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Racines d’actu : le Premier Mai ?

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 30 avril 2016. dans La une, Actualité, Histoire

Racines d’actu : le Premier Mai ?

Lorsqu’on pense « 1er mai » aujourd’hui, cela évoque bien sûr pour nous au moins deux choses. D’abord, les débuts potentiels de l’affirmation (plus ou moins nette) du printemps, avec ses marchands de muguet souvent à la sauvette. Ajoutons à ce niveau que le 1er mai était célébré par les coutumes de l’arbre de mai (un rite de fécondité lié au retour de la frondaison et jadis répandu dans toute l’Europe occidentale). Ensuite, la « Fête du Travail », débouchant à la fois vers un jour de congé (et même souvent à la possibilité de « faire le pont » grâce à l’arrivée d’un week-end ou à la prise d’un ou plusieurs jours de RTT) et le maintien d’une « tradition », avec les défilés des syndicats. Et puis, il y a aussi ce Front National, qui célèbre, lui aussi, et ceci depuis les années 1980, son « 1er mai », en l’honneur de « Jeanne d’Arc », comme « protectrice » de la « patrie », et – en fait – en tant qu’affirmation (récupérée) du patriotisme, voire du nationalisme. Par rapport à tout ce que je viens d’écrire, quel serait le % de jeunes (notamment) qui connaîtrait vraiment les origines du 1er mai en rapport avec l’histoire du mouvement ouvrier  français et surtout sur le plan international ?

C’est aux États-Unis qu’apparut pour la première fois l’idée d’une journée de lutte des ouvriers, et ceci n’avait rien d’une fête chômée. Il s’agissait prioritairement d’une exigence de la réduction du temps de travail par jour. C’est à la fin du XIXe siècle que les syndicats américains, dans le cadre de leur congrès de l’année 1884, se donnèrent pour objectif d’imposer au patronat une journée de travail à huit heures. Et ils choisirent justement de lancer leur lutte pour cette revendication un 1er mai… En effet, la première grande action de ce type eut lieu le 1er mai 1886, sous l’influence des courants syndicalistes anarchistes ; et elle fut d’ailleurs assez largement suivie. Des morts étant tombés le 3 mai parmi les travailleurs, à Chicago, une marche de protestation se produisit à Haymarket Square, suivie de graves troubles entre manifestants et forces de l’ordre, aboutissant à un massacre. Puis, cinq syndicalistes anarchistes furent condamnés à mort et trois à l’emprisonnement à perpétuité.

En France, trois hommes furent à l’origine du 1er mai conçu comme journée de lutte, en hommage aux terribles événements de Haymarket Square. Il y eut d’abord le rôle de Jean Dormoy, socialiste et syndicaliste (qui devint maire de la ville de Montluçon dans l’Allier, l’une des premières municipalités socialistes de l’Histoire). Jean Dormoy, ami de Paul Lafargue (gendre de Karl Marx) et de Jules Guesde, fut d’ailleurs surnommé « Le forgeron du premier mai ». C’est en effet durant l’année 1888 qu’il lança – au niveau syndical – le projet d’organiser une grande manifestation populaire des travailleurs sur le plan international. Il y eut aussi l’action de Raymond Lavigne, un autre militant socialiste et syndicaliste, d’origine bordelaise, également ami de Jules Guesde, qui proposa à la IIème Internationale socialiste, en 1889 (dans le contexte du centenaire de la Révolution française et de l’exposition universelle), de faire désormais de chaque 1er mai une grande journée de manifestation destinée à obtenir les 48 heures hebdomadaires, le dimanche seul étant chômé. Il y eut enfin le rôle d’impulsion que joua le leader du POF (Parti Ouvrier Français), Jules Guesde, marxiste orthodoxe, qui poussa la IIème Internationale à entériner cette proposition, le 20 juillet 1889 ; c’est par ailleurs Jules Guesde qui, le premier, inventa le terme de « fêtes du travail », en 1890. Le 1er mai 1890 fut ainsi célébré pour la première fois internationalement, mais avec des niveaux de participation très divers. Comment ne pas signaler au passage les terribles événements qui se déroulèrent le 1er mai 1891 lorsqu’à Fourmies (commune du département du Nord) la manifestation aboutit à un drame, avec une fusillade, la troupe ayant tiré sur la foule, ce qui occasionna la mort de dix personnes.

Bachar el-Assad complice de Daech ?

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 16 avril 2016. dans Monde, La une, Politique

Bachar el-Assad complice de Daech ?

On insiste souvent, notamment dans certains milieux politiques, ainsi que chez des experts en ce qui concerne les questions de l’essor du djihadisme terroriste sunnite et plus généralement de la géopolitique du Proche et du Moyen-Orient, sur les très importantes responsabilités de l’Arabie Saoudite (le salafisme et le wahhabisme) et de la présidence de Bush fils (en rapport avec la Seconde guerre d’Irak) ; et l’on a raison. Mais il est non moins incontestable que le régime de Bachar el-Assad, et la personne même du dictateur syrien, portent également une énorme responsabilité dans la naissance et l’essor de la secte totalitaire « théo-fasciste » (expression de plus en plus utilisée par nombre d’observateurs et d’historiens français) qu’est Daesh. C’est de cette question que je vais essayer de traiter dans cette chronique.

