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« Racines d’actu » Les « fous » de l’année 0

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 18 avril 2015. dans Monde, La une, Politique, Histoire

« Racines d’actu » Les « fous » de l’année 0

Les destructions récentes, d’abord au bulldozer, puis avec des explosifs (tout cela étant capté par des vidéos), perpétrées au nord de l’Irak par Daesh, précisément à Mossoul et Nimrod, sites de l’antique Mésopotamie (période assyrienne), fondamentaux pour l’Histoire des origines de la civilisation, posent la question de savoir pourquoi les djihadistes agissent ainsi. Je rappelle au passage qu’il y avait déjà eu notamment la destruction des statues monumentales des Bouddhas debout (en haut-relief) dans la vallée de Bâmiyân par les talibans d’Afghanistan en 2001. Dans ce contexte, nous allons remonter le cours de l’Histoire à propos de ceux qui ont voulu, dans le cadre de systèmes totalitaires – au XXe siècle – faire table rase et correspondre à ce concept « d’année 0 » annoncé dans le titre de cet article.

On pense bien sûr à l’Italie mussolinienne, qui, à partir de l’établissement de la dictature en 1925 et jusqu’en 1944, inventa le fascisme en tant que mot (« fasci » partant du singulier « fascio » voulant dire « faisceaux », d’où « fascisme ») et la notion « d’État total » (pour la première fois dans l’Histoire). Il y eut aussi l’Allemagne hitlérienne des années 1933 à 1945, avec la célèbre formule du « Reich pour 1000 ans », l’année 0, en l’occurrence, commençant avec l’arrivée du Führer au pouvoir en janvier 1933, qui détruisit la fragile République de Weimar (1919-1933). Parallèlement, on assista à la mise en place de systèmes se référant au marxisme-léninisme en URSS et dans les « pays satellites », surtout à l’époque de Staline, avec la « dictature du prolétariat » et l’annonce (censée être progressive) de « lendemains qui chantent », durant la période allant d’octobre 1917 à 1953 (mort de Staline). Il faut ajouter ici la version maoïste de ce même marxisme-léninisme, avec la folle et terrifiante période de la « révolution culturelle prolétarienne », entre 1966 et 1968. C’est dans le but de reprendre en main totalement le Parti Communiste Chinois que Mao avait lancé cette opération, en manipulant la jeunesse par le biais du Petit Livre rouge ; d’où des atteintes considérables envers les droits humains les plus élémentaires et la destruction de milliers de sculptures et de temples (essentiellement bouddhistes) – en tant que symboles des valeurs traditionnelles, dites « vieilleries »…

Citons également la « rupture avec le capitalisme » du système communiste intégral des Khmers rouges au Cambodge, avec Pol Pot, entre 1975 et 1979 ; un régime maoïste radical se voulant « sans classes », qui transféra de force les habitants des villes vers les campagnes et organisa méthodiquement des crimes de masse, pour soi-disant « faire du neuf » (en « purgeant » le pays de l’influence capitaliste occidentale et de la religion !). Terminons ce court bilan des fanatiques de « l’année 0 » avec la théocratie – fondée sur une conception très dure de la « charia » (la loi islamique) – du régime chiite des ayatollahs et des mollahs iraniens, à partir de la prise du pouvoir par Khomeini en 1979 (lors de la chute du shah) ; un Khomeini qui fut le Guide de la « révolution islamique » jusqu’à sa mort, en 1989. Au total, deux visions différentes, sur la forme, entre les systèmes marxistes-léninistes de type stalinien et fasciste ou nazi d’un côté et islamistes de l’autre. En effet, dans les trois premiers cas, une projection vers un soi-disant avenir (à inventer), et dans le dernier, une projection inversée vers un passé rêvé (à retrouver). C’est bien, pour ce qui concerne celui-ci, ce qui fait aujourd’hui la spécificité du régime iranien (malgré un relatif assouplissement récent ?) et des tentatives de mise en place d’un système islamiste radical par les djihadistes de Daesh, adeptes jusqu’au-boutistes – par leurs comportements spectaculaires – du concept de « l’année 0 », n’hésitant pas à mettre en scène la destruction de symboles civilisationnels classés au patrimoine mondial de l’humanité…

Poutine veut-il la guerre ?

