Articles taggés avec: Jean-François Vincent

"Billet du jour" : Le deuxième Vietnam

Ecrit par Jean-François Vincent le 24 juin 2011. dans Monde, La une, Politique


Vous avez aimé le départ acrobatique, en hélicoptère, des derniers américains de Saïgon ? Vous allez adorer leur fuite hors de Kaboul … La décision de Barack Obama – immédiatement suivie par celle de Sarkozy  - de se retirer d’Afghanistan, préfigure un scénario à la vietnamienne : Richard Nixon, en son temps, n’avait-il pas parlé d’une « vietnamisation » de la guerre ? Avec les résultats que l’on sait : écroulement du régime fantoche sud-vietnamien, qui ne pouvait se maintenir en place que grâce à l’armée américaine, et avènement du communisme dans toute l’ex-Indochine. Les mêmes causes ne manqueront pas de produire les mêmes effets : Hamid Karzai, le proconsul installé par Washington dont le pouvoir se limite peu ou prou à la capitale, repartira dans les fourgons de l’US army ou subira un sort moins enviable s’il décide malgré tout de rester, pour assister, tel le commandant du Titanic, au naufrage de son gouvernement.

Cette défaite militaire et politique, qui, pour les Etats-Unis, sera la deuxième de leur histoire, ne manquera pas de causer la même blessure narcissique, la même flétrissure d’amour propre, le même impossible travail de deuil d’une supériorité qui n’est plus, et dont les superproductions hollywoodiennes (Rambo) ne furent que l’affligeant symptôme.

Retour sur la question Goy

Ecrit par Jean-François Vincent le 14 juin 2011. dans La une, Religions, Vie spirituelle

Retour sur la question Goy


Pendant longtemps, à l’époque où l’antisémitisme était sans complexe et imposait sa thématique à tous, fleurissaient un peu partout des articles doctes sur la « question juive ». Qui dit question, dit problème. Ou donc était le problème ? Etait-ce celui de la différence, de l’altérité, laquelle obligeait les juifs à se faire le plus ressemblants possible, à prendre des prénoms chrétiens, et même, dans certaines familles, à fêter Noël ? L’altérité n’est-elle pas plutôt du côté des goyim, des non-juifs, des païens (ou des gentils) ? Ce sont ceux qui ne sont pas dans l’Alliance qui ne sont pas « comme tout le monde ». L’homme a été créé en vue de l’Alliance. Dire que pour le Goy Kadosh, le peuple saint, les autres goyim, les autres peuples, n’ont jamais posé problème serait aller trop loin, mais, d’un pont de vue strictement spirituel, ce ne fut pas le cas. Il est très difficile aux religions du livre de reconnaître celui qui ne leur appartient pas, celui qui n’a pas la « bonne » foi. Le Christianisme, jusqu’à l’impulsion décisive en sens inverse donnée par Vatican II, ne donnait pas cher de l’avenir posthume des non-chrétiens : « hors de l’Eglise, point de Salut » disait sinistrement, au IIème siècle, Tertullien.

Le portrait du président comme un scorpion

Ecrit par Jean-François Vincent le 09 mai 2011. dans France, La une, Politique, Histoire

Le portrait du président comme un scorpion

Reflet du jour

10 mai 1981. Alors que la foule en liesse, à la Bastille, conspue les noms des journalistes dont les têtes vont tomber, François Mitterrand prépare son intervention télévisée : masque impénétrable, le sphinx, aucune émotion apparente… Mitterrand a et gardera sa part de mystère. Et si sa psychologie pouvait bénéficier d’une lecture astrologique ? L’astrologie en tant que caractérologie bien sûr, non comme un art divinatoire. Mitterrand était scorpion. Rarement homme aura été plus scorpion que lui. C’était d’abord un être de désir. Certes, tout homme politique est un être de désir ; mais chez certains, ce désir se cantonne à la sphère du pouvoir : Mitterrand, lui, désirait tous azimuts, les femmes, les livres, les élections. Mitterrand phœnix – ardet nec consumitur ! – dont le feu intérieur scandait le rythme de ses morts et de ses renaissances. La mort, en bon scorpion, il l’a aimée, observée, recherchée. Une mort onirique, dans un premier temps, fantasmée, virtuelle, à travers la fiction romanesque. Guetteur de l’Au-delà, il aura questionné théologiens et philosophes, et hanté les lieux sacrés ou réputés tels ; et puis il y eut la vraie, la mort-crabe qui ronge du dedans et qu’il a cherché à dominer ultimement par l’euthanasie.

