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Les populismes de droite : leurs électorats ?

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 07 janvier 2017. dans Monde, La une, France, Politique

Les populismes de droite : leurs électorats ?

Les grands appareils médiatiques, notamment dans le contexte récent de l’élection de Donald Trump aux États-Unis, ont massivement donné une explication moniste, celle de la seule « colère » des peuples (en Occident en général), déçus par l’incapacité des gouvernements placés entre les mains des partis de la droite classique ou de la gauche modérée pour faire face à la crise économique et sociale, qui s’est accélérée depuis 2008 avec la chute de la banque américaine Lehmann Brothers et ses conséquences. Loin de moi l’idée de remettre en cause ces aspects indiscutables de la crise (qui n’est d’ailleurs pas qu’économique et sociale) que nous traversons depuis la fin des « 30 glorieuses », à partir des années 1973-1979 – et initialisée par les deux chocs pétroliers. Mais, parallèlement à cette dimension de « colère », sur laquelle surfent les mouvements et partis populistes (dont l’extrême droite au sens strict), il y a aussi d’autres aspects, très différents (parfois complémentaires), que j’appellerais des tentations de replis et de rejets fondées sur des peurs de l’Autre, du nouveau « barbare » étranger, dans le cadre d’un mécanisme identitariste.

Je vais maintenant aborder la présentation des différents segments électoraux des populismes en prenant des exemples.

Si l’on se penche sur le cas de la France, pour ce qui concerne les segments électoraux du Front National, on peut en distinguer deux types. Il y a d’abord un électorat traditionnel, celui du Midi, sociologiquement « bourgeois », anti-immigration et parfois (de plus en plus depuis La Manif pour tous) coloré d’une certaine dimension culturelle catholique conservatrice ou même réactionnaire. C’est ce segment qu’essaye de récupérer Marion Maréchal Le Pen, la « Duchesse du Vaucluse ». On trouve ensuite un autre segment électoral frontiste, très différent sociologiquement, qui correspond au Nord et à l’Est de notre pays, zones qui furent fortement industrialisées (charbon, acier), économiquement en grande difficulté, voire sinistrées – donc un ancien électorat de type ouvrier (ce qu’on appela la « classe ouvrière » et qui apparaît comme étant en voie de régression ou en profonde mutation). Ce frontisme-là, que le politologue Pascal Perrineau (entre autres) avait appelé le « gaucho-lepénisme », dès l’époque de Jean-Marie Le Pen, s’est nourri de la quasi disparition progressive des bataillons ouvriers et populaires qui votaient essentiellement pour le Parti Communiste. Je rappelle que le Front National est devenu depuis assez longtemps le premier parti « ouvrier » de France, en rapport (mais pas seulement, car la xénophobie et le racisme s’y sont ajoutés) avec les conséquences sociales négatives issues des délocalisations provoquées par la mondialisation néo-libérale. C’est Florian Philippot et le groupe de ses amis, provenant pour la plupart de la gauche chevènementiste (avant tout) et même parfois d’anciens militants d’extrême gauche, qui incarnent cet autre Front National « populaire ». J’ajoute que Marine Le Pen, qui tente de s’implanter durablement dans les anciennes régions de tradition ouvrière du Nord et qui a intégré la tactique et même la stratégie du « groupe Philippot », est forcément plus proche de ce segment électoral frontiste-là que ne l’est sa nièce Marion Maréchal Le Pen – soutenue par ses amis du Bloc Identitaire dans le Midi. Bien qu’il y ait là un risque important d’implosion pour le Front National entre des électorats et des groupes dirigeants aussi opposés, en cas de prise du pouvoir (pour 2017 ou plutôt 2022), ce qui maintient l’unité du parti – aussi bien en ce qui concerne ses électeurs que ses chefs –, c’est le « fonds de commerce » liant l’immigration et l’islam à l’insécurité et au terrorisme. Il faut rappeler enfin que – même si ce phénomène provient du fait que les jeunes votent moins que les gens mûrs ou âgés (notamment retraités) – le Front National représente une potentialité de plus de 30% des électeurs chez les 18-25 ans, par rapport à une moyenne frontiste d’environ 25%...