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 14 février 2015. dans Monde, La une, Politique, Actualité

Poutine veut-il la guerre ?

La question ukrainienne pose depuis pas mal de temps déjà une question angoissante : le président de la Fédération de Russie, Vladimir Poutine, veut-il la guerre ? D’abord, avec le soutien qu’il apporte aux séparatistes russophones ukrainiens ; ensuite par une éventuelle annexion qu’il pourrait vouloir faire (au moins pour une partie du territoire de l’Ukraine) ; et enfin (par voie de conséquence), en fonction des considérables risques que son attitude risquerait d’entraîner, de guerre (à terme) avec l’Occident !

Cette interrogation est tellement forte qu’une réunion présentée comme celle « de la dernière chance » se tient actuellement à Minsk (en Biélorussie) ; une réunion pendant laquelle François Hollande, Angela Merkel, Petro Porochenko (président ukrainien depuis 2014) et Vladimir Poutine vont tenter une négociation diplomatique. Cela dit, il est évident que le dirigeant russe semble, depuis longtemps, se situer dans une logique d’affrontement du type « bras de fer » avec les Européens et  les Américains… !

On sait que Poutine mène depuis des mois et des mois des actions en Ukraine, en aidant, par l’armement et au niveau logistique, les séparatistes de la partie orientale de ce pays à s’opposer au gouvernement légitime – dont Porochenko est le principal représentant ; il est même évident que des soldats russes sont intervenus directement (du type forces spéciales) – ce qui est moins qu’un secret de polichinelle !

Mais alors, pourquoi cette attitude et quels sont ses objectifs ? Rappelons-nous que le président de la Fédération de Russie avait déjà mis la main – par une annexion pure et simple – sur la Crimée, avec deux arguments géopolitiques : d’abord, la présence de nombreux russophones dans cette région et ensuite en rapport avec l’obsession qu’ont toujours eue les responsables russes (au moins depuis la tsarine Catherine II) d’accéder aux « mers chaudes » (la Mer Égée et le reste de la Méditerranée), par l’intermédiaire d’un contrôle total sur des bases maritimes en Mer Noire (Sébastopol en tout premier lieu). Ce qui est certain, c’est que Poutine a utilisé, pour la Crimée, et continue d’utiliser en ce qui concerne la partie orientale de l’Ukraine, l’argument de la présence de russophones (qu’il faudrait, en l’occurrence « libérer » de la tutelle du gouvernement siégeant à Kiev).

Tout le problème réside dans le fait de savoir jusqu’où le président russe est prêt à aller. Et, à ce niveau, deux cas de figure se présentent. Soit il considérera, en fonction de l’importance des interdépendances économiques dans le monde « globalisé » actuel, qu’il faut pousser ses avantages au maximum, mais sans aller trop loin, car cela pourrait coûter très cher économiquement à son pays. Soit, au contraire, il engagera une sorte de fuite en avant politique de type nationaliste, en considérant que la Russie ayant actuellement des problèmes économiques importants (avec notamment les grandes difficultés du Rouble) la seule carte valable lui restant serait la mobilisation générale de son peuple pour un grand mouvement « libératoire » de tous les russophones présents hors de la Fédération de Russie et qui faisaient partie de l’ancienne URSS… A ce niveau, la grande question qui se pose est probablement celle de la nature profonde du régime russe poutinien. Je dirais qu’il s’agit – dans la forme – d’un mélange de « néo-stalinisme » (sans communisme, bien sûr) et de « néo-tsarisme » ; c’est-à-dire d’un système pas vraiment totalitaire, mais très autoritaire (ce qui n’est pas rassurant du tout pour les responsables ukrainiens et les dirigeants occidentaux !). Cela dit, il ne faudrait pas voir ce régime comme étant uniquement centré sur un homme (à l’image d’une sorte de « bonapartisme autoritaire » russien). En effet, un certain nombre de spécialistes ont pu constater que Vladimir Poutine se trouvait situé actuellement – au niveau de ces questions de politique extérieure – entre des « faucons » et des « colombes », au sein de la nouvelle « nomenklatura » de sa nation fédérale. Il semble globalement que, pris entre les « politiques » (plutôt « faucons ») et les « économiques » (généralement « colombes »), il tente de se placer dans une position de synthèse – assez difficile à gérer pour lui (?).

