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Jean-Luc Mélenchon est-il de gauche ?

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 20 septembre 2017. dans France, La une, Politique

Jean-Luc Mélenchon est-il de gauche ?

Ceux qui qualifient Jean-Luc Mélenchon comme étant le chef français de « la gauche radicale », ou de « la gauche de la gauche », ou encore de « l’extrême gauche », se trompent en très grande partie, en tout cas à mon avis. Je vais donc tenter dans cette chronique,  plutôt spécialisé – par mon enseignement antérieur, mes conférences, et d’autres activités – dans le domaine de l’Histoire contemporaine (depuis 1789), et notamment en ce qui concerne l’Histoire immédiate (liant l’Histoire et l’Actualité), de le démontrer. Il va de soi que je ferai le maximum pour essayer d’être le plus honnête possible sur le plan intellectuel, même si je suis moi aussi – comme vous toutes et vous tous – un citoyen, et que, dans ces conditions, je ne puis vous assurer d’une totale objectivité, un concept qui n’existe d’ailleurs pas, car étant soit chimérique, soit hypocrite.

Faisons très attention à ne pas caricaturer, car il y a en effet, incontestablement, dans l’idéologie de Jean-Luc Mélenchon, un certain nombre d’éléments qui sont liés à ce qu’était le socialisme marxiste orthodoxe français depuis Jules Guesde à la fin du XIXe siècle (et non celui, humaniste et réformiste, de Jean Jaurès), et aussi le communisme de Vladimir Ilitch Lénine et celui de Léon Trotski, etc. Je voudrais préciser avant toute chose qu’il ne faut pas mélanger l’idéologie personnelle de Jean-Luc Mélenchon avec celle d’une partie importante des Insoumis, même si une majorité d’entre eux ont été subjugués plus ou moins inconsciemment par la personnalité de celui qui est devenu un peu comme une sorte de « gourou » aux yeux de ses « fans » ; pensons ainsi, sur ordre de Jean-Luc Mélenchon lui-même, à la mise en place d’une chaîne YouTube (« pour ne pas avoir à répondre aux journalistes », dixit), aux meetings de l’entre-soi, et à l’hologramme, tout ceci pour la dernière campagne électorale de 2017.

Prenons des exemples de cette radicalité « socialo-communiste » (au sens large de ces termes) classique, de type marxiste, que l’on peut trouver dans le mélenchonisme. En premier lieu, on a, en son cœur, un anticapitalisme radical et même relativement jusqu’au-boutiste (mais que l’on retrouve aussi dans le Front National de Marine Le Pen, au niveau de la tendance « sociale » qui s’est organisée autour de Florian Philippot). En second lieu, il faut rappeler le principal slogan lancé par Jean-Luc Mélenchon depuis au moins 2012 : « La révolution par les urnes » ; une « révolution » qui se structurerait immanquablement – comme au Venezuela de Nicolas Maduro – par la réunion d’une « Constituante », aboutissant à la mise en place d’un nouveau régime (appelé la « VIème République »). En troisième lieu, on trouve chez Jean-Luc Mélenchon la volonté de générer des dépenses tous azimuts, ceci en rapport avec une relance par la seule consommation (comme François Mitterrand entre 1981 et 1982), donc sans rapport avec celle par l’offre ; ce qui risquerait de la rendre très problématique au niveau des aspects éventuellement positifs de ses résultats économiques et sociaux. En somme, le chef des Insoumis propose une politique de type néo-keynésienne extrêmement traditionnelle et qui fut l’une des grandes caractéristiques du socialisme français et des gauches hexagonales et européennes, en gros de 1945 jusqu’aux conséquences de la crise économique, avec le premier choc pétrolier en 1973, puis le second en 1979 ; tout ceci étant mâtiné d’une certaine dose de marxisme-léninisme plus ou moins archaïque.

1967 : Les Beatles et « Sgt Pepper »

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 30 août 2017. dans La une, Musique

1967 : Les Beatles et « Sgt Pepper »

Nous sommes – au moment où j’écris ces lignes – en août 2017. Or, il y a 50 ans – eh oui… 50 ans déjà… ! – que l’année 1967 correspondit à la sortie du célèbre album des Beatles, Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band, qui révolutionna véritablement le domaine et les horizons de la musique pop et trôna pendant des années et des années en haut des hit-parades – ce que l’on appelle les « charts » dans les pays anglo-saxons (Grande-Bretagne et Etats-Unis). Un sacré anniversaire, donc… ! Mais, en quoi cet album – absolument pas comme les autres, voire unique pour l’époque – consistait-il et pourquoi parler à son sujet de révolution ? C’est à ces questions que je vais essayer maintenant de répondre dans le cadre de cet article.

Quelques mots tout d’abord à propos de la publication de l’album original, qui intervint précisément – pour la première édition – le 1er juin 1967 en Grande-Bretagne et en France, et le 2 juin 1967 aux Etats-Unis et au Canada. Il fut enregistré du 6 décembre 1966 au 21 avril 1967, notamment dans les studios EMI de Londres. En Grande-Bretagne et en France, la sortie en eut lieu sous le fameux label Parlophone tandis qu’aux Etats-Unis et au Canada il s’agissait de Capitol. La pochette révolutionnaire de l’album Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band est l’une des plus célèbres de l’histoire de la musique. Je vais tenter maintenant de vous dire en quoi ce terme de « révolutionnaire » n’était, pour l’époque, absolument pas exagéré.