Racines d'Actu : Le populisme en France

le 10 décembre 2016. dans France, La une, Politique, Histoire

Racines d'Actu : Le populisme en France

Le terme de « populisme » est de plus en plus utilisé aujourd’hui, aussi bien chez les sociologues et les politologues que dans le domaine médiatique. Ajoutons que cela ne concerne pas uniquement la France, mais la plupart des pays européens et même occidentaux depuis la victoire de Donald Trump aux élections présidentielles américaines et les menaces sur les démocraties autrichienne et italienne, même si le danger extrémiste vient d’être endigué (provisoirement ?) dimanche dernier en Autriche. Je verrai d’abord – en me limitant donc à l’exemple français – en quoi cette expression est bien différente de celle de « populaire » et par quoi elle se manifeste (ses causes) ; puis quelles furent les différentes vagues de populismes dans l’histoire de notre pays depuis le XIXe siècle ; ensuite, pour terminer, je serai amené à me demander si populisme et extrême droite sont des concepts entièrement synonymes et s’il n’y a pas également, de plus en plus, la montée d’une forme de populisme issue de l’extrême gauche.
En France, quand on pense à populaire, la première référence qui vient à l’esprit est celle du Front populaire. Or, le populisme, même s’il contient le terme de « peuple », ne correspond absolument pas à l’essor d’un mouvement de revendications populaires comme le furent celles des années 1936-1938. En effet, politiquement, alors que le Front populaire était issu de ce que l’on appela plus tard « le peuple de gauche », le populisme est un phénomène beaucoup moins identifiable politiquement, même s’il fut essentiellement capté par l’extrême droite frontiste de Jean-Marie Le Pen puis par sa fille Marine. Ce que l’on trouve à la base du populisme, c’est le rejet global des « élites » politico-médiatiques et accessoirement d’ailleurs (car on ne les perçoit pas bien par des noms incarnés) financières, fondé sur le « Tous pourris » (slogan qui fut l’un des éléments phares du Front National) et l’idée que les « politiciens » ne s’occupent pas des « vrais problèmes des vrais gens » (traduisez : les miens… !), en liaison avec l’essor de l’individualisme. Cette vision désabusée et bien trop généralisatrice concernant la corruption (qui a toujours existé et existera toujours, tout en nécessitant une lutte acharnée contre elle), entraîne, sur le plan politique, soit l’abstention lors des élections (par désenchantement), soit avant tout la montée de l’extrême droite. Ce rejet des élites s’incarne – en les court-circuitant – dans la recherche d’un « homme providentiel » rejetant toutes les structures intermédiaires de la société républicaine, à travers ce que l’on nomme la demande expresse de « verticalité » (en fonction de peurs multiples), faisant ressortir une tradition politique française liée à ce que furent le bonapartisme et le gaullisme – à partir de 1958.

Qui a « tué » Jean Jaurès en 2016 ?

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 05 novembre 2016. dans La une, Politique

Qui a « tué » Jean Jaurès en 2016 ?

Il y a aujourd’hui une incontestable actualité de la pensée de Jean Jaurès, et ceci à plusieurs niveaux. D’abord parce qu’une grande partie de ce que l’on a appelé « la synthèse jaurésienne », alliant démocratie politique, économique et sociale fut réalisée en France (au moins depuis 1945) même si certains de ses aspects peuvent (ou non) sembler actuellement en difficulté. Ensuite, par rapport au message essentiel qu’avait développé le grand tribun socialiste, et qui était triple : unité des différents courants des gauches socialistes, sa formule célèbre comme quoi « un peu d’internationalisme éloigne de la patrie, beaucoup d’internationalisme y ramène » et enfin son non moins fameux « il faut aller à l’idéal en passant par le réel ». Or, le spectacle donné de nos jours par les gauches montre à quel point ces différentes idées de Jaurès sont plus qu’en danger et ceci pour de multiples raisons et en fonction de plusieurs responsabilités. C’est cela que je vais tenter à présent d’analyser dans le cadre de cette chronique.