La guerre civile organisée à l’origine par le régime syrien dictatorial de Bachar el-Assad fut l’une des bases des recrutements de combattants pour Daesh, beaucoup de jeunes qui voulaient seulement à l’origine une libéralisation du régime et ayant subi une répression aveugle passèrent en effet dans les rangs de l’opposition qui leur apparut assez rapidement comme la plus active et virulente, celle des djihadistes sunnites, au détriment des opposants laïcs et potentiellement démocrates – favorables à une « transition » aboutissant à la disparition du régime d’Assad.

Lorsque les troupes de Daesh prirent le contrôle de la cité antique de Palmyre, surtout symbolique, mais aussi – ne l’oublions pas – assez stratégique, non seulement Assad ne fit rien contre elles, mais il favorisa leur progression, car il savait que les djihadistes sunnites étaient moins dangereux pour lui – en termes d’image et pour son régime – que les autres tendances démocratiques de l’opposition. Il n’ignorait pas non plus que la peur que suscitait cette secte totalitaire lui amènerait des soutiens de la part d’un certain nombre de groupes ethniques et religieux (comme celui des Alaouites, qui sont des chiites, ou les chrétiens), la Syrie ayant pratiqué un incontestable mélange des cultures et des religions d’une manière multiséculaire, mais, avec Assad, à la condition expresse de soutenir son système.

Pendant très longtemps, et pour les mêmes raisons, Assad combattit très mollement les troupes de Daesh dans le nord de la Syrie (au niveau du « sanctuaire » de la secte sunnite), ainsi que les djihadistes présents vers « la Syrie utile » (celle qui borde la mer Méditerranée avec le bassin Levantin). Par contre, il frappa avec une brutalité inouïe les autres oppositions à son régime qui est fondé sur le Parti Baas (le même que celui de l’ancien dictateur irakien Saddam Hussein). On sait qu’Assad est responsable au total – directement ou indirectement – du massacre de 300.000 à 400.000 syriens, dans la droite ligne de ce qu’avait commis anciennement son père Hafez el-Assad, avec surtout l’écrasement du soulèvement dans la ville de Hama en 1982, qui correspondit à une terrible répression ! C’est dans le contexte du régime dictatorial de Bachar el-Assad qu’il existait une grande prison vers Palmyre, au sein de laquelle on torturait tous ceux qui s’opposaient au régime.

La communication présidentielle depuis 1958

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 26 mars 2016. dans France, La une, Politique, Histoire

La communication présidentielle depuis 1958

De nos jours, la communication politique, notamment auprès des chefs d’État, est devenue un métier à part entière, les présidents s’entourant de conseillers très particuliers et ayant pris une importance extrême pour mettre en valeur leur « image » auprès de l’opinion publique. Il n’en fut pourtant pas toujours ainsi, tout au moins par rapport au niveau où nous en sommes arrivés depuis quelques décennies. En se limitant à l’exemple de la France depuis 1958, c’est-à-dire depuis les débuts de la Vème République, nous allons voir comment et pourquoi la façon de communiquer de nos différents présidents depuis l’époque du Général de Gaulle a évolué, voire s’est révolutionnée – tout en ayant conscience du fait que ce phénomène a concerné un nombre considérable de pays dans le monde, et pas seulement en ce qui concerne les systèmes démocratiques occidentaux.

Le Général de Gaulle, entre 1958 et 1969, avait une communication très personnelle, de type quasi « bonapartiste » – notamment au moment des référendums qu’il proposait aux Français (tradition de « l’appel au peuple »). Il intervint souvent, dans ce cadre, à la télévision (une seule chaîne en noir et blanc, à l’origine). Pour ses discours télévisés, il apprenait ses propres textes par cœur, mais sans que cela ne puisse apparaître comme non naturel (il se les appropriait). Il ne faudrait pas oublier ses entretiens télévisés avec le journaliste Michel Droit, en direct du palais de l’Élysée (en 1965, 1968 et 1969). A côté de la télévision, le Général de Gaulle continua d’utiliser la radio, comme à l’époque de la Résistance : ainsi en 1961 (pendant la fin de la crise algérienne) et en 1968, au moment crucial des « événements » de mai. Jérôme Bourdon, historien et sociologue des médias français, n’hésite pas à qualifier De Gaulle de « 1ère star politique de la télévision française » ; il relève même une sorte « d’harmonie presque naturelle » entre le Général et la télévision. Il y avait aussi ses célèbres « conférences de presse », pendant lesquelles il se trouvait juché sur un grand bureau, avec les ministres de son gouvernement dans la salle devant sur la droite et les journalistes – dont il sélectionnait soigneusement à la fois les noms et le contenu (au préalable) des questions. Pensons aussi, lors de ses voyages présidentiels à l’étranger, à ses formules à l’emporte-pièce, qui, parfois, posèrent des problèmes à son propre parti (l’UNR, puis UD-Vème, et enfin UDR) ; deux exemples, avec son « Marchemos la mano en la mano » – marcher « la main dans la main » (prononcé lors de son voyage officiel au Mexique, le 16 mars 1963) – et le « Vive le Québec libre ! » (lancé lors d’un discours public à Montréal le 24 juillet 1967 alors qu’il était en visite officielle au Canada).