L’effet de billard de Syriza

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 07 février 2015. dans Monde, La une, Politique, Actualité

L’effet de billard de Syriza

Depuis la victoire du groupement de partis et de mouvements politiques de la gauche radicale en Grèce, avec Syriza, un certain nombre d’observateurs, de journalistes et de politologues ont insisté sur la possibilité d’un « effet de dominos » en Europe, contribuant à faire bouger les lignes par rapport à la conception actuelle de la politique économique et sociale menée sur notre continent (au niveau des 28 pays membres de l’Union Européenne).

Parmi ces spécialistes, il y en avait qui prophétisaient une « contagion » en Europe du sud, notamment pour l’Espagne avec Podemos, et pourquoi pas en France autour du Front de Gauche qui pourrait se rapprocher d’une partie des « frondeurs » du Parti Socialiste et des tendances les plus dures parmi les écologistes (avec surtout Cécile Duflot).

Eh bien, je ne vais pas me situer ici sur ce seul terrain, car « l’effet de billard » concerne au moins autant la social-démocratie européenne – notamment en France – que ce que nous appelons dans notre pays « la gauche de la gauche ».

Commençons donc par le plus entendu ou lu (ce qui fut le plus relevé, notamment par l’univers journalistique). Syriza peut-il avoir « un effet » en Europe du sud ? Et dans quels pays ? On sait qu’en dehors même de la Grèce, des pays tels que l’Espagne et le Portugal sont touchés par les conséquences de la politique déflationniste et d’austérité imposée par l’Allemagne d’Angela Merkel, les autres gouvernements conservateurs et libéraux (largement majoritaires parmi les 28 pays membres de l’Union Européenne), et la troïka (Fonds Monétaire International, Banque Centrale Européenne et Commission de Bruxelles) ; tout ceci ayant déjà provoqué de très fortes réactions politiques et sociales – surtout en Espagne ! Insistons du coup sur le cas espagnol. On sait, après ce qu’avait été l’essor de la construction immobilière, l’effondrement que provoqua l’équivalent de la crise des subprimes américaines il y a quelques années ! La gauche classique espagnole étant laminée (l’ancien Parti Socialiste Ouvrier Espagnol), et la droite étant revenue au pouvoir depuis 2011 (avec le gouvernement de Mariano Rajoy, de type libéral-conservateur), quel est actuellement le niveau de la montée de Podemos et en quoi consiste cette force ? Ce parti politique, qui a le vent en poupe (au moins par le biais de grandes manifestations), né en janvier 2014, et qui signifie « Nous pouvons », a comme leader Pablo Iglesias Turrion. Il se caractérise essentiellement par deux axes au niveau de son programme : la remise en cause assez large du Traité de Lisbonne (au niveau européen) et une vision économique et sociale de type néo-keynésienne (sur le plan national) ; soit des rapports assez évidents avec ce qui caractérise Syriza en Grèce. Cela dit, il est certain que pour que les lignes bougent en Europe, grâce à ces deux gauches de la gauche – Syriza et Podemos –, il faudrait d’abord que ce dernier gagne les élections et qu’ensuite des débuts très nets de réussites apparaissent, particulièrement au niveau social, grâce à une évolution de la politique européenne (et, ceci, tant en Espagne, qu’en Grèce – effet évaluateur alors possible).

Le Front National et la victoire de Syriza

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 31 janvier 2015. dans Monde, La une, France, Politique

Le Front National et la victoire de Syriza

Ces jours-ci, beaucoup de partis politiques (et pas seulement à gauche…) se sont réjouis de la victoire du parti Syriza en Grèce, espérant qu’elle allait enfin faire bouger les lignes en Europe – surtout que d’autres nouvelles économiques et politiques allaient déjà dans ce sens. Mais, beaucoup de gens ont été surtout étonnés par le fait que la PME Le Pen (père, fille, nièce et « gendre ») se soit également très largement félicitée du succès de Alexis Tsipras, le leader charismatique de la gauche de la gauche grecque, ayant regroupé dans une coalition plusieurs organisations autour de sa forte personnalité au sein de Syriza… ! Je pourrais donc commencer cette chronique par le titre suivant : « On vit une époque formidable ! » ou bien encore par « Ô ! Vous savez. Les extrêmes se rejoignent toujours ! ». Et bien, non, car je suis persuadé qu’en écrivant cela je ferais une grosse erreur d’analyse, comme historien (« d’Histoire immédiate ») ; en effet, selon moi, le comportement du Front National par rapport à la victoire de la gauche radicale en Grèce doit être recadré dans une perspective d’ensemble bien plus intéressante et approfondie.