En quoi une grande partie de la synthèse jaurésienne sur la nécessité de faire cohabiter « démocratie politique, économique et sociale » a bien été réalisée depuis la Libération et demeure actuelle ? Je vais me limiter à quelques exemples. Sur le plan politique, malgré la crise profonde de notre démocratie représentative et la très nette insuffisance de la démocratie participative, la France n’en demeure pas moins, dans le cadre de ses institutions fondées sur une sorte de « monarchie républicaine », un pays de libertés et de droits de l’homme – par comparaison avec la plus grande partie des autres nations. Au niveau de la démocratie économique et sociale, bien qu’il y ait environ huit millions de personnes qui souffrent des conséquences de la crise, notre « modèle social » et nos « droits sociaux » – à certains égards écornés – restent parmi les plus élaborés au monde, certes en même temps les plus coûteux. Des avancées ont même été réalisées depuis mai-juin 1981, qu’il est, je pense, inutile de rappeler ici.

En ce qui concerne l’unité des gauches, elle n’a jamais été autant remise en cause qu’aujourd’hui. A beaucoup d’égards on pourrait se croire – toutes proportions gardées – à l’époque de la Guerre froide entre l’Est et l’Ouest, voire à celle des années 1920. A tel point qu’une implosion des différentes gauches est possible, et même un émiettement qui les ferait ne plus compter politiquement pendant un temps sans doute assez long à la suite d’une défaite (collective) bien plus grave qu’en avril 2002… La situation est d’autant plus grave que l’on semble en situation d’aller vers une rupture entre une gauche de plus en plus favorable à la globalisation (un nouveau type d’internationalisme sous la forme d’une « mondialisation de gauche » ?), quelque part entre François Hollande, Manuel Valls, Emmanuel Macron, et une autre tentée par le souverainisme, voire tout récemment par le nationalisme, autour de Jean-Luc Mélenchon (reprenant certains thèmes se rapprochant de plus en plus de ceux du Front National, y compris sur l’immigration). Et que faire d’Arnaud Montebourg, des frondeurs, des autres candidats de « l’aile gauche » du Parti Socialiste pour les futures primaires, et des écologistes d’Europe Écologie Les Verts ? Il faut ajouter qu’au niveau économique et social, la cassure est caricaturale à l’intérieur des gauches. En effet, il y a d’une part ceux qui ont accepté de tenter de gouverner en période de crise (dans le cadre d’une faible croissance) et qui furent très largement avalés par le « réel » dont parlait Jaurès, l’ancien « peuple de gauche » continuant à exiger du rêve ; et d’autre part il y a ceux que l’on peut qualifier sans hésitation de gauches d’opposition et qui restent dans des rêves (« l’idéal » jauressien) parfois archaïques et déconnectés du réel.

Poutine populaire en France ?

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 22 octobre 2016. dans Monde, La une, Politique

Poutine populaire en France ?

Depuis quelque temps déjà, un phénomène qui peut apparaître comme extrêmement curieux se développe au sein de certains segments de la classe politique et de l’opinion publique françaises : une montée de la popularité du dictateur nationaliste russe Vladimir Poutine. Et ceci malgré l’agression (déjà ancienne) contre la Géorgie, l’annexion de la Crimée et maintenant les bombardements en Syrie, surtout sur Alep, correspondant à la volonté du chef russe de soutenir à bout de bras le régime du sanguinaire Bachar El-Assad, pour des causes sur lesquelles nous serons amenés à revenir. Je vais devoir évoquer les manifestations, les causes, les conséquences politiques et enfin géopolitiques (régionales et mondiales) de ce phénomène – dangereux jusqu’à un certain point pour la paix du monde.

