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Aux nouveaux réactionnaires

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 07 novembre 2015. dans France, La une, Politique

Aux nouveaux réactionnaires

Il fut un temps où le mot « intellectuel » signifiait quasiment automatiquement engagement politique à gauche, et notamment « compagnons de route » du Parti Communiste Français, et où même le terme de « social-démocratie » était considéré avec une certaine condescendance, voire mépris, car éloigné des aspirations logomachiques « révolutionnaires » du « socialisme existant » de la période stalinienne, puis néo-stalinienne. Or, que se passe-t-il de plus en plus sous nos yeux depuis environ une trentaine d’années ? D’abord, les « intellectuels » que l’on nommait « progressistes » se sont progressivement tus, à de très rares exceptions près ; et surtout, le terrain – essentiellement médiatique – s’est trouvé de plus en plus occupé par ce que l’on a pu appeler, par rapport aux thèmes qu’ils développent, « Les nouveaux réactionnaires ». Je vais ici me limiter aux quatre exemples les plus connus, parmi ceux qui envahissent le plus souvent les plateaux de télévision, tout en étant différents.

Marcel Gauchet, historien et philosophe, m’apparaît comme étant le moins concerné par l’évolution droitière de ce camp des « nouveaux réactionnaires ». Cet homme, venant de la gauche et qui avait accueilli mai 68 comme l’illustration de ses « idées », s’était progressivement converti aux idées de droite, en se mettant à dénoncer pêle-mêle Georges Dumézil, Claude Lévi-Strauss, Jean-Pierre Vernant (les structuralistes), Michel Foucault, Pierre Bourdieu, Jacques Derrida, Jacques Lacan, etc. Pour lui, ces penseurs provoquèrent « une catastrophe de la pensée française », et, pour certains d’entre eux, furent « en connivence avec l’univers mental du totalitarisme » (traduisez stalinien)… ! Le fait qu’il devint l’un des membres les plus importants du Centre de recherches politiques Raymond Aron ne fait certes pas de lui en soi un partisan des thèses de l’extrême droite (!), même si ses prises de positions apparaissent comme conservatrices. Même si Marcel Gauchet fait notamment de plus en plus l’apologie d’un christianisme conservateur et dénonce avant tout la remise en cause des rapports d’autorité depuis mai 68, ce n’était pas une raison pour appeler au boycott contre lui – lancé par quelques-uns –, à l’annonce du fait qu’il allait prononcer, en 2014, la conférence inaugurale des « Rendez-vous de l’Histoire de Blois » sur le thème « Les rebelles ».

Pour ce qui concerne l’essayiste et philosophe Alain Finkielkraut, venu lui de la gauche, je dois reconnaître d’abord que je lui maintiens mon estime, mon respect et même une certaine affection, notamment en rapport avec l’excellente émission de philosophie qu’il anima sur France Culture et sa participation – chaque année – aux Rencontres de Pétrarque organisées par Le Monde et France Culture, à Montpellier, en compagnie du journaliste Emmanuel Laurentin. Cela dit, bien qu’ayant toujours admiré la manière dont il manie les concepts philosophiques, je suis depuis fort longtemps en désaccord presque total avec lui sur ses prises de position socio-politiques. Ainsi sur l’école (celle, réactionnaire, qu’il souhaiterait voir revenir de nos jours, et qui n’a en fait jamais existé…) et surtout sur ses conceptions que j’appellerais « identitaristes », en faveur du judaïsme ou de la judéité, puisqu’à mon avis il est indiscutable qu’Alain Finkielkraut fait une « fixation » non pas contre l’islamisme (car, sur ce terrain, comment ne pas le suivre !), mais contre l’islam en tant que tel. Alors que comme français juif « progressiste » qu’il fut, il aurait pu servir de pont entre les communautés, ce penseur de valeur a, selon moi, sombré, sur cette question, dans le rejet, l’amalgame et la caricature. Et puis, je dois vous dire que je ne supporte pas cette façon qu’il a de se présenter toujours comme une victime, une sorte de « Saint Sébastien percé de flèches »… A se demander si, quelque part, il n’y prend pas un certain plaisir… (?) Enfin, il y a ses positionnements « souverainistes » qui se heurtent à mes conceptions « altermondialistes ». Il n’est d’ailleurs pas étonnant qu’il ait tant de sympathie pour Jean-Pierre Chevènement…

LES PARTIS POLITIQUES SONT-ILS OBSOLETES ?

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 03 octobre 2015. dans France, La une, Politique

LES PARTIS POLITIQUES SONT-ILS OBSOLETES ?

Depuis longtemps déjà, au sein d'une grande majorité de l'opinion publique française, le « Tous pourris ! », ou le « Qu'ils s'en aillent tous ! », font des ravages, en mettant en cause profondément les bases mêmes de notre système démocratique, largement fondé, jusqu'à présent (au moins depuis le tout début du XXe siècle), sur les partis. D'où les questions de leur utilité ou modernité qui ne peuvent que surgir. D'abord, peut-on vraiment aller jusqu'à parler d'obsolescence des partis politiques français et, dans ce cas, pourquoi ? Ensuite, pour quelles raisons le Front national apparaît-il comme une exception dans cette déliquescence générale des forces politiques (avec d'ailleurs de fortes nuances) ? Enfin, en quoi les partis politiques restent-ils (ou non) indispensables, et comment les transformer en profondeur, et enrichir, par des moyens nouveaux, la vieille « démocratie représentative » française ?