Il y avait le montage très élaboré de la photo de couverture, la photographie des Beatles s’étalant sur les deux à-plats intérieurs, le visuel du verso de la couverture avec les paroles des chansons, et enfin une planche à découper (avec une seule face) insérée dans ladite pochette. La couverture de celle-ci présentait un visuel se décomposant en trois plans. Le premier était constitué principalement d’un massif de fleurs dans lequel se trouvait inséré un assemblage d’objets (plantes vertes, instruments de musique, figurines, etc.). Le deuxième représentait la présence des quatre Beatles accompagnés de mannequins en cire, etc. Le dernier correspondait à un assemblage sur plusieurs rangées de découpes grandeur nature d’une cinquantaine de portraits de personnages plus ou moins célèbres, ainsi qu’un palmier artificiel. Au centre se trouvaient les Beatles, chacun vêtu d’un uniforme de parade d’une couleur différente, se tenant debout, réunis derrière une grosse caisse de fanfare militaire, sur la peau de laquelle figurait le titre de l’album. A leurs pieds, au milieu du massif paysager, des jacinthes rouges formaient le mot « Beatles » en lettres capitales. Cette pochette présentait une vraie rupture avec les précédents albums du groupe, car ici chaque Beatle avait sa propre coiffure, son propre costume, sa propre identité. Chacun des membres du groupe portait la moustache. Le contraste était accentué par la présence, à leurs côtés, de statues de cire en habits sombres – tels qu’on pouvait les voir dans un musée de Londres – à l’effigie des « anciens Beatles »…

Souvenirs de voyages « In Africa »

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 15 juillet 2017. dans La une, Souvenirs, Voyages

Souvenirs de voyages « In Africa »

Je n’avais « pas une ferme en Afrique, au pied des collines du Ngong… », selon cette formule inoubliable que beaucoup d’amateurs de littérature (La ferme africaine, Karen Blixen) et de cinéma (Out of Africa, Sydney Pollack) connaissent tellement ! Et pourtant… Je suis fortement attaché à l’Afrique noire, ayant pu y faire plusieurs voyages, en compagnie de mon épouse et de mon fils, durant les années 1990, et précisément dans la seconde moitié. Pas pour un très grand nombre de pays, ni une très grande durée, car ils se limitèrent au Sénégal (par deux fois, dont un en Casamance), au Kenya et à la Tanzanie. De plus, lorsque je cite ces pays, il ne peut s’agir bien sûr que de certaines régions, mais qui me marquèrent à jamais, telles des « expériences ». Je ne pourrais ici que rapporter des anecdotes, tout en faisant le maximum afin qu’elles puissent illustrer des aspects précis (sociologiques, culturels, etc.) de ces voyages « In Africa ».

Au Sénégal, dont au sud, la Casamance, ce fut, comme le plus souvent, dans le cadre d’un voyage semi-organisé, puisqu’il nous arrivait d’être avec un petit groupe – fait pas forcément désagréable, au demeurant. Mais, nous pouvions faire aussi très librement de nombreuses escapades à trois… Le nombre d’enfants fut un des premiers phénomènes qui nous frappèrent (comme au Kenya et en Tanzanie, bien évidemment) ! Un des villages que nous avions visités, avec l’instituteur-directeur de son école primaire, fut extrêmement émouvant. En effet, après avoir vu la classe unique (avec plus d’une soixantaine de jeunes élèves), nous avions décidé tous les trois de remettre la somme de 300 Francs (c’était avant l’Euro) au directeur, qui nous déclara alors : « Avec cette somme, je vais pouvoir acheter toutes les fournitures de mes élèves pour une année entière ! » ; et il nous remercia chaleureusement. Il décida alors de nous faire rencontrer les anciens du village (aux visages burinés et à la courte barbe grisonnante), sous « l’arbre à palabres ». Il faut savoir que l’éducation y était un droit et non une obligation, et que, dans ces conditions, les parents payaient pour une partie importante des études de leurs enfants, dont la discipline était exemplaire… Une année, nos visites se concentrèrent sur la région du Sine Saloum (« entre les fleuves »), située au sud de la Petite-Côte du Sénégal et au nord de la Gambie, avec delta aux eaux saumâtres, dans le cadre d’un parc national. L’écosystème local présente avant tout des mangroves et des palétuviers ; ce fut un voyage en barque… un grand souvenir ! Une autre visite inoubliable correspondit à celle de la ville portuaire de Ziguinchor, donnant sur le fleuve Casamance et située à environ 70 km de l’Océan Atlantique, avec surtout les odeurs (en plein soleil) des poissons vendus à ciel ouvert sur de grandes tables par des petits marchands d’un autre siècle. A l’hôtel, nous avions pris le goût d’un petit-déjeuner avec jus d’agrumes, un peu plus copieux que celui que nous prenions d’habitude en France ; depuis, nous avons gardé cette habitude. Lors de notre voyage en Casamance, la température n’était pas très élevée, en tout cas à l’époque où nous y étions allés. « Il fait 21° ! Y caille ! », avait déclaré un employé de l’hôtel… Toujours en Casamance, des gardes étaient présents autour de l’hôtel, armés de machettes et d’armes de guerre, car il y avait eu plusieurs fois de graves troubles politiques dans cette zone du Sénégal, dont une organisation exigeait l’indépendance (avec des combats mortels durant les années précédentes). Et puis, il y eut cet « épisode » que nous avions appelé « Tu me vexes ! » (réaction outrée de la vendeuse devant notre refus d’acheter des babioles disparates et censées valoir artisanat local) avec les femmes en « boubous » (robes de toutes les couleurs), le boubou étant aussi porté par des hommes et même des enfants. Quoi qu’il en soit, lorsque nous avions quitté les lieux, plus aucun de nous trois n’avait le moindre argent local sur lui… et le fameux marchandage africain n’avait visiblement été « parlé » par aucun d’entre nous.

