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Racines d’actu : Le Congrès de Tours, 1920

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 04 janvier 2016. dans La une, Histoire

Racines d’actu : Le Congrès de Tours, 1920

Quand la Gauche débattait déjà de sa refondation…

Nous venons tout juste de quitter l’année 2015. Or, il se trouve que c’est exactement il y a 95 ans, entre le 25 et le 30 décembre 1920 qu’eut lieu, salle du Manège à Tours, le congrès qui allait mettre fin à l’unité du mouvement socialiste français. En effet, la minorité des mandatés, sous l’égide de Léon Blum, décidèrent de maintenir le Parti Socialiste Unifié SFIO (Section Française de la IIème Internationale), tandis que la majorité créa le futur Parti Communiste Français sous le nom de SFIC (Section Française de la IIIème Internationale). Lors de la fin des débats, les socialistes s’écrièrent Vive Jaurès ! et les communistes Vive Jaurès ! Vive Lénine !). Je rappelle que cette division au sein du mouvement ouvrier ne concerna pas que la France, puisqu’elle eut une dimension internationale, à la suite de ce que l’on appela bien à tort La Révolution d’Octobre, et qui n’était qu’un coup d’État.

Pourquoi cette rupture et qui la provoqua vraiment ? Pendant la Grande Guerre déjà (14-18), la SFIO avait connu des divisions par rapport à l’Union sacrée. Mais, c’est ce qui se passa en Russie après octobre 1917 (tous les socialistes ayant salué la chute du régime tsariste en février et même ce qui semblait être une révolution en octobre) qui amena progressivement à la scission. La grande question qui se posa fut celle de savoir s’il fallait ou non faire partie de la IIIème Internationale (inféodée à Lénine et aux Bolcheviks), créée à Moscou en mars 1919, c’est-à-dire accepter les 21 conditions imposées pour pouvoir y adhérer. Il s’agissait en fait de transformer en profondeur la SFIO en l’amenant à devenir un parti de révolutionnaires professionnels ! Trois tendances se firent jour pendant le Congrès de Tours. D’abord, une aile modérée, regroupée autour de Léon Blum, et qui refusa dès le départ l’idée de l’acceptation des 21 conditions. Ensuite, une aile centrale ou centriste, avec Jean Longuet et Paul Faure, qui voulait négocier certaines de ces conditions, ceci pour pouvoir adhérer à cette nouvelle Internationale, et qui essayait en réalité, d’une certaine façon, de maintenir l’unité du parti. Enfin, une tendance radicale, autour d’hommes tels que Marcel Cachin, qui acceptaient en bloc les 21 conditions, parlant même d’en exiger mille… !

Dès lors, la rupture ne pouvait pas être évitée. Les conséquences immédiates furent en effet les suivantes. D’abord, bien sûr, comme cela a déjà été dit en introduction, la naissance du communisme français, avec la création d’un nouveau parti, la SFIC (Section Française de l’Internationale Communiste), futur PCF, soutenu par une majorité des mandatés ; et le maintien d’une SFIO (membre de la IIème Internationale), avec une minorité des mandatés. Celle-ci se regroupa en fait autour de Léon Blum, de Jean Longuet et de Paul Faure, la tendance centrale ayant refusé le coup de knout de Moscou ! Comment ne pas rappeler ici le célèbre discours de Léon Blum parlant de frères qui allaient se séparer, et non pas comme des ennemis, et disant que pendant qu’ils partiraient à l’aventure, il fallait bien que quelqu’un gardât la vieille maison ? Ce que l’on connaît moins, par contre, c’est la description prophétique que celui-ci fit de ce qui allait aboutir, par le biais du communisme autoritaire de Lénine, au stalinisme : à partir de comités occultes, déclara-t-il, vous aboutirez non pas à la dictature impersonnelle du prolétariat, mais à une dictature tout court, qui ne pourra aboutir qu’à celle d’un homme… !

Musicales d’hiver

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 19 décembre 2015. dans La une, Musique

Musicales d’hiver

Voici donc l’hiver, qui va nous apporter ses vents, ses pluies, ses neiges, ses températures plus basses, mais aussi, parfois, son soleil avec un ciel presque sans nuages (du moins, espérons-le), et – bien entendu – ses fêtes de fin d’année tournant avant tout autour de celle de Noël. L’hiver, occasion de faire renaître du feu dans la cheminée et d’en profiter en même temps pour réécouter – ou découvrir – des œuvres de plusieurs époques que certains génies de l’histoire de la musique classique lui ont consacrées. Parmi celles-ci, qui ne connaît L’Hiver, extrait des célèbres Quatre Saisons de Vivaldi ? Et, toujours pour la période baroque, pourquoi ne pas en profiter éventuellement pour élargir son plaisir en écoutant La Scène du froid, tirée du masque (ou semi-opéra) Le Roi Arthur de Purcell, ou bien encore le Concerto pour la Nuit de Noël de Corelli. Et puis, en ce qui concerne la période romantique, pourquoi ne pas faire de même avec Le Voyage d’Hiver de Schubert et la Symphonie n°1, dite Rêves d’hiver, de Tchaïkovski. Enfin, pour la musique du XXe siècle, pourquoi ne pas se replonger dans la page de La Bataille sur la glace, cet extrait parmi les plus connus de la musique du grand film Alexandre Nevski composée par Prokofiev.

