Articles taggés avec: Jean-François Vincent

Paradis judéo-chrétien et utopie socialiste

Ecrit par Jean-François Vincent le 19 novembre 2010. dans La une, Religions, Histoire

Paradis judéo-chrétien et utopie socialiste

La révélation juive puis chrétienne révolutionna  la notion de temps : à un temps circulaire, cyclique, elle substitua un temps linéaire, un temps pourvu d’un commencement absolu, d’un déroulement non pas infini mais indéfini, et d’une fin : la fin des temps. La création ex nihilo, à partir de rien, est aussi une création du temps. A un disciple qui lui demande ce que faisait Dieu avant la création du monde, saint Augustin répond (Confessions, XIII,15) : « il ne pouvait y avoir d’avant, là où il n’y avait point de temps ».

La ronde rassurante des âges d’or sans cesse  ré-inaugurés par les saturnales, les ludi saeculares et les cérémonies festives accompagnant l’investiture de chaque nouvel empereur – renovatio temporum, gages elles-mêmes de la renovatio imperii garantissant la Roma aeterna – cède la place à l’horreur d’un terme ultime, définitif, irrémédiable, porteur, en même temps, de l’espoir que les délices qui suivront, seront, à la différence des paradis périodiques mais éphémères de jadis, permanents et durables.

A propos de la guerre de Fronts

Ecrit par Jean-François Vincent le 10 novembre 2010. dans La une, Histoire

A propos de la guerre de Fronts

"Reflet du jour". Jean-François VINCENT

Anniversaire de l’Armistice du 11 novembre 1918

De 1914 au 11 septembre 2001 : apparition et disparition de la guerre de fronts

 

Une des nouveautés, souvent passée inaperçue de la guerre 14-18, fut l’apparition de la guerre de fronts continus. Fin 1914, deux immenses fronts de plusieurs centaines de kilomètres, s’étendent, à l’ouest de la mer du Nord à la Suisse, et à l’est de la Baltique aux Carpates. Chose inouïe jusqu’alors ! Les armées dans les guerres du XIXème  siècle et des siècles précédents se courent après, se cherchent, parfois se ratent dans une extraordinaire partie de cache-cache. Un exemple emblématique de ce manège est fourni par la bataille d’Austerlitz ; les austro-russes et les français se guettent sans savoir au juste où se trouve l’adversaire ni quelle est l’importance  des forces en présence.

A propos du film "Des hommes et des dieux"

Ecrit par Jean-François Vincent le 01 octobre 2010. dans La une, Religions, Cinéma

A propos du film

Ecclesia  patiens

 

Le film de Xavier Beauvois est une immersion dans la vie monastique contemporaine.

Deux remarques liminaires.

Pourquoi avoir choisi CETTE communauté au sort tragique, alors qu’il en existe bien d’autres, non moins saintes, faisant preuve de non moins d’abnégation ? Il semble qu’en occident, la sainteté soit inséparable du martyr, ou, à tout le moins, de la tragédie… A quand un film sur un saint Séraphim de Sarov, un des plus grands saints russes, mort paisiblement, en prière dans sa cellule ?

Pourquoi le Mal ? La réponse des Sages d'Israël

Ecrit par Jean-François Vincent le 24 septembre 2010. dans La une, Religions

Pourquoi le Mal ? La réponse des Sages d'Israël

Dans le Judaïsme, la Chute du troisième chapitre de la Genèse n’est pas le fons et origo de tout mal ; celui-ci s’inscrit bien plutôt dans les profondeurs de l’être humain, dans une dualité originelle, celle des deux penchants (yetzer), elle-même reflet du caractère duel de la Création. Yetzer vient du verbe yytser qui signifie former, façonner, imaginer, également planifier. Et Berechit rabba (9, 2-5) de décliner tout ce que Dieu, dans l’acte créateur, cliva en deux : «  Va-Yytser (forma) : deux formations, une pour l’homme, l’autre pour la femme. Deux formations, l’une pour l’en-bas, l’autre pour l’en-haut. Deux formations, formation en ce monde-ci et formation dans le monde à venir. Deux formations, deux penchants, le penchant au bien (yetzer ha tob) et le penchant au mal (yetzer ha ra).

