraient de se regrouper les débris modérés de feu l’UMP, le Nouveau Centre de Morin, les radicaux valoisiens de Borloo, et, peut-être le Modem de Bayrou, dans une troisième force ressuscitée, partenaire naturelle du PS, comme elle fut celui de la SFIO au bon vieux temps de la IVème république… Mais la pression montant, le sentiment antieuropéen et xénophobe s’exacerbant, quelque chose, un évènement, voire un simple fait divers, pourrait finalement amener le pôle droitier au pouvoir.

"citoyen" peut-il être un adjectif ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 20 avril 2012. dans France, La une, Politique

 

Cet emploi adjectival du vénérable substantif est apparu au milieu des années 90, entrant ainsi directement en concurrence avec « civique ». Néologisme ? Effet de mode ? Ignorance de l’étymologie (« civis », « civitas ») ? Un peu de tout cela sans doute ; mais il existe un partage des rôles assez précis : on parlera de devoir civique (voter), mais de marche (manifestation) citoyenne ; d’instruction civique, mais d’assemblée citoyenne (meetings de Mélenchon !) ; de morale civique mais d’éthique citoyenne.

« Civique » évoque la frugalité et la rigueur de la res publica romaine, son austère virtus ; alors qu’inversement, il existe des banquets, voire des pique-niques citoyens ! « Civique » a je ne sais quoi d’autoritaire, de contraignant, de puritain ; « citoyen », au contraire, est ludique, festif, épicurien. Les valeurs « civiques » – le respect des lois – a quelque chose de figé, de marmoréen ; les valeurs « citoyennes » vibrent des passions de la gauche : liberté, égalité, fraternité. Plutôt que fraternité (encore trop connotée religieusement), on préfèrera évoquer la solidarité citoyenne. C’est l’expression qu’emploie une ONG catholique se réclamant de sœur Emmanuelle… Exit la charité ! On pourrait même établir un tableau comparatif des connotations des deux mots :

Le référendum est-il dangereux ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 13 avril 2012. dans La une, Politique

Le référendum est-il dangereux ?

 

 

Notre président-candidat propose, dans son programme, toute une batterie de référendums, occasion de nous pencher sur ce type de scrutin, qui, tout au long de l’histoire contemporaine, a suscité maintes controverses.

Le référendum – à la différence du plébiscite, nous le verrons – n’appartient pas au vocabulaire politique romain. Le mot apparaît, pour la première fois, dans le langage diplomatique du XVIIIème siècle : un ambassadeur peut accepter ad referendum des propositions d’une puissance étrangère sous réserve que son gouvernement les ratifie.

Le référendum, c’est donc en référer à son mandant, dans le cas qui nous occupe, le peuple. Cette ratification par le peuple correspondant, en science politique, à un régime intermédiaire entre la démocratie directe et la démocratie représentative.

Pâques-Pessah-Passage

le 06 avril 2012. dans La une, Religions, Actualité

Pâques-Pessah-Passage

 

Cette année – et c’est rare – la Pâques chrétienne (catholique et protestante du moins, la Pâques orthodoxe a lieu une semaine plus tard) coïncide avec Pessah. C’est la fête du renouveau. L’ancien n’est plus. L’ancien, le Hametz dans les foyers qui s’apprêtent à célébrer le Seder de Pessah, pour les chrétiens, cette vie mêlée de mort, cette « bios » limitée et liée à la mortalité, et qui doit faire place à la « zoe », la vie sans limite, sans borne, du siècle futur, du olam haba, ces temps messianiques à venir pour nous tous, et, pour les chrétiens, déjà inaugurés le jour de Pâques.

La Pâques est donc un passage, c’est là son sens littéral. Passage de la servitude à la liberté (le franchissement de la Mer Rouge), passage des ténèbres à la lumière. La fixation même de la fête chrétienne de Pâques est liée aux deux luminaires : le premier dimanche qui suit l’équinoxe de printemps (lorsque la période diurne commence à excéder la période nocturne) et la pleine lune (maximum de luminosité même la nuit !). Les forces du mal sont symboliquement chassées, et la liturgie byzantine emploie, à cet égard, une métaphore solaire : « que Dieu se lève ! Et ses ennemis seront dispersés ». Tout resplendit. « Tout est empli de lumière » chante-t-on dans l’Eglise d’orient aux matines de Pâques « le ciel, la terre et les enfers ».