L’Hiver est l’une des plus belles parties des Quatre Saisons du compositeur italien, qui vécut essentiellement à Venise, Antonio Vivaldi (1678-1741), surnommé – en tant qu’ecclésiastique et en raison de la couleur de ses cheveux – « le prêtre roux ». Souvent accusé par d’autres musiciens et des musicologues d’avoir « composé 600 fois le même concerto », on sait que cette partition des Quatre Saisons datant de 1725 est à la fois la plus connue de ses productions et une des plus célèbres de toute l’histoire de la musique. Il faut pourtant signaler que cette œuvre, et plus généralement beaucoup d’autres compositions du grand musicien de La Sérénissime, tombées en désuétude durant le XIXe siècle et la première moitié du XXe, ne furent redécouvertes qu’à partir des années 1950-1960… Pour en revenir au concerto L’Hiver – comme d’ailleurs pour les trois autres constituant le total des Quatre Saisons –, la façon dont Vivaldi a su rendre, par sa musique, l’atmosphère hivernale, est extrêmement convaincante ; certains musicologues sont même allés jusqu’à rapprocher cette page concertante (ainsi que les trois autres) de ce l’on appelle « la musique à programme » – ce qui est évidemment très exagéré.

La Scène du froid est un superbe et très novateur extrait du semi-opéra Le Roi Arthur du compositeur anglais Henry Purcell (1659-1695), créé à Londres en 1691. Incluant de nombreux passages parlés (comme pour une pièce de théâtre), alternant avec d’autres chantés, il fut conçu en langue anglaise à une époque où, dans pratiquement toute l’Europe, l’art lyrique se donnait en italien (pensons ainsi au succès des opéras de Haendel ou de Porpora en Angleterre). Cette impressionnante Scène du froid, fondée sur une voix d’homme développant un rythme très saccadé avec des sortes de trémolos pour la ligne de chant, fut mise en valeur par le chanteur de rock new-wave expérimental et d’opéra allemand des années 1980, Klaus Nomi, dont la voix était exceptionnelle par l’étendue de sa tessiture et son timbre particulier. Comment oublier par ailleurs la façon dont la grande Ariane Mnouchkine sut illustrer le moment de la mort de Molière dans le film génial (sorti en salle en 1978) qu’elle consacra à l’homme de théâtre le plus connu de notre pays, et qui portait tout simplement un titre homonyme ! L’acteur Philippe Caubère accompagnait ce chant par un jeu dramatique d’une présence et d’une force quasi insoutenables sur le plan émotionnel !

DAESH ; Racines d’actu

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 21 novembre 2015. dans Monde, La une, Politique, Actualité

DAESH ; Racines d’actu

Daesh provient d’une conception extrêmement rigoureuse de l’islam sunnite, à travers une charia (loi islamique) très radicale : le wahhabisme ou salafisme, tout en sachant que l’on peut très bien être un salafiste ayant une vision rétrograde de l’islam sans pour autant passer à des pratiques terroristes. Cette conception a un cœur principal : les émirats pétroliers sunnites du Golfe, et surtout l’Arabie Saoudite, sans pour autant qu’ils apportent un soutien politique en tant que tel au terrorisme de Daesh (comme pour Al-Qaïda avant ce « groupe de l’État Islamique »). Par contre, pendant longtemps, Daesh (encore comme Al-Qaïda) fut (et demeure ?) financé notamment par l’Arabie Saoudite, et ceci pour deux raisons. D’abord, afin de détourner le terrorisme et le risque d’une prise de pouvoir politique dans ce pays lui-même. Ensuite, parce que Daesh (à nouveau comme Al-Qaïda) est en guerre contre une autre façon de voir l’islam : celle des chiites, avant tout iraniens, dans la mesure où l’Iran est de plus en rivalité géopolitique avec les Saoudiens pour la domination régionale (dans toute la zone du Proche et du Moyen-Orient). L’Arabie Saoudite et les autres émirats du Golfe ne sont certes pas les seuls responsables de la naissance et de l’essor d’Al-Qaïda puis de Daesh. En effet, il est incontestable que Bush fils, pour la Seconde Guerre d’Irak, voire Nicolas Sarkozy à propos de la façon dont l’intervention fut menée en Libye, ont une part de responsabilité dans ces structurations terroristes de type islamiste.

Daesh contrôle des territoires situés au nord-est de l’Irak et de la Syrie, mais ne constitue pas, contrairement à l’expression encore trop utilisée par les grands médias, un réel « État islamique », même si son but est bien d’en construire un, préludant à la mise en place d’un « califat » élargi progressivement au monde entier. Il s’agit en fait d’une secte totalitaire islamo-fasciste mortifère et apocalyptique. Pour elle, la fin des temps est proche, en conséquence de quoi il faut absolument imposer le plus rapidement possible ce qu’ils appellent « le vrai islam » (traduisez : leur conception radicale d’un islamisme politico-religieux). Ce rapport à la mort (avec accès direct au paradis pour les « martyrs » qui se sacrifient en tant que kamikazes, comme à Paris) rappelle celui des unités SS « à tête de mort » avec leur nihilisme intégral. Pour atteindre son objectif, cette secte développe, sur le plan de l’idéologie, au niveau de ses cadres, la nécessité de détruire la « zone grise », c’est-à-dire tout ce qui met en contact pacifique les musulmans et les non-musulmans (qu’ils nomment « Les Croisés et les Juifs »). Du point de vue de ses chefs, elle veut donc aboutir à une guerre des religions, un choc entre civilisations, et à des guerres civiles au sein des pays occidentaux (notamment) dans lesquels les musulmans constituent des communautés assez nombreuses. A la place de la « zone grise », ses idéologues veulent en arriver à l’opposition entre ce qui apparaîtrait comme étant le « blanc » (eux et leurs partisans armés et kamikazes) et le « noir » (tous les autres, et avant tout les musulmans non radicaux – qu’ils éliminent en priorité).