Racines d'actu : Le « Macronisme » et les cultures politiques ?

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 27 mai 2017. dans France, La une, Politique

Racines d'actu : Le « Macronisme » et les cultures politiques ?

Je voudrais présenter ici une analyse succincte par rapport aux élections présidentielles écoulées, et surtout en liaison avec le phénomène politique que certains nomment déjà le « macronisme », en tentant de replacer tout cela dans la longue durée historique française et touchant même à des traditions provenant d’autres pays.

Pendant les élections présidentielles d’avril-mai 2017, dont nous venons tout juste de sortir, on peut dire que plusieurs cultures politiques issues de l’ancien modèle français se sont trouvées confrontées : une (à plusieurs visages) de type libérale, au sens des « valeurs » de 1789 (première phase, libérale, de la Révolution française), une se rattachant plus ou moins à 1793 (seconde phase, radicale, de la Révolution française) jusqu’au « surmoi marxiste » guesdiste, puis léniniste et même trotskiste, et enfin une nationaliste issue principalement de la tradition contre-révolutionnaire. A cela, il faudra en ajouter une autre, de type américaine, et précisément « californienne ». C’est au sein de ces cultures politiques diverses et conflictuelles que je vais être progressivement amené à situer le « phénomène Macron », ou « macronisme ».

Avant d’aborder la(les) culture(s) politiques auxquelles rattacher le macronisme, rappelons rapidement celles auxquelles celui-ci s’opposa. D’abord, il y eut celle menée par Jean-Luc Mélenchon, dont on connaît les penchants « robespierristes » et « sociaux-nationalistes » prononcés, ainsi que le passé trotskiste, dans le cadre de sa France Insoumise. Cette même culture globale fut aussi portée, du moins en partie, quoique très différemment, par le social-démocrate de gauche (provenant du Parti Socialiste) Benoît Hamon, qui fut « siphonné » sur le plan électoral entre d’une part La France Insoumise et de l’autre En Marche, le mouvement politique d’Emmanuel Macron. Etant donné son très faible poids électoral, je vais laisser de côté les éléments de types trotskistes que l’on devrait rattacher à cette même tradition « révolutionnaire » au sens large, en plus radicale. Ensuite, on eut affaire à celle de Marine Le Pen, qui s’organisa autour de l’extrême droite frontiste, avec une courte alliance mise sur pied entre la cheffe du Front National et le souverainiste de droite Nicolas Dupont-Aignan. Enfin, on assista à un certain maintien tant bien que mal (et plutôt mal que bien) de celle de la droite dite « classique » ou « républicaine » (?), libérale au niveau économique, avec le parti Les Républicains et l’Union des Démocrates Indépendants, et qui fut amenée dans le mur par François Fillon (après l’élimination d’Alain Juppé lors du second tour des primaires de la droite et du centre), en liaison avec son programme économique et social extrême, de facto suicidaire, suivi par les cataclysmes provoqués par le Fillongate et le Penelopegate.

Dans ce contexte culturel politique global, comment situer le phénomène du macronisme ? Je dirais que l’originalité du profil de celui-ci correspond à au moins une triple culture. En premier lieu, un social-libéralisme assumé, sorte de positionnement intermédiaire entre social-démocratie impossible en 2017 (à cause de la faiblesse de la croissance économique ou « croissance molle ») et libéralisme économique classique. On pourra remarquer que ce créneau, ou espace politique, était aussi – et depuis longtemps – celui de Manuel Valls, et même, avec de fortes nuances, celui de François Hollande pendant l’essentiel de la durée de son quinquennat. Ce social-libéralisme dit et donc assumé d’Emmanuel Macron correspond en partie à une sorte de remise au goût du jour de « la troisième voie » qui avait été théorisée par Tony Blair et Bill Clinton, de la fin des années 1990 jusque vers le milieu de la décennie 2000. Mais, ce serait une grave erreur de penser qu’il ne s’agirait-là que d’un bégaiement de l’Histoire, simplement en rapport avec une situation particulière donnée. En effet, en second lieu, avec son « Et droite, et gauche », ou son « En même temps » (tellement moqué par ceux qui gardent sous leurs yeux les anciennes grilles de lecture des espaces politiques français), le macronisme se veut, dans le but d’une reconstruction, et même d’une refondation de notre pays, une nouvelle façon d’appréhender la politique, nullement centriste (du type François Bayrou), mais pivot, ou « centrale », bien résumée par le terme de « progressisme ». Je rappelle à ce sujet que le mouvement En Marche doit être appelé à devenir un grand parti politique le 15 juillet prochain, peut-être sous le nom de Parti Progressiste (?) Ce « Et droite, et gauche » n’a-t-il pas de fortes résonnances avec le désir profond censé être celui réclamé depuis longtemps à longueur d’enquêtes d’opinion par près des 2/3 des français ? On sait en tout cas à quel point cette tentation « progressiste » déborda rapidement (dès avant, puis après les résultats des primaires de la gauche de gouvernement) sur des cadres du Parti Socialiste et la plus grande partie de son électorat traditionnel. Il est d’ailleurs tout à fait possible que le macronisme amène indirectement l’essentiel des socialistes français actuels, désormais fragmentés, à accepter l’abandon du « surmoi marxiste » et à se rallier à une économie de marché régulée comme le firent les socialistes allemands du Parti Social Démocrate lors de leur congrès de Bad Godesberg en 1959 ; ce serait alors là une autre culture du macronisme, importée de facto d’Outre-Rhin (?).

