Articles taggés avec: Jean-François Vincent

Le mouvement des "indignés" : démocratique ou "chaocratique" ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 21 octobre 2011. dans Monde, La une, France, Politique

Le mouvement des

Le mouvement des indignés, qui, sous l’impulsion du petit livre de Stéphane Hessel, s’étend un peu partout dans le monde, pourrait bien enrichir le vocabulaire de la science politique. Comment, en effet, définir leur mouvement ? Eux-mêmes se définissent comme la « vraie » démocratie (« real democratia ya » crie-t-on à Madrid, « we are the 99% » lit-on sur les écriteaux de New-York et de Stockholm). Pourtant ils refusent la notion – essentielle ! – de représentation : en démocratie directe, comme dans certains cantons suisses, le collège législatif inclut l’ensemble des citoyens ; les indignés, eux, ne sont qu’une infime partie des citoyens, qui, malgré tout, prétend parler pour tous et ce sans mandat. Pars pro toto ! Autoproclamés majorité pas silencieuse, ils détournent à leur profit la légitimité morale et politique issue de la souveraineté populaire, un peu comme, dans certaines grèves estudiantines, les « coordinations » affirmant parler au nom de tous les étudiants, alors qu’elles ne sont la voix – à peine ! – que d’un amphi…

Les indignés s’arrogent donc une souveraineté qu’ils n’ont pas ; mais, outre leur illégitimité de base, ils ne font rien ou presque de cette prétendue souveraineté… Au grand désespoir des trotskistes ! Ceux-ci, accourus dès leurs premières manifestations, s’affligent, tel Peter Schwarz de wsws.org (world socialist web site), de leur « inertie ».

La faille de la constitution de 1958

Ecrit par Jean-François Vincent le 14 octobre 2011. dans France, La une, Politique

La faille de la constitution de 1958

 

Le phénomène des cohabitations successives (1986, 1993, 1997) a été une source inépuisable d’hilarité pour nos voisins européens et au-delà : Plic et Ploc, le président et son meilleur ennemi et futur adversaire à la prochaine élection, son premier ministre, se présentant, bras-dessus, bras-dessous, aux conférences de presse, essayant de faire taire leurs divergences tout en s’efforçant de gêner le plus possible leur rival !… Vaudeville dérisoire dont le spectre n’a pas été totalement éliminé par la réforme du quinquennat de juillet 2008 : il suffirait qu’un président procède, en cours de mandat, à une dissolution ratée, comme en 1997, pour qu’une bicéphalie conflictuelle de l’exécutif s’instaure à nouveau.

Le remède pourtant eut été simple : le président désavoué par les urnes refuse de se démettre ? Le nouveau parlement dépose à son encontre une motion de censure qui le contraint à démissionner ! Une telle disposition n’existe pas dans notre loi fondamentale. Pourquoi ? Pour le savoir, il faut remonter aux origines historiques – souvent méconnues, y compris dans les manuels de droit constitutionnels ! – de la constitution de la Vème république.

Senex Triumphans

Ecrit par Jean-François Vincent le 30 septembre 2011. dans France, La une, Politique, Actualité

Senex Triumphans

Première non seulement sous la Vème, mais sous toutes les républiques : le sénat passe à gauche ! Le bicaméralisme a toujours été conçu comme un dispositif de modération de la chambre basse par la chambre haute ; d’où souvent un mécanisme de désignation qui exclut le suffrage universel direct. En France, le caractère provincial de l’assemblée du Luxembourg (surreprésentation des campagnes par rapport aux villes) et l’âge de ses membres – minimum 35 ans et, la plupart du temps, beaucoup plus ! – semblaient l’ancrer définitivement à droite… Mais voilà ! À force, pour la majorité, de perdre élection locale sur élection locale, la défaite a fini par prendre un caractère national.

Reste à expliquer ce paradoxe issu d’une idée reçue : pourquoi serait-on plus à droite quand on est vieux ? Parce qu’on est moins enclin à la colère ? Plus prompt à la résignation/conciliation ? Les exemples d’évolution vers la gauche à travers le temps ne manquent pourtant pas ; ainsi Victor Hugo, de légitimiste qu’il était dans sa jeunesse, a fini républicain après un bref passage par le bonapartisme, suivant ainsi fidèlement la ronde des régimes successifs !

Faut-il reconnaître un état "palestinien" ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 23 septembre 2011. dans Monde, La une, Politique

Faut-il reconnaître un état


Pour reconnaître un état, il faut, au moins, deux conditions : un territoire spécifique doté d’une population identifiable et un « futur » gouvernement offrant un minimum de garanties à la communauté  internationale. Qu’en est-il pour la « Palestine » ?