Disposant d’une armée véritable, contrairement à la nébuleuse Al-Qaïda qui n’intervenait que par des attentats et des actions de commandos, Daesh est donc une organisation prenable, puisque ayant des chars d’assaut, des blindés légers, etc. ; se situant ainsi nettement moins (jusqu’à présent) dans le cadre d’une « guerre asymétrique ». Mais que faire, face à cette organisation qui vient d’infléchir fortement sa tactique depuis les divers attentats de Paris (en janvier et novembre), dans la mesure où les combattants et les combattantes (peshmergas) musulmans kurdes, avec le soutien des frappes aériennes occidentales, leur infligeaient des pertes importantes (malgré l’arrivée de nouvelles recrues djihadistes) ? Cela ne pourrait être traité que dans le cadre d’un autre article, d’un plus grand gabarit, et en attendant de voir à quel point le choc ressenti par les peuples du monde entier à la suite des attentats du 13 novembre peut ou non provoquer une évolution des alliances internationales afin d’éradiquer cette menace que constitue cette secte pour la planète entière. Et ceci tout en ne faisant pas l’impasse sur les problèmes de désaccords qui existent toujours entre Occidentaux et Russes (plus Iraniens) en ce qui concerne la question du régime syrien dominé par le tyran sanguinaire Hafez El-Assad…

Quant au nom « DAESH », qui sonne partout ; ce sigle est à utiliser de préférence à ce EI, dont ils aiment faire étalage (« Etat islamique », prétentieux et faux). C’est ce qu’ont fait ceux qui ont rapidement perçu que cet éclairage traduit ainsi dans nos langues avait un danger propagandiste important, et ont seulement utilisé Daesh, acronyme arabe, même sens, mais du coup moins impactant : « dowlat al islamiyah f’al irak wa Belaad Al Sham ». Ainsi dès le début, notre président qui à présent franchit une étape de plus en accentuant une prononciation glissante (crachante ?), « Dech »… signifiant un rejet complet.

 

L’Etat islamique Multinationale de la violence, Loretta Napoleoni, Calmann-Lévy, 2015, 192 pages

L’Etat islamique Anatomie du nouveau califat, Olivier Hanne, Thomas Flichy de La Neuville, Bernard Giovanangeli Editeur, 2014, 178 pages

Aux nouveaux réactionnaires

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 07 novembre 2015. dans France, La une, Politique

Aux nouveaux réactionnaires

Il fut un temps où le mot « intellectuel » signifiait quasiment automatiquement engagement politique à gauche, et notamment « compagnons de route » du Parti Communiste Français, et où même le terme de « social-démocratie » était considéré avec une certaine condescendance, voire mépris, car éloigné des aspirations logomachiques « révolutionnaires » du « socialisme existant » de la période stalinienne, puis néo-stalinienne. Or, que se passe-t-il de plus en plus sous nos yeux depuis environ une trentaine d’années ? D’abord, les « intellectuels » que l’on nommait « progressistes » se sont progressivement tus, à de très rares exceptions près ; et surtout, le terrain – essentiellement médiatique – s’est trouvé de plus en plus occupé par ce que l’on a pu appeler, par rapport aux thèmes qu’ils développent, « Les nouveaux réactionnaires ». Je vais ici me limiter aux quatre exemples les plus connus, parmi ceux qui envahissent le plus souvent les plateaux de télévision, tout en étant différents.

Marcel Gauchet, historien et philosophe, m’apparaît comme étant le moins concerné par l’évolution droitière de ce camp des « nouveaux réactionnaires ». Cet homme, venant de la gauche et qui avait accueilli mai 68 comme l’illustration de ses « idées », s’était progressivement converti aux idées de droite, en se mettant à dénoncer pêle-mêle Georges Dumézil, Claude Lévi-Strauss, Jean-Pierre Vernant (les structuralistes), Michel Foucault, Pierre Bourdieu, Jacques Derrida, Jacques Lacan, etc. Pour lui, ces penseurs provoquèrent « une catastrophe de la pensée française », et, pour certains d’entre eux, furent « en connivence avec l’univers mental du totalitarisme » (traduisez stalinien)… ! Le fait qu’il devint l’un des membres les plus importants du Centre de recherches politiques Raymond Aron ne fait certes pas de lui en soi un partisan des thèses de l’extrême droite (!), même si ses prises de positions apparaissent comme conservatrices. Même si Marcel Gauchet fait notamment de plus en plus l’apologie d’un christianisme conservateur et dénonce avant tout la remise en cause des rapports d’autorité depuis mai 68, ce n’était pas une raison pour appeler au boycott contre lui – lancé par quelques-uns –, à l’annonce du fait qu’il allait prononcer, en 2014, la conférence inaugurale des « Rendez-vous de l’Histoire de Blois » sur le thème « Les rebelles ».