En quoi cette obsolescence ?  les partis ont de moins en moins de vrais militants, même à gauche. En dehors des structures d'extrême gauche (les partis trotskistes essentiellement), ils sont devenus des forces politiques d'élus avec autour des sortes de clientèles (y compris pour le Parti Communiste). Obsolescence, parce que tous les partis (même le Front National, mais ce cas est particulier) se divisent, au risque de provoquer à terme des schismes et donc des reclassements, certes en rapport avec les questions tournant autour de la « mondialisation » et du rôle de la nation dans ce contexte global, mais aussi à travers des oppositions de personnes. Cela est vrai à gauche, autant pour le Parti Socialiste (avec actuellement les « frondeurs »), que pour le Front De Gauche (entre Jean-Luc Mélenchon et son Parti De Gauche et le Parti Communiste de Pierre Laurent), ou encore chez les Écologistes (qui se déchirent sur la question de savoir s'il faut ou non revenir au gouvernement). Autant à droite, pour le parti Les Républicains (entre les rivalités de personnes et la tactique différente d'un Nicolas Sarkozy et celle d'un Alain Juppé, voire de François Fillon, etc). Autant pour le centre, à l'Union des Démocrates Indépendants ou au Mouvement Démocrate (de François Bayrou), où certains pourraient envisager à terme une alliance - face à un Front National devenant de plus en plus menaçant -, avec un Parti Socialiste déjà recentré, tandis que d'autres centristes ne veulent entendre parler que d'un rapprochement avec le parti Les Républicains (à condition qu'Alain Juppé soit le futur candidat de la droite et du centre regroupés en 2017).

L’ailleurs de l’imaginaire lyrique wagnérien

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 10 juillet 2015. dans La une, Musique

L’ailleurs de l’imaginaire lyrique wagnérien

Cette chronique pourrait commencer par « Il était une fois les opéras wagnériens »… En effet, pourquoi ne pas utiliser l’été pour s’échapper de la grisaille voire du noir, « vendu » par la « sinistrose » de l’appareil médiatique ? C’est donc bien à un voyage à l’intérieur de l’imaginaire lyrique wagnérien que je vais vous inviter. Pour ce faire, nous allons parcourir tout un univers dramatique et musical à travers les deux grands thèmes récurrents qui ont obsédé Richard Wagner : avant tout celui de la rédemption de l’homme par la femme par l’amour et dans la mort (conçue comme une sorte de « renaissance » vers un ailleurs ou un au-delà) ; mais aussi celui, contradictoire, du renoncement à l’amour. En respectant l’ordre chronologique de la création des opéras de la maturité du « mage de Bayreuth » (comme on le surnomma), nous serons donc amenés à balayer un certain nombre de personnages et de situations dramatiques, de Der Fliegende Holländer (Le Hollandais volant, ou Le Vaisseau fantôme) jusqu’à Parsifal.

Pour le thème de la rédemption de l’homme par la femme par l’amour dans la mort (conçu comme une « renaissance »), envisageons d’abord le cas du premier opéra véritablement « wagnérien » de Richard Wagner : Der Fliegende Holländer (Le Vaisseau fantôme). Là, c’est la fille du marin norvégien Daland, Senta, qui délivre le « Hollandais » de la malédiction qui l’avait condamné à errer sur les mers et les océans jusqu’à ce qu’il rencontre une femme qui lui soit fidèle, prête à mourir pour sa rédemption. Consciente de son rôle, Senta devient ainsi effectivement rédemptrice, obtenant le « salut » du « Hollandais » ; une transfiguration les emmenant tous les deux dans un au-delà, au sein d’une vision pré-tristanesque. En ce qui concerne Tannhäuser, c’est Élisabeth, image du sentiment amoureux le plus pur, qui obtient en mourant le « salut » du chevalier Tannhäuser, qui avait passé un long séjour au « Venusberg » (avant et au début de l’opéra). Pour Lohengrin, nous avons une importante exception, puisque c’est au contraire « Le Chevalier au cygne » lui-même, fils de Parsifal (Roi des chevaliers du Saint Graal), qui tente d’aller au secours de la princesse de Brabant Elsa (accusée à tort) et de son frère Godefroy ; c’est certainement la fonction représentée par Lohengrin qui « perturba » l’obsession de Wagner en ce qui concerne la rédemption par la femme. A l’intérieur du drame de Tristan et Isolde, nous nous trouvons aussi dans une situation particulière. En effet, ce véritable « philtre » qu’est cet opéra, fondé sur des éléments de la littérature médiévale, apparaît comme une « rédemption à deux », puisque les deux amants ne peuvent pas s’aimer dans le cadre du « Jour » (le domaine du Roi Marke et sa cour), mais uniquement au sein du « Royaume de la Nuit » (conçu comme le principal « ailleurs », ou au-delà, wagnérien).