Sarkozy ou l'épiphanie du racisme

Ecrit par Jean-François Vincent le 31 mars 2012. dans France, La une, Politique

Sarkozy ou l'épiphanie du racisme

Notre président-candidat a déclaré en parlant de deux des militaires assassinés par Mohamed Merah qu’ils avaient « l’apparence musulmane ».

Apparence : ce qui paraît ; les grecs, Platon en particulier, parlaient d’« eidos », la forme archétypale d’une chose qui détermine son aspect physique. Ainsi donc, pour Sarkozy, il y aurait une « idée » du musulman, et sans doute – ce serait la logique même – une « idée » du chrétien, et évidemment une « idée » du juif… Comment notre président se représente-t-il, dans son « kosmos noeton », son monde intelligible, l’archétype du juif ? Le nez crochu et les oreilles pointues, comme dans les caricatures nazies ?

Il pourrait ainsi faire toute une exposition sur l’anthropométrie des religions. Le régime de Vichy en avait fait une du 5 septembre 1941 au 15 janvier 1942 ; elle s’intitulait « le Juif et la France » et servait – entre autres – à aider les goyim à « reconnaître » les juifs…

En réalité, ce qui « apparaît » dans ce lapsus linguae, c’est une assimilation du concept de religion à celui d’appartenance ethnique : un musulman, ça ne peut être qu’un arabe ou un noir… Et tous les musulmans – et ils sont nombreux - de type « européen », et ceux de type « asiatique » (cf. l’Indonésie) ? L’anthropométrie présidentielle marche au faciès.

Opinion. L'horreur

Ecrit par Jean-François Vincent le 23 mars 2012. dans France, La une, Actualité

Opinion. L'horreur


« The horror, the horror ! », c’est par ces mots que le héros de Conrad conclut son roman, Heart of darkness. Oui, nous sommes au cœur des ténèbres. La « dédiabolisation » de l’antisémitisme a produit ses effets : ce n’est plus seulement le « sale juif » asséné aux élèves porteurs de kipas ou d’un nom « suspect » : maintenant on tue. Peu importe que le tueur soit ou non un fou, « ça » a été possible : « ça », l’inimaginable, tuer des enfants simplement parce qu’ils étaient juifs ! Ce crime a beaucoup de complices. Tous ceux qui stygmatisent les abattages rituels, bien sûr ; mais, plus généralement, tous ceux qui minimisent les actes d’antisémitisme, notamment lorsque ceux-ci proviennent d’autres élèves : « oh ! Il ne faut pas dramatiser… Ces gamins sont eux-mêmes en grande difficulté… ». Non ! Il faut dramatiser ! Il faut instaurer une tolérance zéro. Il n’y a pas, il ne saurait y avoir d’excuse de minorité pour l’antisémitisme. Tout propos, tout acte de violence antisémite doit être sanctionné et durement. L’irénisme n’est plus de mise : les « gamins » font le lit des futurs assasins. Leur impunité encourage les exactions.

Monétarisme et paupérisation

Ecrit par Jean-François Vincent le 02 mars 2012. dans Monde, La une, Politique

Monétarisme et paupérisation

Le monétarisme – je préfère ce terme à celui, ambigu, de libéralisme : synonyme de gauche dans les pays anglo-saxons, il désigne la droite en France – fut (ré)inventé dans les années 70 par l’école de Chicago, Milton Friedman en tête, aux fins de sortir de la stagflation de la fin des trente glorieuses : les politiques keynésiennes de la demande s’épuisaient, l’inflation (à deux chiffres) galopant, et les monnaies – flottantes – étant régulièrement, à tour de rôle, soumises aux agressions des marchés. Il s’agissait de « relancer » aussi l’économie, mais d’une autre manière : par l’offre. Offrir des produits de plus en plus bon marché, avec des salaires bloqués ou augmentant peu, mais avec un crédit de plus en plus accessible, les taux d’intérêts baissant et les monnaies s’appréciant.

Cette politique dite de l’offre s’identifia à deux personnalités majeures des années 80 : Thatcher et Reagan. Mais, au-delà de ces figures de proue, le monétarisme devint la vulgate de la pensée économique – pensée unique aux dires de certains ! – et s’imposa partout sous forme de restrictions budgétaires et de démantèlement de l’état-providence, là où il existait. La baisse des prix, et la contraction de la masse monétaire, indispensables à la réussite d’un pareil plan, furent considérablement facilitées par l’avènement d’une économie-monde, à un degré que n’aurait jamais imaginé Braudel, dans le sillage de révolution micro-informatique.

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