Avec Georges Pompidou, de 1969 à 1974, ces aspects personnels de type quasi bonapartiste s’atténuèrent et furent très largement remplacés par une autre vision, que le nouveau président instaura très vite afin de bien montrer que son « néo-gaullisme » ne tolérerait pas plus que le Général l’accès de (ou des) opposition(s) aux médias publics. Sa formule fut très claire lorsqu’il affirma que la radio et la télévision françaises seraient (ou plutôt continueraient d’être) « la voix de la France ». Contre son premier ministre réformateur Jacques Chaban-Delmas, qui souhaitait une certaine libéralisation de l’ORTF (créée en 1964 pour remplacer la RTF, instituée en 1949), il n’était pas question que la « petite lucarne » permette la présence de journalistes ayant une sensibilité proche de celle des opposants dans le service public de l’audiovisuel. A côté de cela, la tradition des « conférences de presse » continua, avec un verrouillage relativement comparable à celui qui existait à l’époque du Général de Gaulle, mais avec un style plus décontracté.

Salon de l’Agriculture, la honte !

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 05 mars 2016. dans France, La une, Politique, Actualité

Salon de l’Agriculture, la honte !

Pendant que la gauche de gouvernement, et – depuis longtemps déjà – les gauches, toutes tendances confondues, se tirent des balles dans le pied, en rapport avec les sur-interprétations ou les sous-interprétations concernant la déchéance de la nationalité pour les bi-nationaux et la réforme du Code du travail, le salon de l’agriculture de samedi dernier a vu se passer des choses inadmissibles. En effet, des excités (je ne vois pas d’autre mot à utiliser !) s’en sont pris au chef de l’État (et non à sa seule politique, chose qui aurait été certes normale dans une démocratie), et ceci d’une manière lamentable et qui n’est pas sans poser de graves problèmes et des questions sur la France d’aujourd’hui – et pas seulement au niveau des agriculteurs.

Rappelons d’abord les faits. Le président de la République François Hollande – et je n’en suis pas ici l’avocat… – fut insulté notamment par des agriculteurs de la FNSEA (dont des éleveurs de porcs, certes en difficulté, mais peut-on justifier n’importe quoi par ce fait… ?!), et l’on connaît les liens de cette organisation ou d’une partie importante de la base des agriculteurs avec la droite classique (souvent la plus dure), et, de plus en plus, l’extrême droite… Je retiens, lors de cette affaire, les formules suivantes : « Dégage, toi ! »… ! « Connard ! »… ! « Pourri ! »… ! « T’as-vu la gueule que t’as ? »… ! « Vive Marine »… ! Et j’en passe… Je peux bien sûr comprendre que des difficultés de vente d’un produit puissent mettre des gens en colère, mais certainement pas des comportements de ce type ! J’ajoute au passage qu’en plus il y avait dans la foule un discours anti-fonctionnaires réellement scandaleux, comme quoi ceux-ci seraient tous des « feignants »… !

Soit une attitude de « populace », qui serait prête à suivre n’importe quel « char césariste », voire pire… Au fait, il paraît que la FNSEA serait un « syndicat »… ?! Eh bien, en réalité, non… ! car aucun syndicat (en tout cas une organisation syndicale digne de ce nom) ne pourrait (traditionnellement) se comporter de cette façon… ! Et que l’on ne me dise pas que Nicolas Sarkozy avait été lui aussi traité de « connard », car l’énorme différence, c’est que l’actuel chef de l’État, dans une démarche quasi « sacrificielle », n’a pas répondu, lui, à ces incroyables invectives, par un « Casse-toi, po’v con ! » et est resté longtemps sur place en compagnie du ministre de l’agriculture Stéphane Le Foll. Et comment ne pas rappeler au passage que le domicile personnel de Stéphane Le Foll avait été « attaqué » par une sorte de « commando » il n’y a pas si longtemps ! Il y a là une confusion totale entre individu et fonction qui peut vraiment faire peur, car c’est un phénomène qui se généralise – y compris, par exemple, au sein de l’Éducation Nationale !

Voici maintenant les conclusions que je tire de cette « affaire de la honte » ! Elle traduit bien sûr le malaise des campagnes, et avant tout celle des éleveurs de porcs. Mais, sur ce plan, la droite avait-elle mieux réussi que la gauche modérée actuellement aux affaires (avec les efforts indéniables accomplis par Stéphane Le Foll) ?! Nicolas Sarkozy vient d’annoncer aujourd’hui (2 mars) « un plan Marshall pour l’agriculture » qu’il va essayer de « vendre » lors de sa visite à ce même salon de l’agriculture. Laissez-moi rire (ou plutôt pleurer…), car qu’avait-il fait, lui qui était une véritable « girouette » sans aucune ligne directrice au niveau de sa politique économique (entre autres). Des fois qu’il nous proposerait un « New Deal », se prenant ainsi quasiment pour une sorte de « Roosevelt » de droite (!), que je n’en serais pas surpris ! L’autre aspect de la question posée par cette affaire tourne autour de la montée de plus en plus inquiétante du populisme dans notre pays, puisqu’en fait le samedi 27 février ce sont des embryons de « jacqueries » qui se sont produits et les invectives auraient pu déboucher sur des incidents plus graves. Si le « Vive Marine » fut un slogan politique inquiétant, les cris qui fusèrent avec le « T’as vu la gueule que t’as ! » – résultat entre autres du travail de sape d’un certain nombre de soi-disant « humoristes », ayant créé une « représentation » de l’image de François Hollande – sont catastrophiques pour les bases même de nos institutions démocratiques, même s’il semble plus qu’évident qu’il convient de les refonder.