D’abord, en ce qui concerne les manifestations de cette popularité (certes relative) de Poutine, on peut constater un croisement de soutiens à son égard dans notre pays. Il s’agit en premier lieu de celui du Front National de Marine Le Pen, dont le parti est assez largement financé – au nom du nationalisme partagé par Russie Unie et le parti frontiste – par les banques russes, à la demande expresse de Poutine. On a en second lieu le soutien du Parti De Gauche de Jean-Luc Mélenchon et d’une fraction du Parti Communiste – en rapport avec l’idée que la Russie de Poutine constituerait une espèce de « contrepoids » face à « L’Empire américain » (« l’atlantisme ») et à ses alliés « sionistes », comme à l’époque de l’URSS. Enfin, même au sein de sympathisants de la droite classique, un certain nombre de « politiques » et d’électeurs potentiels sont fascinés par la personnalité de Vladimir Poutine.

Ensuite, pour bien cerner les causes de la montée de cette popularité, il faut commencer par remonter de plusieurs décennies dans le temps. Une partie de l’opinion publique française regrette l’époque de la Guerre froide, dans la mesure où tout semblait simple : on était soit pro-américains (capitalisme libéral, économiquement et politiquement), soit pro-soviétiques ; ce qui évitait de se poser des questions de « complexité », puisqu’il fallait choisir son « camp » (celui du « bien » contre celui du « mal »). Pour de nombreux anciens (ou actuels) électeurs communistes (ou influencés par lui), ou du Front De Gauche en général, la Russie de Poutine est toujours vue – dans le cadre d’un réflexe de type pavlovien – comme une sorte de prolongation de ce que fut l’URSS jusqu’au début des années 1990. Plus étonnante – à première vue – semble être la popularité de Poutine dans l’électorat du Front National. Et pourtant, en réfléchissant un peu, on comprend que l’image d’autorité du chef russe séduit des nationalistes français en mal d’autoritarisme dans une société française travaillée par le message du « Tous pourris ! », comme du « Qu’ils s’en aillent tous ! » de Jean-Luc Mélenchon, qui dérive de plus en plus vers le nationalisme.

L'Histoire, le retour de Vichy ?

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 01 octobre 2016. dans La une, France, Education, Politique, Actualité

L'Histoire, le retour de Vichy ?

L’Histoire et son enseignement ont toujours été une sorte de champ de bataille idéologique entre les politiques, parfois pour le meilleur (de vrais débats), mais le plus souvent pour le pire. Il y eut une époque où la gauche, prise dans son ensemble, apparaissait comme relativement hégémonique, dans le cadre de la grande tradition issue des recherches d’universitaires éminents, depuis la IIIème République (Albert Mathiez, Albert Soboul, puis l’École des Annales avec son « pape » Fernand Braudel, etc.). De plus, qui pourrait oublier notamment en ce qui concerne les politiques la célèbre formule prononcée devant les députés le 29 janvier 1891 par Georges Clémenceau : « La Révolution française est un bloc » ? Ajoutons qu’à partir des lendemains de la Seconde Guerre mondiale, sur la forme, une pédagogie active et individualisée commença à se mettre en place avec des hommes de talent tel que Célestin Freinet, et que par la suite d’autres pédagogues de renommée internationale, comme le philosophe et chercheur (sur la gestion mentale) Antoine de La Garanderie (décédé en 2010), apportèrent des ouvertures insoupçonnées. Or, il se trouve que, depuis quelque temps, nous assistons à une offensive de type conservatrice, voire réactionnaire, à la fois sur le fond et la forme de l’Histoire et de son enseignement à venir, en liaison avec les déjà relativement proches élections présidentielles de 2017.

Il y eut tout d’abord les déclarations récentes de Nicolas Sarkozy et de François Fillon. Le premier par ses propos (affirmés par deux fois) choqua la plus grande partie (voire l’intégralité) des professeurs d’Histoire et des historiens chercheurs. Rappelons en effet que le candidat aux primaires de la droite et du centre affirma que « pour être et se dire français, il faut devenir gaulois ». Plus idiot que cela, on ne pouvait dire, puisque tous les spécialistes savent que la Gaule n’était qu’une expression géographique (employée essentiellement par les Romains, dans l’Antiquité), et que de multiples cultures et civilisations peuplaient notre territoire, dont notamment (mais pas seulement) les Celtes. Il y eut aussi les annonces d’un autre important candidat à ces primaires, en l’occurrence François Fillon. Celui-ci déclara que s’il devenait président de la république, l’enseignement de l’Histoire se fixerait comme objectif – au moins dans le primaire pour un premier temps – de tout fonder sur « le récit national » ; en somme, une Histoire de France, mais avec forcément (en parallèle) une diminution de la place accordée à celle des Français (fait qui fut un acquis absolument considérable de l’École des Annales).