Pour La Tétralogie, nous nous trouvons face à un cas assez complexe en ce qui concerne la « rédemption par l’amour ». La walkyrie Brünnhilde n’obtient pas le « salut » de son amant Siegfried (qui est aussi son neveu, car l’inceste est présent dans ce monument de l’art occidental !). Mais, en se sacrifiant (pour le rejoindre dans la mort), son « Immolation » par le feu (avec son cheval Grane) provoque la fin du règne des Dieux (avec notamment le principal d’entre eux – son père, le Roi Wotan) et le remplacement par celui des hommes (illustré par le sublime leitmotiv de « La rédemption par l’amour » !). Toujours au sein de La Tétralogie, Wagner nous met en contact dramatique avec le thème du « renoncement à l’amour ». Le gnome Alberich (un des Nibelungen), dans L’Or du Rhin, a renoncé à l’amour pour l’or et l’Anneau (Der Ring) lui conférant le pouvoir, car il est impossible d’avoir les deux (contrairement à ce que veut Wotan, qui finira par le payer, poursuivi par une « malédiction »). Sieglinde et Siegmund (les « Wälsungen », sœur et frère incestueux issus du Roi des Dieux Wotan et d’une mortelle) seront touchés par cette malédiction, ainsi que Siegfried, puis Brünnhilde – comme d’autres avant eux (ainsi pour le Géant Fafner, déguisé en dragon, esclave de son tas d’or). Dans Les Maîtres Chanteurs de Nuremberg, le personnage de Hans Sachs est assimilé à un moment précis au Roi Marke de Tristan et Isolde, qui finit par accepter de renoncer à celle-ci lorsqu’il apprend l’histoire du « Philtre d’amour » entre les deux amants ; de même, Sachs comprend en effet qu’il doit renoncer à la jeune et belle Eva au profit du chevalier Walther. En ce qui concerne Parsifal, on se trouve dans un cas de figure vraiment particulier, puisque ce personnage ne peut être – après son auto-initiation, favorisée par le doyen des Chevaliers du Saint Graal Gurnemanz – le « Rédempteur » du roi Amfortas et de la communauté qu’en restant « chaste » ; donc en renonçant à l’amour charnel : il doit rester Der Reine Tor (Le Chaste fol).

Racines d’actu : Les « affaires » Jean Zay

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 27 juin 2015. dans La une, Actualité, Histoire

Racines d’actu : Les « affaires » Jean Zay

On se souvient que tout récemment les cendres de Jean Zay ont été transférées au Panthéon. La décision fut prise par François Hollande le 21 février 2014 et la cérémonie eut lieu le 27 mai. On se rappelle aussi de la polémique lancée à cette occasion par l’extrême-droite française – concernant le soi-disant « antipatriotisme » de ce grand ministre radical-socialiste de la fin de la IIIe République ! Enfin, nous ne sommes actuellement qu’à une semaine de la commémoration du terrible assassinat dont il fut la victime en ce jour horrible du 20 juin 1944… Je vais donc revenir ici sur les différents aspects des « affaires » Jean Zay, et avant tout, bien sûr, en ce qui concerne le contexte et les méthodes employées pour l’assassiner lâchement… !

La première affaire est celle de la polémique déchaînée par l’extrême-droite contre celui – avocat et homme politique de gauche – qui fut l’ancien ministre visionnaire de l’Éducation nationale du Front Populaire (et même au-delà, jusqu’en septembre 1939) et député du Loiret. Un peu comme pour Roger Salengro (accusé de « désertion face à l’ennemi » pendant la Guerre de 14), Jean Zay eut à subir une campagne de dénigrement concernant son « pacifisme antipatriotique » ; tout cela parce qu’il avait rédigé dans sa jeunesse un poème (Le drapeau) ayant une teneur hostile à ce qu’avait été « la Grande Guerre ». Deux points importants à ce sujet : fut-il le seul à avoir été ainsi traumatisé par cette « boucherie nationaliste » ? Fut-il le seul à avoir des réactions « pacifistes » ? Doit-on considérer le « pacifisme » de cette époque-là comme une trahison « antipatriote » ou bien plutôt simplement comme une réaction normale par rapport à ce qui s’était passé dans les tranchées ?! De toute façon, c’est tout de même fort d’entendre les héritiers de ceux qui acceptèrent de se coucher devant Hitler et de collaborer avec l’Allemagne nazie accuser cet homme d’antipatriotisme, lui qui, justement, fut – par la suite – un anti-munichois notoire ! La vérité, c’est que ce que l’extrême-droite française de l’époque (et encore de nos jours, dans ses strates archéologiques) reprochait à Jean Zay, c’était d’être « un juif » ; donc, pas vraiment « Français »… ! D’ailleurs, il fut victime par la suite d’une très violente campagne antisémite, dans ces moments où les nationalistes faisaient leurs choux gras de « l’idéologie antisémite » ! De nombreux leaders d’extrême-droite s’étaient ainsi lancés contre lui.