Pourquoi donc ce comportement du Front National à l’égard de la victoire de Syriza, au premier abord ? Bien évidemment, parce que tout ce qui peut contribuer à déstabiliser l’Europe – et pas seulement la construction européenne actuelle (telle qu’elle est, avec ses défauts) – est considéré par ses dirigeants comme du pain béni ! Rappelons en effet que les front nationalistes remettent en cause (il faut dire que c’est assez facile étant donné notamment les errements des eurocrates), d’une manière totalement démagogique, l’Union Européenne, au nom de je ne sais quelle « Europe des nations » – soi-disant liée à ce qu’avait été la conception gaulliste (de la part de gens qui représentent encore des forces qui avaient voulu « la peau » du Général De Gaulle !). Il faut voir et entendre la haine qui sourd des lèvres des Le Pen et des caciques du Front National lorsqu’ils dénoncent ceux qu’ils appellent « les européistes » ! D’une certaine façon, elle ressemble assez, d’une autre façon, à celle qui surgit en eux à propos des immigrés !!

Au second abord, il y a ce qu’espère le Front National depuis au moins les années 1990, à savoir aboutir à un affrontement entre tous les nationalistes (« Patriotes de droite et de gauche », selon l’expression de Marine Le Pen) et les « mondialistes » (partisans de la « globalisation » et « internationalistes »). Or, il se trouve qu’aux yeux du Front National Syriza apparaît comme un outil potentiel – au niveau européen – permettant une sorte de retour à la nation face à « l’européisme », au nom de la lutte contre « l’austérité ». Et ceci d’autant plus que, n’ayant pas pu obtenir – à deux députés près – la majorité absolue au Parlement grec, le groupement de partis de la gauche radicale de Tsipras a été obligé de s’allier avec les « Indépendants », un parti politique souverainiste très lié par ailleurs à l’Église orthodoxe ; ce souverainisme qui a fait, signalons-le au passage, qu’un homme politique tel que Nicolas Dupont-Aignan s’est lui aussi réjoui de la victoire de Syriza…  Toutefois, il y a là, disons-le, un gros problème. En effet, alors que le Front National veut une sortie de la zone euro (donc un retour à la monnaie nationale), ce n’est pas le cas de la gauche de la gauche grecque, qui ne demande qu’une suppression d’une partie de la dette et une renégociation du restant (les sommes étant à déterminer). Le parti de Marine Le Pen n’est pas, on le voit, à une contradiction près ! Cela nourrit seulement son démagogisme.

"L'ESPRIT DU 11 JANVIER 2015 "

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 17 janvier 2015. dans France, La une, Politique, Actualité, Société, Histoire

Après l'horreur des jours qui ont précédé le 11 janvier - l'attentat contre Charlie Hebdo, puis les prises d'otages -, ayant entraîné un total de 17 morts, les "marches républicaines" du 11 janvier furent un considérable succès citoyen : près de cinq millions de personnes dans les rues (en comptant les 700.000 de la veille), record inégalé depuis la Libération  , avec, d'une manière exemplaire au niveau de la gestion de la sécurité, les représentants des familles des victimes, ceux des grandes religions, des syndicats et de diverses associations, plus 50 chefs d’État et de gouvernement du monde entier... ! Après le temps de l'émotion, bien naturel, puisque d'abord fondée sur les drames, il y a eu le désir de se retrouver d'un "Peuple debout" ( titre repris par de nombreux quotidiens)... ! Et maintenant va commencer celui de la réflexion. Je ne vais ici que tenter de donner mes premières impressions à ce sujet, incluant des limites, car nous ne devons pas nous enflammer, même si ce 11 janvier fut un phénomène "inouï" (pour reprendre l'expression employée par Laurent Joffrin, directeur de la rédaction de Libération et éditorialiste au Nouvel Observateur)...