Présidentielles : vers des scénarios du pire ?

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 08 avril 2017. dans France, La une, Politique

Présidentielles : vers des scénarios du pire ?

Tous les commentateurs nous disent, et les français ressentent très bien cela, que les élections présidentielles d’avril-mai 2017 sont devenues complètement « folles », en rapport avec les cinq candidats qualifiés de « grands » par les médias, par rapport aux six autres longtemps appelés « petits » ! Mais, il y a autre chose de beaucoup plus grave : c’est le fait que pourraient se produire ce que j’appellerais pour cette chronique des scénarios du pire. Pourquoi cette expression ? Et pourquoi le pluriel ? Tout simplement surtout en raison de la possible – même si elle ne semble pas probable – arrivée au pouvoir de Marine Le Pen, ou de celle, de plus en plus improbable (même si…) de François Fillon. Et il y a enfin, à un niveau qui n’est certes absolument pas comparable (je le montrerai dans la dernière partie de ma chronique), ce que certains considèrent comme relativement risqué avec l’élection éventuelle d’Emmanuel Macron, qui serait privé, selon eux, d’une majorité présidentielle lors des législatives de juin, ce qui pourrait rendre la France ingouvernable (?) Je vais analyser ces trois cas de figure, en hiérarchisant, bien entendu, ces scénarios plus ou moins problématiques pour l’équilibre de notre démocratie actuelle.

Il convient de commencer – cela va de soi – par la façon dont notre pays pourrait vivre des mois (voire davantage) particulièrement graves en cas de victoire sur le fil de Marine Le Pen et du parti front-nationaliste, bien que la candidate frontiste n’ait pas d’alliés pour franchir la barre des 50% des suffrages exprimés plus un pour le second tour (ce que certains appellent « le plafond de verre »). Pourquoi, en se projetant vers un futur de ce type, la situation de la France pourrait-elle devenir vraiment gravissime ? En premier lieu, au moment du choc provoqué par son élection comme présidente, il y aurait probablement des manifestations de rue beaucoup plus importantes encore (et dures) que celles qui avaient suivi et suivent encore l’élection (légale, mais non légitime par rapport au suffrage universel) de Donald Trump aux États-Unis ; et pourquoi pas des troubles opposant manifestants et contre-manifestants, un peu comme assez récemment au sein de la Turquie de Recep Tayyip Erdogan ?! En second lieu, Marine Le Pen aurait-elle une majorité lors des élections législatives de juin face aux résistances démocratiques auxquelles je viens de faire allusion et qui pourraient déstabiliser positivement une partie importante des électeurs voulant rectifier le tir en lui imposant une sorte de « cohabitation » (avec quel premier ministre ?)… ? En troisième lieu, on assisterait, avec la sortie de la France de la zone euro, à un risque de tangages – voire à une dislocation progressive – dans l’Union Européenne, car que serait celle-ci sans le fameux « couple franco-allemand »… ? En quatrième lieu, le franc – auquel nous reviendrions – serait attaqué (dans le cadre d’une spéculation à la baisse) par les investisseurs étrangers ! Il connaîtrait des dévaluations en cascades, qui ne seraient absolument pas « compétitives », puisque, si les prix de nos produits à l’exportation seraient moins chers, toutes nos importations (par ailleurs bien plus conséquentes) subiraient, avec des mesures de rétorsions de la part de pays comme la Chine ou les États-Unis, des renchérissements considérables ; d’où un déficit de plus en plus marqué de notre balance commerciale et un franc devenant ce que l’on appelle une « monnaie de singe », c’est-à-dire perdant de plus en plus de sa valeur, jusqu’à un possible effondrement (?) En dernier lieu, et inévitablement les taux d’intérêt augmenteraient considérablement – de la part des milieux financiers qui nous prêtent de l’argent –, en conséquence de quoi, au bout de cinq ou six mois, notre pays connaîtrait la banqueroute, ou ce que l’on nomme un « défaut de paiement »…