Pour la seconde affaire, c’est-à-dire celle des conditions et la façon dont Jean Zay fut éliminé, le récit qui doit être fait apparaît comme plutôt terrifiant ! Ce sont en effet des miliciens au service des basses besognes du régime de Vichy (« L’État Français de Pétain »), et en liaison directe avec des hommes de Joseph Darnand, qui le massacrèrent au lieu-dit Les Malavaux, dans la faille du Puy du diable à Molles (dans l’Allier). Les assassins traitèrent son corps (avec des grenades et en jetant sa dépouille dans une crevasse… !) d’une manière ignominieuse, tellement chargée de haine… ! Ce n’est que vers la fin du mois de septembre 1946 que son corps fut retrouvé et enterré, sur ordre de la municipalité de Cusset (près de Vichy)… Jean Zay avait été mis en prison militaire près de Clermont-Ferrand, dès août 1940, sur ordre du régime de Vichy, avec une accélération scandaleuse de la campagne antisémite qu’il avait déjà commencé de subir auparavant (comme cela a déjà été dit). Philippe Henriot, le trop célèbre ministre de l’information des vichystes, réclama très tôt la condamnation à mort du « juif Jean Zay », comme juif, franc-maçon, anti-munichois, anti-hitlérien et ministre du Front Populaire… A propos des accusations « d’antipatriotisme », le 5 juillet 1945 la cour d’appel de Riom (ville située près de Clermont-Ferrand) réexamina les faits reprochés au sous-lieutenant Jean Zay, et constata qu’à aucun moment il ne s’était soustrait à l’autorité militaire, et que « les poursuites intentées contre /lui/ ne peuvent s’expliquer que par le désir qu’a eu le gouvernement /de Vichy/ d’atteindre un parlementaire dont les opinions politiques lui étaient opposées et qu’il importait de discréditer en raison de la haute autorité attachée à sa personnalité ». Elle annula donc le jugement du 4 octobre 1940, Jean Zay étant alors pleinement réhabilité à titre posthume.

 

Jean Zay, un républicain, François Marlin, Infimes Éditions, 2015, 208 pages

Jean Zay, le ministre assassiné 1904-1944, Antoine Prost et Pascal Ory, Tallandier, 2015, 160 pages

Le modèle allemand et sa face cachée

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 06 juin 2015. dans Monde, Economie, La une, Politique, Histoire

Le modèle allemand et sa face cachée

Les médias – surtout télévisuels, et tout particulièrement lors des JT – ne nous présentent en général que les aspects montrant la réussite du « modèle allemand », par opposition à ce que seraient les insuffisances notoires et les blocages du « système français ». Je vais donctenter de montrer, dans cette chronique, à la fois les aspects positifs de ce modèle allemand, mais aussi sa face cachée. Bien sûr, je serai amené à me concentrer prioritairement sur la situation actuelle, mais aussi à remonter aux sources historiques de ce qui contribua à mettre en place un modèle allemand et ce que certains ont même pu appeler « le miracle économique allemand ».

Les sources historiques des réussites allemandes proviennent d’abord de la fin du XIXe siècle et au début du XXe. En effet, l’Allemagne connut sa première unité politique très tardivement ; précisément en 1870-1871. Sous le régime impérial du Deuxième Reich, deux points très importants se firent jour : les mesures sociales prises par le chancelier Bismarck durant la décennie 1870et l’essor de la puissance économique allemande (avec le fameux « made in Germany », marque de fabrique et gage de qualité). Le Deuxième Reich profita d’une grande prospérité, allant jusqu’à développer une colonisation en Afrique noire(notamment au Cameroun, au Togo, dans le Sud-Ouest africain et en Afrique Orientale) ; ceci jusqu’à ce que sa défaite de 1918 le privât de ses colonies lors du traité de Versailles.

Pendant la République de Weimar (1918-1933), une organisation économique et sociale assez avancée pour l’époque fut mise en place grâce à la politique établie par « La coalition de Weimar » (SPD ou Sociaux-démocrates, Zentrum – parti catholique centriste – et Démocrates). Des droits importants furent donnés aux travailleurs dans les entreprises, après l’écrasement de la tentative révolutionnaire des Spartakistes (Rosa Luxembourg et Karl Liebknecht) ; ainsi, avec les conventions collectives (dès 1919) et les comités d’entreprises (en 1920). Le patronat allemand prit dès lors l’habitude du dialogue socialavec les syndicalistes. Mais cela fut stoppé avec l’arrivée au pouvoir des nazis, qui interdirent les syndicats en 1934.