Il est incontestable que ce qui s'est passé, dans notre France, si souvent vue, et de plus en plus depuis l'accentuation de la crise, comme hyper-individualiste et repliée sur elle-même, peut devenir - d'une certaine façon - une sorte de "révolution culturelle" fondée sur la Fraternité (entre les composantes de base de notre société). Ces citoyens, qui se retrouvaient dans les rues, aussi bien à Paris qu'à Lyon, Marseille, ou au cœur des autres grandes, moyennes et petites villes de notre pays (et parfois même de simples bourgs), et qui - malgré le chagrin - étaient venus pour un espoir de refonder du "vivre ensemble", tombant souvent dans les bras les uns des autres, me rappellent (comme historien), "l'esprit de Février 1848" ! Ce fut en effet à cette époque-là, lorsque chuta presque pacifiquement le régime du roi Louis-Philippe (la Monarchie de Juillet), que l'on ajouta véritablement le mot de Fraternité à la devise républicaine... Le 11 janvier 2015, la France s'est retrouvée et le monde a retrouvé la France qu'elle Aime, cette France éternelle, humaniste, démocratique et ouverte sur les autres, annonçant peut-être cette "République universelle" que Victor Hugo avait prophétisée (au milieu du XIXe siècle), et que la très grande majorité des Français avaient oubliée... Une France n'ayant rien à voir avec l'extrémisme des marchands de haine quels qu'ils soient, aussi bien ceux qui soutiennent l'action des terroristes islamistes que ceux qui ont tenté une sorte de "hold up" sur ses symboles depuis les années 1980 et dont la cheftaine blonde a tenté ces jours-ci de se faire passer pour une "victime" tandis que  le père éructait ses "Je ne suis pas Charlie !" - à l'instar, remarquons-le, de certains intégristes franco-musulmans favorables aux "djihadistes"... !! Mais, tout ceci - en tout cas pour ce dernier - dans un quasi silence général assourdissant, comme si le Front National et les partis d'extrême droite européens (y compris les islamophobes de Pediga en Allemagne) étaient tétanisés par ce qui vient de se passer...

Racines d’actu : Les guerres justes ?

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 04 octobre 2014. dans La une, Actualité, Histoire

Racines d’actu : Les guerres justes ?

Attention ! Que l’on ne se méprenne pas sur le titre de ma chronique. Aucune guerre – par définition – n’est « propre », ne serait-ce qu’en fonction des victimes civiles innocentes qu’elle occasionne. Cela dit, les événements récents liés à l’action de la coalition internationale, incluant à la fois des pays occidentaux et arabes, contre le groupe djihadiste Daesh (en Irak et en Syrie), vient de remettre sous les feux de l’actualité la notion de « guerre juste ». Nous allons en profiter pour donner quelques exemples historiques concernant le XXe siècle et les débuts de notre XXIe. J’ajoute qu’il est bien évident que cet article ne fera qu’effleurer les exemples évoqués – ce qui est la règle de base pour nos Racines d’actu. Enfin, je vais bien sûr respecter la chronologie, en partant du début du siècle dernier.

Quelques rappels historiques préalables avant de passer au XXe siècle. La doctrine de la « guerre juste », qui ne peut accepter un conflit armé que lorsqu’il apparaît comme moralement acceptable et proportionnée, se trouve dans le Mahâbhârata indou, chez Cicéron, et surtout au cœur de la pensée d’auteurs chrétiens tels que Augustin d’Hippone, Thomas d’Aquin ou encore Francisco de Vitoria. Si l’on prend l’exemple de Thomas d’Aquin, trois conditions essentielles étaient émises : que la guerre ne puisse être que le fait de la puissance publique (sinon, elle apparaissait comme un crime condamnable), que la cause soit juste (ce qui n’est pas simple à définir) et que l’intention de guerre ne soit entachée par aucune pensée cachée, le but étant de faire triompher le « bien commun ».

