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La dialectique du singulier et de l'universel selon Sibony

Ecrit par Jean-François Vincent le 24 février 2012. dans Philosophie, La une, Psychologie

La dialectique du singulier et de l'universel selon Sibony


Recension du livre de Daniel Sibony, De l’identité à l’existence, l’apport du peuple juif, Paris, 2012.


Ce qui frappe dans le livre de Daniel Sibony, c’est la ternarité du cycle qui va de l’identité à l’universalité. Au commencement, il y a l’être, l’être humain comme l’Être divin. Sibony, à cet égard, fait un gros contresens herméneutique : le « Je suis Celui qui est » de la Genèse n’est pas « l’Être » abstrait et impersonnel, à la manière d’un Saint-Thomas d’Aquin, qui « définit » Dieu comme un « actus purus essendi », l’Être en acte, l’Être par excellence ; c’est, au contraire, un être personnel : le « Je » compte ici autant, voire même plus, que le « suis » ! Mais, soit ! L’être donc, de l’homme comme de Dieu, est le socle, l’origine de tout et de tous. Cette identité est confortable mais incarcérante, elle est amour mais aussi « esclavage de ce que l’on est » ; et cet esclavage est perçu comme une faille, une tension ad extra, qui pousse à ex-sister, à sortir hors de ce que l’on est pour se confronter à l’extérieur, et ainsi se transformer. Ensuite, après être sorti de soi et avoir intégré l’altérité, on peut rentrer, revenir d’où l’on était parti, enrichi.

De la valeur des civilisations... et des "valeurs" en général

Ecrit par Jean-François Vincent le 10 février 2012. dans France, La une, Société

De la valeur des civilisations... et des

 

Notre ministre de l’intérieur a suscité une indignation minutieusement préméditée, au cours d’une discussion avec les très à droite étudiants de l’UNI : « Contrairement à ce que dit l'idéologie relativiste de gauche, pour nous, toutes les civilisations ne se valent pas. Celles qui défendent l'humanité nous paraissent plus avancées que celles qui la nient. Celles qui défendent la liberté, l'égalité et la fraternité, nous paraissent supérieures à celles qui acceptent la tyrannie, la minorité des femmes, la haine sociale ou ethnique».

Au-delà du racolage électoraliste, se pose la question judicieusement soulevée par Pierre Windecker de la valeur. Une civilisation peut-elle s’analyser en termes de valeur ? Jadis on opposait ce que les allemands appellent les « Naturvölker », les peuples qualifiés autrefois de « primitifs », et qu’on nomme maintenant « premiers », des « Kulturvölker », ceux qui possèdent la « Hochkultur », c’est-à-dire l’écrit. Au nom de quels critères objectifs peut-on évaluer la « Hochheit », l’élévation d’une civilisation ? Ces critères, s’ils existent, relèvent d’un choix strictement personnel, donc d’un choix subjectif.

De la Virtus romaine à la vertu moderne

Ecrit par Jean-François Vincent le 20 janvier 2012. dans La une, Société, Histoire

De la Virtus romaine à la vertu moderne

 

Le 30 novembre 2006, lors de la séance annuelle de l’académie française, Pierre Nora s’étonna de la disparition d’un mot, signifiant occulté dont le signifié envahit pourtant toute la sphère publique :

« Pour qui a la faiblesse de prendre au sérieux la vertu – c’est mon cas –, un paradoxe s’impose comme une évidence massive : l’époque est obsédée de vertu, et le mot lui-même est devenu imprononçable.

« Je m’explique.

« D’un côté : l’esprit de vertu, qui est effort vers le bien, est la chose du monde aujourd’hui la plus répandue. Le moralisme coule à pleins bords. On le trouve partout. Il n’est qu’humanitaire, exclusion de l’exclusion, exhortation à la tolérance, ouverture à l’Autre, condamnation de toutes les formes de crimes contre l’humanité, repentance, culpabilité généralisée, droits de l’homme, de la femme, de l’enfant, de l’animal, de la nature. L’Empire du Bien étend partout ses tentacules. Et la vertu, ou plutôt le “vertuisme”, pour employer un mot qui n’existe pas dans le Dictionnaire, a envahi tous les domaines de la vie collective, en particulier ceux dont la logique de fonctionnement lui était en principe étrangère.

Vérités "légales" et délits d'opinion

Ecrit par Jean-François Vincent le 06 janvier 2012. dans France, La une, Société

Vérités

La loi du 22 décembre 2011, pénalisant la négation de tout génocide, suscite en moi des attitudes contradictoires. D’un côté, mes affects, mes « tripes » l’approuvent totalement. J’abhorre le, les négationnismes. Dans l’affaire du négationnisme turc à l’égard des évènements de 1915, tout me porte à la solidarité avec les arméniens : mon sens de la justice, ma sympathie pour mes coreligionnaires orthodoxes antéchalcédoniens, mes amitiés (ah ! Les après-midi passés à la librairie orientaliste de Samuelian à Paris !)… Pourtant, d’un autre côté, ce que mes sentiments soutiennent, ma raison me commande de le désapprouver.