Ecce Eco !!

Ecrit par Jean-François Vincent le 25 avril 2011. dans Racisme, xénophobie, La une, Société, Littérature

Ecce Eco !!


A propos du livre d'Umberto Eco, "le Cimetière de Prague"


Il professore serait-il schizophrène ? Nombreuses, en effet, sont les ressemblances qui l’unissent à son héros : polyglotte, piémontais, érudit, amateur de bonne chère….Hypothèse : et si Simonini était le double d’Eco, politiquement incorrect parce qu’ignoble ? L’ensemble du roman serait ainsi un immense exutoire où Eco donnerait libre cours à des détestations qu’un distingué sémiologue ne saurait, en toute bienséance, étaler en public. Dès la page 29, Simonini nous livre sa devise : « odi ergo sum », « je hais donc je suis ! ». Les haines, Simonini les accumulent, en fait une sorte de florilège des plus impressionnants, qu’on en juge : il est germanophobe, francophobe, italophobe, misogyne, anticlérical, anti-maçons et – last but not least – antisémite.

"Le Judaïsme et l'Esprit du monde" de Shmuel Trigano

Ecrit par Jean-François Vincent le 25 mars 2011. dans La une, Religions, Histoire

Dieu comme oxymore : la dualité de la Présence/Absence

Un concept revient sans cesse tout au long de ce colossal ouvrage : la notion, forgée par le rav Isaac ben Solomon Louria (XVIème siècle), de tsimtsum, cette « contraction », cette concentration de Dieu en Lui-même, qui est à l’origine du monde. Au départ, il n’y avait que Dieu, que l’Etre, et rien d’autre ; pour qu’un autre soit, il fallut d’abord que Dieu suscitât en son sein le rien ontologique, la place vide, dans  laquelle – à partir de laquelle – la creatio ex nihilo fût possible. Cette vacuité se nomme, en hébreu, makom, le lieu, l’espace où une créature, une chose distincte de Dieu peut apparaître. Makom est un des noms divins, vertigineuse intuition : Dieu « s’absente » de lui-même, afin de « créer » le néant, le non-être d’où surgiront les êtres. Les Pères grecs  déjà avaient pensé la ktisis, la création, comme une diastasis, un espacement, une distanciation ; mais ils n’avaient pas été jusqu’à introduire cette distanciation à l’intérieur même de Dieu. Trigano rappelle, à cet égard, une métaphore obstétricale : Dieu compense cette « perte » en Lui par un surcroît de vie, à l’image de la matrice, rehem, qui « se retire pour faire place à un embryon, un être de plus qui surgit dans le vide fait en la mère » dit Trigano.

Le mythe des Croisés

Ecrit par Jean-François Vincent le 21 mars 2011. dans Monde, La une, France

Le mythe des Croisés

Ainsi donc, Kadhafi en appelle à la guerre sainte contre les « croisés » : jeunesse inépuisable d’une vieille lune des plus éculées. Le « guide », duce, conducator oriental, se fera-t-il, comme feu Saddam Hussein,  portraituré en Saladin, libérateur de Jérusalem ? Pourquoi ce ressort psychologique, usé à force d’avoir tant servi, « marche »-t-il toujours autant ? Choc des civilisations ? Non, c’est beaucoup plus simple : legs de l’histoire ! L’appel à la contre-croisade, c’est l’appel à la revanche, revanche contre l’occidental colonisateur, bardé de ses certitudes religieuses ou philosophiques, revanche contre ce royaume latin de Jérusalem, corps étranger en terre d’Islam, qu’incarne désormais Israël, revanche militaire, politique et culturelle à la fois. Un de mes amis, fin connaisseur du Maroc, me parle souvent de la liesse populaire ayant accueilli le 11 septembre ; là encore, il s’agissait d’une revanche contre l’emblème même de l’occident – les Etats-Unis – amis des oppresseurs de jadis et protecteurs de l’actuel oppresseur, Israël. Khadafi en joue, et sait qu’il joue sur du velours : que des dégâts « collatéraux » fauchent des vies civiles, voire qu’un corps expéditionnaire débarque, et les fantômes du passé resurgiront. Il manque au monde arabo-musulman un penseur qui acculturerait, en se les réappropriant, les concepts de la modernité : la liberté, l’individu et ses droits.