Conservatismes et corporatismes français ?

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 17 septembre 2016. dans France, La une, Politique, Société

Conservatismes et corporatismes français ?

Pour autant que cette formule ait vraiment un sens, pour un pays qui s’est construit au pluriel depuis la proto-histoire, la France a toujours eu la réputation d’être irréformable et ingouvernable, et ceci sous tous les gouvernements. Or, avec la montée de l’hyper-individualisme depuis environ une trentaine d’années (l’équivalent de la « me generation » américaine mais sans les aspects positifs du comportement d’une partie des citoyens étasuniens), ce phénomène s’est considérablement aggravé. Cela aboutit à de véritables blocages de notre société, qui lui donnent – à certains égards – des caractères relativement sclérosés rappelant ce qu’était notre pays en 1788, avec la multiplication des « privilèges », qui correspondaient alors à des statuts particuliers (de « privus-lex » en latin), et qui enclenchèrent le processus de la Révolution de 1789-1795 (avec sa phase libérale, puis radicale). Aujourd’hui, ceux qui font une comparaison avec cette France d’avant 1789 sont – à mon avis – dans l’erreur sur le plan des comparaisons d’analyse historique, et je vais tenter d’expliquer en quoi.

D’abord, la France est devenu le pays des conservatismes, grands, moyens et petits. Prenons quelques exemples. Au niveau des « élites », si l’on se penche sur le cas du cumul des mandats, les « politiques » – de droite comme de gauche – restent très majoritairement hostiles à une mesure démocratique de ce type. De même, des élus (dans les collectivités territoriales) sont souvent très réticents à l’égard de la « démocratie participative » – même si son harmonisation avec la « démocratie représentative » n’est pas simple, en raison des problèmes de légitimité conférés ou non par le suffrage universel. J’ajoute aussi que le fait d’être un élu est progressivement devenu un véritable métier (et il est vrai que la gestion, cela ne s’invente pas, et doit donc s’apprendre) ; d’où l’accusation envers les « politiques », de la part de nos compatriotes – largement fondée –, d’être devenus des politiciens professionnels. N’oublions pas également les conservatismes des élites technocratiques sorties de sciences-po et qui croient tout savoir tout le temps et pour toujours ! Quant aux élites « économiques », que dire de leurs stock-options, des scandaleuses retraites-chapeaux, ou des pratiques d’optimisation fiscale et de fraude fiscale (qui atteignent, pour ces dernières, au moins le chiffre de 100 milliards d’euros par an…) ? Pour autant, au niveau du « peuple », tout va-t-il pour le mieux dans le meilleur des mondes ? Certainement pas lorsqu’on voit par exemple la montée de la dénonciation (parfois justifiée) de « l’assistance », sauf lorsqu’une personne est directement concernée par la défense de ses privilèges appelés le plus souvent par elle acquis sociaux ! Le privilège devient ainsi le droit qu’a l’Autre, et le droit, le privilège dont on dispose… Qu’on aille ainsi se renseigner un peu par exemple en ce qui concerne les avantages inadmissibles des familles de ceux qui travaillent à EDF-GDF, ou (à certains égards) à la SNCF, etc.