La loi récente sur les génocides rejoint celle de 1990 (Gayssot) sur la négation du génocide juif. Dieu sait si j’abomine l’antisémitisme haineux qui s’infiltre par la pseudo-histoire d’un Faurisson ou d’un Le Pen ; mais, à l’époque – et c’est encore ma pensée actuelle – je me joignais aux voix de ceux qui se sont élevées contre cette criminalisation de la pensée, laquelle instaure une vérité « légale ». « Je suis absolument contre cette loi (Gayssot) » disait déjà Pierre Vidal-Naquet dans une interview au Monde daté du 4/5/96. « Elle risque de nous ramener des vérités d’état et de transformer des zéros intellectuels en martyrs ». L’état n’a pas à « dire » l’histoire, à proclamer la véracité, l’existence ou l’inexistence de ceci ou de cela.

Felicitas infelix. La naissance du bovarysme

Ecrit par Jean-François Vincent le 23 décembre 2011. dans Psychologie, La une, Société

Felicitas infelix. La naissance du bovarysme


Notre amie et rédactrice-en-chef, Martine L Petauton, a donc écrit une très instructive interprétation psychiatrique du cas Emma Bovary. Il reste qu’au-delà du personnage de roman, il existe désormais une véritable sociologie du bovarysme. De cas particulier et isolé au XIXème siècle, celui-ci devient de plus en plus un signe des temps : assomption du « je », recherche frénétique de l’épanouissement, impériosité du développement personnel avec – si besoin est – l’aide d’un « coach », autant de symptômes de ce bovarysme rampant et déferlant… Mais, au fait, le bovarysme, qu’est-ce que c’est ?

Ecoutons Emma elle-même : « avant qu’elle se mariât, elle avait cru avoir de l’amour ; mais le bonheur qui aurait dû résulter de cet amour n’étant pas venu, il fallait qu’elle se fût trompée, songea-t-elle. Et Emma cherchait à savoir ce que l’on entendait au juste dans la vie par les mots de félicité, de passion et d’ivresse, qui lui avaient paru si beaux dans les livres ». Bonheur, félicité, tout, tout de suite… Nous y voilà ; mais ces mots, au XIXème siècle, venaient de subir un retournement sémantique de première importance. Tel est l’objet de la présente étude.

L'universalisme juif

Ecrit par Jean-François Vincent le 09 décembre 2011. dans Philosophie, Monde, La une, Religions, Politique

L'universalisme juif


Recension du livre d’Alexandre Adler, Le peuple-monde, Paris, Albin Michel, 2011


On ne présente plus Alexandre Adler. Normalien agrégé, journaliste spécialiste de géopolitique, rien ne le prédisposait à parler du Judaïsme et de la judéité : issu d’une famille sécularisée, voire, pour certains de ses membres, carrément athée, initié au marxisme par son maître à normale sup, Louis Althusser, adhérent au PCF jusqu’à très tard (1980), il s’est réapproprié une religion et une culture, « le Judaïsme malgré tout », comme il le dit lui-même d’un ton presque résigné. Son essai est une vision très personnelle d’un peuple et de sa vocation historique.

« Chema Israël, Adonaï Elohenou, Adonaï Ehad ». C’est par cette citation du Deutéronome que commence le premier chapitre : « écoute, Israël, le Seigneur est notre Dieu, le Seigneur est un ». Ehad, l’unicité de Dieu est aussi son unité, au sens numérique du terme : Dieu est aleph, le chiffre 1. C’est pour cela que la création commence, non pas par l’aleph indicible et inaccessible, mais par le beth (b ou 2 comme on voudra) de Berechit (la Genèse).

La curée et l'enculeur

Ecrit par Jean-François Vincent le 25 novembre 2011. dans La une, Actualité, Société

La curée et l'enculeur

 

Il y a des cas où un non-lieu est une malédiction, où l’absence de jugement alimente la rumeur, où l’on ne cesse de présumer – l’innocence ou la culpabilité – faute d’avoir une certitude. Seule l’autorité de la chose jugée permet de clore les débats.