Pour ce qui concernerait le cas, certes peu probable, mais sait-on jamais… (?), consistant à voir François Fillon l’emporter en mai après une qualification d’extrême justesse lors du premier tour du 23 avril, en quoi s’agirait-il d’une autre forme de scénario du pire ? D’abord, ce serait l’arrivée à la magistrature suprême d’un homme complètement démonétisé par les affaires du Penelopegate et du Fillongate, ce qu’une grande partie des français ne supporterait pas ! Ensuite, soit François Fillon ne pourrait quasiment rien appliquer en rapport avec du programme – notamment « anti-social » – qu’il avait annoncé lors des primaires de la droite ; ce serait alors très vite l’immobilisme, l’impossibilité de réformer en profondeur notre pays (sachant que le terme de « réforme » est par définition polysémique), et nous aurions donc un quinquennat pour rien contribuant à favoriser encore la montée du Front National de Marine Le Pen ! Enfin (seconde possibilité), soit le nouveau chef de la droite pourrait rester « droit dans ses bottes » (pour reprendre une expression célèbre), François Fillon passant outre et mettant en application son programme, utilisant la méthode de la « thérapie de choc », voulant « casser la baraque » (selon sa propre expression) en gouvernant par ordonnances (c’est-à-dire hors de la présence des assemblées, ce qui ferait regretter l’article 49/3…) pendant une centaine de jours, comme le lui permettrait théoriquement l’article 38 de la Constitution ; inévitablement, il y aurait alors un très grave risque de troubles en France, allant bien au-delà de simples grèves et de manifestations, et sans doute même une sorte de guerre civile froide qui pourrait déboucher à terme sur la menace d’utiliser l’article 16 donnant au président des « pouvoirs exceptionnels »… !?

Racines d'actu : Sociétés ouvertes et sociétés fermées

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 25 mars 2017. dans Auteurs, La une, Histoire

Racines d'actu : Sociétés ouvertes et sociétés fermées

Même si la campagne électorale française actuelle – pour les mois d’avril à juin 2017 (présidentielles, puis législatives) – est « polluée » par les affaires du Pénélopegate et le Fillongate, un élément central nouveau ressort lorsqu’on s’intéresse à ce que disent les principaux candidats à la magistrature suprême en rapport direct avec leurs programmes, qui, malheureusement, passent trop au second plan par rapport aux Affaires Fillon et Marine Le Pen. Il s’agit de savoir, comme ce fut le cas lors des dernières présidentielles américaines – qui aboutirent à la victoire (mais pas au niveau du suffrage universel) de Donald Trump – si nous allons nous diriger vers une société ouverte ou fermée. Je voudrais donc en profiter, avant de revenir en fin d’article sur le cas français actuel, pour faire un rappel historique de ce que furent, depuis l’Antiquité gréco-romaine et jusqu’à nos jours, en prenant des exemples clés, les grandes oppositions entre ces deux types de sociétés fondées soit sur l’ouverture soit sur la fermeture.

Dans la Grèce antique, Athènes devint progressivement une société démocratique ouverte, malgré l’exclusion de la citoyenneté des étrangers (les « métèques »), quoiqu’ayant certains droits, et surtout des esclaves de l’Attique ; une cité d’Athènes, ouverte également sur la mer, surtout à partir de Thémistocle (v. 524-459 av. J.-C.), qui lança l’idée d’une grande flotte athénienne plus celle de la construction des Longs Murs entre la ville et son port du Pirée, et de la création de la Ligue de Délos (à partir de 477 av. J.-C.). Face au système athénien, on avait Sparte, une société aristocratique fermée, particulièrement autoritaire, attachant peu d’importance à une flotte et totalement repliée sur les terres du Péloponnèse. Pour l’Empire romain, il y eut aussi une volonté progressive d’ouverture, qui déboucha sur l’édit de l’empereur Caracalla en 212, également appelé constitution antonine, et qui accorda, dès cette date, la citoyenneté romaine à tout homme libre de l’empire qui ne l’avait pas encore ; de plus, lors du Bas-Empire, pour se protéger des invasions des Huns, Rome sut s’ouvrir aux « migrants » d’origine germanique au niveau de la défense du Limes en échange de terres. Au Moyen-Âge, dans le cadre de l’Europe occidentale, l’opposition entre les cités-Etats des républiques maritimes italiennes (Amalfi, Pise, Florence, Venise, Gênes, etc.) et la constitution parallèle de monarchies féodales bien plus refermées sur elles-mêmes et des bases terrestres fut l’une des principales caractéristiques des XIIe-XIVe siècles, notamment en France et en Angleterre. Il est intéressant d’ajouter un mot sur la Russie à l’époque médiévale : en fait, jusqu’au règne de Pierre Ier le Grand (plus connu sous le nom de Pierre le Grand) – et sur lequel je reviendrai – l’État russe était essentiellement continental, enfermé dans une sorte de bloc terrestre européen et asiatique. Je n’évoquerai pas ici le cas du monde musulman et de son expansion puisque j’ai écrit dès mon introduction que j’allais me concentrer sur l’Europe (au sens large de cette notion) et les États-Unis. Il en sera de même en ce qui concerne la Chine et plus généralement les pays asiatiques.