Après la défaite du régime hitlérien en 1945, le SPD, mais même la CDU/CSU (Démocrates-chrétiens), mirent en place, par étapes, l’économie sociale de marché et la co-gestion, à l’intérieur des entreprises. Ce système, au sein duquel patronat et syndicats ouvriers collaboraient pour la reconstruction puis l’essor économique du pays, fut théorisé par le libéral Démocrate-chrétien et ministre de l’économie Ludwig Erhard – ceci en tant que troisième voie entre le capitalisme pur et dur et le socialisme démocratique ; nous dirions aujourd’hui une politique de « social-libéralisme ».

16 mai 2015 - Racines d'Actu : Le 10 mai 1981, hier...

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 16 mai 2015. dans La une, Histoire

16 mai 2015 - Racines d'Actu : Le 10 mai 1981, hier...

Il y a quelques jours, nous étions le 10 mai 2015. Intéressant et utile peut-être d’évoquer ce que furent les grandes étapes de la genèse et du choc provoqués par le 10 mai 1981 (il y a 34 ans !).

Ayant vécu, jeune, ce moment historique, qui vit la victoire de François Mitterrand contre Valéry Giscard d’Estaing lors du second tour des élections présidentielles, il n’est pas facile pour moi de faire la part des choses entre ce qui a pu me concerner comme citoyen engagé politiquement et en tant qu’historien. Cela dit, je vais ici tenter de faire preuve d’un maximum d’honnêteté intellectuelle et de démarche historique pour ce qui n’est qu’une mini-chronique, qui exigerait – certes – des développement bien plus considérables.

Remontons aux sources. En mai 1974, François Mitterrand, candidat unique de la gauche dès le premier tour des élections présidentielles, avait déjà frôlé la victoire, avec plus de 49% des suffrages exprimés ; d’où sa célèbre formule : « votre victoire est inéluctable ! ». Cet excellent résultat avait été obtenu grâce à l’outil politique créé au congrès d’Épinay-sur-Seine en 1971, un rassemblement de la plus grande partie des familles socialistes (en dehors du PSU de Michel Rocard, qui ne rejoignit le nouveau PS que lors des « Assises du socialisme » en octobre 1974) ; et en rapport avec la signature du Programme Commun de Gouvernement avec le PCF de Georges Marchais et le MRG (Mouvement des Radicaux de Gauche) de Robert Fabre – durant l’année 1972.

Bien que François Mitterrand ne fût pas le candidat unique de la Gauche pour le premier tour, contrairement à ce qui s’était passé en 1974 (Georges Marchais étant présenté par le PCF), son score fut très élevé le 26 avril 1981, avec environ 32% des suffrages exprimés, contre un peu plus de 28% à Valéry Giscard d’Estaing, 18% à Jacques Chirac (RPR) et plus de 15% pour Georges Marchais. Contraint et forcé (il y avait eu la rupture des relations PS/PCF lors de la renégociation du Programme Commun en 1977), Georges Marchais appela à voter pour le candidat socialiste au second tour (malgré des consignes, en sous-main, pour un « vote révolutionnaire Giscard »… !). A l’opposé, le néo-gaulliste Jacques Chirac laissa le libre choix à ses partisans entre les deux candidats restant pour le second tour, tout en disant qu’à titre personnel (pouvait-il faire autrement, ayant été le Premier Ministre de Valéry Giscard d’Estaing jusqu’à sa démission en 1976 ?) il voterait en faveur du candidat centriste de l’UDF. Le 10 mai 1981, pour le second tour – les médias télévisuels jouant déjà un très grand rôle à cette époque – on vit apparaître progressivement, sur Antenne 2 (mais, de qui s’agissait-il ?), une image, sous la forme d’un portrait électronique, du vainqueur. C’était… François Mitterrand… !! Les présentateurs de la Télévision, notamment Jean-Pierre Elkabbach, dont les spectateurs scrutaient les comportements et les « mines », car ils étaient presque tous systématiquement assimilés à la droite, annoncèrent les résultats : un peu moins de 52% pour François Mitterrand et un peu plus de 48% en faveur de Valéry Giscard d’Estaing.

L’autorité en question

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 02 mai 2015. dans France, La une, Politique, Société

L’autorité en question

Les Français ont toujours eu un rapport particulièrement complexe avec l’autorité. En effet, au moins depuis la Révolution de 1789, nos compatriotes ont toujours oscillé entre deux aspirations complètement contradictoires : celle, qui nous est éminemment caractéristique, de liberté individuelle, et celle, opposée, de désir d’autorité. C’est un peu comme si la majorité de nos concitoyens aspiraient à l’autorité lorsqu’ils vivent dans un contexte de liberté (la démocratie, en gros, sous toutes ses formes) et à la liberté quand un système apparaissant comme autoritaire se met en place. Mon propos ne va pas consister ici à faire un bilan historique des déplacements du « curseur » par rapport à la liberté et à l’autorité dans notre Histoire contemporaine depuis 1789, mais à me limiter au fait d’aborder une actualité brûlante : la montée du désir (apparent) d’autorité dans notre pays.