Quel que soit, dans les crises multiformes que nous connaissons, le désarroi des gens, faut-il rappeler que les Institutions d’une République font cette République – « la chose de tous », on le sait – et que le respect des fonctions est une condition in-négociable pour qu’une architecture résiste à la tempête.

Racines d'Actu : Février 1934

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 13 février 2016. dans La une, Histoire

Racines d'Actu : Février 1934

Février, ce moment où la France connut – les 6 et 7 février 1934 –, à la suite de l’affaire Stavisky et d’un contexte de crise globale, des émeutes d’extrême droite très violentes faites d’affrontements entre manifestants et forces de l’ordre. C’est avant tout une occasion de faire le point sur ces événements importants de notre histoire politique. Cela dit, je vais aussi vous proposer ici d’ajouter à cet aspect purement historique des éléments liés à l’actualité que nous vivons, puisqu’un certain nombre d’observateurs ont pu comparer les années 1930 à des caractères actuels, avec certes de très grandes différences, mais aussi des points communs.

Le contexte général de ce qui se passa en France en février 1934 se situa dans le cadre d’une crise multiforme. D’abord, bien sûr, celui d’une crise économique et sociale, puisqu’à partir de la « Grande Dépression » qui frappa les États-Unis dès octobre 1929 notre pays fut touché en 1932, soit un an après l’Autriche et l’Allemagne, et également en fonction du rapatriement des capitaux américains par les grands organismes financiers étasuniens. Ensuite, celui d’une crise morale, qui fut révélée par des scandales politico-financiers, et notamment « l’affaire Stavisky », cet escroc de haut vol, particulièrement doué pour la mise en place de montages complexes, et qui, en ayant créé par exemple le Crédit Municipal de Bayonne, « au service de » différents types d’épargnants (y compris de petits porteurs), provoqua un scandale retentissant lorsque l’on sut que des hommes politiques de la IIIème République avaient trempé dans ses combines plus que louches. J’ajoute qu’étant juif (d’origine ukrainienne), donc considéré par l’extrême-droite comme pas réellement « français », Stavisky devint un symbole de ce qu’il fallait exécrer dans la « Finance ». Le fait qu’il se suicida, ou qu’il fut assassiné (afin d’éviter les révélations qu’il aurait pu faire), jeta une suspicion sur le régime. Enfin, par voie de conséquence, celui d’une grave crise politique, dans la mesure où, malgré la victoire électorale des gauches lors des élections législatives de 1932, aucun gouvernement stable ne put se mettre en place, bien que le radical Édouard Daladier fût investi comme Président du Conseil le jour même du 6 février 1934. En effet, les gauches étaient profondément divisées depuis 1920, avec la rupture entre socialistes et communistes à Tours.

En ce qui concerne les événements des 6 et 7 février eux-mêmes, on assista à Paris, Place de la Concorde, à de très importantes manifestations de rues suivies d’une répression, cela tournant à l’émeute après l’annonce par le gouvernement Daladier du départ du préfet de police Jean Chiappe qui avait les sympathies de la droite et de l’extrême-droite. Ces troubles furent organisés par les différentes ligues et partis d’extrême droite nationalistes, antiparlementaires et souvent antisémites, tels que L’Action Française (de Charles Maurras) avec ses Camelots du roi, les Jeunesses Patriotes (de Pierre Taittinger), les Croix-de-Feu (du colonel de La Rocque), etc. De violents heurts eurent lieu avec les cavaliers de la garde républicaine mobile. Ces ligues allaient-elles marcher sur le Palais Bourbon, bâtiment abritant l’Assemblée nationale ?! On compta de nombreux morts et blessés parmi les manifestants, et pratiquement pas au sein des forces de l’ordre. La République vacilla puisque le gouvernement de centre-gauche dirigé par le radical Édouard Daladier dut immédiatement démissionner. Un nouveau président du conseil considéré comme ayant plus d’autorité fut alors nommé par l’Assemblée des députés, Gaston Doumergue, qui prit la tête d’un gouvernement d’union nationale pour faire face à cette crise de février. Cela dit, et après la manifestation isolée du Parti Communiste Français dès les jours suivants – le 9 février –, une contre-manifestation eut lieu le 12 février. Deux cortèges de gauche se faisaient face, celui du Parti Communiste Français et des syndicalistes de la Confédération Générale Unitaire du Travail d’un côté, et celui de la Section Française de l’Internationale Ouvrière (les socialistes) accompagnée de la Confédération Générale du Travail ; on pouvait craindre des affrontements, car les communistes et les socialistes avaient alors des relations extrêmement conflictuelles. Et pourtant, les deux foules se mêlèrent d’un coup, au cri de « Unité ! Unité ! », les militants se jetant dans les bras les uns des autres… ! Le catalyseur de « l’antifascisme » (le « fascisme » étant d’ailleurs un terme impropre pour les ligues d’extrême-droite françaises à ce moment-là, sauf pour le francisme de Marcel Bucard et Solidarité française du riche parfumeur François Coty) avait fonctionné pour les anciens frères ennemis. Et tout ceci allait déboucher progressivement sur les étapes qui mèneraient à la constitution du Front Populaire, encouragé, pour les communistes français, par le célèbre « télégramme » qui leur fut envoyé par Staline en 1935 leur intimant l’ordre de constituer des fronts populaires étant donné la menace que faisait peser Hitler en rapport avec une attaque possible des nazis contre l’Union Soviétique…