Les références vétérotestamentaires au yetzer ha ra sont multiples ; citons seulement la première, celle de Gen 6,5 : « Dieu vit que la méchanceté de l’homme était grande sur la terre, et que chaque imagination (yetzer) de son cœur était continuellement mauvaise ».

La Trinité chrétienne à la lumière de l'égyptologie

Ecrit par Jean-François Vincent le 27 août 2010. dans La une, Religions

La Trinité chrétienne à la lumière de l'égyptologie

Rien n’est plus inextricable que la théologie trinitaire….Et plus incompréhensible tant pour les non-chrétiens que pour les chrétiens eux-mêmes !

Le Coran (s 5,72), implacable, décrète : « quiconque donne des associés à Dieu, oui, Dieu lui interdit le paradis ; et son refuge est dans le feu ». La fameuse équation 1 = 3 écartèle l’esprit humain et menace le monothéisme : soit, en effet, on privilégie le 1 et l’on tombe dans l’essentialisme (cf .la célèbre « définition » de Dieu selon saint Thomas d’Aquin, actus purus essendi, L’Etre en acte) les personnes devenant évanescentes ; soit on privilégie le 3 et l’on tombe dans le trithéisme (péché « mignon » des pères grecs et, d’une manière générale, de l’Eglise d’orient dont j’ai l’honneur de faire partie).

Une lecture de Schlomo Sand

Ecrit par Jean-François Vincent le 21 juillet 2010. dans Religions, Histoire

Une lecture de Schlomo Sand

L’expulsion du divin de l’histoire d’Israël, ou la convergence paradoxale du sionisme et de l’antisionisme

Le livre de Shlomo Sand « Comment le peuple juif fut inventé » est un ouvrage érudit et brillant. L’ennemi qu’il traque, sans relâche, d’un bout à l’autre de son essai, est le sionisme, qu’il assimile aux nationalismes racialistes qui se sont développés au XIXème siècle.

Une fine analyse lexicologique esquisse le glissement du mot « peuple » dans les différentes langues, dont l’hébreu, depuis l’antiquité jusqu’à nos jours. D’où il ressort qu’au début,   le terme –  des plus vagues – désigne n’importe quel  groupe  humain : «  du « peuple d’Israël », de l’époque où la  Bible fut écrite,  jusqu’au « peuple de Dieu » de l’Europe  médiévale, « peuple » s’applique sans beaucoup  de rigueur à des  groupes humains  « dont l’identité est loin d’être stable », voire  carrément   « insaisissable ».

Deus Sive Lux

Ecrit par Jean-François Vincent le 01 juillet 2010. dans Religions, Vie spirituelle

Deus Sive Lux

La lumière thaborique selon saint Grégoire Palamas

Notre ami et co-chroniqueur Jean le Mosellan a récemment parlé d’une radiation primordiale concomitante au Big Bang et qui pourrait, selon certains, être une théophanie.

La tradition judéo-chrétienne est riche de métaphores lumineuses concernant Dieu ; mais, dans la plupart des cas, il s’agit de simples images ou alors de créatures, certes au plus proche de Dieu, mais distinctes de Lui. La Shekinah, par exemple, que l’on traduit parfois par « gloire » n’est pas Hashem, Lui-même, mais Son habitation, le lieu où Il réside, « shochan ». Pour la théologie chrétienne occidentale, en particulier saint Thomas d’Aquin, la lumière divine est une « grâce créée ». Seule l’Orthodoxie gréco-russe va jusqu’à prétendre que Dieu EST ses attributs : de même que Dieu est amour (1 Jean 4,8), un théologien byzantin du XIVème siècle, saint Grégoire Palamas, ose écrire : « Dieu est appelé lumière, non selon son essence mais selon son énergie ».

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