Pour ce qui concerne l’essayiste et philosophe Alain Finkielkraut, venu lui de la gauche, je dois reconnaître d’abord que je lui maintiens mon estime, mon respect et même une certaine affection, notamment en rapport avec l’excellente émission de philosophie qu’il anima sur France Culture et sa participation – chaque année – aux Rencontres de Pétrarque organisées par Le Monde et France Culture, à Montpellier, en compagnie du journaliste Emmanuel Laurentin. Cela dit, bien qu’ayant toujours admiré la manière dont il manie les concepts philosophiques, je suis depuis fort longtemps en désaccord presque total avec lui sur ses prises de position socio-politiques. Ainsi sur l’école (celle, réactionnaire, qu’il souhaiterait voir revenir de nos jours, et qui n’a en fait jamais existé…) et surtout sur ses conceptions que j’appellerais « identitaristes », en faveur du judaïsme ou de la judéité, puisqu’à mon avis il est indiscutable qu’Alain Finkielkraut fait une « fixation » non pas contre l’islamisme (car, sur ce terrain, comment ne pas le suivre !), mais contre l’islam en tant que tel. Alors que comme français juif « progressiste » qu’il fut, il aurait pu servir de pont entre les communautés, ce penseur de valeur a, selon moi, sombré, sur cette question, dans le rejet, l’amalgame et la caricature. Et puis, je dois vous dire que je ne supporte pas cette façon qu’il a de se présenter toujours comme une victime, une sorte de « Saint Sébastien percé de flèches »… A se demander si, quelque part, il n’y prend pas un certain plaisir… (?) Enfin, il y a ses positionnements « souverainistes » qui se heurtent à mes conceptions « altermondialistes ». Il n’est d’ailleurs pas étonnant qu’il ait tant de sympathie pour Jean-Pierre Chevènement…

LES PARTIS POLITIQUES SONT-ILS OBSOLETES ?

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 03 octobre 2015. dans France, La une, Politique

LES PARTIS POLITIQUES SONT-ILS OBSOLETES ?

Depuis longtemps déjà, au sein d'une grande majorité de l'opinion publique française, le « Tous pourris ! », ou le « Qu'ils s'en aillent tous ! », font des ravages, en mettant en cause profondément les bases mêmes de notre système démocratique, largement fondé, jusqu'à présent (au moins depuis le tout début du XXe siècle), sur les partis. D'où les questions de leur utilité ou modernité qui ne peuvent que surgir. D'abord, peut-on vraiment aller jusqu'à parler d'obsolescence des partis politiques français et, dans ce cas, pourquoi ? Ensuite, pour quelles raisons le Front national apparaît-il comme une exception dans cette déliquescence générale des forces politiques (avec d'ailleurs de fortes nuances) ? Enfin, en quoi les partis politiques restent-ils (ou non) indispensables, et comment les transformer en profondeur, et enrichir, par des moyens nouveaux, la vieille « démocratie représentative » française ?

En quoi cette obsolescence ?  les partis ont de moins en moins de vrais militants, même à gauche. En dehors des structures d'extrême gauche (les partis trotskistes essentiellement), ils sont devenus des forces politiques d'élus avec autour des sortes de clientèles (y compris pour le Parti Communiste). Obsolescence, parce que tous les partis (même le Front National, mais ce cas est particulier) se divisent, au risque de provoquer à terme des schismes et donc des reclassements, certes en rapport avec les questions tournant autour de la « mondialisation » et du rôle de la nation dans ce contexte global, mais aussi à travers des oppositions de personnes. Cela est vrai à gauche, autant pour le Parti Socialiste (avec actuellement les « frondeurs »), que pour le Front De Gauche (entre Jean-Luc Mélenchon et son Parti De Gauche et le Parti Communiste de Pierre Laurent), ou encore chez les Écologistes (qui se déchirent sur la question de savoir s'il faut ou non revenir au gouvernement). Autant à droite, pour le parti Les Républicains (entre les rivalités de personnes et la tactique différente d'un Nicolas Sarkozy et celle d'un Alain Juppé, voire de François Fillon, etc). Autant pour le centre, à l'Union des Démocrates Indépendants ou au Mouvement Démocrate (de François Bayrou), où certains pourraient envisager à terme une alliance - face à un Front National devenant de plus en plus menaçant -, avec un Parti Socialiste déjà recentré, tandis que d'autres centristes ne veulent entendre parler que d'un rapprochement avec le parti Les Républicains (à condition qu'Alain Juppé soit le futur candidat de la droite et du centre regroupés en 2017).