Disculpé sans être totalement blanchi, libre tout en restant sur la sellette, DSK purge une peine à la fois politique et médiatique. Politique, il est devenu un pestiféré : mis au ban de la campagne présidentielle, cordialement invité à ne pas venir aux meetings, DSK vit reclus, d’une réclusion bien involontaire, dans son appartement de la Place de Vosges, recevant les rares visites de la poignée de fidèles qui ne l’ont pas encore renié ou trahi. Médiatique, il subit l’amalgame des amateurs de faits divers salaces et de sensationnel : mélangeant la carpe et le lapin, ceux-ci confondent allègrement et délibérément des accusations d’agression sexuelle et des participations à des parties fines, sans doute embarrassantes sur le plan de l’image, mais parfaitement légales. Bref, DSK n’en finit plus de porter sur ses épaules le poids de son libertinage passé. La curée dont il est l’objet stimule cette joie maligne, cette « Schadenfreude » qui fait que l’on prend un répugnant plaisir à envoyer un dernier coup de pied à l’homme déjà à terre.

La paternité matricielle

Ecrit par Jean-François Vincent le 18 novembre 2011. dans Vie quotidienne, La une, Psychologie

La paternité matricielle

Il y eut récemment une polémique concernant l’introduction dans certains manuels scolaires de SVT (Sciences de la Vie et de la Terre) de ce que l’on appelle les « gender studies », c’est-à-dire une interrogation sur l’identité sexuelle au niveau psychologique : la différence est-elle intrinsèque et sui generis ? Ou est-elle construite par la société ? Est-on homme/femme par nature ou de par la culture ? L’essentialisme défendu par l’Eglise catholique se heurte à l’observation empirique qu’il y a des femmes très « viriles » et des hommes très « femme ».

Bref, la cause est entendue : on ne naît pas femme, on le devient… Sauf, dit le consensus, dans un domaine très particulier, un domaine où le « différentialisme » reprend tous ses droits. Ce domaine se nomme, en anglais, le « nurturing », mot difficilement traduisible qui inclut l’éducation mais aussi la nutrition, le fait de nourrir au propre et au figuré, les mille et une attentions qu’un bébé requiert et sollicite. En un mot, c’est la femme qui a la haute main sur la petite enfance ; et ce véritable matriarcat affectif se moule parfaitement dans le schéma canonique qui régit (ou devrait régir) les relations familiales : le père tenant le rôle du tiers qui s’interpose entre la mère et l’enfant, mettant fin à la fusion et ouvrant ainsi le champ aux autres et à la Loi.

L'antisémitisme qui vient

Ecrit par Jean-François Vincent le 11 novembre 2011. dans Racisme, xénophobie, Monde, La une, Politique, Société

L'antisémitisme qui vient

La nouvelle propagande antijuive, Pierre-André Taguieff, Paris, Puf, 2010


Pierre-André Taguieff est un pionnier du combat à la fois antiraciste et antiracialiste, son livre sur La force du préjugé a fait date. C’est donc avec une grande tristesse qu’il a vu, petit à petit, l’antiracisme se saisir de l’antisionisme pour aboutir finalement aux formes les plus odieuses et les plus « nazillardes » de la judéophobie. Le dernier ouvrage de Tagueiff ne saurait prétendre ni à l’exhaustivité ni à l’impartialité : c’est l’œuvre d’un adversaire acharné de l’antisémitisme et de la haine en général. Il nous rappelle des faits oubliés ou passés sous silence.

Tout d’abord il y a l’incroyable assimilation du sionisme et du racisme. Cette assimilation n’est pas uniquement, comme on pourrait le croire, diffusée par la propagande de groupuscules extrémistes : elle a été le plus officiellement du monde votée par l’ONU !… La respectable institution a adopté, en Assemblée Générale, le 10 novembre 1975, la résolution 3370, qui « condamne le sionisme comme une forme de racisme et de discrimination raciale ».

16 octobre, Hollande élu ... par la droite !

Ecrit par Jean-François Vincent le 28 octobre 2011. dans France, La une, Politique

16 octobre, Hollande élu ... par la droite !

 

Il est clair que les votants n’étaient pas exclusivement socialistes, encartés ou sympathisants. La gauche de la gauche a voté pour… Aubry.  Consigne claire de la part d’Europe-écologie ; pour le parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon, il fallait choisir entre « le plus pire » et « la moins pire »… Restent évidemment les centristes et la droite. Leurs motivations ? Tout sauf Aubry, l’archéo-gaucho, mère des 35 heures ! Bien sûr, il y avait eu le – très médiatique – ralliement de Chirac himself en juin de cette année, mais aucun élément tangible… Jusqu’à ce que la sociologie électorale en apporte a posteriori la preuve.

Voici un examen du vote du 16 octobre dans deux grandes villes passées à gauche mais traditionnellement de droite : Paris et Lyon. A Paris, où donc Hollande réalise-t-il ses meilleurs scores ? Dans le 16ème arrondissement !!! 64,50% ! Auteuil, Passy, ses larges avenues et ses hôtels particuliers cossus, suivi de près par le 7ème arrondissement (le Bd Saint-Germain, le « noble » boulevard aux demeures aristocratiques) 62,81%, et le 8ème arrondissement (l’Etoile, les Champs Elysées) 61,53 %.

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