Les Etrusques : écriture et société dans l'Italie antique

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 30 janvier 2016. dans La une, Histoire

Musée Henri Prades – Lattes – 34

Les Etrusques : écriture et société dans l'Italie antique

Le Site archéologique Lattara, Musée Henri Prades de Montpellier Méditerranée, nous a habitués depuis des années, à côté de son exposition permanente – en rapport avec le site de la cité antique de Lattara –, à présenter de très belles expositions temporaires.

 La dernière, qui commença le 17 octobre 2015 et se terminera le 29 février 2016, est consacrée à l’une des plus énigmatiques civilisations de l’Antiquité : celle des Étrusques, dont le cœur historique se situait en Italie centrale. Il s’agissait précisément de la Toscane, autour des cités telles que Véies, Vulci, Volterra, Cortone, etc. La visite que je viens de faire m’a incité à rédiger cette chronique afin de préciser un peu où l’on en est actuellement en ce qui concerne la civilisation étrusque, concurrente de celle des Romains des premiers siècles et des Grecs installés en Italie du Sud et en Sicile. L’exposition est ciblée sur l’écriture étrusque et la société de l’Italie antique. Ajoutons que cette leçon d’archéologie et d’Histoire est co-produite par le Musée de Lattes et le Musée archéologique étrusque de Cortone, avec le partenariat – pour l’épigraphie – d’institutions telles que le Musée du Louvre et les Musées archéologiques de Florence et de Zagreb.

L’écriture étrusque (plus de 12.000 inscriptions, en général courtes et fragmentaires), orientée généralement de droite à gauche, fut pendant longtemps une sorte de mystère, en dehors du fait que l’on savait qu’elle correspondait à une adaptation de l’alphabet grec et qu’elle fit son apparition vers 700 avant J-C à partir des cités helléniques d’Italie du Sud Cumes et Ischia (colons grecs venus de Chalcis et d’Erétrie). Les Étrusques n’étant pas un peuple utilisant une langue indo-européenne, ce qui rajoute un élément à l’énigme qui les entoure, on pouvait certes déchiffrer leur langue, mais elle restait – et demeure encore au moins en partie – largement incompréhensible. Cela dit, des progrès ont été accomplis dans le domaine de la langue étrusque. On arrive ainsi à identifier, sur des inscriptions, des noms d’artisans et d’artistes, précisant « untel a fait ceci », soit l’affirmation d’une sorte de possession, ou bien des dons du type « untel à donné à telle personne ». On a aussi des documents exceptionnels comme celui de Cortone, datant du IIe siècle avant notre ère, se présentant sous la forme d’une plaque en bronze faite de plusieurs parties, et toutes sortes d’écrits en rapport avec le culte des morts (dans les tombes, les Étrusques mentionnèrent de plus en plus l’identité du défunt), et même la vie quotidienne. Il se produisit donc une réelle démocratisation de l’utilisation de l’écriture, et ceci à partir des VIe-Ve siècles. Mais, il faut dire que tout cela ne nous permet pas d’avancer énormément – malgré la grande quantité d’inscriptions en notre possession – dans la connaissance du fonctionnement en profondeur de la civilisation de ce peuple. En fait, on sait juste un peu plus se repérer dans cette écriture que pour celle des minoens utilisant le linéaire A, restant toujours impossible à déchiffrer et à comprendre – contrairement au linéaire B mycénien. Il faut signaler au passage que, pour l’aristocratie étrusque, l’écriture revêtait un aspect fondamental en tant que signe de culture et de pouvoir, surtout au cours du VIIe siècle de notre ère.

Le Front National, quelles extrêmes-droites ?

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 23 janvier 2016. dans France, La une, Politique, Histoire

Le Front National, quelles extrêmes-droites ?

De nombreux historiens et politologues se sont penchés sur ce que serait censé représenter le Front National aujourd’hui en tant que phénomène politique, sachant que nous sommes en 2016 et que tout le monde sait – parmi ces experts – que Marine Le Pen n’est pas une sorte d’Hitler en jupons ! Cela dit, même si l’essor de ce parti d’extrême-droite en France (comme pour ses équivalents extrémistes ou populistes en Europe) correspond bien à un phénomène nouveau, il ne s’en rattache pas moins à des racines historiques très profondes, qui ont connu des résurgences à plusieurs époques de notre Histoire, dans des contextes économiques, sociaux et autres, bien particuliers.

Un préalable : quels sont les ingrédients pérennes de la montée de l’extrême-droite dans notre pays ? Depuis le Boulangisme, ce sont en fait toujours les mêmes : un contexte de crise multiforme, une coupure entre le peuple et les élites, une volonté de « renverser la table » (comme on dit), des slogans de type démagogique, la prétention à aller au-delà de l’opposition droite/gauche (dans une situation de brouillage des repères) et un leader (ou une cheffe) charismatique.