L’ailleurs de l’imaginaire lyrique wagnérien

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 10 juillet 2015. dans La une, Musique

L’ailleurs de l’imaginaire lyrique wagnérien

Cette chronique pourrait commencer par « Il était une fois les opéras wagnériens »… En effet, pourquoi ne pas utiliser l’été pour s’échapper de la grisaille voire du noir, « vendu » par la « sinistrose » de l’appareil médiatique ? C’est donc bien à un voyage à l’intérieur de l’imaginaire lyrique wagnérien que je vais vous inviter. Pour ce faire, nous allons parcourir tout un univers dramatique et musical à travers les deux grands thèmes récurrents qui ont obsédé Richard Wagner : avant tout celui de la rédemption de l’homme par la femme par l’amour et dans la mort (conçue comme une sorte de « renaissance » vers un ailleurs ou un au-delà) ; mais aussi celui, contradictoire, du renoncement à l’amour. En respectant l’ordre chronologique de la création des opéras de la maturité du « mage de Bayreuth » (comme on le surnomma), nous serons donc amenés à balayer un certain nombre de personnages et de situations dramatiques, de Der Fliegende Holländer (Le Hollandais volant, ou Le Vaisseau fantôme) jusqu’à Parsifal.

Pour le thème de la rédemption de l’homme par la femme par l’amour dans la mort (conçu comme une « renaissance »), envisageons d’abord le cas du premier opéra véritablement « wagnérien » de Richard Wagner : Der Fliegende Holländer (Le Vaisseau fantôme). Là, c’est la fille du marin norvégien Daland, Senta, qui délivre le « Hollandais » de la malédiction qui l’avait condamné à errer sur les mers et les océans jusqu’à ce qu’il rencontre une femme qui lui soit fidèle, prête à mourir pour sa rédemption. Consciente de son rôle, Senta devient ainsi effectivement rédemptrice, obtenant le « salut » du « Hollandais » ; une transfiguration les emmenant tous les deux dans un au-delà, au sein d’une vision pré-tristanesque. En ce qui concerne Tannhäuser, c’est Élisabeth, image du sentiment amoureux le plus pur, qui obtient en mourant le « salut » du chevalier Tannhäuser, qui avait passé un long séjour au « Venusberg » (avant et au début de l’opéra). Pour Lohengrin, nous avons une importante exception, puisque c’est au contraire « Le Chevalier au cygne » lui-même, fils de Parsifal (Roi des chevaliers du Saint Graal), qui tente d’aller au secours de la princesse de Brabant Elsa (accusée à tort) et de son frère Godefroy ; c’est certainement la fonction représentée par Lohengrin qui « perturba » l’obsession de Wagner en ce qui concerne la rédemption par la femme. A l’intérieur du drame de Tristan et Isolde, nous nous trouvons aussi dans une situation particulière. En effet, ce véritable « philtre » qu’est cet opéra, fondé sur des éléments de la littérature médiévale, apparaît comme une « rédemption à deux », puisque les deux amants ne peuvent pas s’aimer dans le cadre du « Jour » (le domaine du Roi Marke et sa cour), mais uniquement au sein du « Royaume de la Nuit » (conçu comme le principal « ailleurs », ou au-delà, wagnérien).

Pour La Tétralogie, nous nous trouvons face à un cas assez complexe en ce qui concerne la « rédemption par l’amour ». La walkyrie Brünnhilde n’obtient pas le « salut » de son amant Siegfried (qui est aussi son neveu, car l’inceste est présent dans ce monument de l’art occidental !). Mais, en se sacrifiant (pour le rejoindre dans la mort), son « Immolation » par le feu (avec son cheval Grane) provoque la fin du règne des Dieux (avec notamment le principal d’entre eux – son père, le Roi Wotan) et le remplacement par celui des hommes (illustré par le sublime leitmotiv de « La rédemption par l’amour » !). Toujours au sein de La Tétralogie, Wagner nous met en contact dramatique avec le thème du « renoncement à l’amour ». Le gnome Alberich (un des Nibelungen), dans L’Or du Rhin, a renoncé à l’amour pour l’or et l’Anneau (Der Ring) lui conférant le pouvoir, car il est impossible d’avoir les deux (contrairement à ce que veut Wotan, qui finira par le payer, poursuivi par une « malédiction »). Sieglinde et Siegmund (les « Wälsungen », sœur et frère incestueux issus du Roi des Dieux Wotan et d’une mortelle) seront touchés par cette malédiction, ainsi que Siegfried, puis Brünnhilde – comme d’autres avant eux (ainsi pour le Géant Fafner, déguisé en dragon, esclave de son tas d’or). Dans Les Maîtres Chanteurs de Nuremberg, le personnage de Hans Sachs est assimilé à un moment précis au Roi Marke de Tristan et Isolde, qui finit par accepter de renoncer à celle-ci lorsqu’il apprend l’histoire du « Philtre d’amour » entre les deux amants ; de même, Sachs comprend en effet qu’il doit renoncer à la jeune et belle Eva au profit du chevalier Walther. En ce qui concerne Parsifal, on se trouve dans un cas de figure vraiment particulier, puisque ce personnage ne peut être – après son auto-initiation, favorisée par le doyen des Chevaliers du Saint Graal Gurnemanz – le « Rédempteur » du roi Amfortas et de la communauté qu’en restant « chaste » ; donc en renonçant à l’amour charnel : il doit rester Der Reine Tor (Le Chaste fol).