La première question qui se pose est de percevoir les causes de cette montée du désir d’autorité, qui touche un nombre de plus en plus important de Français – toutes catégories sociales confondues. Il y a bien évidemment le contexte de crise multiforme dans lequel se trouve notre nation (et que connaissent aussi la plupart des autres pays de l’Union Européenne). Cette crise, que l’on appelle parfois « post-moderne », est à la fois économique, sociale, politique, morale, culturelle – donc globale, et en fait « de civilisation » (Edgar Morin), en lien direct avec la façon dont nos concitoyens vivent (négativement ou positivement) la « mondialisation ». On peut dire que nous sommes ainsi entrés dans une nouvelle phase « conservatrice », voire « réactionnaire », à la Reagan, ou du type « Tea Party », par rapport à ce qu’avaient été les aspirations libertaires du mouvement de « mai 68 ». Soit une sorte de phénomène correspondant à une dimension générationnelle ; on prétend d’ailleurs parfois que de nombreux jeunes ressembleraient plus actuellement aux parents des anciens « soixante-huitards », voire à leurs grands-parents, qu’à ce qui pourrait être une « projection progressiste » (?). C’est ce que l’on appelle – en Histoire – un « changement de cycle », ou bien, plus communément, un retour de balancier ; car l’évolution historique ne se fait pas d’une manière linéaire, mais par à-coups.

Les secondes interrogations tournent autour du fait de savoir par quoi se manifeste ce désir d’autorité et quelles sont ses éventuelles contradictions (?) La demande d’autorité apparaît – au premier abord – comme assez générale. Ainsi, sur le plan politique, on assiste d’une part, essentiellement à droite, à un véritable tir de barrage contre ce que seraient censées être les conséquences uniquement négatives de « l’esprit de mai 68 » (rappelons-nous des propos de Nicolas Sarkozy sur ces questions), et d’autre part à la recherche d’un « homme fort » (j’y reviendrai). De même, au niveau social, en prenant le cas de l’école publique, la plupart des parents d’élèves (les enseignants le disent) sont de plus en plus demandeurs « d’autorité » à l’égard des enfants et des adolescents. Mais, toutes ces « demandes » apparaissent comme pétries de contradictions. En effet, politiquement, une bonne partie des Français rechigne à ce que des gestes et des actes d’autorité réelle soient faits par des hommes d’État vus comme des « Élites » déconnectées du « réel » et de la « proximité » (les « politiques » ne s’occuperaient pas assez des « vrais gens » – traduisez de « moi » !!). Un exemple : au sein d’une partie des électeurs de gauche et du centre, le caractère soi-disant « autoritaire » (mêlé d’une dénonciation « d’arrivisme ») de l’actuel Premier Ministre, Manuel Valls, n’est pas toujours vraiment bien reçu ; on pourrait même dire que certains le considèrent comme un « homme de droite » prêt, par exemple, à rogner sur les libertés publiques pour lutter contre le terrorisme islamiste (il serait sur le point de mettre en place un « Patriot Act » à la française…). J’ajoute qu’à l’opposé, Valls jouit d’une popularité indéniable auprès d’un bon nombre d’électeurs de droite – et ceci pour des raisons inverses. En ce qui concerne les aspects sociaux, il est sidérant de voir qu’un bon nombre de nos compatriotes parents d’élèves, s’ils demandent effectivement de « l’autorité », réagissent très négativement lorsque celle-ci touche leurs chers « rejetons » ou « têtes blondes » !

« Racines d’actu » Les « fous » de l’année 0

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 18 avril 2015. dans Monde, La une, Politique, Histoire

« Racines d’actu » Les « fous » de l’année 0

Les destructions récentes, d’abord au bulldozer, puis avec des explosifs (tout cela étant capté par des vidéos), perpétrées au nord de l’Irak par Daesh, précisément à Mossoul et Nimrod, sites de l’antique Mésopotamie (période assyrienne), fondamentaux pour l’Histoire des origines de la civilisation, posent la question de savoir pourquoi les djihadistes agissent ainsi. Je rappelle au passage qu’il y avait déjà eu notamment la destruction des statues monumentales des Bouddhas debout (en haut-relief) dans la vallée de Bâmiyân par les talibans d’Afghanistan en 2001. Dans ce contexte, nous allons remonter le cours de l’Histoire à propos de ceux qui ont voulu, dans le cadre de systèmes totalitaires – au XXe siècle – faire table rase et correspondre à ce concept « d’année 0 » annoncé dans le titre de cet article.