Même si le Front National n’est pas structuré – à la différence des partis politiques démocratiques traditionnels – en tendances, on peut toutefois y trouver plus que des sensibilités illustrant des fondements brassant toute l’Histoire de l’extrême-droite française depuis la période contre-révolutionnaire des années 1815-1830 – lorsque le régime de la Restauration se mit en place (le légitimisme). Au sein du parti d’extrême-droite français actuel on trouve des monarchistes autoritaires, des bonapartistes et des néo-gaullistes également autoritaires, des boulangistes (au sens de ce que fut la célèbre tentative du Général Boulanger vers la fin du XIXe siècle), des souverainistes, des intégristes catholiques, des antisémites et des islamophobes (avant tout), des néo-fascistes et des néo-nazis, etc…

Marine Le Pen elle-même, tout en concentrant son ciblage contre l’islam (pas seulement face au djihadisme), m’apparaît comme devant être rattachée historiquement (au moins indirectement) à ce que j’appellerais un boulangisme mâtiné de néo-mussolinisme. En effet, à la dénonciation de l’immigration, qu’elle lie à l’insécurité, elle a ajouté, contrairement à son père (qui était économiquement un ultra-libéral), des thèmes venus de la gauche et même de la gauche de la gauche : « l’État Providence », mais réservé aux seuls nationaux. Nous savons que cette technique de manipulation et de communication est appelée « triangulation » par les « spin doctors » américains, conseillers en marketing politique. En liaison avec ce que Marine Le Pen nomme la « dédiabolisation », il est certain qu’un homme tel que Florian Philippot – venu du chevènementisme, puis des périphéries du Front De Gauche – lui apporte beaucoup comme « gourou social » et inspirateur d’un parti qui voudrait réellement transcender l’opposition traditionnelle droite/gauche. Par ses slogans beaucoup plus nationaux et sociaux que ceux employés par son père (qui savait par ailleurs qu’il ne pourrait jamais gouverner et n’envisageait donc qu’une augmentation de sa capacité de nuisance pour « l’establishment » ou « le système de l’UMPS »), la cheffe du Front National se rapproche nettement plus sur le plan historique d’un certain fascisme italien – comme annoncé déjà plus haut.

Racines d’actu : Le Congrès de Tours, 1920

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 04 janvier 2016. dans La une, Histoire

Racines d’actu : Le Congrès de Tours, 1920

Quand la Gauche débattait déjà de sa refondation…

Nous venons tout juste de quitter l’année 2015. Or, il se trouve que c’est exactement il y a 95 ans, entre le 25 et le 30 décembre 1920 qu’eut lieu, salle du Manège à Tours, le congrès qui allait mettre fin à l’unité du mouvement socialiste français. En effet, la minorité des mandatés, sous l’égide de Léon Blum, décidèrent de maintenir le Parti Socialiste Unifié SFIO (Section Française de la IIème Internationale), tandis que la majorité créa le futur Parti Communiste Français sous le nom de SFIC (Section Française de la IIIème Internationale). Lors de la fin des débats, les socialistes s’écrièrent Vive Jaurès ! et les communistes Vive Jaurès ! Vive Lénine !). Je rappelle que cette division au sein du mouvement ouvrier ne concerna pas que la France, puisqu’elle eut une dimension internationale, à la suite de ce que l’on appela bien à tort La Révolution d’Octobre, et qui n’était qu’un coup d’État.

Pourquoi cette rupture et qui la provoqua vraiment ? Pendant la Grande Guerre déjà (14-18), la SFIO avait connu des divisions par rapport à l’Union sacrée. Mais, c’est ce qui se passa en Russie après octobre 1917 (tous les socialistes ayant salué la chute du régime tsariste en février et même ce qui semblait être une révolution en octobre) qui amena progressivement à la scission. La grande question qui se posa fut celle de savoir s’il fallait ou non faire partie de la IIIème Internationale (inféodée à Lénine et aux Bolcheviks), créée à Moscou en mars 1919, c’est-à-dire accepter les 21 conditions imposées pour pouvoir y adhérer. Il s’agissait en fait de transformer en profondeur la SFIO en l’amenant à devenir un parti de révolutionnaires professionnels ! Trois tendances se firent jour pendant le Congrès de Tours. D’abord, une aile modérée, regroupée autour de Léon Blum, et qui refusa dès le départ l’idée de l’acceptation des 21 conditions. Ensuite, une aile centrale ou centriste, avec Jean Longuet et Paul Faure, qui voulait négocier certaines de ces conditions, ceci pour pouvoir adhérer à cette nouvelle Internationale, et qui essayait en réalité, d’une certaine façon, de maintenir l’unité du parti. Enfin, une tendance radicale, autour d’hommes tels que Marcel Cachin, qui acceptaient en bloc les 21 conditions, parlant même d’en exiger mille… !