Racines d’actu : Les « affaires » Jean Zay

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 27 juin 2015. dans La une, Actualité, Histoire

Racines d’actu : Les « affaires » Jean Zay

On se souvient que tout récemment les cendres de Jean Zay ont été transférées au Panthéon. La décision fut prise par François Hollande le 21 février 2014 et la cérémonie eut lieu le 27 mai. On se rappelle aussi de la polémique lancée à cette occasion par l’extrême-droite française – concernant le soi-disant « antipatriotisme » de ce grand ministre radical-socialiste de la fin de la IIIe République ! Enfin, nous ne sommes actuellement qu’à une semaine de la commémoration du terrible assassinat dont il fut la victime en ce jour horrible du 20 juin 1944… Je vais donc revenir ici sur les différents aspects des « affaires » Jean Zay, et avant tout, bien sûr, en ce qui concerne le contexte et les méthodes employées pour l’assassiner lâchement… !

La première affaire est celle de la polémique déchaînée par l’extrême-droite contre celui – avocat et homme politique de gauche – qui fut l’ancien ministre visionnaire de l’Éducation nationale du Front Populaire (et même au-delà, jusqu’en septembre 1939) et député du Loiret. Un peu comme pour Roger Salengro (accusé de « désertion face à l’ennemi » pendant la Guerre de 14), Jean Zay eut à subir une campagne de dénigrement concernant son « pacifisme antipatriotique » ; tout cela parce qu’il avait rédigé dans sa jeunesse un poème (Le drapeau) ayant une teneur hostile à ce qu’avait été « la Grande Guerre ». Deux points importants à ce sujet : fut-il le seul à avoir été ainsi traumatisé par cette « boucherie nationaliste » ? Fut-il le seul à avoir des réactions « pacifistes » ? Doit-on considérer le « pacifisme » de cette époque-là comme une trahison « antipatriote » ou bien plutôt simplement comme une réaction normale par rapport à ce qui s’était passé dans les tranchées ?! De toute façon, c’est tout de même fort d’entendre les héritiers de ceux qui acceptèrent de se coucher devant Hitler et de collaborer avec l’Allemagne nazie accuser cet homme d’antipatriotisme, lui qui, justement, fut – par la suite – un anti-munichois notoire ! La vérité, c’est que ce que l’extrême-droite française de l’époque (et encore de nos jours, dans ses strates archéologiques) reprochait à Jean Zay, c’était d’être « un juif » ; donc, pas vraiment « Français »… ! D’ailleurs, il fut victime par la suite d’une très violente campagne antisémite, dans ces moments où les nationalistes faisaient leurs choux gras de « l’idéologie antisémite » ! De nombreux leaders d’extrême-droite s’étaient ainsi lancés contre lui.

Pour la seconde affaire, c’est-à-dire celle des conditions et la façon dont Jean Zay fut éliminé, le récit qui doit être fait apparaît comme plutôt terrifiant ! Ce sont en effet des miliciens au service des basses besognes du régime de Vichy (« L’État Français de Pétain »), et en liaison directe avec des hommes de Joseph Darnand, qui le massacrèrent au lieu-dit Les Malavaux, dans la faille du Puy du diable à Molles (dans l’Allier). Les assassins traitèrent son corps (avec des grenades et en jetant sa dépouille dans une crevasse… !) d’une manière ignominieuse, tellement chargée de haine… ! Ce n’est que vers la fin du mois de septembre 1946 que son corps fut retrouvé et enterré, sur ordre de la municipalité de Cusset (près de Vichy)… Jean Zay avait été mis en prison militaire près de Clermont-Ferrand, dès août 1940, sur ordre du régime de Vichy, avec une accélération scandaleuse de la campagne antisémite qu’il avait déjà commencé de subir auparavant (comme cela a déjà été dit). Philippe Henriot, le trop célèbre ministre de l’information des vichystes, réclama très tôt la condamnation à mort du « juif Jean Zay », comme juif, franc-maçon, anti-munichois, anti-hitlérien et ministre du Front Populaire… A propos des accusations « d’antipatriotisme », le 5 juillet 1945 la cour d’appel de Riom (ville située près de Clermont-Ferrand) réexamina les faits reprochés au sous-lieutenant Jean Zay, et constata qu’à aucun moment il ne s’était soustrait à l’autorité militaire, et que « les poursuites intentées contre /lui/ ne peuvent s’expliquer que par le désir qu’a eu le gouvernement /de Vichy/ d’atteindre un parlementaire dont les opinions politiques lui étaient opposées et qu’il importait de discréditer en raison de la haute autorité attachée à sa personnalité ». Elle annula donc le jugement du 4 octobre 1940, Jean Zay étant alors pleinement réhabilité à titre posthume.

 

Jean Zay, un républicain, François Marlin, Infimes Éditions, 2015, 208 pages

Jean Zay, le ministre assassiné 1904-1944, Antoine Prost et Pascal Ory, Tallandier, 2015, 160 pages

Le modèle allemand et sa face cachée

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 06 juin 2015. dans Monde, Economie, La une, Politique, Histoire

Le modèle allemand et sa face cachée

Les médias – surtout télévisuels, et tout particulièrement lors des JT – ne nous présentent en général que les aspects montrant la réussite du « modèle allemand », par opposition à ce que seraient les insuffisances notoires et les blocages du « système français ». Je vais donctenter de montrer, dans cette chronique, à la fois les aspects positifs de ce modèle allemand, mais aussi sa face cachée. Bien sûr, je serai amené à me concentrer prioritairement sur la situation actuelle, mais aussi à remonter aux sources historiques de ce qui contribua à mettre en place un modèle allemand et ce que certains ont même pu appeler « le miracle économique allemand ».