On pense bien sûr à l’Italie mussolinienne, qui, à partir de l’établissement de la dictature en 1925 et jusqu’en 1944, inventa le fascisme en tant que mot (« fasci » partant du singulier « fascio » voulant dire « faisceaux », d’où « fascisme ») et la notion « d’État total » (pour la première fois dans l’Histoire). Il y eut aussi l’Allemagne hitlérienne des années 1933 à 1945, avec la célèbre formule du « Reich pour 1000 ans », l’année 0, en l’occurrence, commençant avec l’arrivée du Führer au pouvoir en janvier 1933, qui détruisit la fragile République de Weimar (1919-1933). Parallèlement, on assista à la mise en place de systèmes se référant au marxisme-léninisme en URSS et dans les « pays satellites », surtout à l’époque de Staline, avec la « dictature du prolétariat » et l’annonce (censée être progressive) de « lendemains qui chantent », durant la période allant d’octobre 1917 à 1953 (mort de Staline). Il faut ajouter ici la version maoïste de ce même marxisme-léninisme, avec la folle et terrifiante période de la « révolution culturelle prolétarienne », entre 1966 et 1968. C’est dans le but de reprendre en main totalement le Parti Communiste Chinois que Mao avait lancé cette opération, en manipulant la jeunesse par le biais du Petit Livre rouge ; d’où des atteintes considérables envers les droits humains les plus élémentaires et la destruction de milliers de sculptures et de temples (essentiellement bouddhistes) – en tant que symboles des valeurs traditionnelles, dites « vieilleries »…

Citons également la « rupture avec le capitalisme » du système communiste intégral des Khmers rouges au Cambodge, avec Pol Pot, entre 1975 et 1979 ; un régime maoïste radical se voulant « sans classes », qui transféra de force les habitants des villes vers les campagnes et organisa méthodiquement des crimes de masse, pour soi-disant « faire du neuf » (en « purgeant » le pays de l’influence capitaliste occidentale et de la religion !). Terminons ce court bilan des fanatiques de « l’année 0 » avec la théocratie – fondée sur une conception très dure de la « charia » (la loi islamique) – du régime chiite des ayatollahs et des mollahs iraniens, à partir de la prise du pouvoir par Khomeini en 1979 (lors de la chute du shah) ; un Khomeini qui fut le Guide de la « révolution islamique » jusqu’à sa mort, en 1989. Au total, deux visions différentes, sur la forme, entre les systèmes marxistes-léninistes de type stalinien et fasciste ou nazi d’un côté et islamistes de l’autre. En effet, dans les trois premiers cas, une projection vers un soi-disant avenir (à inventer), et dans le dernier, une projection inversée vers un passé rêvé (à retrouver). C’est bien, pour ce qui concerne celui-ci, ce qui fait aujourd’hui la spécificité du régime iranien (malgré un relatif assouplissement récent ?) et des tentatives de mise en place d’un système islamiste radical par les djihadistes de Daesh, adeptes jusqu’au-boutistes – par leurs comportements spectaculaires – du concept de « l’année 0 », n’hésitant pas à mettre en scène la destruction de symboles civilisationnels classés au patrimoine mondial de l’humanité…

Poutine veut-il la guerre ?

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 14 février 2015. dans Monde, La une, Politique, Actualité

Poutine veut-il la guerre ?

La question ukrainienne pose depuis pas mal de temps déjà une question angoissante : le président de la Fédération de Russie, Vladimir Poutine, veut-il la guerre ? D’abord, avec le soutien qu’il apporte aux séparatistes russophones ukrainiens ; ensuite par une éventuelle annexion qu’il pourrait vouloir faire (au moins pour une partie du territoire de l’Ukraine) ; et enfin (par voie de conséquence), en fonction des considérables risques que son attitude risquerait d’entraîner, de guerre (à terme) avec l’Occident !

Cette interrogation est tellement forte qu’une réunion présentée comme celle « de la dernière chance » se tient actuellement à Minsk (en Biélorussie) ; une réunion pendant laquelle François Hollande, Angela Merkel, Petro Porochenko (président ukrainien depuis 2014) et Vladimir Poutine vont tenter une négociation diplomatique. Cela dit, il est évident que le dirigeant russe semble, depuis longtemps, se situer dans une logique d’affrontement du type « bras de fer » avec les Européens et  les Américains… !

On sait que Poutine mène depuis des mois et des mois des actions en Ukraine, en aidant, par l’armement et au niveau logistique, les séparatistes de la partie orientale de ce pays à s’opposer au gouvernement légitime – dont Porochenko est le principal représentant ; il est même évident que des soldats russes sont intervenus directement (du type forces spéciales) – ce qui est moins qu’un secret de polichinelle !

Mais alors, pourquoi cette attitude et quels sont ses objectifs ? Rappelons-nous que le président de la Fédération de Russie avait déjà mis la main – par une annexion pure et simple – sur la Crimée, avec deux arguments géopolitiques : d’abord, la présence de nombreux russophones dans cette région et ensuite en rapport avec l’obsession qu’ont toujours eue les responsables russes (au moins depuis la tsarine Catherine II) d’accéder aux « mers chaudes » (la Mer Égée et le reste de la Méditerranée), par l’intermédiaire d’un contrôle total sur des bases maritimes en Mer Noire (Sébastopol en tout premier lieu). Ce qui est certain, c’est que Poutine a utilisé, pour la Crimée, et continue d’utiliser en ce qui concerne la partie orientale de l’Ukraine, l’argument de la présence de russophones (qu’il faudrait, en l’occurrence « libérer » de la tutelle du gouvernement siégeant à Kiev).