Dès lors, la rupture ne pouvait pas être évitée. Les conséquences immédiates furent en effet les suivantes. D’abord, bien sûr, comme cela a déjà été dit en introduction, la naissance du communisme français, avec la création d’un nouveau parti, la SFIC (Section Française de l’Internationale Communiste), futur PCF, soutenu par une majorité des mandatés ; et le maintien d’une SFIO (membre de la IIème Internationale), avec une minorité des mandatés. Celle-ci se regroupa en fait autour de Léon Blum, de Jean Longuet et de Paul Faure, la tendance centrale ayant refusé le coup de knout de Moscou ! Comment ne pas rappeler ici le célèbre discours de Léon Blum parlant de frères qui allaient se séparer, et non pas comme des ennemis, et disant que pendant qu’ils partiraient à l’aventure, il fallait bien que quelqu’un gardât la vieille maison ? Ce que l’on connaît moins, par contre, c’est la description prophétique que celui-ci fit de ce qui allait aboutir, par le biais du communisme autoritaire de Lénine, au stalinisme : à partir de comités occultes, déclara-t-il, vous aboutirez non pas à la dictature impersonnelle du prolétariat, mais à une dictature tout court, qui ne pourra aboutir qu’à celle d’un homme… !

Musicales d’hiver

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 19 décembre 2015. dans La une, Musique

Musicales d’hiver

Voici donc l’hiver, qui va nous apporter ses vents, ses pluies, ses neiges, ses températures plus basses, mais aussi, parfois, son soleil avec un ciel presque sans nuages (du moins, espérons-le), et – bien entendu – ses fêtes de fin d’année tournant avant tout autour de celle de Noël. L’hiver, occasion de faire renaître du feu dans la cheminée et d’en profiter en même temps pour réécouter – ou découvrir – des œuvres de plusieurs époques que certains génies de l’histoire de la musique classique lui ont consacrées. Parmi celles-ci, qui ne connaît L’Hiver, extrait des célèbres Quatre Saisons de Vivaldi ? Et, toujours pour la période baroque, pourquoi ne pas en profiter éventuellement pour élargir son plaisir en écoutant La Scène du froid, tirée du masque (ou semi-opéra) Le Roi Arthur de Purcell, ou bien encore le Concerto pour la Nuit de Noël de Corelli. Et puis, en ce qui concerne la période romantique, pourquoi ne pas faire de même avec Le Voyage d’Hiver de Schubert et la Symphonie n°1, dite Rêves d’hiver, de Tchaïkovski. Enfin, pour la musique du XXe siècle, pourquoi ne pas se replonger dans la page de La Bataille sur la glace, cet extrait parmi les plus connus de la musique du grand film Alexandre Nevski composée par Prokofiev.

L’Hiver est l’une des plus belles parties des Quatre Saisons du compositeur italien, qui vécut essentiellement à Venise, Antonio Vivaldi (1678-1741), surnommé – en tant qu’ecclésiastique et en raison de la couleur de ses cheveux – « le prêtre roux ». Souvent accusé par d’autres musiciens et des musicologues d’avoir « composé 600 fois le même concerto », on sait que cette partition des Quatre Saisons datant de 1725 est à la fois la plus connue de ses productions et une des plus célèbres de toute l’histoire de la musique. Il faut pourtant signaler que cette œuvre, et plus généralement beaucoup d’autres compositions du grand musicien de La Sérénissime, tombées en désuétude durant le XIXe siècle et la première moitié du XXe, ne furent redécouvertes qu’à partir des années 1950-1960… Pour en revenir au concerto L’Hiver – comme d’ailleurs pour les trois autres constituant le total des Quatre Saisons –, la façon dont Vivaldi a su rendre, par sa musique, l’atmosphère hivernale, est extrêmement convaincante ; certains musicologues sont même allés jusqu’à rapprocher cette page concertante (ainsi que les trois autres) de ce l’on appelle « la musique à programme » – ce qui est évidemment très exagéré.

La Scène du froid est un superbe et très novateur extrait du semi-opéra Le Roi Arthur du compositeur anglais Henry Purcell (1659-1695), créé à Londres en 1691. Incluant de nombreux passages parlés (comme pour une pièce de théâtre), alternant avec d’autres chantés, il fut conçu en langue anglaise à une époque où, dans pratiquement toute l’Europe, l’art lyrique se donnait en italien (pensons ainsi au succès des opéras de Haendel ou de Porpora en Angleterre). Cette impressionnante Scène du froid, fondée sur une voix d’homme développant un rythme très saccadé avec des sortes de trémolos pour la ligne de chant, fut mise en valeur par le chanteur de rock new-wave expérimental et d’opéra allemand des années 1980, Klaus Nomi, dont la voix était exceptionnelle par l’étendue de sa tessiture et son timbre particulier. Comment oublier par ailleurs la façon dont la grande Ariane Mnouchkine sut illustrer le moment de la mort de Molière dans le film génial (sorti en salle en 1978) qu’elle consacra à l’homme de théâtre le plus connu de notre pays, et qui portait tout simplement un titre homonyme ! L’acteur Philippe Caubère accompagnait ce chant par un jeu dramatique d’une présence et d’une force quasi insoutenables sur le plan émotionnel !