Celle-ci est issue du démembrement de la partie arabe de l’empire ottoman (en fait, une colonie turque), tel qu’imaginé par les accords Sykes-Picot de 1916, et avalisé par le traité de Sèvres de 1920. Aux Britanniques était donné en « mandat » (de fait, un protectorat) toute la partie méridionale de l’ex-empire. Trois entités furent ainsi constituées : l’Irak, érigé en royaume et donné à Fayçal, fils d’Hussein d’Arabie ; tant qu’à la Jordanie (s’étendant de part et d’autre du Jourdain), elle fut divisée en deux : la Transjordanie, créée en émirat et offerte à Abdallah, autre fils d’Hussein, et la Cisjordanie ou Palestine (du nom latin dont Hadrien baptisa la région) administrée directement par les Anglais, les deux autres principautés étant des espèces de dominions à l’autonomie limitée. La Transjordanie, devenue elle aussi royaume en 1946, occupa la Cisjordanie, au moment de la guerre de 1948, puis l’annexa le 24 avril 1950.

Laïcité : positive, négative ou neutre ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 09 septembre 2011. dans France, La une, Politique, Société

Laïcité : positive, négative ou neutre ?


Le Christianisme des Evangiles est on ne peut plus « laïc », comme le montre fort bien le théologien allemand Erik Peterson, dans son magistral petit livre Monotheismus als politisches System ; la disparition progressive de la distinction entre « César » et « Dieu » est une pathologie propre à l’Eglise d’Occident : issu d’un faux historique, la « Donatio Constantini », au terme duquel le Latium aurait été donné au Pape de Rome par Constantin, le césaropapisme resta inconnu en orient, où l’Eglise orthodoxe, jusques et y compris l’ère communiste, fut étroitement soumise au pouvoir politique… Cette confusion du spirituel et du temporel aboutit, sur un mode mineur, au cléricalisme, cette immixtion permanente du clergé dans les affaires publiques.

En France, l’acte de décès du cléricalisme est la loi de 1905. Que dit-elle ? Art. premier : la République assure la liberté de conscience. Art. 2 : la République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. Dans son discours du Latran, prononcé par Sarkozy dans la basilique du même nom, le 20 décembre 2007, le chanoine du Latran – car c’est son titre – se démarqua de cette loi (une première pour un Président de la République en exercice) en prônant une « laïcité positive » :

Billet du jour : Tout est bien qui finit bien ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 26 août 2011. dans France, La une, Politique

Billet du jour : Tout est bien qui finit bien ?



Le non-lieu qui vient de clore le volet pénal de l’affaire DSK/Diallo montre que tout résidait – et réside encore – dans l’élément psychologique : c’est de l’absence de consentement que résulte, en droit, le crime ; c’est donc la parole de l’accusatrice contre celle de l’accusé… Question de crédibilité ! Si DSK a gagné judiciairement, c’est moins parce qu’on l’a cru, lui, que parce que Nafissatou Diallo s’est décrédibilisée à force de mentir… L’issue du procès dépendait de la confiance que le parquet accordait ou non aux dires des deux parties. Confiance, crédibilité, DSK n’en a pas fini avec ces vertus  cardinales : il n’a pas vraiment convaincu, il a vaincu par défaut, par le défaut de son adversaire. Il doit encore reconquérir  le crédit qu’il a perdu dans l’opinion. Le sérieux du professeur agrégé d’économie politique n’est pas en cause : c’est de l’homme qu’on a douté, de sa capacité à réagir avec sang-froid aux situations imprévues, de son aptitude à rester maître de ses passions et de ses pulsions, à ne pas laisser ses émotions obscurcir sa faculté de juger.

Au-delà de l'innocence ...

Ecrit par Jean-François Vincent le 12 août 2011. dans Monde, La une, France, Politique

Au-delà de l'innocence ...


Plantu a parfois le trait féroce, mais il exprime souvent le sentiment d’un grand nombre. Dans le Monde daté du 10 août, il représente Nafissatou Diallo trainant un aspirateur en forme de caméra et aspirant l’imperméable d’exhibitionniste - style pervers pépère ! - de DSK, d’où s’échappent billets de banque, lingerie fine, et préservatif ! D’un côté, la pompe à fric manipulatrice, de l’autre le fétichiste vicelard…Ce que dit ce dessin, c’est que, quelle que soit l’issue des procès en cours, l’image de l’homme est atteinte. Certes, en France, on ferme les yeux sur la vie privée des politiques : tout au plus s’amuse-t-on d’un Félix Faure succombant, en pleins ébats, dans ses appartements  privés de l’Elysée, ou bien encore des frasques d’un Giscard, éméché après une nuit d’ivresse, défonçant un camion laitier au petit matin ; pour ne rien dire du donjuanisme d’un Chirac draguant, malgré son grand âge, une élue socialiste sous les yeux blasés et pourtant courroucés de Bernadette…

Sic transit gloria mundi ...