Si l’on s’intéresse maintenant à l’époque moderne, puis contemporaine, on retrouva bien entendu cette opposition entre sociétés ouvertes et sociétés fermées. Pour les premières, avec d’abord l’Espagne et le Portugal : pensons aux Grandes Découvertes de la fin du XVe siècle et du début du XVIe ; puis la Grande-Bretagne et la France, surtout à partir des XVIIe-XVIIIe siècles, à l’assaut des mers et des océans. Pour la Russie et en revenir ainsi à Pierre le Grand (tsar entre 1682 et 1725), malgré sa volonté d’ouverture sur l’Occident et de modernisation de son pays, avec la construction d’une flotte et de la ville nouvelle de Saint-Pétersbourg (ouverte sur les rives de la Mer Baltique), ce pays-continent demeura assez largement par la suite une société fermée, malgré le rêve de la tsarine Catherine II (qui régna entre 1729 et 1796) d’accès aux « mers chaudes », c’est-à-dire à la Méditerranée, en partant de la Mer Noire. Avec la première révolution industrielle de la fin du XVIIIe siècle et des débuts du XIXe, plus le grand mouvement de la Colonisation, l’Europe occidentale s’ouvrit davantage encore sur le monde, dont elle organisa assez largement l’exploitation économique. Ce fut alors l’origine véritable de la « mondialisation ». Remarquons que pendant ce temps-là, le monde musulman ne connut pas l’équivalent de la révolution industrielle et subit la Colonisation. Quant à la Chine, elle demeura L’Empire du Milieu, un pays ouvert sur lui-même par ses aspects créatifs et fermé à l’expansion sur les océans.

Raymond Kopa : l’homme et le joueur

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 11 mars 2017. dans La une, Sports

Raymond Kopa : l’homme et le joueur

Pour ceux qui lisent mes chroniques, il faut que je les prévienne du fait que celle-ci ne sera pas tout à fait comme les autres. On a en effet appris récemment le décès de Raymond Kopa (le 3 mars, à l’âge de 85 ans), qui fut l’un des plus grands joueurs de football de tous les temps ; et je suis triste, pour plusieurs raisons. Dans cette chronique, il me faudra évoquer des souvenirs personnels liés à ma préadolescence, en rapport avec cette disparition, qui mêle en moi de la joie et – forcément – une forme de nostalgie et de rapport au temps qui passe… J’avais 9 ans en 1958 – et les « footeux » comprendront à quoi je veux faire allusion ici en marquant cette année-là d’une pierre blanche, faite de gloire, mais aussi d’un certain regret. Il va de soi que je n’oublierai pas d’évoquer qui était l’homme Kopa, et notamment d’où il venait sur le plan familial, ainsi que l’immense footballeur qu’il fut, l’un des plus importants de son époque, dans son grand club (le Stade de Reims, souvent champion de France), en équipe de nationale, mais également en Espagne au sein du grand Real de Madrid.

L’année 1958 fut celle de l’arrivée de la TV dans la pension de famille de mes grands-parents maternels, où j’habitais avec mes parents et ma sœur (l’autre n’étant pas encore née). Il s’agissait d’un poste destiné avant tout aux clients de la pension, qui, pour certains d’entre eux, étaient logés (avec une dizaine de chambres) et pouvaient également prendre leurs repas pour une somme très modique. Ce poste était bien frustre : assez petite, cette « lucarne » (dans la salle de restaurant), pas belle du tout à regarder en tant que telle et n’ayant qu’une seule chaîne, était de plus en noir et blanc… Or, il se trouve que mon père, ainsi que bon nombre de mes camarades de classe et des clients de la pension aimaient beaucoup le football – dont on pouvait regarder (sans avoir à payer de « péages ») de très nombreux matchs à la TV (aussi bien pour le Championnat de France qu’en ce qui concernait les grandes compétitions internationales comme le Championnat d’Europe ou la Coupe du monde). Ce fut justement entre le 8 et le 29 juin 1958 qu’eut lieu, en Suède, la sixième Coupe du monde de football, pendant laquelle l’équipe de France, après avoir failli se qualifier pour la finale, finit 3ème, remportant ainsi l’équivalent d’une médaille de bronze aux Jeux Olympiques. C’était l’époque du futur prodige brésilien Pelé ! Ce fut d’ailleurs contre l’équipe brésilienne que Raymond Kopa et ses compagnons de match(s), Just Fontaine, Roger Piantoni, Jean Vincent, etc., durent s’incliner par 2 buts marqués contre 5.

Pendant cette Coupe du monde, Kopa et ses coéquipiers obtinrent donc bien plus que les honneurs, Fontaine (avant-centre) marquant 13 buts pendant l’ensemble des compétitions – un record inégalé à ce jour et probablement définitivement indépassable ! J’ajoute que, pour la « petite finale » (la 3ème place), cette superbe équipe de France, à ossature rémoise, triompha de la RFA (l’Allemagne de l’Ouest) par le score de 6 buts à 3 ! Le jeu de Raymond Kopa et des grands attaquants français m’amena d’ailleurs à jouer au football en scolaire, puis surtout au niveau du club de ma ville, dans le cadre des « benjamins » (de 9 à 11 ans), soit les plus jeunes, avant les « cadets », les « juniors », ces derniers précédant une qualification pour les équipes d’adultes.