Il est clair qu’alors que la Grande Guerre de 14-18 fut une boucherie « injuste » provoquée par la montée de l’ultranationalisme en Europe, la lutte contre le nazisme, le fascisme et le militarisme japonais peut être considérée – du point de vue des démocraties et de la défense des droits de l’homme et des libertés – comme une « guerre juste » ; et ceci malgré l’existence de « crimes de guerre » par les Alliés (tels que le bombardement de la ville de Dresde ou le lancement des bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki). D’une autre façon, les guerres de libération nationale menées par les peuples colonisés (Indochine, Indes, Algérie, Vietnam) peuvent être classées dans la même catégorie. Depuis 1947-1948, le sionisme progressiste des origines, luttant contre le colonialisme britannique, apparaît aussi comme un conflit (politique et terroriste) « juste ». Et il en va de même aujourd’hui, bien évidemment, en ce qui concerne la question palestinienne (même si, lors de la dernière affaire de la Bande de Gaza, c’est le Hamas qui ouvrit les hostilités contre l’État israélien). Un autre exemple de « guerre juste » – qui obtint d’ailleurs l’aval de la « communauté internationale » – fut la Première Guerre du Golfe (en 1990-1991, sous Bush père), qui empêcha (c’était la première fois que cela se produisait depuis 1945 !) qu’un État (l’Irak du dictateur baasiste Saddam Hussein) tentât d’en annexer un autre (le Koweit) !

La montée de la haine de l’autre

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 13 septembre 2014. dans France, La une, Politique

La montée de la haine de l’autre

Depuis l’accélération relativement récente de la crise multiforme – économique, sociale, politique, morale et culturelle – que nous traversons, en France et en Europe, le phénomène traditionnellement humain du rejet de l’autre s’est progressivement transformé en une forme de haine. Et celle-ci, dans le contexte d’un brouillage des repères politiques et culturels, est exploitée par les populistes et les partis d’extrême-droite. La haine provient la plupart du temps d’abord de l’ignorance et très souvent – en liaison avec celle-ci – des peurs, générées, voire « vendues », par la caisse de résonance de l’appareil médiatique, notamment télévisuel, etc.

Hiérarchisons ces différentes formes de haine, qui perçoivent de plus en plus « l’autre » non plus comme un adversaire mais un ennemi (pour l’emploi à avoir, le droit social, etc.). Il est bien évident – et cela remonte certes à loin – que le haut de la pyramide de la haine touche les immigrés, le plus souvent perçus comme des « profiteurs » de droits sociaux d’une manière abusive au détriment des « nationaux ». C’est d’ailleurs dans ce contexte-là que Marine Le Pen a fait faire un virage de 180° au « programme » du Front National par rapport à ce qu’avançait son parti à l’époque de son père. En effet, elle a repris (il n’y a pas si longtemps) le thème – traditionnellement de gauche – de « l’État protecteur », mais uniquement réservé aux « nationaux » (les fameux FDS ou Français De Souche – expression ne correspondant à rien de réel pour ceux qui connaissent l’Histoire de notre pays). C’est ce qui donne une coloration objectivement « fasciste » à son projet à la fois national et soi-disant social – avec accès humain restreint.

Après les immigrés, l’ennemi potentiel, c’est celui ou celle qui est au chômage et que l’on soupçonne de ne pas vouloir travailler (sachant qu’il peut y avoir des abus, que cela a toujours existé et existera toujours). En rapport avec ce que je vais appeler la « fracture culturelle » – de plus en plus inquiétante ! –, quel est le % de nos compatriotes qui savent que la fameuse « fraude sociale » (ceux qui abusent du système de protection dans notre pays – le plus élaboré au monde !) représente un chiffre ridicule par rapport à celui de la « fraude fiscale » ? Prenons l’exemple de l’année 2013 : la « fraude sociale » fut certes évaluée à environ 5 milliards d’euros (ce qui semble bien sûr considérable par rapport aux revenus d’un individu ordinaire) ; mais, pour la « fraude fiscale », le chiffre s’est situé quelque part entre 80 et 100 milliards d’euros ! Pourquoi un nombre de plus en plus important de nos compatriotes concentrent-ils leur attention uniquement sur ces 5 milliards de la « fraude sociale » ? Attention ! Je ne suis pas en train de dire que celle-ci soit un phénomène banal contre lequel il ne faille pas lutter (il y a des moyens pour le faire : recruter davantage d’inspecteurs du travail et de travailleurs sociaux ou de pôle emploi – donc, ô scandale potentiel, des fonctionnaires… !).