Tout le problème réside dans le fait de savoir jusqu’où le président russe est prêt à aller. Et, à ce niveau, deux cas de figure se présentent. Soit il considérera, en fonction de l’importance des interdépendances économiques dans le monde « globalisé » actuel, qu’il faut pousser ses avantages au maximum, mais sans aller trop loin, car cela pourrait coûter très cher économiquement à son pays. Soit, au contraire, il engagera une sorte de fuite en avant politique de type nationaliste, en considérant que la Russie ayant actuellement des problèmes économiques importants (avec notamment les grandes difficultés du Rouble) la seule carte valable lui restant serait la mobilisation générale de son peuple pour un grand mouvement « libératoire » de tous les russophones présents hors de la Fédération de Russie et qui faisaient partie de l’ancienne URSS… A ce niveau, la grande question qui se pose est probablement celle de la nature profonde du régime russe poutinien. Je dirais qu’il s’agit – dans la forme – d’un mélange de « néo-stalinisme » (sans communisme, bien sûr) et de « néo-tsarisme » ; c’est-à-dire d’un système pas vraiment totalitaire, mais très autoritaire (ce qui n’est pas rassurant du tout pour les responsables ukrainiens et les dirigeants occidentaux !). Cela dit, il ne faudrait pas voir ce régime comme étant uniquement centré sur un homme (à l’image d’une sorte de « bonapartisme autoritaire » russien). En effet, un certain nombre de spécialistes ont pu constater que Vladimir Poutine se trouvait situé actuellement – au niveau de ces questions de politique extérieure – entre des « faucons » et des « colombes », au sein de la nouvelle « nomenklatura » de sa nation fédérale. Il semble globalement que, pris entre les « politiques » (plutôt « faucons ») et les « économiques » (généralement « colombes »), il tente de se placer dans une position de synthèse – assez difficile à gérer pour lui (?).

L’effet de billard de Syriza

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 07 février 2015. dans Monde, La une, Politique, Actualité

L’effet de billard de Syriza

Depuis la victoire du groupement de partis et de mouvements politiques de la gauche radicale en Grèce, avec Syriza, un certain nombre d’observateurs, de journalistes et de politologues ont insisté sur la possibilité d’un « effet de dominos » en Europe, contribuant à faire bouger les lignes par rapport à la conception actuelle de la politique économique et sociale menée sur notre continent (au niveau des 28 pays membres de l’Union Européenne).

Parmi ces spécialistes, il y en avait qui prophétisaient une « contagion » en Europe du sud, notamment pour l’Espagne avec Podemos, et pourquoi pas en France autour du Front de Gauche qui pourrait se rapprocher d’une partie des « frondeurs » du Parti Socialiste et des tendances les plus dures parmi les écologistes (avec surtout Cécile Duflot).

Eh bien, je ne vais pas me situer ici sur ce seul terrain, car « l’effet de billard » concerne au moins autant la social-démocratie européenne – notamment en France – que ce que nous appelons dans notre pays « la gauche de la gauche ».

Commençons donc par le plus entendu ou lu (ce qui fut le plus relevé, notamment par l’univers journalistique). Syriza peut-il avoir « un effet » en Europe du sud ? Et dans quels pays ? On sait qu’en dehors même de la Grèce, des pays tels que l’Espagne et le Portugal sont touchés par les conséquences de la politique déflationniste et d’austérité imposée par l’Allemagne d’Angela Merkel, les autres gouvernements conservateurs et libéraux (largement majoritaires parmi les 28 pays membres de l’Union Européenne), et la troïka (Fonds Monétaire International, Banque Centrale Européenne et Commission de Bruxelles) ; tout ceci ayant déjà provoqué de très fortes réactions politiques et sociales – surtout en Espagne ! Insistons du coup sur le cas espagnol. On sait, après ce qu’avait été l’essor de la construction immobilière, l’effondrement que provoqua l’équivalent de la crise des subprimes américaines il y a quelques années ! La gauche classique espagnole étant laminée (l’ancien Parti Socialiste Ouvrier Espagnol), et la droite étant revenue au pouvoir depuis 2011 (avec le gouvernement de Mariano Rajoy, de type libéral-conservateur), quel est actuellement le niveau de la montée de Podemos et en quoi consiste cette force ? Ce parti politique, qui a le vent en poupe (au moins par le biais de grandes manifestations), né en janvier 2014, et qui signifie « Nous pouvons », a comme leader Pablo Iglesias Turrion. Il se caractérise essentiellement par deux axes au niveau de son programme : la remise en cause assez large du Traité de Lisbonne (au niveau européen) et une vision économique et sociale de type néo-keynésienne (sur le plan national) ; soit des rapports assez évidents avec ce qui caractérise Syriza en Grèce. Cela dit, il est certain que pour que les lignes bougent en Europe, grâce à ces deux gauches de la gauche – Syriza et Podemos –, il faudrait d’abord que ce dernier gagne les élections et qu’ensuite des débuts très nets de réussites apparaissent, particulièrement au niveau social, grâce à une évolution de la politique européenne (et, ceci, tant en Espagne, qu’en Grèce – effet évaluateur alors possible).

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