Les fractures de la société française

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 20 août 2016. dans La une, Société

Les fractures de la société française

Depuis déjà un certain nombre d’années (au moins à partir de 2008), nous pouvons observer un phénomène global très inquiétant (et qui ne concerne d’ailleurs pas uniquement la France, mais l’Occident, voire au-delà). En fait, il s’agit de notre société qui se délite, se fragmente, se segmente dans un contexte de « crise systémique », multiforme, c’est-à-dire à la fois économique, sociale, morale, politique et identitaire. Et c’est dans ce délitement, qui altère considérablement notre démocratie (à refonder entièrement), que se développent de plus en plus les deux fléaux qui déstabilisent notre équilibre politique et social : à savoir la tentation pro-djihadiste (auprès de certains de nos compatriotes de confession musulmane) et l’essor du populisme d’extrême-droite (qui se nourrissent l’un l’autre, même si, bien sûr, ils n’emploient pas les mêmes méthodes). Je vais donc analyser les différentes fractures, qui traversent plus particulièrement notre société, et tenter en fin de chronique de donner quelques pistes générales qui pourraient permettre de sortir par le haut de cette situation extrêmement dangereuse.

Commençons par la double fracture sociale et humaine, dans la mesure où elles ont souvent l’une par rapport à l’autre des liens directs ou indirects. C’est le démographe Emmanuel Todd, mais surtout – malgré ce que l’on pense généralement – le philosophe et historien Marcel Gauchet, qui évoquèrent les premiers la « fracture sociale » pour notre pays, afin de caractériser l’opposition, voire le gouffre, entre ceux qui sont intégrés et ceux qui – plus ou moins – ne le sont pas : les « élites » face aux « exclus ». Jacques Chirac avait d’ailleurs récupéré ce concept par l’intermédiaire de son conseiller Henri Guaino (se présentant comme « gaulliste social ») en tant que principal slogan de sa campagne pour les élections présidentielles de 1995 – qu’il remporta face au socialiste Lionel Jospin, mais qui ne fut traduite ultérieurement par aucune mesure précise jusqu’en 2002. Quant à la fracture humaine, elle correspond toujours, bien sûr, par le biais de la montée de l’hyper-individualisme (ce que les sociologues anglo-saxons appelèrent il y a longtemps la « Me generation » ou « Génération du Moi ») à une nette rupture des solidarités et, par voie de conséquence, à l’affaiblissement de tout ce qui peut apparaître comme collectif ; d’où – en liaison avec la crise économique – le refuge dans les valeurs de la « famille ». Cela dit, s’il y a bien une fracture entre les élites et le peuple (soit de « haut » en « bas »), force est de constater aussi l’existence d’une fracture du civisme (soit de « bas » en « haut ») ; n’importe quel maire d’une petite, moyenne, ou plus grande commune, vous le dira – avant tout en liaison directe avec la judiciarisation de la société.

François Hollande et les primaires

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 25 juin 2016. dans France, La une, Politique, Actualité