Racines d’actu Palestine

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 06 septembre 2014. dans Monde, La une, Politique, Histoire

Racines d’actu Palestine

Quelques mots sur cette nouvelle rubrique, Racines d’actu, qui devrait apparaître de temps en temps sur le site :

Rédiger, en fonction d’événements importants de l’actualité, dont la lecture est très complexe, des petits billets, qui auront pour but, en cette période de déculturation (notamment historique) et de mélange des repères, de tenter de donner davantage d’éclairages lorsque l’Histoire pourra permettre de mieux saisir les racines profondes d’un fait (ou d’une série de faits) signalés – quelquefois trop rapidement voire artificiellement – par les médias.

On ne sera pas étonné que la première de ces rubriques touche à la guerre israélo-palestinienne de cet été finissant ; lesquels évènements du reste, courant encore…

 

Le premier peuple vraiment connu historiquement à avoir occupé la Palestine (en lui donnant son nom, d’une certaine façon), et cité dans la Bible ainsi que notamment au sein des documents pharaoniques égyptiens en notre possession, fut celui des Philistins (situé entre Gaza et Ascalon, essentiellement) ; il ne s’agissait pas de sémites (puisqu’ils ils faisaient partie des « Peuples de la mer », un peu comme les Crétois de l’Âge du Bronze).

Le second peuple fut celui des Hébreux (des juifs), jusqu’aux différentes diasporas (dispersions imposées à ceux-ci tout autour du Bassin méditerranéen – dans un premier temps – puis bien au-delà).

Les Arabes musulmans arrivèrent sur cette terre des siècles plus tard (à partir des « révélations » du « Prophète » Mohammed, ou Mahomet), sans oublier l’importance qu’eut l’Empire des Turcs ottomans jusqu’à sa chute au lendemain de la Première Guerre mondiale.

Après 1919, la Palestine (largement arabisée et islamisée, mais où restaient de très nombreux juifs et chrétiens) fut soumise à une forme de colonisation britannique (sous mandat de la SDN, ou Société des Nations), contre laquelle les juifs (sionistes socialistes à l’origine) luttèrent pendant des années (surtout après 1944-1945). L’ONU (Organisation des Nations-Unies, créée en 1945) accepta – à la quasi unanimité (URSS de Staline comprise), et en raison (surtout) du traumatisme collectif provoqué par la Shoah perpétrée par les nazis –, l’idée de la recréation de l’État juif en Palestine ; chose faite en mai 1948, après avoir prévu un plan de partage entre juifs et arabes en 1947 (celui-ci ayant été refusé par les pays arabes alentour, ce qui entraîna la première guerre israélo-arabe en 1948-1949).

Naissance et affirmation de la géopolitique

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 23 août 2014. dans La une, Histoire

Il y a longtemps que le terme de « géopolitique » court les grands journaux, les hebdomadaires et surtout les ouvrages spécialisés (notamment à connotation historique). Mais, tout d’abord, sait-on vraiment à quand remontent les origines de ce concept ? Ensuite, serait-il devenu aujourd’hui un outil indispensable pour tenter de comprendre un peu mieux notre monde de plus en plus complexe ? C’est à ces questions que nous allons essayer de répondre en commençant par dire quelques mots à propos des conditions ou du contexte de la naissance de ce concept, puis en donnant des exemples historiques permettant de l’illustrer pleinement – et ceci jusqu’à des événements récents, comme, par exemple, la question ukrainienne.

Même si le terme de « géopolitique », à partir de mots provenant du grec ancien alliant « terre » et « politique », apparut vers la fin du XVIIe siècle (dans un manuscrit), son usage ne se répandit réellement que dans les dernières années du XIXe. Le premier à avoir associé véritablement la politique et la géographie fut un professeur de science politique suédois à l’université de Göteborg : Rudolf Kjellen.D’autres affinèrent ce concept. Ainsi, le géographe allemand Friedrich Ratzel, l’américain Alfred Mahan (qui développa la théorie du « Sea power » ou de « L’Empire maritime »), et le géographe et géopoliticien britannique Halford John Mackinder (mort en 1947), avec sa double théorie de « l’Océan mondial » et des « Îles périphériques » (son idée étant que, qui détient le « Heartland » ou « Île monde » ou bien encore « Centre du monde » domine la planète).