Macron et la colonisation

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 25 février 2017. dans La une, Actualité, Histoire

Macron et la colonisation

Dans le contexte global de la campagne des élections présidentielles d’avril-mai 2017, les propos tenus par Emmanuel Macron lors d’une visite de président de la République française potentiel possible ont suscité – à tort ou à raison – un tollé dans certains milieux précis ; ainsi, les rapatriés d’Algérie, les harkis, le Front National, et au niveau de la droite classique, même si les attaques de celle-ci (justifiées ou non) n’ont pas eu la portée qu’elles auraient eues si la campagne électorale de son candidat François Fillon était audible, en raison du Pénélopegate et du Fillongate. Je ne reviendrai pas ici sur le contenu précis des déclarations d’Emmanuel Macron. Ce que je vais tenter de faire, comme professeur d’Histoire, ayant enseigné essentiellement la période contemporaine au sens large – et surtout celle du XXe siècle – c’est de démêler, par rapport à des mémoires brûlantes, concernant la Colonisation en général et la Guerre d’Algérie en particulier, ce qu’il y avait, dans ce qu’a dit Emmanuel Macron, ce que l’on pouvait trouver de juste historiquement, mais également en quoi il força le trait au niveau des termes qu’il employa pour qualifier la question coloniale. Je ne prendrai bien évidemment que l’exemple de l’Algérie.

Je vais donc commencer par montrer l’importance – dans leurs aspects justes historiquement – des déclarations d’Emmanuel Macron. En mettant en cause les responsabilités historiques de la France par rapport à la Colonisation, et avant tout la Guerre d’Algérie, il a permis (du moins espérons-le) de contribuer à mettre notre pays face à une période assez sombre de son passé. Il est incontestable qu’il y eut de nombreux crimes commis notamment par l’armée française sans oublier d’autres formes d’abus extrêmement graves. D’abord, dès les lendemains de la Seconde Guerre mondiale, en ce qui concerne l’Algérie, alors que de très nombreux « français musulmans » demandaient des réformes profondes (après avoir combattu pour défendre « la mère patrie »), ce furent les massacres de Sétif, Guelma et Kherrata (dans le Constantinois), en 1945, perpétrés par l’armée et les forces de l’ordre françaises. Les indépendantistes algériens avaient organisé, pour le 8 mai 1945 (fin de la guerre), afin de fêter la victoire des Alliés sur les puissances de l’Axe, un défilé, pendant lequel des revendications très fortes furent lancées. La situation dégénéra jusqu’au 28 mai et, même s’il y eut des morts parmi la partie de la population de type européenne (environ une centaine), on compta – selon certains historiens – entre 3.000 et 8.000 victimes au sein des algériens ; d’autres chercheurs évoquent des chiffres beaucoup plus importants, situés entre 20.000 et 30.000. Il y eut aussi d’autres massacres, notamment dans le Constantinois, du 20 au 26 août 1955 : à la suite d’attaques de 300 combattants de l’ALN (Armée de Libération Nationale) sur des postes de police et de gendarmerie (d’ailleurs assez infructueuses) les autorités françaises répliquèrent d’une manière disproportionnée, en bombardant, par l’intermédiaire de l’aviation, des populations algériennes entièrement innocentes, faisant ainsi entre 3.000 et 8.000 morts.

Les populismes de droite : leurs électorats ?

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 07 janvier 2017. dans Monde, La une, France, Politique

Les populismes de droite : leurs électorats ?

Les grands appareils médiatiques, notamment dans le contexte récent de l’élection de Donald Trump aux États-Unis, ont massivement donné une explication moniste, celle de la seule « colère » des peuples (en Occident en général), déçus par l’incapacité des gouvernements placés entre les mains des partis de la droite classique ou de la gauche modérée pour faire face à la crise économique et sociale, qui s’est accélérée depuis 2008 avec la chute de la banque américaine Lehmann Brothers et ses conséquences. Loin de moi l’idée de remettre en cause ces aspects indiscutables de la crise (qui n’est d’ailleurs pas qu’économique et sociale) que nous traversons depuis la fin des « 30 glorieuses », à partir des années 1973-1979 – et initialisée par les deux chocs pétroliers. Mais, parallèlement à cette dimension de « colère », sur laquelle surfent les mouvements et partis populistes (dont l’extrême droite au sens strict), il y a aussi d’autres aspects, très différents (parfois complémentaires), que j’appellerais des tentations de replis et de rejets fondées sur des peurs de l’Autre, du nouveau « barbare » étranger, dans le cadre d’un mécanisme identitariste.

Je vais maintenant aborder la présentation des différents segments électoraux des populismes en prenant des exemples.