DAESH ; Racines d’actu

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 21 novembre 2015. dans Monde, La une, Politique, Actualité

DAESH ; Racines d’actu

Daesh provient d’une conception extrêmement rigoureuse de l’islam sunnite, à travers une charia (loi islamique) très radicale : le wahhabisme ou salafisme, tout en sachant que l’on peut très bien être un salafiste ayant une vision rétrograde de l’islam sans pour autant passer à des pratiques terroristes. Cette conception a un cœur principal : les émirats pétroliers sunnites du Golfe, et surtout l’Arabie Saoudite, sans pour autant qu’ils apportent un soutien politique en tant que tel au terrorisme de Daesh (comme pour Al-Qaïda avant ce « groupe de l’État Islamique »). Par contre, pendant longtemps, Daesh (encore comme Al-Qaïda) fut (et demeure ?) financé notamment par l’Arabie Saoudite, et ceci pour deux raisons. D’abord, afin de détourner le terrorisme et le risque d’une prise de pouvoir politique dans ce pays lui-même. Ensuite, parce que Daesh (à nouveau comme Al-Qaïda) est en guerre contre une autre façon de voir l’islam : celle des chiites, avant tout iraniens, dans la mesure où l’Iran est de plus en rivalité géopolitique avec les Saoudiens pour la domination régionale (dans toute la zone du Proche et du Moyen-Orient). L’Arabie Saoudite et les autres émirats du Golfe ne sont certes pas les seuls responsables de la naissance et de l’essor d’Al-Qaïda puis de Daesh. En effet, il est incontestable que Bush fils, pour la Seconde Guerre d’Irak, voire Nicolas Sarkozy à propos de la façon dont l’intervention fut menée en Libye, ont une part de responsabilité dans ces structurations terroristes de type islamiste.

Daesh contrôle des territoires situés au nord-est de l’Irak et de la Syrie, mais ne constitue pas, contrairement à l’expression encore trop utilisée par les grands médias, un réel « État islamique », même si son but est bien d’en construire un, préludant à la mise en place d’un « califat » élargi progressivement au monde entier. Il s’agit en fait d’une secte totalitaire islamo-fasciste mortifère et apocalyptique. Pour elle, la fin des temps est proche, en conséquence de quoi il faut absolument imposer le plus rapidement possible ce qu’ils appellent « le vrai islam » (traduisez : leur conception radicale d’un islamisme politico-religieux). Ce rapport à la mort (avec accès direct au paradis pour les « martyrs » qui se sacrifient en tant que kamikazes, comme à Paris) rappelle celui des unités SS « à tête de mort » avec leur nihilisme intégral. Pour atteindre son objectif, cette secte développe, sur le plan de l’idéologie, au niveau de ses cadres, la nécessité de détruire la « zone grise », c’est-à-dire tout ce qui met en contact pacifique les musulmans et les non-musulmans (qu’ils nomment « Les Croisés et les Juifs »). Du point de vue de ses chefs, elle veut donc aboutir à une guerre des religions, un choc entre civilisations, et à des guerres civiles au sein des pays occidentaux (notamment) dans lesquels les musulmans constituent des communautés assez nombreuses. A la place de la « zone grise », ses idéologues veulent en arriver à l’opposition entre ce qui apparaîtrait comme étant le « blanc » (eux et leurs partisans armés et kamikazes) et le « noir » (tous les autres, et avant tout les musulmans non radicaux – qu’ils éliminent en priorité).

Disposant d’une armée véritable, contrairement à la nébuleuse Al-Qaïda qui n’intervenait que par des attentats et des actions de commandos, Daesh est donc une organisation prenable, puisque ayant des chars d’assaut, des blindés légers, etc. ; se situant ainsi nettement moins (jusqu’à présent) dans le cadre d’une « guerre asymétrique ». Mais que faire, face à cette organisation qui vient d’infléchir fortement sa tactique depuis les divers attentats de Paris (en janvier et novembre), dans la mesure où les combattants et les combattantes (peshmergas) musulmans kurdes, avec le soutien des frappes aériennes occidentales, leur infligeaient des pertes importantes (malgré l’arrivée de nouvelles recrues djihadistes) ? Cela ne pourrait être traité que dans le cadre d’un autre article, d’un plus grand gabarit, et en attendant de voir à quel point le choc ressenti par les peuples du monde entier à la suite des attentats du 13 novembre peut ou non provoquer une évolution des alliances internationales afin d’éradiquer cette menace que constitue cette secte pour la planète entière. Et ceci tout en ne faisant pas l’impasse sur les problèmes de désaccords qui existent toujours entre Occidentaux et Russes (plus Iraniens) en ce qui concerne la question du régime syrien dominé par le tyran sanguinaire Hafez El-Assad…

Quant au nom « DAESH », qui sonne partout ; ce sigle est à utiliser de préférence à ce EI, dont ils aiment faire étalage (« Etat islamique », prétentieux et faux). C’est ce qu’ont fait ceux qui ont rapidement perçu que cet éclairage traduit ainsi dans nos langues avait un danger propagandiste important, et ont seulement utilisé Daesh, acronyme arabe, même sens, mais du coup moins impactant : « dowlat al islamiyah f’al irak wa Belaad Al Sham ». Ainsi dès le début, notre président qui à présent franchit une étape de plus en accentuant une prononciation glissante (crachante ?), « Dech »… signifiant un rejet complet.

 

L’Etat islamique Multinationale de la violence, Loretta Napoleoni, Calmann-Lévy, 2015, 192 pages

L’Etat islamique Anatomie du nouveau califat, Olivier Hanne, Thomas Flichy de La Neuville, Bernard Giovanangeli Editeur, 2014, 178 pages

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