Prenons à présent des exemples à travers l’Histoire depuis le développement des grandes civilisations. La géopolitique montra donc très tôt qu’il y avait des puissances terrestres et maritimes. Ainsi, dans l’Antiquité grecque, pensons à Sparte la terrienne (fermée sur elle-même) et à Athènes la maritime (ouverte notamment sur la Mer Égée avec la Ligue de Délos). Comment ne pas citer l’Empire romain qui fit de la Méditerranée sa « Mare Nostrum » ?! A partir de la fin du Moyen Âge, l’Espagne et le Portugal se lancèrent dans les « Grandes Découvertes », au moment où, progressivement, ce qu’avait été l’expansion (terrestre et maritime) des pays d’islam (au Moyen Âge) autour de la Méditerranée (essentiellement) connut un repli (y compris pour l’Empire Ottoman). Quant à l’Extrême-Orient, en dehors du Japon (ouvert sur les mers), on sait que la Chine resta géopolitiquement dans la tradition de « L’Empire du Milieu », refusant (au XIXe siècle) l’ouverture maritime et subissant bientôt la présence quasiment coloniale des puissances européennes – avec les comptoirs anglais et français.

Ce que fut l’été 14…

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 12 juillet 2014. dans La une, Histoire

Ce que fut l’été 14…

C’est en fait le 28 juin dernier qu’il fallait commémorer les origines du mécanisme qui mena au déclenchement de la Première Guerre mondiale, véritable « guerre civile européenne » (puisqu’à l’origine, seul notre continent était concerné). En effet, à la suite de l’assassinat de l’Archiduc François-Ferdinand (héritier de l’Empire d’Autriche-Hongrie) à Sarajevo (en Bosnie-Herzégovine), un terrible engrenage se mit en route, inexorable, malgré les tentatives du socialiste Jean Jaurès et de quelques autres pour s’y opposer (au sein de la IIème Internationale). L’hystérie nationaliste gagna les gouvernants et les peuples et la machine guerrière broya ceux qui essayèrent de l’éviter (assassinat de Jaurès le 31 juillet). Cette guerre, que tous voyaient glorieuse et courte fut – bien au contraire – longue et causa des millions de morts parmi les troupes des belligérants, sans oublier qu’elle devint mondiale, notamment lorsque le Japon et les États-Unis entrèrent dans le conflit.
Mais, tout d’abord, que fut exactement cette affaire de Sarajevo ? Un nationaliste serbe de Bosnie (la Serbie était hostile à l’Empire austro-hongrois), du nom de Gavrilo Princip, assassina – dans le cadre d’un attentat au pistolet – François-Ferdinand et son épouse (la Duchesse de Hohenberg). Immédiatement, étant donné les contentieux antérieurs, les autorités autrichiennes soupçonnèrent la Serbie d’avoir armé le bras de cet étudiant serbe. C’est à partir de là qu’un mécanisme terrible se mit en place, poussant les gouvernants européens à lancer leurs peuples les uns contre les autres. Avant d’analyser ce mécanisme, il convient de signaler que, au moins depuis la fin de la guerre franco-prussienne de 1870, un sentiment nationaliste de plus en plus fort s’était emparé des populations européennes. Comment ne pas citer, par exemple, dans ce contexte, le fameux « Tour de France par deux enfants », ce livre qui appelait (en France), dans les écoles, à la reconquête des « Provinces perdues » : l’Alsace et la Lorraine ?! C’est notamment là (et dans les écoles !) que les jeunes français apprirent la haine du « boche »… L’hostilité des Allemands à l’égard des Français n’était certes pas moindre, notamment en rapport avec le militarisme prussien ! Ce fut alors un déferlement nationaliste qui s’empara du continent européen, nourri par la course antérieure aux armements.
Pour ce qui concerne le mécanisme lui-même, il est assez simple à décrire. En effet, par un jeu de qui soutient qui, les étapes du déclenchement de la « Grande Guerre » se déroulèrent de la façon suivante :

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