Si l’on se penche sur le cas de la France, pour ce qui concerne les segments électoraux du Front National, on peut en distinguer deux types. Il y a d’abord un électorat traditionnel, celui du Midi, sociologiquement « bourgeois », anti-immigration et parfois (de plus en plus depuis La Manif pour tous) coloré d’une certaine dimension culturelle catholique conservatrice ou même réactionnaire. C’est ce segment qu’essaye de récupérer Marion Maréchal Le Pen, la « Duchesse du Vaucluse ». On trouve ensuite un autre segment électoral frontiste, très différent sociologiquement, qui correspond au Nord et à l’Est de notre pays, zones qui furent fortement industrialisées (charbon, acier), économiquement en grande difficulté, voire sinistrées – donc un ancien électorat de type ouvrier (ce qu’on appela la « classe ouvrière » et qui apparaît comme étant en voie de régression ou en profonde mutation). Ce frontisme-là, que le politologue Pascal Perrineau (entre autres) avait appelé le « gaucho-lepénisme », dès l’époque de Jean-Marie Le Pen, s’est nourri de la quasi disparition progressive des bataillons ouvriers et populaires qui votaient essentiellement pour le Parti Communiste. Je rappelle que le Front National est devenu depuis assez longtemps le premier parti « ouvrier » de France, en rapport (mais pas seulement, car la xénophobie et le racisme s’y sont ajoutés) avec les conséquences sociales négatives issues des délocalisations provoquées par la mondialisation néo-libérale. C’est Florian Philippot et le groupe de ses amis, provenant pour la plupart de la gauche chevènementiste (avant tout) et même parfois d’anciens militants d’extrême gauche, qui incarnent cet autre Front National « populaire ». J’ajoute que Marine Le Pen, qui tente de s’implanter durablement dans les anciennes régions de tradition ouvrière du Nord et qui a intégré la tactique et même la stratégie du « groupe Philippot », est forcément plus proche de ce segment électoral frontiste-là que ne l’est sa nièce Marion Maréchal Le Pen – soutenue par ses amis du Bloc Identitaire dans le Midi. Bien qu’il y ait là un risque important d’implosion pour le Front National entre des électorats et des groupes dirigeants aussi opposés, en cas de prise du pouvoir (pour 2017 ou plutôt 2022), ce qui maintient l’unité du parti – aussi bien en ce qui concerne ses électeurs que ses chefs –, c’est le « fonds de commerce » liant l’immigration et l’islam à l’insécurité et au terrorisme. Il faut rappeler enfin que – même si ce phénomène provient du fait que les jeunes votent moins que les gens mûrs ou âgés (notamment retraités) – le Front National représente une potentialité de plus de 30% des électeurs chez les 18-25 ans, par rapport à une moyenne frontiste d’environ 25%...

Racines d'Actu : Le populisme en France

le 10 décembre 2016. dans France, La une, Politique, Histoire

Racines d'Actu : Le populisme en France

Le terme de « populisme » est de plus en plus utilisé aujourd’hui, aussi bien chez les sociologues et les politologues que dans le domaine médiatique. Ajoutons que cela ne concerne pas uniquement la France, mais la plupart des pays européens et même occidentaux depuis la victoire de Donald Trump aux élections présidentielles américaines et les menaces sur les démocraties autrichienne et italienne, même si le danger extrémiste vient d’être endigué (provisoirement ?) dimanche dernier en Autriche. Je verrai d’abord – en me limitant donc à l’exemple français – en quoi cette expression est bien différente de celle de « populaire » et par quoi elle se manifeste (ses causes) ; puis quelles furent les différentes vagues de populismes dans l’histoire de notre pays depuis le XIXe siècle ; ensuite, pour terminer, je serai amené à me demander si populisme et extrême droite sont des concepts entièrement synonymes et s’il n’y a pas également, de plus en plus, la montée d’une forme de populisme issue de l’extrême gauche.
En France, quand on pense à populaire, la première référence qui vient à l’esprit est celle du Front populaire. Or, le populisme, même s’il contient le terme de « peuple », ne correspond absolument pas à l’essor d’un mouvement de revendications populaires comme le furent celles des années 1936-1938. En effet, politiquement, alors que le Front populaire était issu de ce que l’on appela plus tard « le peuple de gauche », le populisme est un phénomène beaucoup moins identifiable politiquement, même s’il fut essentiellement capté par l’extrême droite frontiste de Jean-Marie Le Pen puis par sa fille Marine. Ce que l’on trouve à la base du populisme, c’est le rejet global des « élites » politico-médiatiques et accessoirement d’ailleurs (car on ne les perçoit pas bien par des noms incarnés) financières, fondé sur le « Tous pourris » (slogan qui fut l’un des éléments phares du Front National) et l’idée que les « politiciens » ne s’occupent pas des « vrais problèmes des vrais gens » (traduisez : les miens… !), en liaison avec l’essor de l’individualisme. Cette vision désabusée et bien trop généralisatrice concernant la corruption (qui a toujours existé et existera toujours, tout en nécessitant une lutte acharnée contre elle), entraîne, sur le plan politique, soit l’abstention lors des élections (par désenchantement), soit avant tout la montée de l’extrême droite. Ce rejet des élites s’incarne – en les court-circuitant – dans la recherche d’un « homme providentiel » rejetant toutes les structures intermédiaires de la société républicaine, à travers ce que l’on nomme la demande expresse de « verticalité » (en fonction de peurs multiples), faisant ressortir une tradition politique française liée à ce que furent le bonapartisme et le gaullisme – à partir de 1958.

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