François Hollande et les primaires

Après avoir, il y a quelques semaines, annoncé qu’il n’y aurait pas de primaires pour la gauche, le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, vient de changer complètement sa position, et l’on peut douter que cette décision n’ait été prise sans une consultation préalable auprès du chef de l’État François Hollande. Dans ce papier, je vais tenter de cerner les éléments de cette affaire qui fait les choux gras des grands médias, ce « Léviathan » toujours avide de nouvelles nourritures, quitte à se comporter comme le Saturne de notre démocratie ! Quelles sont donc les bases de réflexion que l’on pourrait envisager pour ce nouveau « grain à moudre » médiatique ?
D’abord, il convient de relever le côté exceptionnel de ce qui est, en l’occurrence, décidé. En effet, ce sera la première fois qu’un président sortant – se présentant donc pour un second mandat – ne sera pas automatiquement le candidat naturel de son parti. Même aux États-Unis, où les primaires sont une très ancienne tradition, l’intronisation du président Démocrate ou Républicain est automatique ; on ne fait que respecter certaines formes, mais il n’y a pas d’exemple de candidat à la candidature et à sa propre succession qui se soit produit dans le cadre des traditions de la grande nation américaine.
Ensuite, n’oublions pas de signaler que ces primaires ne vont concerner que la « gauche de gouvernement », c’est-à-dire le PS, le PRG (Parti Radical De Gauche) et les Écologistes favorables à la participation à l’action du gouvernement dirigé par Manuel Valls. En effet, « la gauche de la gauche » a refusé il y a déjà longtemps d’envisager des primaires de toutes les gauches : Jean-Luc Mélenchon, bien sûr, qui s’est déjà déclaré candidat, prenant à contre-pied ses amis du FDG (Front De Gauche), et le PC – qui tente actuellement la mise en place d’une « candidature citoyenne » pour les présidentielles à venir.
Puis, mais alors pourquoi, ce revirement de Jean-Christophe Cambadélis ? L’explication la plus probable réside dans deux points. En premier lieu, faire sortir un vainqueur des primaires de « la gauche de gouvernement » qui serait, une fois élu, un candidat globalement incontestable, religitimé. Soit une façon de remettre de l’ordre « dans la maison », tout en calmant les ardeurs critiques des « frondeurs » du PS, plutôt satisfaits de cette annonce des primaires. Remarquons au passage que ce procédé, qui apparaît à certains comme « politicien », me semble au contraire indéniablement démocratique. En second lieu, l’espoir, pour François Hollande, qui est donné actuellement dans les sondages au coude à coude avec Jean-Luc Mélenchon (même si nous sommes à un an environ des futures présidentielles et que la situation économique semble s’améliorer assez nettement), de ne pas être humilié. Je rappelle en effet que ces derniers jours 4 à 5% seulement des Français souhaitaient qu’il se représente… Il y aurait donc là comme une sorte de pari, voire de politique – comme on dit – du va tout, si c’est bien François Hollande qui s’est mis d’accord avec l’actuel premier secrétaire du PS pour organiser ces primaires de « la gauche de gouvernement » – qui auraient lieu en janvier 2017, un moment où l’on connaîtra le candidat de la droite classique (dont les primaires se dérouleront en novembre) ; soit un atout important pour l’actuel président de la République, surtout si Nicolas Sarkozy gagne les primaires en question (on sait qu’en effet celui-ci est un excellent catalyseur des gauches par détestation à la fois de sa personne et de sa reprise des thèmes d’extrême droite).

La critique du Front populaire par les Gauches

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 21 mai 2016. dans La une, Histoire

La critique du Front populaire par les Gauches

Comme annoncé dans ma précédente chronique, je vais maintenant passer à une présentation globale de la critique du Front populaire par les gauches – essentiellement le Parti Communiste et le Parti Radical –, après avoir vu celles issues des droites, et ceci toujours à la fois à l’époque contemporaine des faits et encore de nos jours. Il convient de préciser tout de suite une première chose, même si elle semble aller de soi : la critique faite par les communistes fut diamétralement opposée à celle distillée par les radicaux, ce qui ne doit pas nous étonner, dans la mesure où les premiers, malgré une modération certaine dans certains domaines (nous y reviendrons), attendaient plus des gouvernements de Léon Blum au moins dans les domaines liés à la politique étrangère, c’est-à-dire surtout face à l’attitude à avoir par rapport à l’intervention militaire éventuelle dans la Guerre d’Espagne.