Quelle stratégie contre Marine Le Pen ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 07 mars 2011. dans La une, France

Quelle stratégie contre Marine Le Pen ?


Billet du Jour


L’extrême dangerosité de MLP tient à une combinaison désarmante par sa simplicité : un programme populaire joint à une personnalité populaire. Il faut cesser de se voiler la face ; les thèmes lepénistes – préférence nationale, dénaturalisation des délinquants, peine de mort, sorties des traités européens – plaisent à un gros tiers des électeurs. La substitution de la fille au père a entraîné ce qu’on nomme en pharmacopée psychiatrique une levée de l’inhibition : la malaise, le dégoût causés par l’obscénité béante, le cynisme insupportable des mots du père, vecteurs de ses indicibles parce qu’inaudibles fantasmes, tout cela s’est dissipé comme par enchantement ; il ne reste que des idées tentantes portées par une leader « clean ».

Une lecture des "Figuiers de Barbarie"

Ecrit par Jean-François Vincent le 04 février 2011. dans La une, Littérature

Une lecture des



Un mot résume ce livre fascinant et si instructif : l’ambiguïté. Ambiguïté d’Omar d’abord, symbolisant l’ambiguïté du pays lui-même. Tout, en effet, est ambiguë dans sa famille : ambiguïté politique, lui pas vraiment résistant (blessé rapidement et évacué à Moscou), son père pas vraiment collabo, ambiguïté anthropologique (père aux « yeux bleus » et au « physique d’Aryen », lui « teint noiraud » et « cheveux frisés »), ambiguïté linguistique français/arabe « une langue n’est rien d’autre que l’intégrale des équivoques que son histoire y a laissé persister » dit-il, ambiguïté très freudienne des rapports mère/fils : Omar parle de la « relation étrange » qu’il a avec une mère dont il souligne la « sensualité affolante ». Finalement ambiguïté de la révolution elle-même. Le narrateur, en pleine déréliction, conclut : « toutes les révolutions aboutissent au même ratage, mais il faut les faire quand même ».

Stéphane Hessel : les non-dits d'une indignation

Ecrit par Jean-François Vincent le 31 janvier 2011. dans Monde, La une, France

Stéphane Hessel : les non-dits d'une indignation

Deux billets sur le livre de Stéphane Hessel "Indignez-vous !"

2.

Stéphane Hessel est un citoyen au-dessus de tout soupçon : résistant, déporté, co-auteur de la déclaration universelle des droits de l’homme, ambassadeur de France, grand officier de la Légion d’Honneur etc. etc. Bref, un homme à la crédibilité au-dessus de tout soupçon ! Pourtant, Stéphane Hessel est un citoyen qui avance masqué : derrière l’apparente bonhommie, et  l’humanisme affiché, se cache un homme de parti pris.

Il a embrassé la cause palestinienne (c’est son droit) ; et il va jusqu’au bout de sa logique … Sans toutefois le dire !

Adhérent au mouvement BDS (Boycott, Disinvestment, Sanctions), organisation internationale de propagande, il a souscrit à sa charte. Or, que dit sa charte ? :

Le Poulet Deshi (traduit de Ricker Winsor "Deshi chicken")

Ecrit par Jean-François Vincent, Ricker Winsor le 14 janvier 2011. dans Ecrits, La une, Humour, Voyages

Le Poulet Deshi (traduit de Ricker Winsor

Ce texte est la traduction en français par Jean-François VINCENT du texte de Ricker WINSOR "Deshi Chicken" publié lundi dernier.

A Katmandou, je plongeai dans mon curry de poulet népalais, servi dans un bol de soupe où nagent ici et là les morceaux de poulet. En mordant le premier morceau, un flot de souvenirs me revinrent à l’esprit : à n’en pas douter c’était bien un poulet Deshi, un vrai poulet bicyclette comme en Afrique (1). Ce poulet avait vécu à l’extérieur, mangeant toutes les choses innommables que mangent les poulets, tout en sillonnant les collines du Népal. Comment je le sais ? En voici le premier signe : quand on le mord, il se rebiffe. « Putain ! Pas si vite, mec ! Tu vas la MORDRE ma cuisse et la mâcher ! J’espère que t’as la gueule bien musclée ».  Cela me fit penser au roi de tous les  poulets Deshi.

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