Ecrit par Jean-François Vincent le 01 août 2011. dans Monde, La une, Politique

Sic transit gloria mundi ...

Saint Augustin, dans le livre XVIII de la Cité de Dieu, décrit le décalage des empires d’est en ouest, de Babylone jusqu’à Rome, seconde Babylone…Du XIXème au XXème siècle, la dominance a franchi l’Atlantique ; mais, alors qu’il y a un siècle, rien ne laissait deviner le déclin d’Albion, les Etats-Unis, de nos jours, étale, aux yeux de tous, les stigmates de leur déchéance à venir.


1911. La pax britannica règne. L’empire, si l’on inclut les dominions (qui seront entrainés, comme un seul homme, dans la guerre, en 1914) s’étend du Canada à la Nouvelle-Zélande,  des West Indies (Antilles) jusqu’à Hong Kong. La livre sterling vaut de l’or ; et le budget est en équilibre. La Royal Navy est la première flotte mondiale. L’armée de Sa Majesté peut intervenir dans n’importe quelle région du globe ; et malheur à qui aurait des velléités de dissidence : dans les années 1880, la révolte du Mahdi, messie du Shiisme duodécimain, fut matée – et de quelle manière ! – par Kitchener, donnant lieu à l’une des dernières charges de la cavalerie anglaise, à laquelle participa le jeune lieutenant Churchill ; et au tournant du siècle, les Boeren (en néerlandais, les paysans), Afrikaner descendants de colons hollandais, furent finalement vaincus, malgré l’aide que leur apporta le Kaiser, Guillaume II.

Une curiosité constitutionnelle : le troisième Reich

Ecrit par Jean-François Vincent le 18 juillet 2011. dans La une, Histoire

Une curiosité constitutionnelle : le troisième Reich

Reich signifie, en allemand, empire. « Das dritte Reich » se traduit donc par le troisième empire… Un empire sans empereur, comme c’est bizarre !

La bizarrerie remonte plus haut. La république de Weimar était déjà… un empire ! La constitution de 1919 proclame dans son article premier : « das deutsche Reich ist eine Republik », l’empire allemand est une république ! De fait, l’Allemagne des années vingt avait un Reichpräsident et un Reichstag (et non un Bundestag), ainsi qu’une Reichswehr. C’est l’écrivain Arthur Möller van den Bruck qui, dans son livre « Das dritte Reich », paru en 1923, parla pour la première fois de troisième empire : il y eut d’abord le saint empire romain germanique, auquel Napoléon mit fin en 1804, puis l’empire wilhelmien fondé en 1871 (et non formellement aboli par la constitution de 1919), enfin Möller van den Bruck appelle de ses vœux la formation d’un « troisième empire ». Hitler ne reprit jamais la formule, même après l’incendie du Reichstag et l’adoption du « Führerprinzip » qui lui donnait les pleins pouvoirs ; cependant, dès l’Anschluss (1938) on commença à parler de « Grossdeutsches Reich », lequel devait durer mille ans, et ce titre devint officiel en 1943…

Les gogos et les salauds

Ecrit par Jean-François Vincent le 27 juin 2011. dans Monde, La une

Les gogos et les salauds

Deuxième regard sur "La Flottille de la liberté" (NDLR)


Une seconde flottille pour Gaza a appareillé, « une flottille pour la liberté » disent les organisateurs ; à son bord des responsables politiques, syndicaux, associatifs. …De l’extrême gauche trotskiste représenté par son chef, Alain Besancenot, jusqu’aux écologistes et au PS, toutes les nuances du progressisme et du droitdelhommisme, entendu au sens du bien penser et de la politique spectacle, toutes les belles âmes humanitaristes se coalisent pour une action d’éclat : briser le blocus imposé par Israël, faire mordre la poussière au gouvernement Netanyahou, et soulager les souffrances des gazaouis…

Comme toujours dans ce genre d’affaires, il y a les gogos, ceux que l’on sollicite sur les marchés et qui ouvrent généreusement leur portefeuille : c’est, en partie grâce à eux, que furent recueillis les quelques 600.000 euros nécessaires à l’affrètement d’un des bateaux français : a vot’bon cœur, m’sieurs dames, c’est pour la bonne cause, celle de la résistance, de l’indignation face à l’oppresseur des peuples : Israël.

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