Les sources historiques des réussites allemandes proviennent d’abord de la fin du XIXe siècle et au début du XXe. En effet, l’Allemagne connut sa première unité politique très tardivement ; précisément en 1870-1871. Sous le régime impérial du Deuxième Reich, deux points très importants se firent jour : les mesures sociales prises par le chancelier Bismarck durant la décennie 1870et l’essor de la puissance économique allemande (avec le fameux « made in Germany », marque de fabrique et gage de qualité). Le Deuxième Reich profita d’une grande prospérité, allant jusqu’à développer une colonisation en Afrique noire(notamment au Cameroun, au Togo, dans le Sud-Ouest africain et en Afrique Orientale) ; ceci jusqu’à ce que sa défaite de 1918 le privât de ses colonies lors du traité de Versailles.

Pendant la République de Weimar (1918-1933), une organisation économique et sociale assez avancée pour l’époque fut mise en place grâce à la politique établie par « La coalition de Weimar » (SPD ou Sociaux-démocrates, Zentrum – parti catholique centriste – et Démocrates). Des droits importants furent donnés aux travailleurs dans les entreprises, après l’écrasement de la tentative révolutionnaire des Spartakistes (Rosa Luxembourg et Karl Liebknecht) ; ainsi, avec les conventions collectives (dès 1919) et les comités d’entreprises (en 1920). Le patronat allemand prit dès lors l’habitude du dialogue socialavec les syndicalistes. Mais cela fut stoppé avec l’arrivée au pouvoir des nazis, qui interdirent les syndicats en 1934.

Après la défaite du régime hitlérien en 1945, le SPD, mais même la CDU/CSU (Démocrates-chrétiens), mirent en place, par étapes, l’économie sociale de marché et la co-gestion, à l’intérieur des entreprises. Ce système, au sein duquel patronat et syndicats ouvriers collaboraient pour la reconstruction puis l’essor économique du pays, fut théorisé par le libéral Démocrate-chrétien et ministre de l’économie Ludwig Erhard – ceci en tant que troisième voie entre le capitalisme pur et dur et le socialisme démocratique ; nous dirions aujourd’hui une politique de « social-libéralisme ».

16 mai 2015 - Racines d'Actu : Le 10 mai 1981, hier...

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 16 mai 2015. dans La une, Histoire

16 mai 2015 - Racines d'Actu : Le 10 mai 1981, hier...

Il y a quelques jours, nous étions le 10 mai 2015. Intéressant et utile peut-être d’évoquer ce que furent les grandes étapes de la genèse et du choc provoqués par le 10 mai 1981 (il y a 34 ans !).

Ayant vécu, jeune, ce moment historique, qui vit la victoire de François Mitterrand contre Valéry Giscard d’Estaing lors du second tour des élections présidentielles, il n’est pas facile pour moi de faire la part des choses entre ce qui a pu me concerner comme citoyen engagé politiquement et en tant qu’historien. Cela dit, je vais ici tenter de faire preuve d’un maximum d’honnêteté intellectuelle et de démarche historique pour ce qui n’est qu’une mini-chronique, qui exigerait – certes – des développement bien plus considérables.

Remontons aux sources. En mai 1974, François Mitterrand, candidat unique de la gauche dès le premier tour des élections présidentielles, avait déjà frôlé la victoire, avec plus de 49% des suffrages exprimés ; d’où sa célèbre formule : « votre victoire est inéluctable ! ». Cet excellent résultat avait été obtenu grâce à l’outil politique créé au congrès d’Épinay-sur-Seine en 1971, un rassemblement de la plus grande partie des familles socialistes (en dehors du PSU de Michel Rocard, qui ne rejoignit le nouveau PS que lors des « Assises du socialisme » en octobre 1974) ; et en rapport avec la signature du Programme Commun de Gouvernement avec le PCF de Georges Marchais et le MRG (Mouvement des Radicaux de Gauche) de Robert Fabre – durant l’année 1972.

Bien que François Mitterrand ne fût pas le candidat unique de la Gauche pour le premier tour, contrairement à ce qui s’était passé en 1974 (Georges Marchais étant présenté par le PCF), son score fut très élevé le 26 avril 1981, avec environ 32% des suffrages exprimés, contre un peu plus de 28% à Valéry Giscard d’Estaing, 18% à Jacques Chirac (RPR) et plus de 15% pour Georges Marchais. Contraint et forcé (il y avait eu la rupture des relations PS/PCF lors de la renégociation du Programme Commun en 1977), Georges Marchais appela à voter pour le candidat socialiste au second tour (malgré des consignes, en sous-main, pour un « vote révolutionnaire Giscard »… !). A l’opposé, le néo-gaulliste Jacques Chirac laissa le libre choix à ses partisans entre les deux candidats restant pour le second tour, tout en disant qu’à titre personnel (pouvait-il faire autrement, ayant été le Premier Ministre de Valéry Giscard d’Estaing jusqu’à sa démission en 1976 ?) il voterait en faveur du candidat centriste de l’UDF. Le 10 mai 1981, pour le second tour – les médias télévisuels jouant déjà un très grand rôle à cette époque – on vit apparaître progressivement, sur Antenne 2 (mais, de qui s’agissait-il ?), une image, sous la forme d’un portrait électronique, du vainqueur. C’était… François Mitterrand… !! Les présentateurs de la Télévision, notamment Jean-Pierre Elkabbach, dont les spectateurs scrutaient les comportements et les « mines », car ils étaient presque tous systématiquement assimilés à la droite, annoncèrent les résultats : un peu moins de 52% pour François Mitterrand et un peu plus de 48% en faveur de Valéry Giscard d’Estaing.