En politique intérieure, à l’époque du Front populaire, les critiques restèrent limitées, surtout de la part du Parti Communiste. Pourquoi ? Tout simplement en raison de l’ordre qui avait été donné au « Parti » par Staline (dirigeant d’une main de fer la IIIème Internationale) : celui de tout faire afin d’éviter une attaque de l’Allemagne nazie contre l’URSS et donc de prêcher la modération dans les demandes économiques et sociales afin d’obtenir une « alliance antifasciste » avec la France et la Grande-Bretagne. C’est d’ailleurs en 1935 que le dictateur soviétique envoya son fameux « télégramme » intimant l’ordre au Parti Communiste de faire alliance avec les socialistes et même les radicaux, en rupture totale avec la période de « bolchévisation » des années 1920 et de la tactique d’avant 1934 (dite de « classe contre classe »). Le Parti Communiste, alors que ses partenaires socialistes étaient prêts à le voir participer au gouvernement, refusa de le faire, dans le but de ne pas faire peur aux classes moyennes (qui avaient très souvent basculé – avec la crise – dans le totalitarisme fasciste et nazi en Italie et en Allemagne). En réalité, seuls les « pivertistes » (l’aile gauche de la SFIO) poussaient à des mesures intérieures vraiment radicales… On pourra remarquer qu’il y a quelques semaines Jean-Luc Mélenchon, leader du Parti De Gauche et porte-voix du Front De Gauche, déclara que le Front populaire, malgré des mesures sociales conséquentes, n’avait pas transformé profondément notre pays, notamment sur le plan du « fonctionnement politique ». Pour en revenir à l’époque du Front populaire, les radicaux n’eurent absolument pas (comme on peut s’en douter) le comportement des communistes sur le plan de la politique intérieure. En effet, le groupe radical du Sénat – élément politique classique fondé sur un conservatisme assez traditionnel au niveau économique et social – tenta souvent de limiter les hardiesses de Léon Blum. En fait, il faut dire que le Parti Radical comportait une tendance située un peu plus « à gauche » et une autre davantage « au centre » ; et cela recoupait nettement les députés radicaux d’un côté et de l’autre le groupe sénatorial du parti.

La critique du Front populaire par les Droites

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 14 mai 2016. dans La une, Histoire

La critique du Front populaire par les Droites

En ces mois d’avril à juin 2016, les médias et les réseaux sociaux ont commencé à parler de l’expérience socialiste démocratique du Front populaire, qui se déroula en France pendant deux ans, entre 1936 et 1938, à la suite de la victoire électorale d’un bloc des gauches (regroupant les socialistes SFIO, les radicaux et le Parti communiste) lors des élections législatives d’avril-mai 1936. Il est même probable que des articles, voire de nouveaux ouvrages d’historiens suivront. Mais, ce que je vous propose ici, ce n’est pas une présentation globale de l’arrivée au pouvoir du Front populaire ou bien le fait (largement connu) d’égrener les mesures qui furent prises – notamment dans le cadre de l’action gouvernementale menée, à la surprise générale, sous direction socialiste (et non radicale) par Léon Blum. Je vais plutôt cibler mon propos  (en deux chroniques) sur  les critiques qui ont été faites contre le Front populaire – et qui le sont toujours aujourd’hui –, une venant de droite (contemporaine des faits ou relayée de nos jours par des polémistes non-historiens comme par exemple Eric Zemmour) et une autre de gauche. La première de ces chroniques va être consacrée aux différentes accusations provenant des  droites.

Le Front populaire, à travers les grèves des mois de mai-juin 1936 – soit avant les accords Matignon – aurait été organisé, à la base (dans les usines), par un « chef d’orchestre clandestin » dont l’objectif se serait fixé comme étant l’instauration de « soviets » en France ; en l’occurrence le Parti communiste, appuyé notamment par l’aile gauche de la SFIO regroupée autour de Marceau Pivert (les « pivertistes » et leur célèbre « Tout est possible, droit devant nous, en avant camarades ! »). En réalité, les études historiques qui ont été faites ont montré depuis longtemps que ces grèves furent, à l’annonce de la victoire électorale, des « grèves de la joie » (à partir d’une formule employée à l’époque par la philosophe Simone Weil) ; la victoire de la gauche étant célébrée par un élan essentiellement festif. La seule chose que la grande masse des travailleurs voulaient, bien loin d’être « révolutionnaire », consistait à affirmer leur dignité et à montrer qu’au sein des usines ils étaient au moins autant « chez eux » que les patrons. En somme, il y eut seulement, dans la plupart des cas, le  désir d’une vie meilleure – bien résumée par l’expression employée par Léon Blum avec « une embellie » ou encore « une éclaircie dans des vies difficiles et obscures »

  D’ailleurs, ce qui fut frappant, c’est le fait que, tout en restant sur leurs lieux de travail, les ouvriers et les employés maintinrent les machines en état impeccable de fonctionnement, sachant pertinemment qu’ils devraient reprendre le travail dans les semaines suivantes.

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