L’autorité en question

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 02 mai 2015. dans France, La une, Politique, Société

L’autorité en question

Les Français ont toujours eu un rapport particulièrement complexe avec l’autorité. En effet, au moins depuis la Révolution de 1789, nos compatriotes ont toujours oscillé entre deux aspirations complètement contradictoires : celle, qui nous est éminemment caractéristique, de liberté individuelle, et celle, opposée, de désir d’autorité. C’est un peu comme si la majorité de nos concitoyens aspiraient à l’autorité lorsqu’ils vivent dans un contexte de liberté (la démocratie, en gros, sous toutes ses formes) et à la liberté quand un système apparaissant comme autoritaire se met en place. Mon propos ne va pas consister ici à faire un bilan historique des déplacements du « curseur » par rapport à la liberté et à l’autorité dans notre Histoire contemporaine depuis 1789, mais à me limiter au fait d’aborder une actualité brûlante : la montée du désir (apparent) d’autorité dans notre pays.

La première question qui se pose est de percevoir les causes de cette montée du désir d’autorité, qui touche un nombre de plus en plus important de Français – toutes catégories sociales confondues. Il y a bien évidemment le contexte de crise multiforme dans lequel se trouve notre nation (et que connaissent aussi la plupart des autres pays de l’Union Européenne). Cette crise, que l’on appelle parfois « post-moderne », est à la fois économique, sociale, politique, morale, culturelle – donc globale, et en fait « de civilisation » (Edgar Morin), en lien direct avec la façon dont nos concitoyens vivent (négativement ou positivement) la « mondialisation ». On peut dire que nous sommes ainsi entrés dans une nouvelle phase « conservatrice », voire « réactionnaire », à la Reagan, ou du type « Tea Party », par rapport à ce qu’avaient été les aspirations libertaires du mouvement de « mai 68 ». Soit une sorte de phénomène correspondant à une dimension générationnelle ; on prétend d’ailleurs parfois que de nombreux jeunes ressembleraient plus actuellement aux parents des anciens « soixante-huitards », voire à leurs grands-parents, qu’à ce qui pourrait être une « projection progressiste » (?). C’est ce que l’on appelle – en Histoire – un « changement de cycle », ou bien, plus communément, un retour de balancier ; car l’évolution historique ne se fait pas d’une manière linéaire, mais par à-coups.

Les secondes interrogations tournent autour du fait de savoir par quoi se manifeste ce désir d’autorité et quelles sont ses éventuelles contradictions (?) La demande d’autorité apparaît – au premier abord – comme assez générale. Ainsi, sur le plan politique, on assiste d’une part, essentiellement à droite, à un véritable tir de barrage contre ce que seraient censées être les conséquences uniquement négatives de « l’esprit de mai 68 » (rappelons-nous des propos de Nicolas Sarkozy sur ces questions), et d’autre part à la recherche d’un « homme fort » (j’y reviendrai). De même, au niveau social, en prenant le cas de l’école publique, la plupart des parents d’élèves (les enseignants le disent) sont de plus en plus demandeurs « d’autorité » à l’égard des enfants et des adolescents. Mais, toutes ces « demandes » apparaissent comme pétries de contradictions. En effet, politiquement, une bonne partie des Français rechigne à ce que des gestes et des actes d’autorité réelle soient faits par des hommes d’État vus comme des « Élites » déconnectées du « réel » et de la « proximité » (les « politiques » ne s’occuperaient pas assez des « vrais gens » – traduisez de « moi » !!). Un exemple : au sein d’une partie des électeurs de gauche et du centre, le caractère soi-disant « autoritaire » (mêlé d’une dénonciation « d’arrivisme ») de l’actuel Premier Ministre, Manuel Valls, n’est pas toujours vraiment bien reçu ; on pourrait même dire que certains le considèrent comme un « homme de droite » prêt, par exemple, à rogner sur les libertés publiques pour lutter contre le terrorisme islamiste (il serait sur le point de mettre en place un « Patriot Act » à la française…). J’ajoute qu’à l’opposé, Valls jouit d’une popularité indéniable auprès d’un bon nombre d’électeurs de droite – et ceci pour des raisons inverses. En ce qui concerne les aspects sociaux, il est sidérant de voir qu’un bon nombre de nos compatriotes parents d’élèves, s’ils demandent effectivement de « l’autorité », réagissent très négativement lorsque celle-ci touche leurs chers « rejetons » ou « têtes blondes » !

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